‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 2 sur 123 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

DB L'ENSEIQlVEnENT CLINIQUE.

Objet des éludes dans les hôpitaux. — Importance de Tétude des maladies chroniques. — Clinique d'Edimbourg. — Clinique française. — Clinique allemande. — Sa supériorité. — Méthode adoptée par Tauteur.— Enseignement défedueux de Tuniversité de Londres.

Messieurs,

Avant (le procéder à Texamen des malades qui se trouvent actuellement dans nos salles, je crois devoir vous exposer la méthode d'enseignement que j'ai Tintention d'adopter. Déjà vous avez appris ailleurs les principes qui constituent la base des éludes médicales , et vous êtes maintenant à même de vous faire une idée exacte de Tutilité de la fréquentation des hôpitaux, et du but spécial que vous devez y poursuivre. Vous venez ici pour convertir en connaissances pratiques les notions toutes théoriques que vous avez acquises, pour observer directement les phénomènes morbides que les livres seuls vous ont (ait connaître ; vous venez ici pour apprendre à distinguer ces symptômes , h en apprécier la valeur et l'importance relatives, pour constater les rapports qu'ils présentent avec les lésions des organes internes; vous venez enfin étudier l'art de soulajçer vos malades par l'heureux emploi d'une médication appropriée.

1 oc «SfiiT 4

'2 r.Li.Mi.ni. iif;i>ir.Ar.K.

TetHsuiil, tiieïsMeui-â, lus difféiûnts objets auxqui^ls vous ileve allacher ; plus iU Kunt nombreux el importants, |ilus esl grande ponsabililé de vos prolessciirs de clinique; plui> serait granil a blAme qui rejaillimit sur vous, si vous négligiez les moyens d'étu cet hâpital met à votre disposition.

(iuelquf s brandies de la médecine peuvent être étudiées à des é| régolièrernent dèt«-minées à l'avance. C'est ainsi qu'une période études est parliculièrenieiil consacrée à l'anatomii'. une autre il i»ie,lflndisqu"uiie troisième iloit être spécialement réservée à la i médicale. Il n'en est point ainsi de la clinique : dès le début et tout le cours de suii éducation mi>(licale, l'élève doit s'attacher dier la maiciie et les symptàmcs des maladies, il doit se livre persévérance à l'observation quotidienne des malades.

La nature de l'esprit humain est telle, que sou éducation, en eoiveme les connaissances pratiques, ne peut élre que ^'raduc peut voir quelques hommes vonés ii l'élude des matliématiqi d'autres sciences abstraites, devenir si rapidement des maîtres bout d'une année ils laissont liien loin derrière eux ceux qui précédés dans la carrière; il peut en être de même quant à la mi théorique: mais lamédecinepralique implique l'observation délai or, celle-ci ne peut mener à bonne lin ses opérations qu'avec le s du temps, et c'est <'ii vain que celui qui di^ire en étudier la n prétendrait substituer à cet élément son génie, ou son activité ] nelle. Quelles que soient donc- ailleurs vos occupations, qucll soient les études ausquelles vous vous «uisacriez, n'oubliez pas portion de chaque jour doit être réservi>e à la visite des hâpilni en effet, l'élève a l'avantage de recevoir les leçons des prnlicieni rimentés. Sagement établi et sulli-^ammeul vaste, un hôpital re toutes tes conditions d'étude ilésinibles, ctponrlanl,Jeledisavec les progrès de l'étudiant sont rarement en nip|iorl avec la riche ressources dont il dispose. D'un provient un si l'âcheux résultat' ment peut-il se taire que beaucoup di' ji'inies gens t'réquenteri nellement les hôpitaux pendant des iiunées entières , sans aug notablement leurs conn»i^sances pratiques? Deux ordres de peuvent rendre compte de ce l'ait : chez l'élève, un défaut d'aplit d'attention ; chez le professeur, l'emploi d'une niélhode d'enseigi peu judicieuse : examinons donc avec plus de détails les erreui quelles ils sont l'un el l'autre exposés.

Un grand nondire d'ctudianls si'niiili'tii pi'ii ou point péuélrt

I>J. r. EXSEIC.NliMtM' CLINinLK. 3

(lilTiculkMju'il } a àdcu'iiit' un bon priilicioti, et pliisiuui-s immissent 116 point s'inquiéter h l'avauce tle la (trave cl terrible rexpnnsabiiilé qui pèsera sur eux lursque, livrés» la pratique, ils nuront charge de vie; ce sont ces mêmes hommes qui ouLilient si l'réquemment la gravité et le ilécorum, ilonl ne (loi vt'nt jamais eeilépariir ceux (|ui visitent les mnlades. Les jeuDe» gens de ce caractère tréquenlenl trcs régulièrement les tjdpitaux, ou plutôt ils viennent s'y jiivmener nvec la plus grande exactitude. Mais c'e^t en critiques et non point en élèves qu'ils apparaissent BU milieu de nous ; ils veulent piirler et non point écouteV ; l'bûpital est pour eux un lieu <le r<'>crénlioti bien plus encore qu'un centre d'instruction. Je suis heureux de pouvoir ajouter que de tels élèves sont peu nombreux ici ; cet hôpital, en efTel, ne confère aiicuA titre spécial, et il ne présente aucun allraiten dehors des connaissances qu'on peut y ncqnérir (1).

Parmi ceux qui désirent réellement s'instruire dans leur art, un gmnd nombre échouent et se trouvent au dépourvu quand leurs éludes sont finies : chez queiques-uns, l'insuccès dépend du développement inauHi' sant des l'acullés intellectuelles, mais chez lu plupart il doit être rapporté à une mauvaise direction des éludes. Ainsi, des élèves, et j'en ar connu bon nombre, étudient avec un zèle et un goût manil'estes la marche et le traitement des maladies aiguës, mais ils accordent à peine quelque attention aux maladies chroniques. Cette prédilection n'est pas d'ailleurs le propre tles jeunes (tens; les professeurs, les auteurs, la partagent également, et en fiiil, nous voyons les maladies aiguës formelle sujet l'avori des leçons cliniques, et occuper la plus large part dans la litlérature mérlicale. La raison un est lacile à saisir. Si nous comparons, en etfet, la marche de ces maladies, comme les lièvres et les plilegmasies, il celle des ulfections chroniques, nous veirons <}ue les premières présentent dans leur début, leur ascension et leur déclin, une régularité telle, que leurs phases peuvent être exaclempiil annoncées

(I) Dapuls que ceci a è\é écril. le HeaLh Hotpilul aélé pendaiil quelques minéeg un bApiUI privilégié. Celle (|ualil^, prix tle la parciM, nous a élé récemment enlevée, ci je Oie réjouit coidiBlement de ce que cet établiisenieDl et d'.iutrei icmbliblei aicDl cessé de cuDBtiluer une sotie il'uiiyarctiic favorisée, aux dtpenn de* lidpitaux moiiia ïMtes lie celle «ille : loul nioiio|iol6 ne peul que relarder l'avancenient de la science, el je ne vois pas pour quelle laitoii un 1iiJ[iilalde ôO lils sérail inférieur û celui Je 100. I^e n'eal paa !• qiuuilité Un malades qui rail l'ulililù de« lecun» du protai*enr : l'aetivilé, une Dliaertatinu nilenlivp, telles mnl le> mrill<'i>rei> trnraiities pour rinslnietkwi

et leurs terminaisons prédites ; aussi pouvons-nous non-seulement porter un pronostic certain, mais obtenir un soulagement, qui résulte évidemment ici des moyens thérapeutiques: l'autorité du médecin s*en trouve augmentée aussi bien que la considération pour Tart médi* cal. Est-il besoin de rappeler notre satisfaction lorsque nous arrêtons par la saignée les progrès de la pneumonie, lorsque nous voyons céder le delirium (remens à Temploi de Topium ?

