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Leçons de clinique médicale v. 1

Depuis bien des années, je parle de Graves dans mes leçons cliniques; j'en recommande la lecture, je prie les élèves qui savent l'anglais de considérer cet ouvrage comme leur bréviaire; je dis et je répète que, de toutes les œuvres pratiques publiées dans notre siècle, je n'en connais pas de plus utile, de plus intelligente; et j'ai toujours regretté que les Leçons cliniques du grand praticien de Dublin n'eussent pas été traduites dans notre langue.

Professeur de clinique dans la Faculté de médecine de Paris, j'ai sans cesse lu et relu l'œuvre de Graves; je m'en suis ins[)iré dans mon enseignement: j ai essayé de T imiter dans le livre que j'ai publié moi-même sur la clinique de THÙtel-Dieu; et encore aujourd'hui, bien que je sache presque par cœur tout ce qu'a écrit le professeur de Dublin, je ne puis m'empêcher de relire constamment un livre qui ne quitte jamais mon bureau.

ir INTRODUCTION.

Graves est un médecin érudit : si riche de son propre fonds, il puise sans cesse dans les œuvres de ses conteniporains, et à chaque page il met à contribution les travaux des médecins allemands et français. Quoique clinicien, il aime les sciences accessoires ; on le voit fréquemment recourir à la physiologie, dans le domaine de laquelle il fait volontiers des excursions; k la chimie, qu il connaît, qu'il apprécie à sa juste valeur, et à laquelle il accorde une part légitime. 11 me rappelle souvent le plus grand clinicien de notre époque, Pierre Bretonneau, physiologiste habile, chimiste distingué, savant botaniste, naturaliste érninent, qui sans cesse, au milieu des cours et des causeries de l'hôpital de Tours, trouvait dans toutes ces sciences accessoires qu'il possédait si bien, ces notions utiles, ces aperçus ingénieux, qu'il appliquait ensuite avec un rare bonheur, à l'étude (le notre art.

Dirai-je maintenant quelles sont, dans l'œuvre de Graves, les leçons les plus remarquables et les plus importantes? Je devrais, pour être juste, les signaler toutes successivement : il n'en est pas une, en effet, qui ne soit féconde en déductions pratiques; il n'en est pas une qui ne porte lempreinte de cette admirable et puissante faculté d'ol)servation qui dislingue entre tous le médecin de Meath Hospital. Les leçons sur la scarlatine, sur la paralysie, sur les affections pulmonaires, sur la toux, sur la céphalalgie, ont acquis une célébrité européenne, et rintérêt qu'elles inspirent à tout lecteur attentif en est assurément le meilleur panégyrique.

11 est deux points toutefois qu'il importe de mettre en lunuère.

Graves a consacré un grand nombre de leçons au typhus fever, qui décime si cruellement la malheureuse Irlande. On

diocre importance pour nous, méilecins iVançais,'*qui heureusemeul n'avons pointa lutter contre cette redoutable maladie; ce serait une erreur. Tous les préceptes de l'auteur sur le traitement de cette pyrexie s'appliquent si bien aux formes graves de notre fièvre typhoïde, que Ton consultera avec le plus grand fruit ce travail considérable; de plus, les principes lelatifs au régime sont devenus le guide des praticiens de tous les pays : ce sont eux qui nous dirigent aujourd'hui dans le traitement de la fièvre putride. Et pourtant, lorsqu'il professait la nécessité de l'alimentation dans les pyrexies à longues périodes, le médecin de Dublin, seul contre tous, battait en brèche une opinion qui paraissait justifiée par la pratique de tous les siècles; car la diète absolue était alors regardée comme une condition indispensable dans le traitement des fièvres. N'eût-il rendu d'autre service que de transformer complètement sur ce point la pratique médicale, Graves eftt par cela seul acquis des droits imprescriptibles à notre reconnaissance. D'un autre côté, je ne saurais assez recommander la lecture des leçons qui traitent de la paralysie ; elles renferment toute une doctrine, et cette doctrine a définitivement triomphé. Les paralysies sympathiques de Whytt et de Prochaska ont aujourd'hui leur place marquée dans la science, sous le nom beaucoup plus physiologique de paralysies réflexes^ et le professeur de Dublin est le premier qui en a étudié avec exactitude les conditions étiologiques, comme il est le premier qui en a fait connaître le processus pathogénique. Devançant de plusieurs années les admirables travaux de Marshall-Hall, il a compris, il a vu que des impressions périphériques anomales peuvent retentir sur un segment quelconque de la moelle, et déterminer à distance des troubles du mouvement ou de la sensibihté; il a créé, en un mot, la classe des paralysies périphériques ou

