‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 28 sur 287 · QUATRE-VINGT-CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-CINQUIÈME LEÇON

Les doctrines médicales contemporaines devant la clinique.

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L'analyse et la précision sont inaugurées en médecine. — En quoi diffèrent l'acte morbide et la lésion. — Retour à la notion des maladies générales par la notion du microbe. — L'analyse infinitésimale ramenant îi la synthèse. — Antisepsie et microbicidie. — Ce que valent les inoculations antirabiques. — IMortalité par la rago chez l'homme restée la même en France.

Messieurs,

11 y a soixante-sept ans que, dans cet hôpital Necker, un homme de petite taille, modeste, chétif et mal portant, seul, sans aides et sans laboratoire, uniquement inspiré par son génie, faisait une découverte qui devait révolutionner le monde médical.

Cet homme, c'était Laënnec ; sa découverte, c'est 1' « auscultation médiate ».

L'auscultation médiate n'est pas seulement ce merveilleux procédé à l'aide duquel nous savons par l'oreille ce qui se passe dans une poitrine vivante, c'était l'inauguration en médecine de la précision et de l'analyse.

y'i!.Tm.— Clin. méd. ,,, a-

La médecine allait désormais prendre rang à côté des sciences physiques, qui se qualifient modestement de sciences « exactes ». (11 paraît qu'il en est d'inexactes.)

Mais LaSnnec avait eu des précurseurs, et il vivait au milieu d'une atmosphère scientifique dont il était pour ainsi dire imprégné. A cette splendide époque où il a vécu, tout était rénovation : Lavoisier avait réformé la chimie en la révolutionnant; les de Jussieu venaient de donner leur magnifique classification de la botanique; Cuvier allait en faire autant pour la zoologie anté- et postdiluvienne. L'heure de la précision médicale avait sonné.

En vain un savant médecin de Vienne, Avenbrugger, avait, dans le milieu du siècle dernier, découvert la percussion médiate, passé sept ans à parfaire son œuvre, qu'il condensa dans une centaine de pages. Il n'obtint pour récompense qu^une stérile mention de Yan Swieten et de Stoll. Et voilà que, traduite et commentée par Gorvisart, ayant ainsi l'estampille française, son œuvre est connue en Europe — voire même en Autriche. Il semble que Paris soit comme Athènes; les découvertes s'y font, ou viennent y trouver leur consécration.

Gorvisart, inspiré par Morgagny et par Avenbrugger, a été le maître direct et l'inspirateur de Laênnec ; c'est incontestablement sous l'influence de Gorvisart que s'est façonné son esprit médical et que sa découverte s'est faite.

Je ne saurais trop le répéter (1), c'est grâce au génie de Laënnec que la médecine contemporaine s'est lancée dans la voie scientifique qu'elle parcourt si glorieusement aujourd'hui.

Mais la précision, en médecine, n'est possible que dans la constatation du fait réalisé ; je veux dire dans la constatation des altérations physiques de la matière vivante, dans la lésion et dans ses signes.

Quant à Vacle morbide, c'est-à-dire quant à la maladie dans son « évolution », il échappe à la précision, puisque Tacte, qui est le devenir, est subordonné à la vitalité môme de l'organisme

(1) Voir t. II, legoii xxxvii.

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