CONCLUSIONS
{" Nous ne savons pas encore positivement le chiffre de la mortalilé par la rage ;
•2° La proportion de mortalité donnée par le docteur Acosta est inférieure à la vérité ;
3° Aucun chiffre ne peut être donné comme définilif, car il y a des (h'cês tardifs;
4° 11 y a lieu de s'effrayer du nombre croissant de décès dans ces dernières quatre années ;
o" Il y a lieu de suivre les inoculés pendant Jongtemps, pour que la slalislique devienne une vérité ;
G" La forme paralytique des deux cas cités est-elle imputable au traitement?
La science peut-elle affirmer, d'après les notions acquises, que la rage inoculée par les animaux peut revêtir cette forme paralytique, ou est-elle au contraire spéciale aux individus soumis aux injections antirabiques? (ilev(s<« dcciencias medicas, n° 16. Habana, 20 août 1891.)
A propos de la tuberculîne de Koch, qu'il affirmait devoir guérir la tuberculose et qui n'a produit que des catastrophes sans nombre, je ne veux mentionner ici qu'un excellent résumé fait par le docteur Talanioii, à l'épo(|ue môme où existait encore qucl-|o uenlliousiasmc.
Koch affirniail: 1" que son rcmètle avait une action spécifique sur le lissu tuberculeux et qu'il consliluait, dès lors, un moyen précieux de diagnostic dans les cas douteux ;
2° Que, sans détruire les bacilles, il modifiait de telle sorte les tissus envahis, que les bacilles devenaient incapables d'y vivre et étaient éliminés ;
3° Que les tuberculoses externes étaient surtout rapidement et heureusement modifiées par la puissante action de la lymphe ;
4° Qu'il était disposé à conclure que la phthisie au premier degré peut être guérie d'une manière certaine au moyen du remède •
Ji" Que la phthisie au deuxième degré était améliorée d'une manière remarquable en l'espace de deux à six semaines ;
PIÈCES JUSTIFICATIVES
6» Que les phlhisiqiies alleints de cavernes ne relircraienl qu'exceptionnellement un bénéfice durable de la médication.
Voyons maintenant quel est l'état de la question. Pour démontrer l'action spécifique du remède et sa valeur diagnostique, il l'allait que la réaction caractéristique se produisît chez tous les tuberculeux et uniquement chez les tuberculeux. Or, cliniquement, non seulcmenl la réaction est trôs variable cl très capricieuse, se montrant tantôt d'une violence extrême, tantôt à peine appréciable chez des sujets atteints de lésions ici très minimes, là trôs étendues, d'autres fois manquant absolument chez des sujets nettement et manifestement tuberculeux, mais encore on a cité diverses observations de réaction locale très nette se produisant au niveau d'ulcérations syphilitiques ou de tumeurs sarcomateuses. De plus, les autopsies de Virchow prouvent que toutes les lésions tuberculeuses ne sont pas modifiées également par l'action de la lymphe.
Il fallait, en outre, que l'action du remède portât exclusivement sur les tissus tuberculeux et respectât les tissus indemnes de bacilles. Or, les éruptions cutanées généralisées, l'ictère, l'albuminurie, le gonflement du foie et de la rate, signalés par la plupart des observateurs, les lésions cardiaques notées par les médecins de l'hôpital Saint-Louis, démontrent une action générale de la lymphe sur toute l'économie.
Le remède agit donc à la manière d'une substance irritante introduite dans l'organisme, à la manière de la cantharidine, par exemple, injectée aux lapins. Elle porte son action phlogogène sur tous les tissus, déterminant des lésions plus marquées dans les lieux de moindre résistance, dans les régions déjà affaiblies dans leur vitalité par quelque cause antérieure. Cette action phlogogène est prédominante au niveau des tissus tuberculeux, mais elle n'est ni exclusive ni spécifique. Il a donc lieu de modifier notablement la première assertion de Koch.
Sur le deuxième point, il n'est pas discutable que les tissus tuberculeux soient modifiés. La question est de savoir s'ils le sont dans un sens favorable ou défavorable. Or, les autopsies pratiquées en Allemagne montrent que la nécrose des tissus bacillaires s'accompagne d'une congestion et d'une inflamniaLion périphériques intenses ; que, dans la majorité des cas, on trouve des lésions récentes très étendues, surtout du tissu pulmonaire, infiltrations caséeuses aiguës, catarrhales et gélatineuses des alvéoles ; des pleurésies, tantôt simples, tantôt hémorrhagiques, le plus souvent bilatérales. Il y a donc une inflammation aiguë certaine, plus ou moins difi'usc, substituée au processus chronique qui caractérise d'ordinaire l'envahissement progressif bacillaire.
Virchow signale, dans la plupart des autopsies, des éruptions plus ou moins abondantes, parfois extraordinairemcnt confluentes, de granulations récentes ; il les a vues en grand nombre aulour d'ulcérations
PIÈCES JUSTIFICATIVES. ^'
anciennes de l'intestin, sur la muqueuse laryngée, sur les diverses séreuses, plùvre, péricarde, périloinc.On doit supposer, de môme, que les infiltralioiis catarrliales caséeuses et gélatineuses, constatées dans les poumons, ne sont que le résultat d'une prolirération diffuse des bacilles, n'ayant pas encore eu le temps d'aboutir à la formation de granulations visibles à l'œil nu.
Ces faits sullisenl pour montrer que Koch s'est bien avancé en affirmant qu'il n'avait rien à dianger à ses déclarations antérieures ; mais la fréquence et la gravité des effets nuisibles du remède dépassent évidemment tout ce que Kocb avait prévu.
En résumé, Koch a réussi à extraire des cultures tuberculeuses une substance qui a une action puissante et indiscutable sur les lésions tuberculeuses.
Il n'est nullement démontré que cette action soit utile ; mais il est, dès à présent, certain qu'elle peut être très nuisible.
Il est indiscutable, en tout cas, que les effets nuisibles l'emportent sur l'effet utile.
Talamon,
In Médecine moderne, 20 janvier 1891.