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CENT VINGTIÈME LEÇON

Le choléra iiulicu.

(suite.)

Néant des iustructions paaloriennes. — Néant des instructions de Koch et de Burq. — Néant des injections intraveineuses. — Traitement rationnel des symptômes.

Messieurs,

Je vous ai parlé clans une précédente leçon des instructions pastoriennes données à la mission française d'Alexandrie.

Ces instructions sont à la fois illusoires, inapplicables et contradictoires. Illusoires : la meilleure preuve est la mort du pauvre Thuillier, qui, confiant dans la doctrine du maître, suivait ses prescriptions dans toute leur rigueur. Inapplicables, car il est impossible, en temps d'épidémie, de passer son temps à se laver ou à se flamber à ISO degrés ; et cependant, ce seraient^ suivant M. Pasteur, les seules conditions qui peuvent vous mettre à l'abri de toute contamination. Contradictoires, enfin : par hypothèse, Pasteur pense que les microbes ne peuvent être sûrement détruits que par une température de 150 degrés. Le pain peut bien être porté à cette température ; mais l'eau, elle pourrait bouillir pendant de longues années sans jamais dépasser 100 degrés. La contradiction est aussi flagrante que physique.

: Par hypothèse encore, on dit que la maladie est due à un microbe; que ce microbe ne s'introduit que par les voies digestives, jamais par les voies aériennes. Mais quand l'épidémie est à son maximum, M. Pasteur suppose que la pénétration du microbe se fait peut-être par les voies aériennes; et alors, il préconise le masque qui, avant son application, est porté à iSO degrés. Mais on doit le laisser refroidir ; et, comme il faut Peter. — Clin. màd. ni. — 32

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150 degrés pour annihiler les microbes, ceux-ci peuvent revenir après refroidissement du masque !

Si, dans toute cette doctrine, il n'y avait qu'un rêve sans conséquences pratiques, il n'y aurait pas grand mal. Mais c'est à elle que l'on doit la fausse route dans laquelle la mission d'Alexandrie s'est lancée. En effet, les membres de cette dernière n'ont visé que le bacille ; ils sont partis dans le but exclusif de le rechercher, d'en faire l'histoire naturelle. Ils n'allaient pas étudier le choléra, mais le microbe du choléra, supposé existant.

Tandis qu'à côté d'eux un savant médecin sanitaire, le docteur Mahé, poursuivait ses recherches sur le développement du choléra en Egypte, sur son mode de propagation de Damiette à Alexandrie, puis au Caire. Il étudiait ainsi le choléra dans sa source, tâchant d'élucider ses causes et les conditions qui favorisent son développement et son extension.

De nos jours, la jeunesse médicale s'adonne aux travaux de laboratoire, à des cultures intéressantes, mais qui ne montrent, en somme, que les transformations subies par les microbes suivant le milieu dans lequel on les plonge.

Parce que Thuillier a découvert le microbe du choléra des poules (or, le choléra des poules n'a d'analogue que le nom avec le choléra de l'homme), s'ensuit-il qu'en découvrant le microbe du choléra humain on pourra vacciner l'homme contre le choléra? Et d'ailleurs, fait qu'on semble ignorer, le choléra, non seulement récidive d'une épidémie à l'autre, mais la récidive peut avoir lieu du début à la fin d'une même épidémie — et c6 n*est pas là une rechute. Par conséquent, le choléra humain n'est ni une maladie vaccinante ni une maladie vaccinable.

Je reviens à l'observation ; elle nous apprend que le grand sympathique est profondément touché dans les différentes formes du choléra. Cette altération est-elle primitive ou secondaire? Mon ingénieux ami, le docteur Chapman, pense qu'il s'agit d'une hyperémie primitive sinililtanée de la moelle épinière et des ganglions du grand sympathique. 11 n'est pas douteux que le grand sympathique ne soit irrité ; mais je ne crois pas à l'hypefémie concomitante de la moelle. Celle-ci était, au

NÉANT DES INSTUU OÎlONS DE KOCH ET DE BURQ. 49a

contraire, très anémiée dans les autopsies que j'ai pu l'aire. Pour moi, il y a hyperémie secondaire du syrapalliique, et particulièrement du plexus solaire, ainsi que le démontre l'examen histologique fait par M. Siredey (1).