IV IMKODLCTION.

réflexes, el il a clairement établi les relations qui existent entre ces paralysies et les maladies aiguës. Malheureusement ces leçons remarquables sont restées lettres closes pour la généralité des médecins français; mais il est temps de rendre au médecin de Meatb Hospital la justice qui lui est due : il faut qu'on sache que Graves est le créateur de cette doctrine nouvelle qui a profondément modifié, depuis quelques années, la pathologie du système nerveux; il convient enfin de rapporter à son véritable auteur la conception si féconde des paralysies el des convulsions d'origine périphérique.

Vous avez donc fait, monsieur, une œuvre très utile, en publiant les leçons <le Graves; vous avez rendu un grand service, sinon aux commençants, qui n'y trouveront peut-être pas les notions élémentaires qui leur sont nécessaires, du moins aux médecins, qui ont besoin de connaître ces raisons d'instinct et d'intelligence par lesquelles ils doivent se laisser diriger dans les sentiers si difficiles de la pratique; qui ont besoin surtout d'assister aux hésitations, aux embarras, aux perplexités qui troublent l'homme consciencieux, lorsqu'il est aux prises avec ces cas obscurs qui se présentent si fréquemment dans un service d'hôpital.

Graves est souvent empirique : quel vrai clinicien peut s'empêcher de l'être ! Mais il ne l'est qu'à son corps défendant; il cherche, il indique les raisons qui le déterminent; il les discute, et il conduit pas à pas ses élèves, de la théorie parfois trop ingénieuse, à l'application toujours utile el souvent inexpliquée.

Graves est un thérapeutiste plein de ressources. Pour la plupart des médecins français, ses médications ont quelque chose d'insolite, parce que les agents qu'il met en œuvre sont

dans ses leçons la médecine de uos voisins d'outre-iner, médecine étrange pour nous, comme la nôtre l'est pour eux; nous y apprenons à connaître les méthodes les plus accréditées dans le royaume uni, et les remèdes que nos confrères d'Angleterre manient le plus volontiers.

Je vous avouerai franchement que j'avais peine a accepter, malgré l'imposante autorité de Graves, ce qu'il nous disait de l'influence de certains moyens, tels que les mercuriaux, l'essence de térébenthine, les spiritueux, le nitrate d'argent, etc. Mais le praticien de Dublin parle avec tant de conviction, que je me suis laissé aller à suivre ses préceptes, et je dois dire que mes premiers essais m'ont bien vite encouragé à adopter sans réserve ce que je n'acceptais d'abord qu'avec déflance. II n'y a pas de jour que, dans ma pratique, je ne mette en œuvre quelques-unes des méthodes de traitement que Graves excelle à décrire avec la minutie du vrai praticien, et pas de jour que, dans le fond de ma conscience, je ne remercie le médecin de Dublin des enseignements qu'il m'a donnés.

Graves est, à mon sens, un clinicien complet. Observateur attentif, savant profond, artiste ingénieux, thérapeutiste habile, il fait aimer l'art dont il agrandit le domaine; il fait aimer la pratique qu'il rend plus utile et plus féconde.

Nous vous devrons donc tous beaucoup, mon cher confrèie, puisque vous nous aurez rendu familier un auteur malheureu-

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