ANGINE DE POITRINE SANS LÉSIONS DES CORONAIRES
confirme ses remarques. Pendant l'année d'internatqu'il a passée à l'hospice d'Ivry, avec M. A. Gombault pour chef, il avait collectionné de nombreuses artères coronaires athéromateuses provenant d'individus ayant succombé à toute autre affection qu'à l'angine de poitrine ; pour mettre les plaques d'athérome en évidence, il détachait ces vaisseaux, les incisait et les laissait sécher; en les regardant à la lumière transmise, les plaques d'athérome se détachent en sombre sur la membrane translucide.
La discussion qui s'éleva au sujet de la présentation de M. Auscher, et à laquelle prirent part MM. Gombault et Pilliet, fut en faveur de la névrite cardiaque.
Voulez-vous d'autres faits? Parcourez encore les Bulletins de la Société anatomique, et vous en trouverez facilement. En d890, M. Poulalion présente un « anévrysme sacciforme de la premih'e fortion de la crosse aortique » . Le malade avait de l'angine de poitrine et il meurt subitementpendant le sommeil. Al'autopsie, les orifices des deux artères coronaires, bien qu'entourés de plaques athéromateuses, sont très béants; les artères coronaires elles-mêmes ne sont pas athéromateuses.
En d889, M. H. Mallet présente un cas de « impture spontanée du cœur » fort analogue à celui dont je vous parlerai bientôt; il n'y avait pas eu d'angine de poitrine, et pourtant les coronaires étaient rétrécies et thrombosées; et c'est l'infarctus et le ramollissement du myocarde dans la zone ischéraiée qui avaient permis la rupture du cœur.
J'arrête là les citations. Que pourrais-je, en effet, vous dire de plus pour ma démonstration?
Cependant, je veux revenir sur le cas de M. Auscher pour mettre en lumière un fait que cet auteur a laissé dans l'ombre. Je veux parler des connexions de la péricardite avec la névrite du plexus cardiaque. Andral, dans le second volume de sa Clinique, a cité de belles observationà de péricardite aiguë avec angine de poitrine. J'ai moi-môme insisté sur ce point (1). Le péricarde enveloppe, vous le savez, la base de l'aorte ; il a ainsi des rapports intimes avec le plexus cardiaque ; la péricardite peut, par con-
(1) Voir tome I^r de mes Leçons de clinique, leçon xxiii, et mon Iraitê des maladies du cœur {Péricardites).
séquent, offenser les nerfs du cœur et se compliquer d'angine de poitrine, comme elle peut offenser le nerf phrénique et donner naissance à une névralgie diaphragmatique ; ce qui m'a autorisé à décrire, dans mon Traité des maladies du cœur et de l'aorte thoracique, une péricardite « sans douleur » et une péricardite « avec douleur », La douleur de la péricardite, c'est tantôt la névralgie du phrénique, tantôt l'angine de poitrine, quelquefois les deux en môme temps. Or, dans le cas de M. Auscher c'«st la symphyse cardiaque, effet d'une péricardite passée à l'état chronique, qui a causé l'angine de poitrine et la mort subite par névrite cardiaque de voisinage.
En résumé, la névrite cardiaque est consécutive dans le plus grand nombre des cas à l'aortite, et dans un certain nombre de cas à la symphyse cardiaque.
Je veux insister maintenant sur l'utilité pratique qu'il y a à distinguer l'angine de poitrine par névrite d'avec l'angine de poitrine par névralgie.
Celle-ci est bénigne, guérit par les moyens habituellement usités contre les névralgies et surtout par le traitement de la maladie génératrice.
La névrite cardiaque, au contraire, est une perpétuelle menace de mort; elle doit être combattue avec énergie, d'autant mieux que nous possédons un traitement efficace, un traitement qui, s'il n'est pas radicalement curatif, peut beaucoup améliorer la situation des malades.
