‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 268 sur 287 · CAS DE PARAPLÉGIE · texte numérisé non relu

CAS DE PARAPLÉGIE

médullaire. Les douleurs, localisées d'abord aux extrémités, s'étendirent bientôt aux mollets, aux hanches, au tronc, aux membres supérieurs, avec prédominance du côté gauche. Vous remarquez déjà cette marche ascendante. Plus tard, survint du côté gauche une certaine difficulté pour serrer les objets, difficulté liée sans aucun doute à la douleur particulièrement vive au membre thoracique gauche.

Dans les antécédents du malade, il n'y a pas trace de rhumatisme, et, en ce moment, les articulations sont indemnes; il n'existe pas d'œdème périarliculaire, en un mot rien qui puisse l'aire soupçonner une maladie fluxionnaire.

Le 13 juin, il entre à l'hôpital. Le lendemain, à la visite, je le vis dans son lit dans la position d'un homme empalé, permettezmoi cette expression. Cela me frappa. Je lui ordonnai de se lever; il le fit tout d'une pièce. Il se plaignait de douleurs et de faiblesse. Les phénomènes étaient donc encore ceux du début. La marche était pénible, mal assurée et presque impossible sans le secours d'un aide. Les réflexes rotuliens étaient exagérés et le réflexe plantaire supprimé.

C'est l'inverse de ce que nous constaterons chez la femme du numéro 16.

Je me plaçai aussitôt au point de vue de la congestion médullaire franche, et prescrivis huit ventouses scarifiées, quatre de chaque côté de la colonne vertébrale. Le IS, au matin, il y avait déjà amélioration, et au dynamomètre la force du côté droit était de 30 kilogrammes, du côté gauche de 20 kilogrammes, tandis que la veille elle était réduite à presque rien. La force de contraction revenait. Les jours suivants, on a appliqué des vésicatoires et des pointes de feu, et, aujourd'hui, nous avons pu constater que le malade avait repris ses forces et pouvait marcher sans le secours d'autrui. Toutefois ses membres inférieurs sont raides, pour ainsi dire contracturés, contracture qui trouve sa cause dans la douleur musculaire qui persiste, mais à un degré moindre.

Nous sommes donc en présence d'une congestion méningoméduUaire. Les méninges sont en rapport direct avec la moelle : la congestion de celles-là devra se propager à celle-ci. Les vais- Peter. — Cihi. méd. m. — 53*

seaux se dilateront, prendront un plus grand diamètre ; il entrera plus de sang dans ces vaisseaux. Voilà le mal. Et tout cela finira par l'infiltration. Les lymphatiques seront le siège d'un travail morbide (car on a pu remarquer après autopsie qu'ils contenaient des hématies et môme des leucocytes extravasés), l'infiltration de la substance médullaire suivra et se caractérisera par un épaississement des fibres et des cellules. Celles-ci, enfin, dilatées, éclateront et seront réduites à l'état de fragments. Lanévroglie, à son tour, qui est comme le squelette de la moelle, s'épaissira et ira étouffer les éléments de la moelle. Après cet épaississement, il y aura encore prolifération du tissu conjonctif, et cette hypertrophie d'éléments nouveaux et morbides amènera l'étranglement et la mort du tissu médullaire.

Vous voyez qu'il est de la plus haute importance de combattre ces troubles matériels dont le point de départ est l'hypérémie, et notre arme sera la révulsion agissant sur les vaisseaux qui se resserreront. Il y aura moins de sang et la révulsion défera ce que le trop de sang avait fait. L'amélioration notable en sera le résultat immédiat.

. J'insiste sur ce point, caria révulsion a été abandonnée depuis quelque temps, après des expériences physiologiques mal interprétées. J'ai eu l'occasion de voir à Vienne, dans un service de maladies nerveuses, une série de malades atteints de paraplégies incurables. Leur peau était vierge de cicatrices de ventouses scarifiées, de cautères et de pointes de feu. Gomme je manifestais mon étonnement : « C'est de la thérapeutique surannée, me fut-il répondu par l'éminent professeur ; nous n'employons, suivant les cas, que l'iodure de potassium à haute dose, la strychnine ou la belladone. » Je ne voudrais pas médire, je veux seulement constater un fait.

Dans le cas qui nous occupe, il s'agit d'une paraplégie protopathique sans cause bien appréciable, survenue dans un état de santé très favorable.

Au numéro 16, salle Trousseau, est une femme enceinte ]^o\ir la deuxième fois, à onze ans d'intervalle. Sa première grossesse a été normale sans accident pathologique. La deuxième fois, dès

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