ÉMOTION ET SÉCRÉTIONS
immédiat de l'agiLalion psychique ; el tous ceux de vous qui ont passé des examens ou des concours ont observé cette polyurie émotive.
Mais quelle relation pouvons-nous établir entre l'émotion, fait purement psychique, et la rougeur ou la pâleur, phénomènes matériels, action physique des vaso-dilatateurs ou vaso-constricteurs des capillaires de la face. Comment ce fait immatériel, intellectuel, détermine-t-il un mouvement qui va dilater ou contracter des vaisseaux? Comment encore l'émotion provoque-t-elle un mouvement des muscles de la glotte, quand elle détermine le cri? Pourquoi l'individu ému pleure-t-il? Quelle relation existe-t-il entre les glandes lacrymales et la pensée? Eh bien, tous ces faits sont sous la dépendance du nerf grand sympathique, de ce nerf qui sympathise avec toutes nos émotions ? C'est par ses filets que l'action vaso-motrice se transmet à la face dans la rougeur, aux glandes lacrymales dans la sécrétion exagérée des larmes; c'est par son excitation que la constriction vaso-motrice entraîne la pâleur de la face, le frisson, etc.
Le malade qui devient jaune, qui fait un ictère émotif, n'est autre chose qu'un homme qui pleure des larmes de bile comme l'autre pleurait de ses larmes lacrymales, c'est là encore une sécrétion exagérée des glandes du foie sous l'influence d'une excitation du grand sympathique.
La sécrétion exagérée de l'urine, la diarrhée sont également des effets de l'irritation sympathique.
11 est donc bien avéré que l'émotion entraîne physiologiquement une sécrétion urinaire exagérée, mais c'est là une polyurie temporaire, qui disparaît avec l'émotion, qui est tout à fait passagère.
Supposez un individu à système nerveux altéré, un individu fils d'aliéné ou d'épileptique, l'émotion vive pourra provoquer un trouble profond, permanent, et vous verrez ces dégénérés devenir atéthosiques, épileptiques, à la suite d'un ébranlement psychique. Chez d'autres, l'émotion pourra entraîner le trouble permanent d'une fonction ; au lieu d'une polyurie exclusivement temporaire, l'émotion aura créé une polyurie persistante.
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Vous venez de voir, au numéro 12 de la salle La6nnec, un cas de pah/urie, ou diabète insipide, chez un homme qui bégaye, ce qui est déjà un signe d'altération du système nerveux ; si on le fait parler plus longtemps et qu'il soit un peu ému, le bégaiement augmente considérablement. 11 vous dira de plus qu'il a commencé à parler très tard, à huit ans. Cet homme est un dégénéré qui a quelque tare du côté du système nerveux-. Son père est un alcoolique qui a de grandes colères et est très nerveux. Vous savez que les fous sont souvent le produit de pères en état d'ivresse au moment de la copulation. Ces fils d'individus momentanément fous par l'alcoolisme sont souvent des épileptiques, des nerveux; notre malade, fils d'alcoolique, a tiré de là sa déchéance nerveuse.
En décembre dernier, il a eu une fièvre typhoïde grave; et justement parce que son cerveau était de mauvaise qualité, il a fait une fièvre typhoïde à forme nerveuse avec délire intense, céphalées persistantes, vomissements. Il a guéri de sa fièvre typhoïde, mais il est resté polyurique. Cette fièvre a troublé complètement son plancher du quatrième ventricule, peu résistant.
Depuis trois mois, il a toujours soif, sa bouche est desséchée; et cependant il n'a pas de fièvre, la température est au-dessous de 37 degrés et le pouls peu fréquent.
En même temps que cette polydipsie apparaissait, les fonctions digestives étaient profondément troublées : le malade vomit, a une diarrhée opiniâtre, et, plus tard, une constipation prolongée ; outre la paralysie de l'intestin, il y a parésie profonde de la tunique musculeuse de l'estomac, ainsi que le prouve sa forte dilatalion stomacale. C'est un nerveux de l'appareil digestif, comme il est nerveux de l'appareil urinaire. Il urinait 10 litres en moyenne par jour quand il est entré dans nos salles et buvait 8 à 9 litres de tisane.
Du côté de l'appareil circulatoire, nous ne trouvons pas de lésion organique, mais un abaissement marqué de la tension vasculaire, qui n'atteint que IS centimètres et demi au lieu de 18 à 19, pression normale. C'est là encore un indice de la débilité nerveuse de tout cet organisme.
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Ce que je voulais vous faire remarquer; c'est que cet homme est fondamentalement nerveux, que tous ses appareils sont influencés par cette innervation de mauvaise qualité, 'mais qu'il est au maximum nerveux de ses reins.
Cet homme pourrait bien se tuberculiser; son organisme est en train de s'affaiblir et de déchoir peu à peu. Nous notons déjà une respiration soufflante, saccadée au sommet avec douleur et matité à la percussion plessigraphique, et élévation de la température locale.
Nous avons mis ce malade au traitement par l'extrait de valériane ; il est amélioré. Au lieu de 10 litres d'urine, il n'en a plus que 6, mais la guérison complète est peu probable.
Voici un autre cas que j'ai réussi à guérir complètement. Il s'agissait d'une dame mariée à un exploiteur de forêts, qui menait joyeuse vie et entretenait une maîtresse. Cette dame eut une telle émotion en apprenant les infidélités de son mari, qu'elle devint immédiatement très nerveuse, se mit à uriner très abondamment, eut une soif exagérée, était obligée d'absorber 7, 8 et même 14 litres de liquides par jour, en en urinant quelquefois 16 litres; elle se desséchait, émettant ainsi plus de liquide qu'elle n'en absorbait. Elle devint d'une maigreur squelettique ; la soif était même si intolérable parfois, qu'elle buvait son urine quand elle ne pouvait trouver d'autre liquide ; elle me l'avoua. Cette femme eut dès lors une suppression complète des règles, âgée seulement de trente-sept ans, et bien qu'elle guérît de sa polyurie, elle ne vit jamais réapparaître le flux menstruel. Je lui prescrivis l'extrait de valériane.