Il en est bien autrement dans les maladies chroniques. Généralement obscures, insidieuses et irrégulières dans leur début, constamment incertaines dans leur terminaison, passant fréquemment d'un organe à un autre, elles produisent des symptômes imprévus et anormaux, et intéressent successivement dans leur marche destructive tous les tissus du corps. En raison même de leur longue durée, elles sont plus directement soumises aux influences physiques et morales qui peuvent se faire sentir sur le corps ou l'esprit ; elles sont, en un mot, sous la dépendance plus immédiate du temps, qui est le père de la mort. Pour le traitement de telles maladies, il faut le jugement le plus droit uni à la patience la plus grande; ce n'est point ici le cas de songer aux remèdes héroïques, et le médecin ne doit attendre de ses efforts persévérants aucun de ces avantages rapides, qui lui font honneur dans les affections aiguës; il doit toujours se souvenir qu'à une maladie à marche chronique il faut opposer des remèdes à action prolongée.

Celte partie si difficile de la médecine ne réclame certes pas la moins grande part de votre attention, et vous attacherez plus d'imporlanee encore à ce sujet, si vous remarquez que la connaissance des maladies chroniques est également essentielle au chirurgien, puisque les individus qui en sont atteints n'en restent pas moins exposés à tous les accidents, qui sont du domaine spécial de la chirurgie (1).

Beaucoup d'élèves commettent une faute d'un autre {^enro: au lieu d'étudier les maladies les plus communes , et par cela môme les plus importantes, ils ont un goût tout particulier pour les cas rares et singuliers, comme si leur but unique était d'amasser des matériaux pour satisfaire leur curiosité médicale. Laissez-moi vous mettre en garde contre cette façon d'employer votre temps; elle peut être intéressante, mais elle est assurément sans profit. Ne vous laissez donc point égarer

(1) A l'époque où celle leçon a été faite, on n'avait point encore complètement renoncé à ce système absurde qui réparait l'élude de la l'Iiirurj^ie de celle de la médecine. fl/ArTFJR.)

DE L EhSEIGKEMENT CLINIQUE, 5

pai' ceux qui prélërenl lus satisl'actions d'une vainc curiosité à l'élude laborieuse des maladies vulgaires.

Les étudiants ne doivent pas chercher à observer chaque jour un grand nombre de malades; ils ne doivent avoir d'autre but que d'éludier un petit nombre de eas avec soin et avec attention ; il faut en outre qu'ils s'exercent avec zèle à prendre de bonnes observations. Ce n'est pas là l'œuvre d'un jour ; cette aptitude ne peut s'acquérir que graduellement. D'ailleursellcn'est jamais le résultat du talent seul, elle est la récompense certained'un travail soutenu, d'une activité patiente. Vous devez vous efforcer d'avoir des observations complètes en même temps qu'exactes : suivez chiique cas, lorsque cela est possible, (lepuissondébut jusqu'à sa terminaison; celle-ci sera souvent, en effet, et la meilleure explication des symptrtmos antérieurs, et le meilleur commentaire du traitement. Si le temps me le permettait, je vous signalerais bien d'autres erreurs capables de frapper vos études de stérilité, mais je dois quitter l'élÈve pour le maître, et m'arréler sur l'imperfin;lion des moyens d'enseignement.

i'ai eu l'occasion d'étudier atlnnlivement trois méthodes diiïércntes d'enseignement clinique. La première est pratiquée à Edimbourg et à Dublin. J'exposerai devant vous celle d'Edimbourg, puisque l'école de médecine de cette ville est de beaucoup ta plus célèbre entre les écoles anglaises, et qu'elle a toujours été la plus fréquentée par les étrangers (1). Deux internes [clinical clerks] sont choisis par le médecin parmi lesélèves les plus anciens; l'un est attaché aux salles d'hommes, l'autre aux salles de femmes. 1 Is ont pour fonctions de rédiger l'observation exacte de chaque malade, de faire connaître les elTetsdes médicaments, de noter les phénomènes qui surviennent entre deux visites. Tout cela est généralement accompli avec zèle et exactitude. Le malin, le médecin s'arrête h chaque lit, et après avoir entendu les renseignements de son interne, il examine le malade en l'interrogeant à haute voix. L'interne répèle les réponses également a haute voix, afin que tout l'auditoire soit au courant de ce qui se passe. Mais, en vérité, lorsque la i'uule des assistants est considérable, ce n'est pas là une lAclie facile j il faudrait une voix destentor pour faire entendre aux élèves les plus éloignés lu conversation qui a eu lieu entre le médecin et le malade; d'un autre cété, rimpu^sibiillé de voir oblige tous ceux qui ue sont pas

(I) Ja parle de l'itok J'Éilimbourg telle l|1i'i^11c élail cii 1SI9, lorsque j'en cUis

8 CUNIQUE MÉDICALE.

leur éducation, les années ne font qu'augmenter leur entét< qu'accroître leur aveuglement sur les résultats de leur pratique, exemples ne sont que trop nombreux dans toutes les branc notre profession. Ne voyons-nous pas des praticiens, des chirui des pharmaciens qui réalisent cette description, porter cependa toute leur personne l'empreinte du contentement, et jouir d'une lente réputation parmi leurs clients? Croyez-moi, messieurs, les latans qui couvrent nos murs de leurs al&ches vendent annuell moins de poison que n'en distribuent par leurs prescriptions nos ciens patentés et routiniers. Et pourtant la science médicale fait c jour des progrès, et les traités pratiques vont se multipliant. Poi donc la société est-elle ainsi dévastée ? Beaucoup de circons concourent à produire cet effet ; mais la plus intluente est sans coi celle que je vous ai signalée, je veux dire un système d'inslructii nique radicalement faux, parce qu'il ne comporte pas lenseign (le la pratique médicale. Ëxiste-t-il une profession, un art, ou un commerce que Ton puisse aborder, à moins d'être insensé, sy fonds suffisant de connaissances pratiques ? Mais en voilà assez triste sujet. Je vais vous exposer maintenant les systèmes en vi dans d'autres pays, et examiner avec vous jusqu'à quel point ils raient être introduits ici (1).

I^a méthode d'enseignement clinique usitée en France se rapj beaucoup de celle que nous avons déjà décrite ; elle comporte do mêmes avantages et les mêmes défauts. Cependant, dans les hô| français, on ne dicte pas de rapport aux internes, et l'on prend p soin pour exposer au lit du malade les symptômes et la marc chaque cas : en fait, ces explications répondent directement au 1 la clinique et le remplissent complètement ; elles donnent desrés avantageux, et ce procédé mérite, à tous égards, d'être imité. 11 ép l'embarras et l'incertitude d'une description circonstanciée etdét

(1) Puisque la vérité m'oblige à faire connaître une faute parlai gée par loi écoles de la Grande-Bretagne, je veux au moins signaler les avantages que celle i bourg offre, sous d'autres rapports, aux étudiants : ils voient autour d'eux tant d'à tant d'empressement, tant de zèle, qu'ils peuvent difficilement résister à l'impul; beaucoup apprennent à penser et à travailler, qui avaient été jusque*là de véi paresseux. Tel était l'état des choses il y a peu d'années encore; mais que pour dire aujourd'hui en faveur d'une université qui a pour professeur de chimie un seur de magnétisme animal, et pour professeur de pathologie un honiœopathc lequel n'a pas craint de publier un livre pour prouver la vérité de son système, < promulguer la doctrine ridicule de celte secte de charialans. (L'Auteu

lit L l:^SElG^EME^T climijcl. 9

puLS<iu'oii pont se reporter tiirectemcnt au sujet qui est en question ; le proFesseur n'a besoin que d'un léger effort pour maintenir l'atlention de l'élève, et celui-ci, forcé d'examiner chaque malade, fnit une ample moisson d'idées nouvelles. Il est vrai que lu dur eu delà visite se trouve ainsi accrue, et en Italie, où le même système est appliqué, il n'est pjis rare de voir Tommasini employer, !e matin, plus de deux heures pour huit ou dix tils, sans préjudice de la visite du soir ; mais l'importance de cet enseignement est si grande, que les professeurs doivent se résigner à être laborieux et fi reenurir à tous les moyens possibles pour inculquer à l'élève des idées claires et nettes sur chaque cas. De cette façon, d'ailleurs, l'tittentionn'estpuint distraite par la succession rapide d'un grand nombre de malades, et les questions f|ue dicte une louable curiosilé ne sont pinrit suspendues par la contenance irritée ou la réponse incivile du professeur (1).

