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ANALYSE ET PRÉCISION EN MÉDECINE

atteint, dépend nécessairement des «forces» de cet organisme et varie infiniment comme ces forces.

Aussi, ce que Laënnec a définitivement introduit dans nos mœurs médicales, c'est Vanatomie pathologique et la séméioU'que; et ce qui a fait le succès de son œuvre, c'est d'avoir aussi bien raccordé qu'il l'a fait le signe avec la lésion.

Ainsi Laënnec, vitaliste, a matérialisé la médecine. Des organiciens viennent de la spirilualiser ; nous le verrons tout à l'heure.

En attirant notre attention sur la lésion et sur ses signes, Laënnec nous a faits « localisateurs ». Il l'a été lui-même.

La pneumonie, pour n'en citer qu'un exemple frappant, n'est pour lui qu'une maladie locale, une infiammation du poumon. La fièvre, qui l'accompagne, est consécutive ; c'est une fièvre symptomatique. La febris penpneumonica de ses devanciers est méconnue; elle l'est à ce point que, dominé par sa découverte, Laënnec commence l'histoire de la pneumonie par la description des lésions anatomiques qui la caractérisent et des signes physiques qui la dénoncent. Vingt-huit pages de ce chapitre sont consacrées aux lésions anatomiques; dix-huit aux signes physiques; cinq aux troubles fonctionnels : douleur, dyspnée, etc. Jusque-là, Laënnec n'a toujours en vue que «l'organe lésé », nous n'apercevons pas encore le « malade ». Celui-ci n'apparaît qu'en dernier lieu, à l'occasion des « symptômes généraux », la fièvre et ses conséquences, auxquels Laënnec attribue cinq pages seulement. Et dans ces cinq pages, il accorde quelques lignes à la pneumonie bilieuse, mais oublie complètement la pneumonie typhoïde; c'est-à-dire que Laënnec renverse ici volontairement l'ordre naturel des choses, place la fièvre à la fin au lieu de la placer au début, transpose les causes et leurs effets, en mettant ceu.x-ci avant celles-là.

Nous l'avons tous imité. Tous, à son exemple, nous faisons, à l'envi l'un de l'autre, de l'anatomie pathologique et de la séméiotique.

La séméiotique moderne est née de Laënnec : l'investigation physique des organes est au vivant ce que l'investigation phy-

4 PATHOLOQIR GÉNÉRALE CLINIQUE.

sique des lésions est au cadavre. C'est du stéthoscope de Laënnec que dérivent l'oplilhalmoscope de lïelmholtz, le laryngoscope de Czermak et le sphygmographe de Marey. C'est le stéthoscope de Laënnec qui a fait remettre en usage le spéculum délaissé; c esl le stéthoscope de Laënnec qui nous a conduits à utiliser le microscope pour faire du vivant môme du malade l'autopsie de son rein, comme de son poumon, et découvrir dans les cylindres tubuleux de l'urine sécrétée le degré d'altération de l'organe sécréteur ; comme dans les crachats, le bacille de la tuberculose ou celui de la pneumonie.

L'impulsion était donnée et tout ce qu'il y avait de physique dans les phénomènes de la vie devait être exploré physiquement et déterminé avec une exactitude mathématique; la thermométrie médicale a été imaginée, qui nous révèle les modiflcations de la température dans les maladies. Il en est ainsi de l'altération des liquides qui sont chimiquement analysés avec la plus rigoureuse précision.

Précision et toujours précision, mais là seulement où elle est possible, dans le domaine des phénomènes physico-chimiques de la vie, dans le domaine des fails accomplis. Tandis que cette précision n'est plus possible dans l'ordre des actes dynamiques ; et ceux-ci sont quelque peu délaissés. Mais nous les retrouverons tout à l'heure dans les essais de palhogénie tentés de nos jours.

Vanalomie pathologique, telle que Laënnec l'a définitivement fondée, c'est à la fois l'analyse et la précision. L'analyse qui sait chercher et voir dans l'ensemble de l'organisme atteint l'organe ou la portion d'organe qui est seul affecté, ou qui l'est particulièrement, ou qui l'est au plus haut degré. C'est aussi la précision qui note et peut décrire l'état spécial de l'organe affecté — la lésion, le degré, l'étendue de celle-ci — et qui peut en déterminer la genèse et la succession.

Laënnec n'y a pas manqué, et ses descriptions des lésions de la pneumonie et de la pleurésie sont de purs chefs-d'œuvre d'observation vraie, de déductions ingénieuses et sagaces. Je n'en veux pour preuves que ses trois degrés de la pneumonie aiguë,

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