‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 182 sur 287 · CE QU'EST LE NEZ · texte numérisé non relu

CE QU'EST LE NEZ

fosses nasales modifie les harmoniques produites par les cordes vocales.

La scrofule du nez comprend la scrofule des narines et la scrofule de lu piluitaire. Du côté des narines, on peut observer les mômes lésions que du côté des paupières ; c'est tout d'abord de l'érythème se traduisant par de la rougeur, du gonflement, du prurit, ainsi que vous l'observez si souvent chez quelquesuns de nos enfants de la crèche. De proche en proche, les lymphatiques s'enflamment, et, consécutivement, il en est ainsi des ganglions correspondants. De là, si la lésion est persistante et chronique, des adénopalhies sous-maxillaires qui peuvent même suppurer, comme vous le voyez chez les malades dont je vous ai parlé dans ma leçon précédente.

Une autre manifestation de la scrofule des narines est Teczéma, caractérisé par des vésicules. Celles-ci deviennent souvent des vésico-puslules : c'est l'impétigo, affection persistante se manifestant par des croûtes, d'un jaune verdâtre, plus ou moins suintantes et causant parfois de vives démangeaisons.

La peau des narines et de la lèvre inférieure subit des troubles de nutrition ; elle est infiltrée ainsi que le tissu cellulaire. Aussi voit-on cet épaississement si particulier de la peau de ces régions, propre aux scrofuleux ; c'est le résultat de l'inflammation par continuité de tissu; les lymphatiques sont également pris et donnent lieu à des adénopathies cervicales. Chose singulière et paradoxale ! tandis que la scrofule du nez détermine le gonflement de la muqueuse et de la peau, une véritable hypertrophie (le mot est exact), le coryza chronique simple, amène, au contraire, de l'atrophie.

La scrofule des narines est une affection légère et qui n'a que l'inconvénient de défigurer le visage ; l'altération de la pituitaire détermine des désordres bien autrement sérieux.

Considérée au point de vue fonctionnel, la muqueuse pituitaire est triple, et par sa texture et par ses fonctions. Il y a d'abord la pituitaire qui tapisse les cornets et les méats ; c'est celle que vous connaissez tous, elle est éminemment vasculaire.

Ily a ensuite la pituitaire qui s'étend sur les parois des différents sinus; elle est aussi ténue que la première est épaisse et aussi

peu vasculaire que la première est riche en vaisseaux. Enfin, la i troisième pituitaire est celle qui recouvre l'ethmoïde; elle est le • siège des impressions olfactives.

Pourquoi la pituitaire offre-t-elle une aussi grande étendue ? Pourquoi tous ces sinus, qui ne sont que des diverticules où cette membrane peut librement s'étendre?

Le nez, situé ;\ l'entrée des voies aériennes, est, je le répète, un organe de respiration. Ses cavités ne sont anfractueuses et contournées que pour offrir une plus large surface sous un moindre volume. Il était nécessaire que l'air inspiré fût modifié à son passage, qu'il fût échauffé et humecté avant son arrivée aux alvéoles pulmonaires. La nature a tout calculé pour que ces deux conditions se trouvassent réalisées. L'air qui nous entoure est, en général, sec et froid, et, mis en contact avec les alvéoles pulmonaires, il les irriterait. Pour qu'il fût réchauffé et humecté, il fallait qu'il parcourût un long trajet et qu'il trouvât sur son passage les éléments qui lui manquaient, La pituitaire est riche : en vaisseaux; l'afflux du sang est nécessaire pour'que les glandes 1 sécrètent. Elle est tellement riche en vaisseaux qu'elle est, pour ainsi dire, un tissu érectile. Cette vascularisation a sa raison f d'être; où il y a plus de sang, il y a plus de chaleur: d'où : échauifement de l'air ; oîi il y a plus de sang, il y a plus de i sécrétion : d'où la possibilité pour l'air de s'humecter. La nature a multiplié d'une part les points de contact (cornets et méats) i où l'air pourrait rencontrer une surface chaude et humide, et ^ creusé des cavités (sinus) où il peut séjourner avant d'arriver ' aux alvéoles pulmonaires.

Ce sont là de merveilleux artifices de précaution. I

Pour peu qu'il y ait, par le fait de la maladie, obstruction des • voies nasales, il s'ensuit des troubles du côté du pharynx, des • amygdales et même du larynx; l'olfaction est diminuée ou même > abolie ; les sinus sont lésés également.