Bien que la clinique française présente une supériorité évidente sur lauAtre, elle est néanmoins passible de la même objection : l'éludiant n'est pas mis à même de se former à ta pratique de son art. Mais ce n'est pas tout ; et quoique je n'aie nullement l'intention d'enlonner un hymne en faveur de l'humanité soutirante, je ne puis passer sous silence un autre inconvénient de la méthode. Je ne puis m'empédier de penser que l'on n'a |>as le droit de parler d'un malade en sa présence, et dans son propre lang.ige, et qu'il est pour le moins cruel de déclarer tout haut (ce qui doit être une conséquence fréquente du système) que la maladie est incurable. Pendant que le médecin faisait ainsi sa le^on, j'ai bien souvent observé la ligure paie et défaite du patient ; je l'ai vu prêter une oreille attentive itu récil de ses souffrances présentes et passées, je l'ai vu tomber dans un proiond désespoir lorsque le pronostic fatal arrivait jusqu'à lui. Je le répète, il est cruel d'enlever au malade son seul soutien; il est impitoyable de lui Ater l'espérance, la seule consolation de ses longues et douloureuses veilles. Aufsi ne devonsiious jamais nous permettre aucune expression capable d'ajouter aux souffrancesdu patient le poids de l'inquiétude et delà terreur. Prenouii

(I) Soui ce rapport, noi médecins cl chirurgiens d'hâpitaux ont beaucoup gn^nidepuiE 1821 . Je mis porte à croire que cette amélioration résulle non pas d'un cliangemenl valontsire. mais de la crainLe snlutaîre d'un châtiment public infligé par Ja preMe médîcalB ; cepeudanL beaucoup reale encore a faire : l'inlluence du dernier siècle, en elTet, n'a puiiil entièrement cessé, et il reste parmi nous bien des retardataires r|uj regrettent ces temps ari^ioi'ratirLues où un abimc iiirmnchissable scparait l'élévu do tan niailrc. (L'Autkih.)

doncausyslèiuulVaiiçais ce qu'il a de rcelleiiiuiituûli.', mais conii^tuiii en l'imperreclion évidente un uuus servuiil ila la langue laliiiu, loi-iqu nous sommes contraints à tiueique observation alarmante (i). L'bu inanité constitue l'un des plus irti|iortBnts devoirs ducliirurglun etdi médecin; maisici, commedans les autres parties de notre art, l'élève doi être instruit autant par l'exemple que par les préceptes de ses maîtres.

Ne l'oublions pas, messieurs, je parle des liopiluux de l'Irlande, el non pasdeceux de la France; saul, en etfet, l'exception déjà signalée la coniluite des médecins Trançais est à tous l'gurds digne d'éloges. Vous ue les entendez point user, envers leurs malades des lidpiiaux, d'expressions grossières, dures et même triviales; vous ne les trouvez point pourvus de deux vocabulaires, l'un pour le riclie, l'autre pour le pauvre ('2). Plus «lu'uucmiu autre, la profession méilicale exige U culture et la mise en pratique des meilleurs sentiments île la nature humaine. LesétudesanaLomiques nous contraignent à faire violenceà nos instincts naturels, nous obligeiit à rompre avec nos penchants les plus intimes. Eli bien! redoublons d'ellbrts et de vigilance pour uuui> l'orti^er dans les sentiments les plus élevés, pour atl'ermir et accroître iios affections sociales ; et si alors nous sommes accusés <le inanquer de respect envers les mûris, imns pourrons, du moins, réponilre à l'accusation par notre humanité envers les vivants

Hais revenons à notre sujet. 1.^ troisième inéthoile d'enseignement chnique est celle qui est généralement adoptée en Allemagne; elle joint aux moyens d'avancement oITerls par les systèmes rrauçais el anglais

(t) ('elle règle a été de tout temps obsEtviïu en Allemagne, nù les méileeini sp, font d'iilleuri remaïquer par leur zèle et leur humanilé. En ilalie, profcsieurs et élevée loiil liien moins scrupuleux. Ainti le doclsur Clarté rapporte qu'il a entendu a Bologne un pruresHur de clinique expoaer taules lei particularité» d'un cas de phtliiiie pulmonaire, en prétence du sujet inléresié ; une autre fois, dans le mfuie lidpïtal. il a vu une femme, atteinte d'un cancer de l'ulén», fondre en larmes eu entendant le compte rendu détaillé de sa maladie. iL'AuTGttB.)

Le reproclie qu'adresse ici le profe;sRur de Ilublin aux médecins français est aujourd'hui dénué de tout rondement. Les leçons climijuas ont lieu ii l'amphilliéâtre, el il n'est pas un chef de service qui ne se fasse une loi d'enlployer uniquement les nunif •cientiriques, lorsqu'il veut désigner à ses élèves, en présence du malnde, ralTeclion dont celui-ci est atteint. (>'ole du TuAUtCTEtiR.)

(2) A l'époque où je Ils celte leçon, ceL abus était vraiment par trop fréquent ; et nous pouvons croire que ta génération précédente a eu d'nnlres travers bien plus grands encore. La mort, le plus puissant des réformateurs, a déjà écarté de In scène quelquesuni des principaux acteurs : mais ici, comme en bien d'autres circonstances, elle a rlé, je pense, injustement blâmée. (L'AuiEia.)

DU 1,'l;NâLll;^EMKN't IlLIMlJLf^. Il

l'iiVHiilH^e dfi doiiimi' aux élèves les plu» avHix^s Ih riisponsubilité du Boiii des mnludes, suu» la surveillance du médecin.

L'iin{)orUiiicn de l'ensei^nemenl clinique est si bien romprise en Allemagne, que clia(|ueécole possède troisc1irii<tues médicales distinuteb; deld, la division du Iravnil enlre plusieurs protesseurti, et une diminution duiis le nombre d'étudiante qui leur xont respectivement nltachés. Il existe un service de clinique pour les maladies iiiguës, un autre pour les maladies cliroiiiques; le troisième est consHcrù nu triiilement des malades externes. Les élèves i'onnenl deux classes : les pluj avancés sont chargés du soin des malades; les plusjeunes observent et écoutent. Lorsqu'un malade est admis à l'hi)|>itRl, un des élèves- praticiens est chargé d'en recueillir l'observation , et de lire, Im's de la visite du médecin, les noies qu'il ii prises sur lu début, la marche et l'étal actuel de t'alfection. Tout cel:i se fait uu lit du malade, et avant de le ({uiller. te inédecin centrale par lui-même tous les renseignements qui lui ont i-U) donnés. Après un examen approfondi de tous les cjis nouveaux, on se rend dans la salle dus leçons, et IVm niinrt au professeur la li-ilc des malades et des êlèves-pniliciens. Les cntranlsdu jour l'ont d'abord l'objet de la leçon, et les élèves, interrogés uniquemcnl sur les malades contiés il leurs soins particuliers, exposeuL la nature de la maladie, sa terminaison probable et la meilleure méthode de traitement. Le diagnostic et les moyens thérapeutiques proposés sont soumis h l'apprévidtion du professeur, qui corrige ce (|ui lui semble nrroné ; l'élève se retire ensuite {>our écrire ses prescriptions, tandis que le même examen se répète à propos des autres malades. A la lin de la séance, les prescriptions écrites sont lues à haute voix par le professeur, qui les commente avec soin et en signale non-seulement l'iiioxactilude, mais aussiledétaut d'élégance. Ainsi revues et corrigées, les ordonnances sont signées par le médecin, et remises nn pharmacien chargé de les exécuter. Dans quelques cliniques le prix de chaque médicament est indiqué sur le vase qui le lenTerme, atlii que les élèves puissent évaluer leurs différentes prescriptions, et soient ninsi misa même de proportionner, autant que possible, dans leur pratique privée, le prix des remèdes à la position des malades. Les mêmes principes dirigent la clinique des malades citernes ; ceux qui peuvent se déplacer .sontexaminés au dispensaire, ceux qui ne peuvent pas quitter leur demeure sont visités par les élèves les plus avancés, qui doivent demander l'avis du professeur, lorsque le cas est urgent ou te traitement douteux.

