NÉANT DES INJECTIONS INTRAVEINEUSES. SOI
tiques, chez les individus affaiblis, déprimés par la misère, les injections n'ont pas donné de bons résultats.
« Elles délerminaienL une réaction incomplète, à la suite de laquelle les malades tombaient dans un état ataxo-adynamique qui se terminait rapidement par la mort.
« De môme, les injections ont presque toujours échoué lorsque les malades injectés étaient dans un état d'algidilé profonde. La réaction, ou bien ne se produisait pas du tout, ou bien elle se produisait d'une manière incomplète.
« Chez les individus bien portants avant l'attaque de choléra, chez les enfants et les non-alcooliques, les résultats étaient tout différents. Le plus souvent, il se fait une réaction franche, à la suite de laquelle le malade entre en convalescence. J'ai, en ce moment, 25 malades dans ces conditions, 20 sont hors d'affaire ; pour 3 d'entre eux, la question est encore douteuse. Ces derniers malades, en effet, conservent encore un aspect typhoïde, qui n'est pas sans donner quelque inquiétude.
« Dans les cas favorables, la réaction a suivi immédiatement l'injection, quelquefois même elle s'est manifestée pendant cette injection, sous la forme d'un frisson plus ou moins intense.
(c Quelques minutes après l'injection, la chaleur périphérique reparaît, les crampes disparaissent et le malade s'endort; la convalescence commence aussitôt après son réveil.
« Dans quelques circonstances, en présence d'une réaction très nette mais incomplète, j'ai fait une seconde, puis une troisième injection.
« Tous les malades non transfusés ont succombé.
« J'ajouterai que les injections, en tant qu'opération, ont été d'une innocuité parfaite. La plaie veineuse n'a jamais présenté de compHcations, et les globules sanguins ont toujours conservé leur forme et leur aspect normal.
« Dans ces conditions, on doit encourager la pratique des injections intraveineuses, et l'on doit engager les médecins ji les employer avant la période algide de la maladie, période pendant laquelle les résultats obtenus sont généralement mauvais. »
502 LES CHOLÉniQUES.
Environ cent malades ont été traités par M. Hayem. Il s'agit donc de vingt guérisons obtenues pour cent malades traités (cinq étant douteux).
M, ïlayem intitule sa communication à l'Académie : Traitement du choléra; c'est une erreur, car ce n'est que le traitement de la phase algide du choléra, phase dans laquelle il y a un épaississement supposé du sang. Passé cette phase, il n'y a pas lieu d'instituer une thérapeutique qui vise une lésion qui n'existe pas.
D'après mes renseignements, quelques malades sont morts peu de temps après l'injection. Voyez l'ellet produit si ce malheur vous arrivait dans la clientèle !
Tous ceux qui n'ont pas été transfusés sont morts ou à peu près. La raison en est bien simple : c'est qu'ils n'ont pas eu de traitement. D'ailleurs, ceux qui ont été traités n'ont guère été plus heureux; ainsi M, Hayem a eu une mortalité d'au moins 75 pour 100 en pratiquant une opération difficile et qui peut 6tre suivie de mort à bref délai!
Quant au mode d'action de ces injections, c'est une erreur de croire qu'elles n'agissent que d'une façon purement hydraulique. L'eau salée irrite les parois vasculaires, qui sont des organes sensibles. Ce n'est pas sur des tubes de caoutchouc que l'on opère, mais sur des tubes vivants. Il se produit le même phénomène que dans la transfusion du sang. Voici, par exemple, un individu qui, à la suite d'une hémorrhiigie abondante, a perdu plusieurs litres de sang ; il est dans une telle adynamie que la mort est proche. Vous lui injectez 50, 100 grammes de sang vivant pris sur un être bien portant, et instantanérnent il revient à la vie. Établirez-vous une équivalence entre les 50 ou 100 grammes que vous lui avez injectés et les quelques litres qu'il a perdus? Assurément non, il y a là une inconséquence tout à la fois mathématique et hydraulique! Voire injection a pénétré dans des vaisseaux vivants, sensibles, dont les nerfs excités excitent à leur tour et de proche en proche l'ensemble des nerfs du grand sympathique. Vous avez déterminé ainsi une série de réflexes, dont la résurrection du malade peut être la conséquence. Vous aVez, je le répèle à satiété, excité le grand sympathique. Vous avez, en résumé, agi
TRAITEMENT RATIONNEL. o^i.i
gualilativement et non quantitativement. Les injections d'éLher agissent de la même façon.
