S04 ÉMISSIONS SANGUINES
Dans la néphi'ile aiguë a frigore, il se fait une congestion énorme, brusque, des glomérules de Malpighi, qui peut provoquer l'asphyxie du rein, de môme que la congestion pulmonaire a frigore peut produire l'asphyxie du poumon. Les glomérules, au lieu d'agir comme un filtre, laissent échapper le sang par les canalicules excréteurs, d'où résultent la teinte rosée des urines et parfois de vraies hématuries. Il faut donc, sans retard, venir au secours du rein asphyxié.
En tête des moyens à employer se placent les émissions sanguines locales ou générales, et Lécorché faisait, en 1875, remarquer que « les émissions sanguines, de l'avis de tous, donnent les meilleurs résultats, au point que Jonhson les prescrivait même dans les cas de néphrite parenchymateuse compliqués d'urémie » .
Les émissions sanguines « sont à la fois révulsives et sédatives. Elles servent, en outre à la dépuration du sang. Sous l'influence de cette double action, le pouls se ralentit, la température tombe, le mouvement fluxionnaire du sang disparaît et l'on voit alors cesser la douleur rénale, en même temps que l'urine devient moins albumineuse ». Elles abaissent la pression vasculaire. « Lorsque le sujet est faible, il est parfois préférable d'avoir recours seulement aux émissions sanguines locales qui consisteront en applications de ventouses scarifiées faites au niveau de la région lombaire. Les émissions sanguines locales ont l'avantage de pouvoir être plus souvent répétées, sans grand danger pour le malade ; de posséder une action révulsive peut-être plus puissante. »
Après les émissions sanguines, viennent les purgatifs qui ont, comme la saignée, la propriété de diminuer la tension sanguine; comme la saignée, ils possèdent une action révulsive et dépurative. «Leur action révulsive et dépurative, ajoutait Lécorché, est peut-être même pins énergique et plus durable. Aussi comprend-on bien que, dans les cas légers de néphrite parenchymateuse, ils puissent remplacer les émissions sanguines. L'expérience a toulel'ois démontré que l'efficacité en est moins grande ». N'empêche que, dans les cas graves, il faut les employer concurremment avec les émissions sanguines, en répéter souvent
PURGATIFS ET DlUUliTlQUES. '^«5
l'usage, les prescrire en les variant, tous les deux ou trois jours, et votre choix devra se porter de préférence sur l'eau-de-vie allemande et les drastiques, sans négliger les purgatils salins : sels de soude, de magnésie, dont l'action purgative se double d'une action diurétique.
Les diuréiiques légers: chiendent, queues de cerises; eaux alcalines de Vais, de Yichy, sont spécialement indiquées lorsqu'il y a dysurie.
Avec ces ressources thérapeutiques, on réussit souvent à enrayer la maladie à sa phase première, à sa période d'hypérémie.
J'ai tenu à vous citer et à vous résumer ce qu'écrivait Lécorché en 187S, parce que cette médication est tombée en désuétude, je ne sais trop pourquoi, et parce que cette médication rationnelle a été abandonnée à grand tort pour une médication univoque, le lait ; ce qui me paraît précisément intéressant, c'est que dans tout le chapitre important que Lécorché a consacré à cette question, nulle part il n'est fait mention du lait, dont on fait aujourd'hui le seul traitement des néphrites. En ne donnant que du lait, on néglige la maladie, on s'occupe du symptôme albuminurie, on le masque; pendant ce temps les glomérules de Malpighi dégénèrent, et, au bout de deux ou trois ans, le malade succombe. Evidemment, la diète lactée est une médication active ; le lait, outre qu'il lessive le rein et en diminue la congestion, est un aliment et un diurétique ; mais il est fâcheux que l'on se borne, de nos jours, à donner du lait et que l'on ne songe pas à faire de la révulsion et des émissions sanguines par les ventouses scarifiées, de la spoliation cutanée par les bains de vapeur et de la révulsion avec spoliation séreusesur l'intestin, ce qui diminue la tension sanguine et soulage le cœur et le rein. Il faut donc faire de la spoliation, de la dérivation et donner du lait.
Mais, il peut arriver que la maladie poursuive son évolution, que l'albuminurie augmente à mesure qu'apparaissent des œdèmes, des congestions vers les poumons, des cylindres épilhéliaux dans les urines, A cette seconde phase de la maladie (c'est encore Lécorché que je cite), c'est aussi aux purgatifs, mais surtout aux diurétiques, que l'on doit recourir. Ce qu'il faut, en Pktkr. — Clin. méd. m. — 55
800 ACTION DliS CAUTKllliS.
somme, c'est parer au double danger qui menace le malade, danger d'œdème généralisé, danger d'urémie. Ces dangers ont pour, cause prochaine une tension artérielle exagérée et l'accumulation dans le sang de principes excrémentilicls. Les purgatifs et les diurétiques, grâce à leur double action déplétive et diurétique, ont précisément pour ellet de remédier à ce double danger. Je vous ai dit quels purgatifs vous deviez prescrire de préférence ; en fait de diurétiques, on a coutume d'employer la digitale, la tisane de raifort, de chiendent, de queues de cerises, les diurétiques alcalins, sels de potasse (tartrate et citrate), les eaux alcalines de Vais et de Yichy.
Je terminerai cette leçon en vous citant l'observation d'un cas de néphrite parenchymateuse subaiguë guérie. 11 s'agit d'une jeune fille qui était atteinte depuis quatre ans, lorsque je fus appelé à la soigner, d'une néphrite parenchymateuse subaiguë, post-variolique. J'appliquai sur la région rénale, de chaque côté, deux cautères qui furent entretenus pendant deux ans. J'ordonnai de petites quantités d'iodure de potassium, des bains de vapeur tous les deux jours et le régime lacté mitigé. Elle guérit complètement en deux ans, se maria, devint enceinte au bout d'un an et n'eut ni albumine, ni éclampsie, ni avant ni après sa couche qui, deux ans après, fut suivie d'une deuxième couche aussi normale que la première. Cette jeune personne élait absolument guérie. Comme la néphrite aiguë a frigore, la néphrite parenchymateuse subaiguë peut donc guérir sous l'influence d'une médication rationnelle, énergique et rigoureusement observée.
PIÈCES JUSTIFICATIYES
RAGE CONSÉCUTIVE AUX INOCULATIONS PASTORIENNES. TRAITEMENT PAR LA SUDATION ET LE COLORAL A HAUTES DOSES.