On ne saurait, messieurs, concevoir de meilleure méthode pour l'a-

12 CUNIQUE MÉDICALE.

vancement des étudiants, qu'ils soient commençants ou déjà avancés cette délibération quotidienne, cette discussion sur la nature et le irai tement de chaque cas est particulièrement intéressante, en ce qu'ell accoutume le commençant à procéder avec attention dans un examen en ce qu'elle lui enseigne à interroger lui-môme la nature, à apprendn l'histoire et le traitement des maladies, non d'après les livres ou les descriptions d'autrui, mais d'après l'observation directe. Quant à Tu* tilité de la méthode pour les élèves-praticiens, elle est trop évidente pour avoir besoin de commentaires : obligés de justifier chaque traitement qu'ils proposent, ils sont rompus à uu diagnostic rigoureux et raisonné; jouissant en outre du plus grand de tous les avantages^ à savoir, du redressement immédiat de leurs erreurs, ils abordent la pratique privée avec un acquis suffisant pour être à Tabri de toute faute vraiment sérieuse.

Des leçons cliniques régulières ne sont évidemment point nécessaires dans la méthode allemande, puisque l'élève est parfaitement au courant des idées du médecin sur chaque malade, et qu'on n'adopte aucun plan de traitement, sans en raisonner préalablement Tindication. C'est là l'idéal d'une leçon clinique. Les élèves voient disparaître leurs doutes, corrigent leurs vues erronées, et le professeur est à même de signaler, à mesure que la maladie progresse, tout ce qui peut en révéler la véritable nature.

Onze ans se sont écoulés depuis l'époque où je prononçais ces paroles, et c'est avec plus d'insistance encore que je recommande l'enseignement clinique usité en Allemagne. Depuis que j'ai été allaché à l'hôpital de Meath, j'ai eu de nombreuses occasions d'en observer les bonselfels; chaque aimée m'a apporté de nouvelles preuves en sa faveur. VA pourtant ce système a rencontré d'abord une vive opposition, et son introduction parmi nous a été ridiculisée autant que possible; c'est à peine si aujourd'hui même les partisans de celte méthode sont aussi nombreux qu'ils devraient l'être. Quelques hommes à l'esprit étroit s'y opposent encore, et leur opinion trouve malheureusement trop de crédit parmi les élèves.

Je me souviens encore d'une année où je n'eus dans mon service que deux élèves-praticiens; mais je ne me laissai point aller au découragement, et bien m'en prit; car quoique les services soient très nombreux dans cet hôpital, je doute fort qu'aucun des médecins qui en sont sortis se soit jamais élevé au-dessus de ces deux élèves d'alors, le docteur Townsend et le docteur Stokes.

DB l'enseignement CLINIQUE. 13

Depuis que ce dernier est devenu mon collègue, il a déployé un zèle infatigable pour travailler avec moi à Tinstruction des élèves deMeath Hospilal, et il se joint à moi, j'en suis certain, pour témoigner de la joie que nous avons ressentie en voyant nos efforts couronnés de succès, en constatant que chaque année amène sous notre direction immédiate quelques élèves dont le travail, le zèle et les qualités morales méritent notre approbation la plus complète. Déjà plusieurs d'entre eux se sont distingués, et ils seront constamment l'objet de nos vœux les plus chefs.

11 y a aujourd'hui vingt-six ans que cette leçon a été Faite dans le vieil hôpital de Meath, et mon expérience, pendant cette longue période, a amplement justifié mes assertions d'alors. Mais je le dis ayec regret, c'est en vain que mes opinions ont trouvé du crédit dans cette ville, c'est en vain qu'elles ont été répandues au dehors, elles n'ont pu ame-* ner aucune modification dans le mode d'enseignement qui est adopté dans les écoles du royaume uni. Bien plus, l'éducation médicale, loin de marcher dans la voie du progrès, a positivement rétrogradé. Cette assertion paraîtra paradoxale, peut-être même incroyable, surtout si l'on songe au grand nombre de chaires, d'universités et d'écoles nouvelles qui ont été fondées depuis 1821. Mais si nous examinons attentivement l'enseignement donné dans la première et la plus récente de ces écoles, celle de l'université de Londres; si nous tenons compte, d'autre part, des conditions de l'admissibilité, il deviendra évident pour nous qu'une très faible partie du temps et du travail de l'étudiant est consacrée à l'étude des maladies et de leur traitement, à moins cependant que nous ne consentions à regarder comme autant d'éléments indispensables le grec et le latin, les mathématiques et l'algèbre, la physique et l'optique, la botanique et la chimie. Il est clair à priori que celte multiplicité d'objets devient pou'r l'élève un motif de distraction, et l'expérience que j'ai acquise depuis nombre d'années m'a pleinement démontré l'infériorité actuelle des études médicales pratiques. Je ne veux point dire par là que les étudiants reçoivent moins de leçons cliniques, ou consacrent moins de temps à l'hôpital; mais on peut affirmer hardiment quececju'ils entendent dans leurs leçons, que cequ'ils voient dans les hôpitaux les frappe beaucoup moins qu'autrefois, et excite bien moins leur attention. Et cela se conçoit aisément; leurs occupations sont si nombreuses, qu'ils passent incessamment de l'une à l'autre, et que le temps leur manque pour réfléchir utilement et sérieusement aux malades qu'ils ont vus. •

1b CLINIQLK MÉDICALE.

A Edimbourg, la contereation des élèves roule pour ainsi dire e: olusivenhent sur les malades de la clinique, sur la nature de leai affections et sur les effets du traitement auquel on les soumet ; de là de sujets toujours nouveaux de discussions utiles, qui ramènent sans cess les esprits à l'observation de la nature. Telle était Técole d*Ëdimboar( en 1819; ce qu'elle est aujourd'hui, je ne puis le dire; mais si, oontN mon attente, elle a dégénéré, il faut attribuer cette décadence à l'abandon de l'ancien système d'enseignement, et non pas à Tincurie des professeurs ; ils consacrent en effet à l'avancement de la science médicale une ardeur infatigable, et obtiennent ainsi des résultats remarquables que ne désavouerait certes pas l'époque qui les a précédés.

Mais lorsqu'on dirige successivement l'attention des élèves sur un si grand nombre de sujets intéressants, on ne peut vraiment pas espérer qu'ils réserveront toujours la première place aux études pratiques. Tout porleà croire, au contraire, qu'ils gaspilleront sans profit l'énergie de leur esprit dans les expériences attrayantes de la chimie, dans les théories de l'électricité, du magnétisme ou de la lumière polarisée, laissant ainsi de côlé l'étude, moins séduisante, mais bien autrement nécessaire, des maladies et de leur traitement. Les progrès qu'ont faits dans ces dernières années les sciences dites accessoires rendent en réalité fort improbable l'avancement de la pratique ; il est même douteux que l'élève atteigne dorénavant le véritable but de ses travaux, puisqu'il eu est incessamment détourné par une foule d'études moins importantes qu'on lui signale comme indispensables. Je reviendrai sur ce point dans ma prochaine leçon ; mais je suis heureux, en terminant celle-ci, d'ajouter que mes vues sur l'éducation médicale ont été répandues au loin par l'habile éditeur du Médical Gazette^ qui a bien voulu consacrer à leur défense plusieurs articles importants ; je ne doute point, pour ma part, qu'ils n'aient eu l'influence la plus favorable sur les principes qui président à l'enseignement chnique dans ma ville natale.

DEUXIÈME LEQ0N.

ratOBOW DE UEBie.

Hi«M*«M*«^

ATitatâfM de la mètliede eUniqve siiÎTie en AUamagiie. — Éducation prélimnaire. -^ Élude de la botanique. -*- Nomenclature botanique. — Étude de la ^hiinie. — Inconvénients des cbangements dans la nomenclature pharmaceutique. — Obstacles que les travaux des chimistes ont apportés aux progrés de la physiologie et de la pathologie. — Réfutation des théories de Liebig sur les miasmes et la contagion. — Réfutation de la théorie du même auteur sur la chaleur animale. — Responsabilité considérable des prolbseeurs de clinique en Angleterre et en Irlande. *^ La profipsskNi médicale.

