‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 102 sur 287 · CE QUE VALENT LES STATISTIQUES · texte numérisé non relu

CE QUE VALENT LES STATISTIQUES

dès le premier jour de la fièvre, a dû commettre très facilement cette confusion.

Voici, par exemple, des chiffres bien singuliers et qui jettent un jour des plus éclatants sur les statistiques de Brand : dans une lettre que ce médecin a adressée à Liebermann, il avoue 15 décès sur 124typhoïdiques traités par sa méthode à l'hôpital, ce qui fait une mortalité de 12 pour 100; tandis qu'en ville, sur 207 typhoïdiques traités de même sorte, il aurait eu zé7'o décès. Son total général des typhoïdiques est ainsi de 321 avec 15 décès ! I et sa moyenne de mortalité se trouve ainsi réduite au fameux chiffre, au chiffre idéal de 4,5 pour 100.

Eh bien, sérieusement, est-il possible d'admettre que Brand ait eu à l'hôpital, c'est-à-dire dans un endroit public, oii le contrôle est possible, 15 morts sur 124 malades, et qu'en ville, oîi nous devons croire Brand sur parole, il a eu 200 guérisons sur 200 malades ! Voilà vraiment qui fait rêver !

Ceci ne rappelle-t-il pas les assertions de Galien, qui ne péchait pas par excès de modestie (on peut le pardonner à son génie) et que nous devons également croire sur parole lorsqu'il nous dit, à propos de l'eau froide — toujours l'eau froide ! — mais en boisson et dans le causus :

« Itaque videbitur preecipua causorum (1) sanatio frigida potus, quo causos nos perpetuo curavimus, nullo ex his moriente cui frigidam aquam propinavimus, m tempore opportuno(2).)) — L'opportunité! tout est làl Galien précède ici les faiseurs de réserve, comme il les a précédés, du reste, dans leurs réfrigérations : « Galor omni febri est inimicus, nam refrigerari non calefieri febrium affectus postulat (3). »

Lui aussi voulait refroidir les fiévreux, et par l'eau, et puis voilà que, malgré Galien, la chose a été abandonnée. Est-ce donc parce qu'elle était excellente?

En résumé, la discussion froidement impartiale des faits démontre que la médication réfrigérante de Brand n'abaisse pas

(1) C'est du causus (fièvre inflammatoire) qu'il s'agit.

(2) Galien, Hippocratis de acutorum morborum victu, t.XVjp.752. Edition de Leipzig.

(3) Methodi medendi, iib. X, p. 712, t. X. Edition de Leipzig.

LES TYPHOIDIQUES.

la mortalité (12 pour 100 avoué par Brand lui-môrae à l'hôpilal), seul chilfre certainement véridique et où le diagnostic est loin d'être certain — 15,1 pour 100 dans les hôpitaux civils de Lyon (chill're cité par le professeur Bondet).

D'un autre côté, la médication par les agents réfrigérants internes ne nous fournit pas de chiffres statistiques suffisamment explicites, mais la médication à la fois antiseptique et réfrigérante et dont l'action s'exerce parallèlement sur les microijes pathogènes (?) et sur la température a donné à son auteur une mortalité tantôt de 15 pour 100, tantôt de 11,16 pour 100; il me semble donc, en bonne logique, qu'il n'y a pas lieu d'adopter l'une ou l'autre de ces médications exclusives et systématiques (1).

(1) Voici, entre cent et une statistiques, pour édifier les médecins sur la valeur des statistiques en médecine : M. le médecin-major Sorel présente une statistique relative à une série de 105 tièvres typhoïdes qu'il a eu à traiter dans le courant de l'année. Sur ce nombre, il n'a eu que 5 décès, et il pourrait y ajouter 40 autres malades soignés par ses collègues dans le même hôpital à Marseille, sans un seul décès. Le traitement a consisté surtout dans l'hygiène et la diététique, avec des bains plutôt chauds que froids dans certains cas. M. Sorel insiste, à propos de ces faits qui lui ont donné une mortalité de 3 pour 100, sur les inconvénients qu'il y a, pour apprécier une médication, à s'appuyer sur une statistique trop restreinte, comme léserait celle-là, si l'on voulait généraliser. Pour conclure à l'utilité d'une méthode thérapeutique, il faut que les chiffres portent sur plusieurs années, car le degré variable d'activité du poison typhique est l'élément capital, le facteur de gravité capable de porter tout à coup au double ou au triple le chiffre de la mortalité. Aussi les chiffres récemment produits portant sur une année seulement ne prouvent pas du tout que la médication systématique par les bains froids ait une supériorité incontestable sur d'autres médications d'un emploi plus facile. (Journal de médecine de Lucas-Championnièro, art. 14397, p. 132.)

Le plus original est que le même numéro du même journal contient un article crânement intitulé : Traitement systématique de la fièvre typhoïde par les bains froids, lequel se termine ainsi :

« Le principe est que tous les individus doivent être baignés h l'eau froide : la grossesse, Vallaitement, Vétat puerpéral, la certitude d'une maladie antérieure au typhus, comme une affection pulmonaire ou rénale, ne constituent NULLEMENT UHB contre-indicatlon. C'est dans ces conditions que Brand est arrivé ?i obtenir une mortalité un peu moindre que 4 pour 100, alors que nos statistiques hospitalières les plus favorables dépassent 11 pour 100. {Ibii., art. 14389, p. 122.)

Or voilà que M. le docteur Sorel n'a que 3 pour 100 de mortalité avec l'hypiône, la diététique et les bains plutôt chauds que froids! 0 statistiques! ô systèmes ! ! ô passions ! ! !

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