CENT CINQUANTE-SEPTIÈME LEÇON
Traitement de la néphrito aiguë.
Messieurs,
J'ai l'intention de vous parler aujourd'hui de deux cas de néphrite aiguë que nous avons eu, ces jours derniers, l'occasion d'observer dans nos salles, et de tirer de ces faits des déductions très importantes au point de vue du pronostic et du traitement de l'albuminurie aiguë.
Le premier cas se rapporte à un homme de soixante-deux ans qui, ayant très chaud" était descendu travailler dans une cave humide, où il séjourna assez longtemps les pieds dans l'eau. Le soir même, il accusait un mal de tête et, le lendemain, il avait perdu l'appétit, éprouvait des douleurs assez vives aux reins, il avait de l'œdème des membres inférieurs et de la boufûssure du visage. Cet homme reste en repos, chez lui, six semaines, se trouvant dans l'impossibihté de travailler, puis il entre à la Pitié ; il avait alors 7 grammes d'albumine par litre d'urine. Comme traitement, on lui donne du lait et rien que du lait. Cet individu sort de l'hôpital au bout de cinq mois, ayant moins de SO centigrammes d'albumine par litre ; mais il était loin d'être guéri, ainsi que vous le verrez par la suite de son histoire.
Il reprit son travail, mais d'une façon très intermittente ; il était sans forces ; l'an dernier, il entre de nouveau à la Pitié; la céphalée et les œdèmes avaient reparu. 11 sortit un peu amélioré, mais, depuis lors, il n'a plus pu travailler. Le malade est admis dans mon service le 3 février dernier, éprouvant de violentes douleurs dans la région des reins, très anémié, ayant de l'œdème des membres inférieurs; la miction est fréquente et abondante, au point qu'il est obligé de se lever huit ou dix fois par nuit pour uriner ; l'urine contient 1 gramme d'albumine pa
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lilre. Le malade a des syncopes; l'impulsion cardiaque est 1res violente ; l'examen fait percevoir un bruit de galop et une hypertrophie du cœur. Les artères sont athéromateuses, le pouls bondissant est dur. Notre malade tousse, il a de la dyspnée ; et, en ce moment, il éprouve une céphalée violente, surtout la nuit; il est en train de faire de l'urémie par suite de l'insuffisance de la dépuration urinaire. J'ai voulu lui faire des pointes de feu sur la région des reins, à son entrée à l'hôpital; il a refusé de s'y soumettre.
Voilà un malade qui, sous l'influence du froid, a été atteint de néphrite parenchymateuse aiguë, contre laquelle onn'a pas lutté par une médication active. Pour tout traitement, on a donné du lait, c'est-à-dire on a fait de la médication palliative ; aussi la néphrite est-elle devenue mixte, c'est-à-dire chronique; tandis que ce sujet aurait pu guérir par un traitement actif. Son état s'est progressivement aggravé et il va mourir victime de l'absence de traitement.
Notre second malade, eritré dans mon service le 16 février dernier, est un homme de trente-sept ans, jouissant antérieurement d'une santé excellente, et qui, le 12 févrièr, se trouvant en sueur, reçut de l'eau froide sur le corps, en travaillant en plein air. Il eut, le soir, des frissons, de l'insomnie ; le lendemain, de la céphalalgie, des douleurs violentes à la région des reins, des deux côtés, et un œdème très accentué des malléoles, du scrotum et de la face ; il n'urinait que i 50 grammes par vingt-quatre heures. Il éprouvait des accès de suffocation pour lesquels on lui donna du sirop d'éther et on lui appliqua des sinapismes aux cuisses. Il s'était produit, sous l'influence du froid, une néphrite aiguë, qui paraissait d'autant plus grave que la sécrétion urinaire était presque supprimée.
Ce malade entre dans mon service lè 16 février, quatre jours après le début de la maladie. Le jour de son entrée, il marchait très difûcileraent, en titubant ; il avait des vertiges dès qu'il était debout ; il éprouvait une dyspnée persistante. Il avait un œdème généralisé aux membres inférieurs, au tronc et à la face, du chémosis, une hémorrhagie sous-conjoncfivale à l'œil droil, de la bronchite généralisée. Le cœur était intact; la sécrétion