Mbssiburs,

J'ai assez longuement exposé devant vous les avantages de la méthode clinique allemande pour n'avoir plus besoin d*y revenir, et je me borne à vous rappeler ici que nous avons pu depuis nombre d'années en apprécier les heureux résultats dans cet hôpital même, où je t'ai introduite en 1821. Mais ne l'oubliez point, ces résultats sont entièrement subordonnés au travail de l'élève. Il n'est pas de système capable de faire progresser un paresseux ; tout dépend ici du zèle personnel, et le professeur ne peut faire autre chose que faciliter les moyens d'instruction, et donner lui-même l'exemple de l'assiduité. Je vous recommande sérieusement à vous tous qui vous proposez d'observer les malades, de prendre la résolution formelle de persévérer dans cette étude pendant tout le cours de la session. Rien ne m'est plus pénible que de voir des jeunes gens commencer ces travaux avec ardeur, puis devenir peu à peu moins zélés, jusqu'à ce que leur visite à rb(H>ital ne soil plus pour eux qu'un devoir importun, qu'ils rem-

Î6 CMNIOIE MÉDICALE.

plissent impnrrailemenl et qu'ils Unissent bienlAt par négliger tout à lait L'habitude d'un travail quotidien est pour l'élève l'une des condilions de succès les plus importantes. Ce qu'il t'nut, en effet, pom acquérir les connaissances nécessaires à l'accomplissement de nos devoirs professionnels, ce n'est point une application extrême, ou un travail exceptionnel avec ses élans soudainset passagers ; ce qu'il faut, c'est une attention journalière et de tous les iiisLanls, c'est une élude rigoureuse et intelligente des malades, continuée sans reli\ciie pendant des années entières.

ÉDUCATION PRÉLIMINAIRE. — NOMENCLATl RE MODERNE. 17

vrir les poisons, et de se familiariser avec les dispositions légales qui touchent à la jurisprudence médicale. La physiologie, la matière médicale» la thérapeutiqlie, la nosologie, Tanatomie pathologique, la chirurgie, la médecine, Tobstétrique, tout l'appelle à la fois. Quelques professeurs insistent même sur la nécessité de devenir passé maître en quelques langues, le grec, le latin, le français, l'allemand, par exemple; d'autres enseignent en môme temps qu'il est impossible de suivre les progrès de la science médicale, si Ton n'étudie pas les sciences naturelles aussi bien que la médecine ; quelques-uns enfio conseillent l'étude de la minéralogie et de la géologie, comme si elles pouvaient faire connaître les indications thérapeutiques, et les lois qui gouvernent l'évolution des phénomènes morbides. Cela me rappelle une remarque laite par M. Hayden, dans une de ses leçons : « Pour ne pas rester en arrière dans cette course vagabonde et rapide «à laquelle se livre aujourd'hui l'intelligence humaine, il nous faudrait un raiivvay littéraire; les mathématiques, la philosophie naturelle, l'art du dessin, et surtout la logique, sont également indispensables. » Le docteur EHliotson voudrait sans doute ajouter à cette liste la métaphysique, le magnétisme animal et la phrénologie, sciences qu'il a cultivées lui-même et enseignées non sans succès ! Le docteur Latham a eu assez de courage pour déclarer nettement son opinion, et il a démontré avec toute la force que donne la vérité, l'injustice et la folie de toutes ces prétentions, qui n'ont d'autres résultats que d'imposer à l'esprit de l'élève des charges beaucoup trop lourdes ; il a insisté sur les fâcheuses conséquences qu'entraîne un tel système d'enseignement.

Notre profession, plus que toute autre, exige tine éducation première saine et solide ; il faut, avant tout, veiller avec une scrupuleuse sollicitude au développement des facultés inlcllectuelles, et s'attacher surtout à mettre en jeu l'observaiion, le jugement et la mémoire. Celle ci doit être cultivée dès l'âge le plus tendre. Qu'on apprenne à i'enfant les principaux noms anatoniiques appartenant aux systèmes musculaire, nerveux et vasculaire, il ne tardera pas à les posséder délinilivement, et plus tard il lui suffira d'éludier les propriétés des objets que ces noms représentent. Si, en outre, on enseignait aux enfants les termes scientifiques de la matière médicale, les mots techniques et les classifications de la botanique et de la chimie, on leur épargnerait beaucoup de peine pour l'avenir, et la mémoire, qui e.st alors à son plus haut degré d'activité, serait certes mieux utilisée ainsi, que lorsqu'on lui fait retenir les règles et les termes de la

18 CUNIQUE MÉDICALE.

syntaxe, de la prosodie, de la mythologie et de la géographie ancîeniia Je ne pense pas qu'on doive commencer Tétude de la médecinftoo de la chirurgie avant Tftge de dix-neuf ans. Avant cette époque, m effiaC^ Tesprit n*est pas suffisamment apte à l'observation pratique, il n'est point assez familiarisé avec ces notions, fruits d'une expérience jouma* lière, qui nous permettent d'apprécier l'inlluencedes agents physiqaes et moraux sur le corps humain, d'en estimer la valeur relative, et de rectifier les renseignements souvent incomplets ou erronés de nos malades. Le médecin doit connaître le monde, et c'est faire perdre à des en* fants un temps bien précieux que de leur enseigner ce qui ne peut être appris que par des hommes. Ceux qui fréquentent trop tôt les hôpitaux sont grandement exposés à contracter de mauvaises habitudes d'observation : tout rintérét qu'oiïre la maladie pour un esprit déjà mûr est perdu pour eux, et tout l'attrait de la nouveauté a disparu bien longtemps avant qu'ils aient acquis ce tact et cette expérience qui permettent à l'adulte de saisir la signification des symptômes, les progrès et les phases des phénomènes morbides, les effets des agents thérapeutiques. Que les parents, les professeurs, les surveillants, tous ceux enfin à qui est confiée l'éducation de la jeunesse, prennent soin de préparer pour ainsi dire l'esprit des enfants qui sont destinés à la médecine; qu'ils ne se bornent pas, pour le développer, aux moyens ordinaires d'éducation, mais qu'ils l'exercent sur toutes les portions de l'anatomie, lie la matière médicale, de la botanique et de la chimie, qui sont compatibles avec le jeune âge. Il faut aussi prendre soin de faire connaître à ces enfants les qualités physiques des substances médicinales. Grâce à ces notions préliminaires, lorsque l'enfant devenu jeune homme se trouvera aux prises avec les difficultés pratiques de l'art, il surmontera avec facilité bien des obstacles, et pourra se relâcher un peu dans l'étude des sciences accessoires. Pourtant il ne doit pas les abandonner complètement ; quelques-unes d'entre elles doivent même devenir pour lui l'objet d'un travail sérieux. Qu'il consacre une session aux leçons de chimie, une autre à celles de botanique, une troisième à celles de physiologie, et ainsi de suite; maisqn'il ne perde jamais de vue son seul et véritable but, l'acquisition des connaissances pratiques. H devra donc consacrer la plus grande partie de son temps et de ses efforts à la clinique et à la dissection dans un hôpital, à l'étude de la matière médicale et de la pharmacie chez un pharmacien, et enfin à l'anatomie pratique.

Cinq ou six années d'assiduité dans un hôpital suffisent à peine pour nous permettre d'aborder avec confiance et succès la pratique de notre

ÉDUCATION PRÉLIMINAIBE. -«-NOMiiNer.ATURE MODERNE. 19

art. Songea bieQ, messieurs, que lorsque vous éies appelés pour triaiter une maladie, vous devez approcluir du lit dU malade en médecin ou en ofairurgien, et non pas en chimiste, en botaniste ou en anato^ miste. Tel étant le qaractère que vous devez revêtir, il est naturel que vous vous eiforciez avant toutes choses d'acquérir les connaissances qui seules vous permettront d'accomplir honorablement ces devoirs. Quelques-uns de vous, messieurs, pensent peut-être qu'un professeur a tort de limiter vos efforts et de circonscrire vos travaux. Mais permettez-moi de me faire bien comprendre. Ce dont je veux vous convaincre, c'est que vous devez vous attacher à ce qui est réellement utile, c'est que vous devez avoir principalement en vue ce qui est vraiment important. Et c'est précisément pour cela que je crois de mon devoir de vous mettre en garde contre les exhortations insensées de ceux qui voudraient vous détourner des études pratiques, en faveur de leurs sciences favorites. Ces sciences, j'en conviens, sont intimement unies à la médecine, elles lui rendent chaque jour des services signalés; mais trop souvent lesélèvess'yjettent avec uneardeur telle, qu'elle a pour résultat indirect, mais certain, de diminuer leur goût et leur zèle pour les sujets plus importants. Choisissons parmi ces sciAices accessoires lesdeux plus répandu6s,celles dont les rapports avec les études médicales paraissent le plus intimes, à savoir, la botanique et la chimie. Toutes deux ont en elles-mêmes une extrême valeur, et il est sans contredit désirable de ne pas y être totalement étranger; et pourtant en ce qui touche l'élève en médecine, Tutilité de ces sciences a été singulièrement exagérée. Oui, certes, ta botanique est à la fois intéressante et utile, mais vous pouvez, j'en suis sûr, être d'excellents praticiens sans connaître les classes de Linnéou les familles de Jussieu, Si vous aviez le malheur de pratiquer dans une localité isolée, en dehors de toute communication commerciale ; si vous étiez soudainement privés de ces nombreux dépôts que les entreprises maritimes mettent à la disposition de la médecine ; si vous étiez obligés, comme les herboristes deé temps anciens, de parcourir les champs et les bois pour recueillir vos médicaments, vous seriez plus d'une fois en défaut, et vous commettriez de grossières erreurs, i\ moins de connaître à fond la botanique pratique. Mais, messieurs, ce travail n est point nôtre, heureusement pour nous et pour tous les praticiens de l'Europe. Pour un faible capital vous voyez arriver à votre porte les produit^ végétaux des deux mondes, et tout droguiste honnête vous donnera, après les avoir soigneusement choisis et convenablement préparés, tous les

