IRRITATION SPINALE
de vide, une sensation de chute comme si elle tombail dans un précipice.
Souvent, en ville, vous serez appelés auprès de malades qui, olfrayés par ces symptômes, se croiront sous le coup d'une attaque d'apoplexie.
Ainsi donc, cette femme nous démontre elle-même, par les signes qu'elle offre et que nous constatons de visu, la pathogénie de tous les phénomènes qui se passent dans les viscères internes.
L'albuminurie intermittente qu'elle nous a présentée s'explique de la même façon. Qu'est-ce que le rein? Un organe composé de glomérules, c'est-à-dire de pelotons de vaisseaux munis d'une paroi musculaire et de nerfs destinés à régler la pression à leur intérieur. Pourquoi ne pas admettre, pour expliquer l'apparition et la disparition de l'albumine, le même mécanisme que pour expliquer la congestion et la cyanose successives des extrémités. Les nerfs vaso-moteurs des glomérules se paralysent par moments et laissent filtrer l'albumine.
Étant en possession des symptômes que présente la malade et de leur pathogénie, demandons-nous maintenant de quelle maladie elle est atteinte.
A-t-elle ce que Valleix décrivait sous le nom de « névralgie généralisée » ? Oui, évidemment, mais le terme n'est pas suffisant pour désigner une affection oîi la céphalalgie, où les douleurs le long de la colonne vertébrale et de la moelle jouent un rôle si important. Nous disons, avec Brown et Hammond, qu'elle a de l'irritation spinale, ou mieux, pour rendre complètement le syndrome clinique, de l'irritation cérébro-spinale.
Nous ne pouvons penser ici à l'hystérie, puisque nous ne trouvons pas de point ovarien, puisque la malade n'a jamais eu aucune attaque.
Nous ne pouvons pas penser davantage à l'hypochondrie.
N'aurions-nous pas affaire à la « névralgie cérébro-cardiaque » telle que l'a décrite Krishaber? Mais dans cette dernière maladie, les troubles cardiaques sont très intenses, caractérisés par des palpitations violentes, singulières, qui éclatent au moindre mouvement, par le seul fait du passage de la position horizon-
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taie k la station verticale, par des douleurs internes à la région cardiaque, et par de véritables accès d'angine de poitrine, quelquefois avec syncope. Il y a de plus des troubles sensoriels très accusés, de la photophobie, de l'hyperacousie, des perversions du goût, de l'odorat, une erreur telle du sens de la vue que les malades ne se reconnaissent pas dans la glace, tout en ayant conscience qu'ils sont le jouet d'une illusion.
Nous nous trouvons donc bien en présence d'une irritation cérébro-spinale, maladie caractérisée par de la douleur, des névralgies, de la céphalalgie, de la myélalgie. 11 n'y a cependant ni lésion du cerveau, ni lésion de la moelle, il n'y a que des troubles du système vaso-moteur. Les centres nerveux souffrent parce qu'ils sont mal nourris, mal desservis par des vaisseaux qui fonctionnent mal. Or, les vaisseaux sont soumis à l'action du grand sympathique. D'oti la conclusion que la maladie en question est une affection du grand sympathique. Ce n'est pas une congestion de la moelle, ce n'est pas davantage une anémie de cet organe, comme le prétendent Hammond et Jaccoud ; c'est tantôt l'un, tantôt l'autre. C'est une déséquilibration du système vaso-moteur.
Cette affection, messieurs, si elle ne menace pas la vie, empoisonne singulièrement l'existence. Les malades qui en sont atteints souffrent continuellement et n'ont même pas la consolation de s'entendre plaindre. Ils sont assez gras, ont une mine florissante, et personne ne les prend au sérieux.
J'ai vu une dame du grand monde, douée des qualités intellectuelles les plus brillantes, et très avide de tenir son rang et de briller dans le monde, être obhgée de vivre retirée dans son appartement. Elle ne fut reconnue comme véritable malade par son entourage que quand elle eut été prise brusquement d'une syncope qui mit sa vie en danger.
Le pronostic est d'autant plus sérieux que la guérison est des plus difficiles à obtenir.
L'hydrothérapie est un des moyens qui réussissent le mieux. Toutefois, il faut bien savoir que les douches froides sont, au début, très mal supportées. Il faut stimuler la peau de façon progressive. On fera, pour commencer, des frictions à l'eau de
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Cologne, puis on donnera des bains et des douches chaudes.