Ainsi l'examen histologique le plus minutieux montre qu'il n'y a que de l'hyperémie sans lésions constituées. Or, c'est précisément parce qu'il n'y a que de l'hyperémie, que le malade peut guérir, si le traitement vise ce phénomène. Que nous voilà loin du microbe !

J'insiste sur cette absence de toute altération organique, car c'est là qu'est le nœud de la question pathogénique et thérapeutique. Quelle que soit la forme de la maladie, tout réside dans la perturbation profonde, mais curable, du système nerveux. Ne pouvant, comme dans les empoisonnements, neutraliser le poison lui-môme, nous devons essayer de combattre les effets, les symptômes que détermine ce poison. Et cela, nous le pouvons. Le poison agit sur le plexus solaire ; nous avons des moyens d'action sur ce plexus : la glace, l'électrisation, par exemple, qui sont des sédatifs du système nerveux.

J'arrive ainsi peu à peu au traitement du choléra, en m'appuyant sur les faits cliniques et sur les faits anatoraiques.

Je vous dirai tout d'abord les modes de traitement que je rejette avant de vous dire celui que je préconise et qui m'a donné d'assez bons résultats pendant cette épidémie.

Inutile d'insister sur le traitement par la sécheresse de Koch. Le bacille en virgule ne prospère que dans l'eau et est tué par le sec ; de là le conseil de ne plus arroser les rues de Marseille. Pour être logique, il faudrait aussi supprimer toute boisson et ne plus arroser l'organisme! Nous tombons dans l'absurde !

M. Burq voulait combattre les symptômes spasmodiques par l'applicalion'de plaques de cuivre au niveau des muscles atteints de spasme. Il est probable que l'on développe ainsi des courants électriques dont l'action peut être bienfaisante contre la crampe. Mais, de déduction en déduction, on est arrivé à pré-

(1) Voir plus haut, lu(;on c.wi, p. 164.

conisci- le cuivre à l'inlérieur ; on a él6 trop loin. D'ailleurs, le traiLemenl a été essayé par le pauvre Thuillier ; il portail constamment des armatures de cuivre, et ingérait le môme métal chaque jour. Vous savez qu'il a été la seule victime parmi les membres de la mission pastorienne.

Le traitement par les injections intraveineuses a quelque chose de séduisant en apparence. Je vous ai parlé du rôle abusif que l'on veut faire jouer à Vépaississement du sang, qui existe réellement dans certains cas. C'est imbu de ces idées que l'on a pensé que l'injection intraveineuse d'un sérum artificiel pourrait rendre des services en remplaçant le sérum enlevé par la spoliation.

En 1832, Magendie injecta de l'eau tiède, et les mauvais résultats qu'il en obtint lui firent bientôt renoncer à cette méthode. De semblables tentatives ont été faites à Londres, à Southampton, et, plus récemment, le docteur Little exposait, dans le New Yo7'k Médical Journal, les résultats médiocres qu'il avait observés.

Cette année, M. le professeur Hayem a de nouveau préconisé cette thérapeutique, et voici l'exposé de sa méthode (1) :

« Les injections intraveineuses d'une solution de chlorure de sodium ont été proposées dès 1830. Ayant eu à soigner ces derniers temps un certain nombre de cholériques, j'ai renouvelé les expériences antérieures, et c'est le résultat de ces expériences que je viens vous communiquer.

, « La solution liquide que j'ai injectée avait la composition suivante :

« J'en ai injecté, en moyenne, 2 litres à 2 litres et demi à une température de 38 degrés. L'injection a été faite, en moyenne, en douze ou quinze minutes.

« Les résultats ont varié suivant les individus. Chez les alcoo-

Eau distillée

Clilorure de sodium Sulfate de soude. . .

■1 litre.

5 grammes.

(1) Semaine médicale, 20 novembre ISS^.

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