Le traitement le plus naturel de la polyurie simple, c'est l'extrait de valériane à haute dose ; la polyurie, maladie nerveuse essentielle, est justiciable du médicament qui agit le plus sûrement comme sédatif du système nerveux.
Mais, chez ma malade, l'extrait de valériane ne fut pas supporté, elle se mit à vomir. J'associai le chlorhydrate de morphine par milligrammes aux grammes d'extrait de valériane; même intolérance, les vomissements persistèrent. J'administrai alors uniquement 10 à 12 'milligrammes de chlorhydrate de
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morphine par vingt-quatre heures; la soif diminua peu à peu, et au hout de quatre à cinq semaines de ce traitement la guérison fut complète. J'ai appliqué ce traitement à d'autres polyuriques, je n'ai pas toujours obtenu de guérison complète, mais constamment une amélioration notable.
Ce traitement fit également disparaître chez la malade des douleurs névralgiques du cou, siégeant au niveau des pneumogastriques, qui étaient douloureux à la pression dans leur trajet cervical, et qui gênaient si fortement la malade qu'elle était souvent obligée de redresser et de tendre fortement le cou, comme pour allonger et tirailler ses pneumogastriques.
Vous venez de voir, au numéro 8 de la salle Laënnec, un jeune malade atteint de diabète sucré. Il est devenu diabétique par chagrin d'amour. Il aimait une jeune fille, il était fiancé ; quand les parents refusent, aussitôt il remarque une polyurie exagérée avec soif extrême.
Nous retrouvons dans ses antécédents une hérédité nerveuse non douteuse. Son père est très irascible, très nerveux et livré à des excès alcooliques journaliers.
De septembre 1890 à février 1891, le malade est en proie à ces chagrins que je vous disais, et à la suite de ces émotions, il y a maintenant trois mois, il a été pris d'une telle faim et d'une telle soif qu'il était obligé d'emporter des provisions de liquide pour sa journée. Le soir, avant de se coucher, il était obligé de se préparer une certaine quantité de boisson qu'il ne pouvait s'em'pêcher d'absorber dans la nuit,
11 se relevait sept ou huit fois chaque nuit pour uriner et pour boire, ayant toujours la bouche desséchée. En même temps, il remarquait, en rentrant chez lui, une fatigue extrême, tenant à peine sur les jambes à la fin de sa journée.
A son entrée à l'hôpital, il se plaint de symptômes nerveux graves: maux de tête, éblouissements, crampes dans les jambes tellement vives qu'elles arrachent des cris au malade.
Du côté de l'abdomen, nous notons un ballonnement prononcé, qui témoigne de la paresse des tuniques musculeuses, stomacales et intestinales. Le système nerveux est également
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louche du CÔ16 du pneumogiisUiquo, douloureux à la pression dans la région du cou — des organes génitaux,, absence complète d'érection depuis trois mois — du système vaso-moteur, la tache rouge apparaissait très rapidement et persistait longtemps, comme chez les typhoïdiques, les mcningitiques et les malades atteints de goitre exophthalmique. Ainsi, chez notre malade, tout le système nerveux est touché, avec prédominance des altérations du côté du plancher du quatrième ventricule. Il urinait 6 à 8 litres lors de son entrée, et chaque litre contenait de 90 à 95 grammes de sucre, quelquefois même 120 grammes. Aussi ce malade s'est-il rapidement émacié, et il est en voie de tuberculisation, ainsi que nous le révèlent déjà l'auscultation et la percussion des sommets pulmonaires.
Du reste, il est dans un état de dépression profonde; sa tension vasculaire est tombée à 13 centimètres et demi au lieu de 18 centimètres, tension normale. C'est là un diabète grave, et ce diabétique par chagrin d'amour restera et mourra diabétique.
Voici encore un autre cas oh le chagrin a provoqué le diabète chez un malade à système nerveux morbide. C'était une femme très riche, qui voulut faire de sa fille une marquise. Elle la maria, en effet, à un marquis; mais à peine marié, le gendre lui dit brutalement qu'il n'y aurait jamais rien de commun entre un marquis et une roturière ! Celte femme tombe dans un chagrin profond et immédiatement urine d'une façon insolite et boit des quantités considérables de liquide. Cette femme continua à se désoler pendant six ans, vit son diabète devenir de plus en plus pénible, et en mourut.
Cette femme, à système nerveux débile, avait un fils qui a hérité du système nerveux morbide de sa mère. C'est un impuissant et un imbécile à la voix faible d'eunuque. L'impuissance est, du reste, un indice de déchéance héréditaire. Le père, ingénieur de grand talent, surmené par ses travaux, la mère très nerveuse, devaient procréer un fils dégénéré. C'est, du reste, un fait assez commun de voir le diabète héréditaire. Je connais, pour ma part, une famille où le père, robuste, Intel-
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ligenl, grand agriculteur, élait diabétique, et se maria à une de ses cousines-germaines, qui devint également diabétique. Cette union donna naissance à deux enfants qui furent aussi diabétiques.
Quant à la pathogénie du diabète, je vous dirai, dans une prochaine conférence, les théories qui sont nées des belles recherches de Claude Bernard sur laglycogénie.