médicaments tirés des plantes, et cela pour une somme insign^nte Ceux qui s'enorgueillissent le plus de leurs connaissances en bola nique, ceux qui sont leplusconvaincusderimportance decetteUdenoe savent fort bien que pour le médecin, et au point de vue pratique, elle n*a qu'une valeur très contestable. Choisissez au hasard Vnn des meilleurs botanistes de l'Angleterre ou de TIHande, et voyez corobieii en réalité il sait peu de chose sur la foule de plantes dont les produits sont en médecine d'un usage quotidien. Transportez tout à ooop ce même homme dans les Indes orientales ou occidentales, en Afrique ou dans TAmérique du Sud, et demandez-lui de vous montrer le laurier camphrier, le cannellier, le cajeput, le croton tiglium ou le gaïac ; je doute fort qu'il soit capable de reconnaître le bois de Campéclie ou même Tipécacuanha, croissant dans leurs conditions naturelles. En outre, il est un certain nombre de plantes sur la description desquelles il serait difficile de trouver deux botanistes d'accord, et pourtant ces plantes fournissent des produits auxquels la médecine a constamment recours. 11 n'est pas de substance d'un usage aussi commun que la ^'omme arabique, et pourtant, malgré tout ce qui a été écrit sur ce sujet, on n'en connaît pas encore l'origine exacte. Il n'est point nécessaire, je pense, que vous sachiez si la gomme qui entre dans la composition d'une potion pectorale provient de V Acacia vera ou de V Acacia arabica. Les végétaux qui fournissent le cardamome ne sont pas mieux déterminés; il en est de même de bien d'autres subslancos. A combien de discussions le genre Cinchona n'a-t-il pas donné lieu ? El quel a été le résultat de tous ces travaux? Écoutez ce que dit mon savant ami, Andrew Duncan, dans le supplément de la Pharmacopée : « Bien que toutes les lacultés anglaises soient d'accord sur les espèces botaniques du Cinchona, d'où proviennent leséclïantillons commerciaux des quinquinas, il n'est pas sullisamment prouvé qu'elles soient daiis le vrai; il est au contraire presque certain qu'elles se trompent pour quelques-uns d'entre eux. » N'a-t-on pas employé pendant bien des années le columbo et d'autres produits semblables, sans que les botanistes fussent en aucune façon renseignés sur leur véritable histoire ? En 1829, le docteur Hancock a publié un mémoire sur l'arbre qui produit l'écorce d'angusture. Après la description qu'en avaient donnée Bonpiand et Humboldt, cet arbre avait été regardé comme un Bonpiand ia ; mais il paraît qu'ils se sont trompés, et on le rapporte aujourd'hui à un autre genrenommé(iri///;<'a. Hancock a également prouvéque leSmildx sypliilitica de Willdenow n'est pas la vraie salsepareille, et qu'elle provient

KTUDE DE LA BOTANIOLE. 2!

d*uutres plantes. Et remarquez à quelle conclusion il arrive, lui qui a passé plusieursannées dans r Amérique méridionale: leseul critérium, dit-il, qui permette de reconnaître la bonne salsepareille, c'est le goût <|u'elle donne par la mastication. Du reste, pour nous édifier complètement sur rinceriitude qui règne encore aujourd'hui touchant la détermination des espèces médicinales, il me suflit de vous renvoyer aux admirables articles de M. Pereira dans le Médical Gazette^ et à ceux que le docteur Sigmond a publiés dans la Lancette (1).

(1) Le numéro de juin 1842 de la Revue trimestrielle {Quarterly Review) contient quelques remarques fort judicieuses sur les noms ridicules donnés à certaines fleurs, et sur les inconvénients de ces constantes innovations. L'auteur s'exprime ainsi : « Avant d'avoir affaire aux fleuristes et aux botanistes, nous devrions savoir chaque mot de leur nomenclature respective. Mais si l'extrême vulgarité de l'une persiste, si le pédantisme outré de l'autre s'exagère, il est certain que la grande majorité cessera de suivre leurs travaux , ne fût-ce que pour éviter une étude aussi fastidieuse que désordonnée. » Après avoir présenté ses objections à beaucoup de noms modernes, le journaliste continue : a Chaque plante possède certainement un caractère assez tranché pour porter un nom anglais bien simple, que l'on ne basera pas sur les dispositions anatomiques et que l'on ne tirera pas de quelque langue morte. Déjà miss Mitford l'a signalé : « C'est une chose fort difficile que de faire faire bonne flgure, même en prose, » aux noms de Maurandia, d' Alslrœmeria et d^EscholtziOt qui désignent cependant tf les fleurs les plus communes de nos jardins ; il faut des mots bien barbares et bien » tristes pour décrire les scènes brillantes et gracieuses du mois de juin. » Et pourtant qu'est-ce que cela auprès des Pollopostémonopétates et des Éleuthéromacrostémones de Wachendorf, auprès des additions journalières qu'on a faites au nom primitif, Iztaetepolzacuxochill-icohueyOt ou même auprès de la dénomination plus classique d'Erysimum peruvianum ? 11 en est de ces mots comme du nom grec Spet'magoraiolekitho^ lakanopolides : on ne peut les prononcer que les jours de fête, lorsqu'on n'a rien autre à faire.

» Mais, d'ailleurs, la confusion est à son comble, car nos botanistes, non contents des noms qu'ils vont chercher si loin, les changent incessamment. C'est donner, dans le monde des fleurs, une preuve évidente d'ignorance, que d'appeler notre vieil ami le Géranium autrement que Pelargonium; la Glycine {G.sinensis)^ dont le célèbre échantillon des jardins de Chiswick fournit, sur un seul tronc, plus de neuf mille grappes d'un lilas superbe, porte aujourd'hui le nom de Wistaria: VOEnolhera annuel, plante californienne dont la connaissance est toute récente, est déjà devenu le Godelia; tandis que le bel H emimer is rou^e, autrefois nommé Celsia^ doit recevoir aujourd'hui une troisième désignation, celle d'Alonsoa :^ et noire liste est loin d'être épuisée. 11 résulte de là que l'homme doit employer la première partie de sa vie à se mettre au niveau de l'état actuel de la science botanique, et la seconde moitié à s'habituer aux changements, aux innovations qui y ont lieu. Encore devons-nous nous estimer heureux de ce que l'opinion publique résiste quelquefois au caprice individuel et aux changements proposés : ce qui s'est fait, par exemple, lorsqu'il s'est agi de substituer aux mots Dahlia et EschoUzia les noms de Georgina et de Chri'seis. » (L'Auteir.)

