‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 101 sur 287 · ANTISEPSIE INTESTINALE ET BAINS REFROIDIS · texte numérisé non relu

ANTISEPSIE INTESTINALE ET BAINS REFROIDIS

réfrigération par les bains. Cette médication, à double effet, a été instituée par le professeur Bouchard.

Pour obtenir l'antisepsie intestinale, M. Bouchard a essayé successivement l'iodoforme, la naphtaline et le naphtol.

La naphtaline ou le naphtol ont surtout cet effet incontestable de désinfecter les matières fécales, ce qui n'est pas indifférent, au moins pour l'entourage. Quant à produire réellement l'antisepsie, et quant à faire cesser toute fermentation intra-intestinale par la mise à mort des microbes pathogènes, c'est une autre affaire. D'ailleurs, M. Bouchard plonge ses malades dans des bains progressivement refroidis, ce qui est assurément très judicieux, en même temps que moins brutal et mieux toléré que l'immersion d'emblée dans le bain froid. Eh bien, voici quels seraient, d'après M. G. -H. Roger, les résultats de cette médication : sur 300 malades traités ainsi à l'hôpital Lariboisière, dans le service de M. Bouchard, mortalité 11,16 pour 100(1).

Nous avons vu, dans la leçon précédente, que M. Humbert Mollière avait, par les bains froids, une mortalité de 10,70 pour 100 (2) (chiffre semblable à ceux que j'obtiens par la médication suivant les indications). Cependant, par une série de raisonnements, qu'il m'est impossible, à mon grand regret, d'accepter, M. Humbert Mollière en arrive d'abord à n'avoir plus qu'une mortalité de 7,4 pour 100 (3) ; puis, finalement, une mortalité de 5,6 pour 100 (4) ! « Chiffre très rapproché, dit-il, de ceux donnés par M. Glénard. » C'est qu'en effet le chiffre officiellement signalé par Brand et ses partisans est de 4,7 pour 100 à 5 pour 100 ; nous verrons, tout à l'heure, ce qu'il en est véritablement de telles assertions.

Pour en revenir à M. Humbert Mollière et à sa statistique mortuaire atténuée, voici comment il l'obtient : « il dégage la responsabilité du traitement par l'eau froide, lorsque celui-ci n'intervient qu'après le cinquième jour de la maladie (3). »

(1) Tliérafeutique des maladies infectieuses, 1889.

(2) Op. cit., p. 17.

(3) Op. cit., p. 17 et 18.

(1) Op. cit., p. 18.

■ (3) Op. cit., p. 17.

250 LES TYPHOIDIQUES.

Mais dans cette manière de raisonner, si le médecin n'accepte • pas la responsabilité de la mort, alors que les bains froids ont été ■ donnés après le cinquième jour, il ne lui est pas permis, logiquement, d'accepter le mérite de la guérison chez ceux de ses typhoïdiquesqui ont été baignés tardivement. La méthode est puissante ou elle ne l'est pas ; si elle est impuissante pour empêcher la mort alors qu'elle est tardivement employée, on ne comprend pas qu'elle soit puissante pour provoquer la guérison, alors qu'on l'a tardivement appliquée. L'argumentation se retourne donc contre son auteur.

C'est cependant en raisonnant de la sorte que M. Humbert i Mollière en arrive à éliminer trois cas de sa statistique mortuaire et à obtenir une première réduction à 7,3 pour 100.

Enfin, M. Humbert Mollière additionnant ses 85 cas traités par la méthode de Brand, aux cas traités par l'eau froide et l'antipyrine, arrive à un total de H3 cas avec une mortalité de 12; puis par le même système d'élimination (qu'il est impossible d'accepter), il obtient un total de 107 cas avec une mortaUté réduite à 6, ce qui d.omiQ xvhq seconde réduction à 5,6 pour 100 de mortalité.

Ainsi, la méthode est des plus simples : vous avez 113 typhoïdiques et 12 morts ; alors, vous éliminez 6 de ces morts, il ne | vous reste plus que 107 typhoïdiques et 6 morts seulement; i vous vous désintéressez des 6 autres; ils sont pour vous non i avenus. '

Ils sont morts cependant!

Je ne demande pas à mes statistiques de pareilles complaisances et je compte au passif de ma médication et ceux qui sont morts de perforation et ceux qui ont succombé à des hémorrhagies intestinales, et ceux qui sont alcooliques, etc. Il ' ne me semble pas qu'on doive agir autrement.

Comment donc maintenant Brand est-il parvenu à obtenir ce chiffre idéalement bas de 4,7 pour 100 de mortalité? Je n'hésite pas à croire qu'il a obtenu de pareils chiffres en confondant des cas d'embarras gastrique fébrile et des cas de fièvre de surmenage avec des faits incontestables de fièvre typhoïde; et cela est d'autant plus probable que Brand, commençant sa médication

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