‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 224 sur 287 · CENT QUARANTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CENT QUARANTIÈME LEÇON

Diabète expérimental et diabète spontané.

Rôle combiné et successif du plancher du quatrième ventricule, du grand sympathique, du foie et du pancréas dans la glycosurie. — Glycogénie, glycémie et hyperglycémie. — Traitement de la polyurie et du diabète.

Messieurs,

Claude Bernard a découvert que si l'on pratique chez un animal (un lapin) une piqûre sur le plancher du quatrième ventricule, entre les racines des nerfs acoustiques et celles des nerfs pneumogastriques, on trouve au bout de peu de temps (une heure et quelquefois moins) du sucre dans les urines de l'animal ; une piqûre pratiquée un peu plus haut produit de la glycosurie accompagnée de polyurie ; un peu plus haut encore, elle produit une albuminurie. Cette glycosurie est due à un travail hépatique ; car WynogradofT a montré qu'après avoir, chez une grenouille, piqué le quatrième ventricule et produit ainsi le diabète consécutif, celui-ci cesse si l'on enlève le foie, c'est-à-dire l'organe producteur du sucre. D'autre part, on sait qu'après un long empoisonnement par l'acide arsénieux le foie est privé de substance glycogène et ne peut plus produire de sucre.

Or, sur un animal placé dans ces conditions, la piqûre du quatrième ventricule ne donne plus lieu au diabète.

Quant à la voie nerveuse qui relie le quatrième ventricule au foie, elle parait se trouver non dans le pneumogastrique, mais dans Je grand sympathique (1), comme l'avait soupçonné Cl. Bernard, et comme l'ont prouvé directement Schiff et Moss. Ce dernier a montré particulièrement que si on lie sur une grenouille tous les nerfs sympathiques qui vont au foie, on ne peut plus

(1) Voir plus haut, leçon cxxxv, p. 659, le rôle du grand sympathique dans la genèse du goitre exophthalmique.

Peter. — Clin, méd. m.— 46

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produire, chez cet animal ainsi préparé, le diabète, soit par la

piqûre du quatrième ventricule, soit par l'excitation électrique

de la moelle épinière.

Vous voyez d'ici le rôle du sympathique dans la perversion de

la sécrétion urinaire, et comment l'émotion peut se transmettre aux organes sécréteurs.

Dans tous les cas, une forte hyperémie du foie paraît être la condition de l'exaltation de ses fonctions glycogéniques-. Et, en effet, si on lie sur une grenouille la veine cave inférieure au-dessous du foie, on amène, vu les anastomoses qui existent chez cet animal entre le système veineux général et le système porte, une circulation plus considérable dans la veine porte et, par suite, le diabète.

Mais dans la piqûre du quatrième ventricule, la congestion du foie et l'exaltation de sa fonction glycogénique ne paraissent pas résulter d'une simple hyperémie névroparalytique, provenant delà destruction de l'innervation vaso-motrice, car le diabète artificiel ainsi produit n'est que temporaire (de vingt-quatre heures au maximum). Ce diabète paraît plutôt provenir de l'excitation de certains nerfs compris dans les filets du grand sympathique et qui seraient au foie ce que la corde du tympan est à la glande sous-maxillaire.

C'est ce que s'est attaché à démontrer Marc Lafont. Pour cet auteur, le diabète artificiel par piqûre du quatrième ventricule est dû à une excitation et non à une paralysie des centres vasodilatateurs ou excito-fonctionnels de la glycogénie hépatique placés dans le bulbe. Ces centres symétriques sont le point de départ de nerfs dilatateurs vasculaires qui cheminent dans la moelle jusqu'à la hauteur de la première paire de nerfs dorsaux, à partir de laquelle, peut-être jusqu'à la troisième paire, ils sortent pour se jeter dans le tronc sympathique et de là dans les nerfs splanchniques.

Pour en revenir aux faits, la clinique nous apprend qu'on peut observer le diabète à la suite d'un traumatisme des centres nerveux.