SS CiIllIQtl£ IIÊIMCAtB.

iê uê désire p^int voir là botanique exclue du pro((niitiiiiet)r4llmir de rMucatIpfi. Il est peu de sdeiices pitis iniéresêentes, il en fil {M donl l'étude soit poursuivie ivec autant d'ardeur ; maïs e'esi fréciéé» ment contre cette ardeur excessive que je veux vous mettre en ftardë. La botanique est un excellent exercice pour les esprits encore jeuoes) elle donne l'habitude de l'observation et fortifie la mémoire; elle est à la fois une occupation convenable et un plaisir sans danger : ellepeal donc à juste titre faire partie de Téducation des jeunes gens. Je aoii même convaincu que l'esprit et le corps retireront plus d'avantages de cette étude que d'une foule d'autres travaux, qui mettent dans les écoles les enfants à la torture. Mais il importe aussi de ne pas dépasser de justes limites, et les jeu nés gens qui sont sérieusement engagés dans les études médicales et chirurgicales ne doivent pas conserver l'espérance de devenir des botanistes accomplis.

Je dois en outre vous faire observer combien il est fâcheux que les noms des plantes soient soumis à d'aussi fréquents changements. Ce qui était anciennement appelé Siilozobium est devenu successivement Dolichoê et Mucana; la mousse d'Islande a passé du nom de lichen à celui de Cetraria^ et le Secale cornntum s'est vu transformé en Acinuia clavus. Il faut aujourd'hui faire précéder le nom de VUva ursi du prénom Arctostaphylos; notre ancienne dénomination du jaiap, privée d'abord de son préfixe Convolvulus, a dégénéré plus tard en Ipomœa^ pour être enfin convertie plus récemment en Exogonium. Tous ces changements sont inutiles, pour ne pas dire nuisibles, et ils ont ce résultat singulier de créer trois vocabulaires entièrement (litférents, un pour les jeunes gens, un autre pour l'âge mûr, un troisième pour la vieillesse. La matière médicale telle qu'elle est enseignée aujourd'hui, est pour les élèves une véritable pierre d'achoppement. Non contents, en effet, de décrire les drogues simples et les préparations dans lesquelles elles entrent, les professeurs se complaisent dans les détails les plus minutieux sur leurs caractères, sur leur histoire naturelle; aussi l'étudiant ne peut apprendre les propriétés de la cire d'abeilles, sans s'égarer d'abord au milieu des difficultés de l'entomologie ; il ne peut connaître l'ichthyocollo, sans charger d'abord sa mémoire de tous les noms barbares des classifications ichthyologiques.

Les mêmes reproches atteignent directement la chimie. C'est une science au moins aussi intéressante que la botanique, et les médecins sont exposés à lui consacrer trop de temps. Le Médical Gazette 2i pubhé des observations importantes sur ce point, je vous y renvoie. Elles se

ÉTUDJi; DE LA CHIMIE. 2S

font remarquer par une grande rectitude de jugement, et vous les trouverez dignes de toute votre attention. Je sais que je vous parattrai paradoxal en disant que vous n*avez pas besoin de savoir beaucoup de chimie pratique; et pourtant, si vous allez chez un bon pharmacien avec de l'argent dans votre poche, vous y trouverez très h\en préparés tous les produits désirables. Mais, dira-t-on peut-être, un médecin ne peut faire ses prescriptions sans une connaissance profonde et étendue de la chimie. C'est encore là une assertion que je ne saurais admettre. Une étude tout à fait superficielle vous fera connaître les substances incompatibles, et une légère attention vous préservera de toute méprise importante ; vous savez tous, en outre, que nos meilleures prescriptions renferment des incompatibilités, et que l)eaucoup de médicaments composés, qualifiés par les chimistes d'hétérogènes et d'absurdes, jouissent néanmoins d'une efficacité positive. J'accorde que quelques connaissances chimiques* sont utiles ; il ne s'ensuit pas que vous deviez être des chimistes accomplis, que vous deviez pénétrer tous les mystères de la science, ou avoir la mémoire remplie de nombres atomiques, de symboles et d'équivalents.

Je vous dirai pour la chimie ce que je vous ai dit déjà pour la botanique, que les élèves suivent un ou deux cours de chimie pour se préparer à l'étude de la médecine, soit; mais ce travail ne doit jamais leur faire déserter l'hôpital, ne fût-ce qu'un seul jour. Ils doivent, en outre, s'attacher à la chimie organique, à la pharmacie, bien plus qu'aux notions philosophiques et purement théoriques.

Je sais bien que l'on met en avant certaines questions de jurisprudence médicale dont la solution exige des connaissances chimiques très étendues; vous serez appelés, vous dit-on, à constater la présence des poisons qu'un accident malheureux ou une main criminelle aura mêlés aux substances alimentaires : comment ferez- vous face à ces circonstances difficiles? Le moyen est aisé, vous dirai-jeà mon tour ; vous refuserez d'entreprendre de telles recherches, et vous en appellerez aux hommes vraiment compétents. Croyez-vous qu'un homme engagé dans la pratique soit en état de résoudre de tels problèmes? Quel médecin, quel chirurgien pourrait sans crainte aborder ce sujet? Je faisais, il y a trois ou quatre ans, des leçons sur la médecine légale, et je les préparais avec le plus grand soin ; et pourtant si Ton m'appelait aujourd'hui pour une expertise d'empoisonnement, je refuserais en arguant de mon incompétence. Comment donc surmonter ces difficultés? C'est là un point qui touche aux intérêts de la société tout entière; car s'il

est nécessaire que le coupable ne puisse écliapi)er à sa vindicte, il plus important encore que l'innocent ne soit pas condamné : c*6Sl l> devoir du'gouvernement de payer des hommes réellement capables A remplir cette tâche. Alors, et seulement alors, les recherclies niédioo légales présenteront toutes les garanties désirables, et le public pourra s'incliner avec respect et confiance devant les décisions des magistrats. Jusqu'ici nous n'avons envisagé la chimie que sous le rapport du choix des médicaments ou de l'analyse des poisons; mais si nous lui demandons autre chose, si nous cherchons en quoi elle peut élucider la question des actions vitales ou la fonctionnalité, soit normale, soit morbide, des divers organes, nous serons forcés de reconnaître qu'elle ne peut presque rien, et que ses décisions sont bien loin d'ailleurs d'être sans réplique. Nous a-t-elle jamais suttisanimenl éclairés sur les procédés mystérieux de la vie? Je ne pense pas qu'elle ait révélé aucun des secrets de rorgauisme, et je ne vois pas (ju'elle ait jamais dévoilé l'origine de ces déviations anormales que nous •étudions tous les jours et à toute heure. La chimie ne saurait nous faiie pénétrer les arcanes de la vie, et, malgré les prétentions qu'elle afl'ecte, malgré l'orgueil avec lequel elle vante ses découvertes, nous ne sommes guère plus avancés (jueceux (|ui pratiquaient l'art de guérir il y a quelques centaines d'années. Les chimistes, et je parle des plus habiles, ont consacré tous leurs elforts à l'analyse de la fibrine, de la gélatine ou de l'albumine; et qu'ont-ils découvert? Tout simplement ceci: c'est que ces substances, si distinctes dans leurs attributions vitales, si différentes et même si opposées dans leurs propriétés physiques, sont des composés analogues; qu'elles ne présentent presque aucune différence dans leur composition élémentaire, et qu'elles offrent une identité presque complète au point de vue de leur constitution atomique (i). Voyez combien de temps les

(1) Les assertions de l'auteur sont empreintes d'une véritable exaiçérution ; il avait probablement oublie, en écrivant ces lijjnes, le fjineux axiome : Qui tùniis probat^ etc. Sans doute, la chimie ne peut nous dévoiler les arcanes de la vie ; sans doute elle uo nous permet pas de suivre dans les profondeurs de l'or^^anisme les mystérieuses opérations de la nature, mais, bien que reléguée à juste titre au second plan, cette science rend des services incontestables et à la physiologie et à la clinii|uc. Si nous savons quelque chose sur la digestion, sur la respiration et .^^urles sécrétions, c'est n elle que nous en sommes redevables, et il est permis de se demander ce que seraient sans elle nos connaissances sur l'albuminurie, sur le diabète et sur la goutte. Certes il serait dangereux pour la science et pour l'art de tomber dans la chimiatri"^ mais il serait injuste de méconnaître l'utilité des recherches chimiques, et de nier l'influence qu'elle> ont eue sur les progrès de la médecine. (Note du Irai».)