Hayem n'agit pas, comme il le croit, en diluant un sang trop épais, mais en déterminant une série de réflexes sur le sympathique.
En résumé, sa médication n'est ni facile, ni héroïque et ne prouve qu'une chose bien connue : c'est qu'en agissant sur des tubes vasculaires vivants, on agit sur le sympathique.
Vous voyez que nous sommes en plein vitalisme ; c'est la saine interprétation des faits qui le veut.
J'arrive au traitement médical vrai du choléra, tel que je le conçois et tel que je l'ai mis en pratique.
Le traitement doit commencer à la diarrhée initiale ; il y a toujours de la douleur abdominale, aussi se trouyera-t-ou toujours bien de faire de la révulsion, bête mais efficace, sous forme de vésicatoire, par exemple, au creux épigastrique; On peut y joindre une injection de 1 centigramme de morphine à répéter au besoin. A l'intérieur, donner des substances qui apaisent la douleur de l'estomac, l'opium en première ligne. Cette thérapeutique remonte à Sydenhara, l'Hippocrate anglais. Sydenham faisait, sans s'en douter, le lavage de l'estomac avant d'administrer l'opium. Il conseillait de faire boire aux malades de grandes quantités de bouillon de poulet étendu, c'est-à-dire de j'eau en grande abondance, contenant quelque substance alipûentaire. Il donnait ensuite son laudanum après avoir débarrassé l'estomac des matières qu'il contenait et qui l'auraient empêché d'absorber. La quantité d'opium que l'on peut donner est très variable, et il ne faut pas craindre les forteg doses lorsqu'elles sont nécessaires, car l'opium est d'autant mieux supporté que l'organisme en a besoin davantage.
Le choléra muqueux n'est que l'exagération de l'état précédent et sera justiciable de la même thérapeutique. Certains auteurs (et je suis de leur avis), poussant la révulsion à l'extrême, ont appliqué des sangsues chez les individus pléthoriques; cinq à six sangsues au creux de l'estomac sont alors très bienfaisantes. Les accidents douloureux, dus à l'hyperémie du plexus solaire, s'amendent sous l'influeuGe de ce traitement rationnel,
Le choléra séreux confine au choléra algide, et l'on doit, dans ces deux l'ormes, intervenir d'une façon analogue. C'est ici que l'on obtiendra des effets très remarquables du traitement préconisé par le docteur Chapman, qui a lait du choléra une étude très approfondie. II part de cette idée que les troubles du choléra sont dus à une hyperémie de la moelle et du grand sympathique. Et, pour la combattre, il applique sur la colonne vertébrale un sac rempli do glace pilée. La conséquence est une réfrigération de la peau et de tous les tissus sous-jacents : action physique, puis action dynamique. Le refroidissement est continu et permanent; car, toutes les trois heures, le sac est rempli à nouveau de glace pilée. Il n'est pas douteux que ce qui se passe pour la surface de la peau se produit de proche en proche jusqu'à la moelle et jusqu'aux nerfs qui en naissent. II n'y a pas ainsi réfrigération seulement de la peau, mais encore de la moelle et de tout ce qui en émane.
Les résultats de l'application du sac de glace sont très remarquables. S'agit-il du hoquet; il est presque immédiatement amoindri, puis supprimé. Qu'est-ce que le hoquet, si ce n'est une convulsion spasmodique du diaphragme, d'origine médullaire? Les vomissements ont été presque toujours diminués d'abord, puis supprimés; s'ils reparaissaient, une nouvelle application de glace amenait à nouveau leur disparition. Les crampes sont aux muscles des membres ce qu'est le hoquet au diaphragme, aussi sont-elles avantageusement modifiées. La diarrhée est moins triomphalement combattue par le sac à glace; mais l'améhoration des vomissements, du hoquet, des crampes, est déjà quelque chose. Notez que ce traitement, admirablement simple et bon marché, est à la portée de tous.
J'avais depuis longtemps une idée semblable : s'il m'est donné de soigner des cholériques, me disais-je, je combattrai l'irritation du plexus solaire par les courants continus. Un pôle appliqué au creux épigastrique, l'autre soit sur la moelle, soit au niveau des pneumogastriques, doit modifier l'innervation du grand sympathique offensé ; c'est une thérapeutique rationnelle, car elle calme le système nerveux par le meilleur sédatif nerveux : un courant continu. J'ai essayé ce traitement chez mes cholé-