CENT ET UNIÈME LEÇON
Les traitciiicuts des typlioïdhiuuti.
Les médications systématiques réfrigérantes.
(SUITE
2° Les médicameatations réfrigéranlcs internes, ou toxiques.
Méfaits de l'acide phénique, du sulfate do quinine îi dose massive. — Méfaits de l'antipyrine, du salicylate de soude à haute dose. — Antisepsie intestinale et bains successivement refroidis. — Comment les partisans des bains froids accommodent les statistiques. — Valeur de celles-ci.
Messieurs,
Après ceux qui essayent de refroidir par l'eau viennent ceux qui le veulent faire par des médicaments : il y a donc une médicamentation réfrigérante, laquelle ne refroidit que parce qu'elle est toxique.
Toxique, ce n'est pas moi qui le dis, ce sontles faits et ce sont plus encore, ainsi que nous Talions voir, les partisans des médications différentes ou adverses, et surtout les partisans de la médication réfrigérante par la méthode de Brand. Et il se trouve qu'ici je suis enfin de leur avis.
La médication hypotliermique ou réfrigérante, remise à la mode de nos jours, et que l'on emploie quelque temps, puis qu'on abandonne pour cause d'accident, cette médication par i'acétanilide, l'antipyrine, la kairine, la thalline, n'est réfrigérante qu'en empoisonnant. Tous ces médicaments sont des poisons, des poisons plus ou moins violents ; il en est d'eux comme du tartre stibié, qui, lui aussi, est un poison, provoquant, à certaine dose, « le choléra stibié » tel que l'individui
MÉFAITS DE l'ACIDE PHÉNIQUE. 243
atteint, je veux dire ainsi traité (le malheureux !) semble avoir le choléra indien : voix éteinte, crampes, cyanose, réfrigération et mort consécutive possible.
Qu'avez-vous donc fait? Vous avez refroidi votre malade... jusqu'à la mort.
En réalité, les médicaments introduils dans l'organisme ne sont puissants que parce qu'ils sont dangereux.
Voilà pourquoi la médication réfrigérante par l'eau froide vaut mieux que la médicamentation réfrigérante par les poisons.
Je n'ai pas sur ces médicamentations toxiques de documents personnels, m'étant toujours refusé à les employer, parce que je ne me crois pas le droit léonin de les « essayer » à titre scientifique sur les malades des hôpitaux. Je suis donc obligé de vous citer des faits empruntés à la pratique d'autrui ; et ces faits sont loin d'être rares, bien qu'il s'en faille beaucoup qu'ils soient tous connus. Je me servirai ainsi de documents que me fournissent à l'envi les médecins réfrigérateurs qui critiquent telle méthode de réfrigération pour mieux faire ressortir la valeur de celle qu'ils pratiquent.
Cependant je peux vous citer, sur le fait de la toxicité des médicamentations toxiques, microbicides et réfrigérantes, deux faits qu'il m'a été donné d'observer sans les avoir provoqués : l'un relatif à l'acide phénique, l'autre au sulfate de quinine à dose massive.
Dans le premier cas, il s'agit d'un malade, un grand imprimeur, qui touche de près au monde médical et qui était atteint de fièvre typhoïde de médiocre intensité. Un jour, je fus appelé en toute hâte, pour des accidents que l'entourage supposait, avec raison, être des plus redoutables. Le malade, très intelligent, me disait, d'une voix éteinte, « qu'il se sentait mourir » et, de fait, il ne se trompait guère : le pouls, très fréquent, était filiforme ; la peau froide donnait la sensation de celle d'un batracien ; la température axillaire était de 35»,5. Ce n'était pas d'hyperthermie pour le coup, c'était d'hypothermie que le malade allait mourir.
En présence de ces accidents, que je ne m'expliquais guère dans la période de convalescence d'un typhoïdique que j'avais Peti£U. — Clin. niéd. m ir*
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VU assez fréquemment en consultation, je ne songeai qu'à m'efforcer de réchauflei- le malade extérieurement par des cruchons d'eau chaude, intérieurement par des grogs également chauds et une bouteille d'excellent château-Margaux à donner dans le cours de quelques heures. La chaleur revint peu à peu et le malade se rétablit. Mais voici qu'à vingt-quatre heures de distance, des accidents de tout point analogues se reproduisirent avec une gravité plus grande encore; cette fois, je crus le malade perdu ; cependant, la même médication, tout hygiénique, fut de nouveau mise en œuvre et fut suivie du même succès.
C'est alors, et par hasard, que j'appris du médecin traitant qu'il faisait donner chaque jour un lavement de 1 gramme d'acide phénique, et c'est peu après l'administration de ces lavements que ces accidents s'étaient manifestés. Pendant la période d'état de la maladie, l'absorption du toxique n^avait pas eu lieu en raison même de l'état morbide de l'intestin (le côlon étant intéressé dans la maladie incontestablement, quoique à un moindre degré que l'intestin grêle) ; et c'est quand l'intestin était revenu à l'état normal que l'absorption s'était faite avec les conséquences que je viens de dire. Le malade se rétablit, mais avec lenteur, de son hypothermisation trop bien réalisée.
Dans le deuxième cas, c'est le sulfate de quinine qui fut le coupable. Un typhoïdique était très judicieusement traité par la méthode expectante, le cas étant des plus légers ; un des membres de la famille, qui « se tenait au courant de la science » par la lecture des journaux politiques et qui y avait lu que le sulfate de quinine à haute dose faisait merveille dans la fièvre typhoïde, scandalisé de voir qu'on n'employait pas cette médication pour son parent, fit appeler en consultation un médecin partisan de la médication à la mode — mode qui ne fut qu'éphémère, heureusement. — Celui-ci prescrivit 4 grammes de sulfate de quinine à prendre dans la journée; la température en fut notablement et brusquement abaissée, mais aussitôt survinrent des accidents cérébraux fort graves et un délire violent chez le malade qui n'en avait pas eu jusque-là. On n'en continua pas moins, le lendemain, la médication, qui détermina les mêmes accidents. On crut bon