NOMENCLATURE ClilMlQL'E. 25

chimistes ont consacré à l'étude de la chaleur animale, combien d'ex- |)ériènces ils ont faites pour découvrir les modifications subies par Tair dans l'acte respiratoire ; voyez combien d'hommes ingénieux et capables ont cherché la cause chimique de la coloration différente des deux isangs. Eh bien ! toutes ces recherches n'ont eu qu'une utilité indirecte : aucune n'a donné de ces mystères la solution désirée; nous sommes encore aujourd'hui dans une profonde ignorance touchant les pouvoirs (|ui dirigent et modifient les actes de l'organisme : c'est qu'au-dessus du laboratoire il y a la vie, cette influence occulte qui, comme la Divinité dont elle émane, demeure à jamais invisible, insaisissable, incompréhensible. Voilà à quoi se réduisent les révélations de la chimie sur les actions vitales et sur les composés organiques. Quelquefois cependant il est lK)n d'examiner certains produits, Turine par exemple, dans les cas de goutte, de gravelle ou d'hydropisie; mais alors même il suffit de connaître quelques règles bien simples, et des connaissances fort restreintes vous permettront d'obtenir tous les renseignements nécessaires. D'une façon générale, le domaine de la chimie, en ce qui concerne l'étude des maladies, est très borné, et tous ceux qui se livrentà la pratique médicale savent parfaitement que cette science ne trouve son application que dans des cas excessivement rares.

Laissez-moi maintenant appeler votre attention sur une tâche vraiment difficile (!|ue les chimistes ont imposée au monde médical. Ils ne se sont point contentés, à ce qu'il paraît, de s'arroger le droit de nommer nos médicaments, ils se sont en outre accordé le privilège d'en changer les noms tous les cinq ou six ans. Un de mes élèves les plus laborieux et les plus zélés (M. Moore) a pris la peine de dresser une table renfermant les différents noms imposés à chaque substance, depuis le temps de f.avoisier. J'ai cette table sous les yeux, et j'y vois que bon nombre de produits chimiques ont changé cinq fois de nom dans l'espace df cinquante ans ; par conséquent, en raison des progrès toujours plus rapides de la chimie, nous devons nous attendre à ce que nos faiseurs de noms soient plus porlésque jamais à en bouleverser le vocabulaire, et conclure qu'ils le changeront encore cincf fois dans une nouvelle i)ériode de cinquante années. Comment un homme sera-t-il capable, en 1890, de reconnaître une substance dont le nom aura subi dix changements? Je m'inquiète vivement de ce travers, car il ne peut entraîner après lui qu'incertitude et confusion. On croirait vraiment que la nomenclature chimique a été inventée par quelque ennemi de notre art, désireux d'en relarder les progrès. Quel service pourra rendre au lec-

36 CLINIQUE MÊDICALB.

teur, eu l'an 1900, un traité de médecine publié en 1800? Nous tavim tous combien l'esprit humain s'effraye des diiliculiés, et certes il ù'ao oeptera pas facilement la tâche d'apprendre la généalogie des nom

leâ unslesabHitté est un perchlorure, pour d'autres o*est un deuîo^ chlorure ;'\\ en est enfin (et la Société royale de médecine est de ce nombre) qui en font un bichlorure. » La vérité de ces remarques reçoit aujourd'hui une éclatante confirmation, puisque les chimistes s'accordent maintenant à regarder le calomel comme un hypœhlorure, et le sublimé comme un chlorure de mercure.

Quel est le but d'un nom? Indiquer une substance, désigner unobjet, de telleTaçon que lorsque nous le demandons, nous puissions l'obtenir, et rien déplus. C'est là tout ce qui est nécessaire. Vouloir qu'un nom donne plus que cela, c'est dépasser la compétence du langage ordinaire, c'est trop demander. Les anciens noms de nos médicaments sont tout aussi convenables que les noms moiiernes imposés par les chimistes. Tartre émétique est un nom satisfaisant et significatif, et pourtant il a été altéré bien des fois, et récemment encore dans la dernière édition de la Pharmacopée de Londres. Pourquoi la préparation de bismuth usitée dans la pyrosis a-t-elle changé trois fois de nom, et j'en oublie peut-être? Combien de transformations n'ont pas subies les parbonates ferreux et alcalins? Quant aux dénominations, solution de Fowlef\ sublimé corrosif, esprit de Mindererus , éthiops minéral (toutes très heureusement choisies cependant), ellesont presque entièrement disparu pour faire place à une nouvelle génération, qui ne durera sans doute pas plus que l'autre. Bien d'autres substances ont subi le même sort. Où s'arrêtera la révolution? Nous sommes aujourd'hui, en vérité, aussi éloignés que jamais d'une nomenclature stable. Les recherches chimiques découvrent chaque jour de nouveaux rapports entre les éléments constitutifs des corps composés; les atonies sont constamment divisés et répartis dans de nouveaux groupes; aussi la représentation symbolique de chaque substance change constamment d'aspect, et les traits qui en séparent les diverses portions changent successivement de place, selon que l'exigent les progrès delà science. Déjà les travaux de Bornsdorff et deHare menacent la nomenclature deBerzelius, et le chlorure platinoso-potassique de celui-ci, considéré maintenant comme un composé d'acide chloro-platinique et de chlorure de potassium, doit s'appeler aujourd'hui chloro-platinite de potasse.

Dans un exposé des progrès de la chimie pendant les années 18^i6 et \SU1, qu'a publié M. Sullivan dans le Dublin quarterly Journal of médical science (février 1848), on lit à la page 243 le paragraphe suivant : « Ainsi NaOSO'-j-lOAq., deviendra natan-afin-ivasue ; 2NaO,HO,PO^ -|-24Aq. prendra le nom Aq jenatan-alan-apun-weso; NH*0,AW,

&S03-|-2/i Aq., Tune des formules les plus compiiquéeft,' prendi celui de aiolan^telmin'ojafin'weso^ root un peu plus long quWii ammoniacal, mais plus court que sulfote cristallisé d*ammionimfue c d* alumine, plus court même que la formule ; car celle-ci a dix-hui syllabes lorsqu'on la prononce, et le mot nouveau n'en a que dix. i Si de tels noms prennent jamais droit de domicile dans notre Pharm» copée, je crains fort que nous ne soyons obligés de recourir aux aborigènes des îles australes pour apprendre à les prononcer.

Si Ton veut créer des noms qui expriment la composition chimique du corps, on s'expose à des lenteurs, à des complications interminables. Ces noms seront plus nuisibles qu'utiles s ils n'indiquent pas complètement la composition. Un mot qui désigne la nature de l'objet qu'il nomme, doit, pour être utile, en chimie du moins, la désigner avec la plus parfaite exactitude. Le professeur Kane a analysé, dans un de ses savants mémoires, une substance cristalline que l'on obtient en faisant bouillir le sous-nitrate de mercure ammoniacal blanc avec une solution d'ammoniaque. Supposez que celte substance soit introduite dans la Pharmacopée; comment la nommera-t-on, si l'on se conforme à ce.principe que le nom doit exprimer la composition du corps? Kane a ainsi formulé sa constitution : un atome de nitrate d'oxvde de mercure, plus deux atomes d'oxyde de mercure, plus un atome d'amide de mercure, plus deux atomes de nitrate d'oxyde d'ammonium, plus deux atomes d'oxyde d'hydrogène. En admettant même que Tingéniosité d'un chimiste surmonte cette difliculté, et invente un nom capable d'exprimer la nature, le nombre et le mode d'agrégation de tous ces atomes élémentaires, pensez-vous que ce nom, si heureusement inspiré par le ciel, sera bien convenable, soit pour la langue, soit pour la mémoire? Est-il certain que de nouvelles recherches n'amèneront pas une nouvelle interprétation du groupement de ces atomes; et alors il faudra mettre à néant l'ancienne dénomination, et s'occuper d'en faire adopter une nouvelle.

J'extrais les remarques suivantes de la Gazette médicule de Londres, du 3 octobre 1845. Elles font partie de l'examen critique de la Chimie de Gregory. Après avoir signalé quelques produits organiques nouveaux, et les métamorphoses qu'ils subissent, l'auteur de l'article continue en ces termes : « Quelque habile que soit cette exposition, nous craignons qu'elle ne soit aussi inintelligible que du cophle et du sanscrit, non-seulement pour les praticiens, mais aussi pour la génération actuelle des étudiants, quoiqu'ils aient l'habitude de s'occuper très

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