Sous l'influence du coryza surviennent des troubles étranges qui sont le résultat de l'obstruction des conduits ténus qui cta- blissent une communication entre les sinus et les cavités na- j sales, conduits destinés à déverser les produits de sécrétion. I

Quand l'oriflce du sinus maxillaire ou celui des sinus frontaux ^l

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s'oblilôrent ainsi, il y a accumulation de la sécrétion et, par suite, des désordres mécaniques.

Cet aperçu rapide vous fait voir, messieurs, de quelle importance est une afTection en apparence aussi légère.

Le coryza est fréquent cliez les scrofuleux, parce que chez eux les muqueuses s'enflamment facilement, et la pituitaire est plus souvent atteinte qu'une autre, parce qu'elle est plus riche en vaisseaux sanguins et lymphatiques.

Il ne peut y avoir de sécrétion sans hyperémie fonctionnelle. La sécrétion nasale est normalement abondante chez tous les petits enfants: ce sont des «morveux». Mais de l'hyperémie fonctionnelle à l'hyperémie pathologique il n'y a qu'un pas facilement franchi par les scrofuleux. Le coryza scrofuleux est d'abord aigu, puis chronique.

Parlons d'abord du coryza, il nous permet d'étudier sur le vivant l'inflammation de toute muqueuse; il y a de la rougeur, du gonflement et une modification des fonctions. La sécrétion d'abord séreuse, devient séro-muqueuse, puismucoso-purulente. Consécutivement les narines et la lèvre supérieure s'irritent. Au point de vue de la muqueuse, les symptômes de son altération consistent dans une sensation de chaleur avec picotement, puis éternûment. Ce dernier phénomène, si banal en apparence, est des plus intéressants à étudier au point de vue de la physiologie.

. Les nerfs olfactifs ont été placés par la nature à l'entrée des voies aériennes comme une sentinelle avancée destinée à nous dire si l'air que nous respirons est bon ou mauvais, si les aliments que nous ingérons n'ont pas subi de fermentation putride dangereuse pour l'appareil digestif. Il y a en outre la sensibilitéde contact commune due au trijumeau. C'est elle qui amène l'acte réflexe de l'éternûment quand un corps étranger ou un gaz malfaisant impressionne la muqueuse. L'éternûment est au coryza ce que la toux est à la laryngite, l'expression de l'irritation de la muqueuse. L'éternûment disparaît quand le coryza dure plusieurs jours ; il semble que la muqueuse s'habitue à:tolérer et l'inflammation et les produits de sécrétion qui en résultent.

54a LES SCROFULEUX.

Lg coryza, en produisant le gonllement de la muqueuse, amène le rétrécissement des voies nasales. Le rétrécissement peut être tel que la respiration ne s'effectue plus que par la bouche. Cette respiration exclusivement buccale, à laquelle est astreint le petit scrofuleux dont la pituitaire est enflammée d'une façon persistante, a pour effet d'empôcher le passage de l'air inspiré à travers les voies destinées à l'échauffer et à l'humecter. Aussi l'air frappe-t-il directement la paroi postérieure du pharynx et en amène-t-il l'irritation, hyperémie d'abord et parfois hypertrophie consécutive des glandes du pharynx. Ainsi s'explique, d'-tine façon purement mécanique, d'une part, et par propagation de l'inflammation, d'autre part, l'hypertrophie glandulaire et amygdalienne.

Une conséquence, pour ainsi dire nécessaire, du coryza est le nasonnement, ce que j'appelle plus justement, je crois, la pharyngo-phonie, La voix ne résulte pas seulement de la vibration des cordes vocales, mais aussi de celle de la colonne d'air contenue dans les fosses nasales. Quand celles-ci sont obstruées, le nasonnement se produit, par suite de l'absence de vibrations de la colonne d'air nasale.

Les fonctions surajoutées : l'olfaction, la gustation, sont également troublées par le gonflement de la muqueuse et la perversion de la sécrétion du mucus nécessaire pour la perception des sensations nasales. L'olfaction peut être définitivement amoindrie, et même abolie dans le cas de coryza chronique; c'est Vanosmie, si fréquente chez les scrofuleux. Vous voyez quelles graves conséquences une simple hyperémie persistante peut entraîner dans un organe dont les fonctions sont si complexes.

La propagation de l'inflammation à la muqueuse des sinus mérite que nous nous y ari-êtions. Chez les scrofuleux, un coryza chronique et invétéré peut prendre tout à coup une intensité dont on ignore la cause et se propager brusquement à un ou plusieurs sinus. La muqueuse de ces sinus s'épaissit alors, sécrète surabondamment et, par suite du gonflement, l'orifice qui les fait communiquer avec les cavités nasales s'oblitère. Le sinus est distendu alors par le liquide sécrété en excès et qui ne trouve plus

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