Ainsi il y a un diabète traumatique, lequel est la réalisation,

DIADÈTE TRAUMÂTIQUE. 707

dans des faits accidentels, de la célèbre expérience de Claude Bernard.

Par exemple, un diabète, fugitif ou persistant, a suivi une fracture ou de violentes contusions de la tôte ou de la colonne vertébrale.

Le diabète traumalique n'est pas très fréquent. Griesinger l'a constaté vingt fois sur 225 cas de diabète; Frericbsl'avu buit fois sur le nombre total des diabétiques qu'il a eu à traiter; MM. Brouardel et Richardière l'ont noté chez 33 blessés.

Ce diabète ne constitue pas une complication très commune des diverses lésions traumatiques. Les traumatismes, le plus souvent suivis de diabète sont ceux qui atteignent la tête, accompagnés ou non de plaies de l'encéphale, de fractures des os du crâne, de contusions des parties molles. Sur les 4S observations que M"" le docteur Anna Bernstein-Kohan a recueillies, 25 se rapportent à des traumatismes du crâne; Leur localisation précise sur la tête ne paraît pas jouer un grand rôle dans l'apparition du diabète; toutefois, les coups et les chutes sur l'occiput et la nuque se retrouvent mentionnés relativement plus souvent que les autres. Ainsi, sur 25 cas de diabète, survenu à la suite de coups et chutes sur la région crânienne, on trouve :

Occiput et nuque. .

Vertex et pariétaux

Front

Tête sans détermination précise du siège.. 10

Dans ces 25 cas, la nature des lésions a été variable : dans 5 cas, il s'agit de fractures des différents os du crâne ; dans les autres, ce sont des contusions des parties molles, des fractures non diagnostiquées ou bien aucune lésion visible du corps n'est notée dans quelques-uns.

Les traumatismes de la colonne vertébrale et des lombes comptent pour 13 cas dans le nombre total des observations : deux fois il existait une luxation de la colonne vertébrale ; deux fois, fracture des vertèbres de la région dorsale; les autres ont trait à des contusions des parties molles. Une fois le traumatisme a porté sur le bras gauche, une fois sur la jambe; deux fois la

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contusion des viscères abdominaux est notée, et particulièrement le foie. Cinq fois des secousses violentes causées par des accidents de chemin de fer ou par des chutes sans localisation précise (1). Je vous ferai observer qu'ici la terreur ou l'émotion peuvent entrer pour une grande part dans la production du diabète, et je vous ai cité, dans une de mes précédentes leçons (2), le rôle de la peur dans la genèse du goitre exophthalmique.

Nous avons vu tout à l'heure le rôle attribué au foie, voici maintenant pour le pancréas.

Les observations de Bouchardat, de Skoda, de Frerichs, dans lesquelles des altérations du pancréas ont été rencontrées chez les diabétiques, sont assez nombreuses pour qu'il y ait lieu d'en tenir compte.

Après eux, Lancereaux, dans une communication à l'Académie de médecine, a réuni ces faits intéressants sous trois chefs principaux.

Dans un premier groupe, il place les cas diaU^ophie simple avec ou sans altération du canal pancréatique.

Dans le deuxième, les cas d'ali^ophie consécutive à Vobstructt'on du canal pancréatique par des calculs.

Enfin les faits relatifs à une dégénérescence de la tête de l'organe.

Ces observations, ainsi que les pièces présentées à l'appui, prouvent d'une manière évidente que, dans certains cas, le diabète est accompagné de lésions plus ou moins profondesj toujours très étendues du pancréas. Dans tous, l'évolution de la maladie fut rapide et la terminaison promptement mortelle. Il y eut polyphagie, polydipsie avec maigreur excessive, sucre très abondant dans les urines. En un mot, tous les signes caractéristiques du diabète maigre.

Les expériences dans lesquelles les animaux présentèrent du sucre dans les urines et succombèrent avec amaigrissement rapide, à la suite de l'oblitération du canal pancréatique, permettraient de considérer à part cette forme de la maladie.

(1) A. Bernstein-Kohan, tlièso 1891, p. 15-16.

(2) Voir plu3 haut, leijoa cxxxviu, p.

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