‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 31 sur 287 · L.V LÉSION n'est PAS LA MALADIE · texte numérisé non relu

L.V LÉSION n'est PAS LA MALADIE

tique, ou lu môcUcalion tonique, devait ôLre employée suivant les formes de la fièvre — car on n'a pas affaire ili la pneumonie, mais à des pneumoniques.

Laissez-moi vous dire encore que cet agrégé c'était moi, suppléant Grisolle — et que vous trouveress toutes ces choses imprimées dans le premier volume de la première édition de mes Leçons cliniques en 1873 (I).

Laissez-moi vous dire enfin que le professeur d'aujourd'hui se réjouit de ce qu'avait osé dire, au grand péril de son avenir scientifique, l'agrégé d'autrefois. Cet agrégé ayant précédé l'Allemand Jurgensen (auquel en France on attribue l'honneur d'avoir réhabilité la fièvre péripneumonique), comme il a précédé les parasitistes, généralisateurs sans le savoir, qu'il remercie publiquement ici du résultat imprévu de leurs recherches.

Que nous voilà loin de cet aphorisme aussi faux que spécieux : « La lésion, c'est la maladie! » Ce fut la devise d'une école, dont je parlais tout à l'heure, qui, sous le nom d'oi'gam'cisme, a régenté la France médicale pendant près d'un demi-siècle et qui devait être renversée par ses disciples les plus avancés : le microbe devait changer tout cela.

Mais il suffisait, d'ailleurs, pour faire voir la fausseté de cette doctrine, d'observer non plus le cadavre mais la matière vivante : c'est affaire de chronologie. Est-ce que, dans la pneumonie, que je prends toujours pour exemple, la lésion précède la maladie et l'engendre? Est-ce que l'engouement du poumon précède et engendre le frisson, le trouble de toutes les fonctions, et — pour tout dire en un mot — la fièvre? Celle-ci ne précède4-elle pas, et quelquefois de longues heures, la lésion et ses signes locaux? Est-ce que, au contraire, les signes accusateurs de la lésion (malité et souffle de l'hépatisation) ne persistent pas parfois de longs jours après la cessation de la fièvre, c'est-à-dire après la cessation do la maladie?

Ainsi, d'une part, le trouble des grandes fonctions précède la lésion et disparaît avant elle; par conséquent, et chronologique-

(1) Voir tome I", les Pneumoniques, pago 737 elpassim.

ment, la maladie n'est pas la lésion mais l'engendre; c'est la fièvre péripneumonique qui fait la pneumonie — je veux dire la lésion du poumon; et l'organisme se guérit plus tôt que l'organe.

Il n'y a pas là qu'une question de doctrine n'ayant pas de sanction pratique : ce n'est pas la lésion seule que nous avons à traiter dans la pneumonie, c'est la fièvre. Et suivant que cette fièvre est légère, ou inflammatoire, ou bilieuse, ou nerveuse (adynamique ou ataxique), nous avons à varier notre thérapeutique, ainsi que je viens de vous le dire (I).

Le dogme de l'organicisme étant détruit, il nous en fallait un autre; ce fut celui de la « pathogénie ».

En effet, l'esprit humain ne se laisse pas volontiers enfermer dans le cercle visuel étroit que lui tracent ses globes oculaires. Il veut voir par delà, à l'aide des yeux de l'esprit. Aussi les médecins, mal satisfaits de la pathologie des lésions, en ont-ils imaginé la pathogéme.

La tentative pathogéniquela plus brillante de ce dernier quart de siècle a été celle de Virchow. Cet éminent médecin l'a formulée dans sa Pathologie cellulaire, œuvre considérable, qui eut un si grand et si légitime retentissement, et qui est presque oubliée de nos jours. Yirchow, vitaliste à sa façon, y fait dériver la pathologie tout entière d'une déviation vitale des cellules. Je ne vous parlerai pas ici des pages vraiment magnifiques qu'il a consacrées aux divers processus morbides et en particulier à rinflammation. Je ne veux ciler ici, et brièvement, que ce qu'il dit des tumeurs ; celles, par exemple, qu'on supposait les plus « hétérologues » ont pour lui leurs analogues dans l'organisme sain; il y a simplement ou « hétérochronie » , ou «hétérotopie», ou « hétérométrie ». Ainsi il y a hétérochronie dans les tumeurs colloïdes, l'analogue du tissu colloïde se trouvant dans la gélatine de Wharton du cordon ombilical; c'est une « aberration de temps », un tissu fœtal se développant dans un organisme adulte. L'hétérotopie est une « aberration de lieu » : ainsi la

(1) Voir tome I", page 740 el passim.

Page 1