Pendant l'accès, pendant les paroxysmes douloureux, j'emploie depuis longtemps les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine ; je les emploie avec succès, et je trouve leur action bien supérieure à celle de la trinitrine. Mais ce n'est pas là la partie essentielle du traitement. Il faut surtout combattre la cause même de l'angine de poitrine, c'est-à-dire la périaortite et la périnévrite. L'iodure de potassium a une action favorable non douteuse, et je l'emploie ordinairement comme médicament interne. Mais c'est surtout la révulsion que je mets en œuvre, car elle donne des résultats parfois surprenants. J'applique des vésicatoires, puis des pointes de feu sur la région préaortique, et lorsque cela ne suffit pas, je pose un cautère à la pâte de
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Vienne. Le cautère est placé dans le troisième espace intercostal gauche, au voisinage du sternum. Quelquefois j'applique un sffcond cautère dans le troisième espace intercostal du côté droit. Je laisse longtemps suppurer ces cautères qu'on entretient avec un pois.
Je vous ai fait constater plusieurs fois les excellents effets que l'on retire de l'application des cautères à demeure. Mais c'est surtout en ville que j'ai observé des résultats merveilleux. Des sujets, dont l'existence était menacée à bref délai par la névrite cardiaque, ont pu vivre fort longtemps et sans souffrir, grâce à un cautère permanent. Dans un cas, j'ai vu la matité préaortique, qui était de 7 centimètres, revenir à 5 centimètres et à 4 centimètres et demi. Je pourrais vous citer, entre autres, le cas d'un financier qui, après l'application d'un cautère, put reprendre ses occupations et retourner à la Bourse; il alla même jouer k Monte-Carlo, où il fut pris d'une attaque violente à'ango?' pec<o;7s; mais il portait toujours son cautère. Il s'est remis, et a succombé un an plus tard, non à son angine de poitrine, mais à une affection de l'estomac.
Voici d'ailleurs, pour démontrer Tinexactitude de la doctrine qui fait de la lésion des coronaires la cause matérielle, prochaine, nécessaire et sme ^wa non de l'angine de poitrine, dite vraie (par antiphrase sans doute), voici, dis-je, le résumé d'un important travail du docteur Wild, entrepris spécialement pour rechercher s'il y avait réellement corrélation entre l'angine de poitrine et les lésions des artères coronaires.
« Malheureusement, dit l'auteur anglais, il n'a pu sur cent douze cas observés à l'hôpital et contrôlés par l'autopsie, trouver le moindre renseignement utile en ce qui concerne ce point. » Il croit donc, et il s'en étonne, pouvoir tirer un renseignement au moins négatif de cette absence de fait d'angine de poitrine, et il conclut que « des cas avancés d'athérome coronarien sont constatés fréquemment, sans qiiils aient été accompagnés des symptômes d'angine de poitrine (1).
(!) Contribution h la pathologie des artères coronaires, travail résumé dans la Revue générale de médecine et de chirurgie (numéro du 10 août 1892) et publié dans le Med. Chronicle de juillet 1892.
« Chez les malades au-dessus de quarante-cinq ans, âge où l'angine de poitrine mortelle se produit le plus habituellement, on a constaté l'athérome des coronaires dans les deux tiers des cas. Aucun n avait présenté de symptômes d'angine. »
Étudiant la fréquence de l'athérome coronarien par rapport aux sexes, le docteur Wild la trouve aussi grande dans les deux sexes : 48 pour 100 chez l'homme, 48,5 pour dOO chez la femme.
Par rapport à l'âge, l'alfeclion atteint 75 pour 100 chez les malades au-dessus de soixante-cinq ans. La proportion vers quarante-trois ans est de 55 pour 100; elle est déjà de 15 pour 100 à vingt-cinq ans.
Enfin, dans ses cent douze observations, l'auteur signale cinq cas de mort subite (mais sans symptômes d'angine de poitrine). Dans chacun de ces cas existait un degré avancé d'athérome ; dans trois cas, les artères coronaires étaient complètement calcifiées.
La conclusion, c'est qu'il est mauvais pour le cœur d^ôtre mal nourri par des artères aussi malades, et que le myocarde peut, dans ces conditions de nutrition insuffisante, brusquement s'arrêter sous l'influence d'un effort, d'une émotion ou d'une vive douleur; mais ce n'est pas là de l'angine de poitrine.
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