Les pulvérisations d'élherle long de la colonne vertébrale, le sac de Chapmann.où la glace sera remplacée par de l'eau chaude, auront un excellent effet sur les phénomènes douloureux.
Enfin la révulsion, les applications de teinture d'iode, les pointes de feu, compléteront le traitement externe.
A l'intérieur, il ne faudra pas administrer les médicaments qui troublent les fonctions stomacales, comme l'iodure ou le bromure de potassium. On emploiera les antispasmodiques les plus simples : le valcrianate d'ammoniaque, dont on prescrira une cuillerée à café dans un peu d'eau sucrée, 8 à 15 grammes d'eau de laurier-cerise, l'eau de fleur d'oranger, par cuillerées à bouche, seule ou associée à l'eau de laurier-cerise.
Voilà, messieurs, ce que je tenais à vous dire à propos d'une affection rare à l'hôpital, fréquente en ville, mais qui n'en constitue pas moins une véritable maladie, sur laquelle vous aurez prise par les moyens que je viens de vous indiquer.
Voici maintenant un cas de congestion spinale a frigore :
Le mardi 2 avril, un homme de trente-huit ans reste assez longtemps exposé au froid sur l'impériale d'un omnibus. Le lendemain matin, il éprouvait déjà quelques douleurs et ressentait quelque difficulté à tourner la tête. Il se rend néanmoins à son travail ; mais dans l'après-midi il doit cesser sa besogne, à cause de violentes douleurs dans la région lombaire.
Il se couche mais ne peut dormir, souffrant de douleurs vives dans les lombes ; ces douleurs le forcent à garder constamment le décubitus dorsal.
Le lendemain matin, il essaye de se lever, mais ne peut le faire parce qu'il éprouve de la douleur et de la raideur dans la colonne vertébrale.
Une violente douleur dans la région cervicale empêche tout mouvement de la tête. La douleur existe aussi dans la région lombaire. La colonne vertébrale est raide, immobilisée, et le malade ne s'assied sur son lit que difficilement et en se plaignant.
En dehors des douleurs provoquées par les mouvements, le malade en accuse d'autres spontanées, qu'il compare à des
éclairs lui traversant la région lombaire au niveau de la lesse et du pied gauches ; il accuse une sensation intermittente qui ressemble, dit-il, à une brûlure. Ces sensations se reproduisent trois ou quatre fois par nuit et durent de 10 à IS minutes chaque fois.
Le malade est couché dans le décubitus dorsal. Quand on veut le faire asseoir sur son lit, il ne peut se plier et se plaint de douleurs vives dans toute l'étendue de la colonne vertébrale. A la pression, la douleur n'existe que dans les régions cervicale et lombaire ; sensation pénible également au niveau du plexus sacré et sur le trajet du sciatique à gauche. Le reste de la jambe est indemne. Rien du côté de la jambe droite.
Le malade est dans l'impossibilité absolue de marcher. Si l'on essaye de fléchir la jambe alors que l'on a dit au malade de résister, on éprouve moins de résistance à gauche. Cette diminution est due à la douleur causée au niveau de la racine de la cuisse.
Sensibilité intacte sous toutes ses formes. Réflexe plantaire normal. Peut-être un peu d'exagération du réflexe rotulien.
A la cuisse gauche, on constate quelques contractions fibrillaires, moins marquées à droite. Le pincement du biceps du bras amène Une contraction énergique des fibres sous-jacentes et la formation d'un bourrelet transversal assez accentué.
Peu d'appétit. Langue blanchâtre. Constipation depuis le début de son affection. Rétention d'urine depuis le 3 avril. On sonde le malade et on constate un peu de contracture vésicale.
Ce malade ne tousse pas ; il n'a rien dans les poumons. Le deuxième temps du cœur est claqué et semble dédoublé. Le foie et la rate sont normaux.
6 avril. Le malade a dû être de nouveau sondé. La môme contraction vésicale a été constatée. On lui a appliqué des ventouses scariflées. Sous l'influence d'un lavement, le malade a été à la selle.
7 avril. A pu uriner seul. Peut faire quelques mouvements de tête sans trop de douleurs.
8 avril. Le malade va mieux. Il peut se lever sur son lit ; urine seul. Les douleurs cervicales cl lombaires sont diminuées.