‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 41 sur 123 · VÊSIGATOIRBS DANS LE TYPHUS FEVER · texte numérisé non relu

VÊSIGATOIRBS DANS LE TYPHUS FEVER

avait appliqué un autre vers le milieu de la journée. L'ampoule du pre* mier avait été largement ouverte, et pansée selon la méthode ordinaire ; mais celle du second, s'étant formée en ma présence, fut laissée intacte à ma demande. Or, celle qui avait été ouverte amena une excitation et une insomnie telles, qu'il devint nécessaire de donner de Topium ; l'autre fut à peine douloureuse et fut beaucoup plus vite cicatrisée. Mais il existe un mode de pansement encore plus avantageux; c'est celui qui a été récemment proposé par Douglas Maclagan (d'Edimbourg), et qui est basé sur l'emploi du coton. Le vésicatoire est laissé en place quatre à six heures, selon les cas; puis on applique un cataplasme pendant deux heures; après cela on enlève avec des ciseaux l'épiderme qui a été soulevé, et l'on recouvre toute cette surface d'une couche épaisse d'ouate de France : la cicatrisation est complète au bout de vingt-quatre heures; mais dès la douzième heure, la douleur est si légère, que la percussion et l'auscultation peuvent être pratiquées sur le point lésé, œ qui n'est pas un médiocre avantage dans les affections du poumon.

Si je n'ai pas rendu (l'autres services, je crois mériter du moins quelque reconnaissance pour m'être élevé le premier contre l'habitude de laisser les vésicatoires pendant douze, dix-lmit et vingt-quatre heures, et pour avoir montré par de nombreuses expériences qu'un espace de temps beaucoup plus court est amplement suffisant Lorsque je débutais dans la pratique médicale, l'application des emplâtres vésicants était regardée par beaucoup de malades comme une redoutable épreuve, elle était pour les sujets nerveux une source d'angoisses insupportables; c'est qu'alors on ne craignait pas de les laisser en place pendant vingt-fjuatre heures, et lorsqu'on se décidait enfin à les ôter, on enlevait en même temps ou Ton coupait tout l'épiderme soulevé, de sorte qu'on laissait à nu une surface excessivement irritable, qui donnait issue pendant plusieurs jours à des quantités considérables de sérum et de pus, non sans causer de vives douleurs au patient. Pourtant ce n'était point encore assez pour les praticiens de celte époque ; ils pansaient avec une ponimade fortement irritante cette surface dénudée, qui présentait bientôt tous les caractères des brûlures graves.

Interrogez ceux qui vous ont précédés dans la carrière, et ils vous diront comment ils se servaient des vésicatoires, il y a quelque vingt ou trente ans. Ils commençaient pap produire une violente irritation de la peau, en les laissant trop longtemps en contact avec elle; ils enflammaient le derme mis à nu par des applications excitantes, et ils produi-* saient ainsi de vastes ulcères de mauvaise nature, accidents nouveaux

qui demandaient un nouveau traitement et de nouveaux soins, de sorte que le patient était plus tôt guéri de la maladie que du remèdcf. Voyez le compte rendu qu*a publié H. Hoore, dans le dixième volume du Dublin Journal of médical science^ sur les principaux agents thérapeutiques employés par les médecins de Dublin, à Tépoque dont je vous parle, et vous pourrez vous convaincre que rien n'était plus ordinaire alors que Tusagc des pommades irritantes, et des onguents digestifs sur les surfaces dénudées. Le premier, j*ai combattu ce traitement barbare; le premier, j*ai montré qu'un temps beaucoup plus court suffit pour assurer tous les bons eflels des vésicatoires. Des expériences que j'ai maintes fois répétées ont prouvé qu'il n'est pas nécessaire de les laisser chez l'adulte plus de quatre ou cinq heures (1), et qu'on peut alors les enlever, et appliquer le pansement au spermaceti. Notez, en outre, que vous évitez ainsi l'influence des cantliarides sur les organes urinaires. Ne laissez jamais un vésicatoire au delà du temps que je vous ai indiqué, et vous aurez bien rarement à lutter contre la dysurie ou l'hématurie.

Avec ces restrictions, l'emploi des emplâtres vésicants vous sera d'un très grand secours dans le traitement du typhus fever et de ses compli- CiUions. Ils agissent tantôt comme dérivatifs, tantôt comme révulsifs, et vous pouvez en outre recourir aux vésicatoires volants répétés, dans certaines formes morbides qui sont caractérisées par une dépression subite des forces vitales.

Cela me remet en mémoire un fait assez singulier qui s'est passé il y a quelque temps dans ma clientèle, et qui montre combien il importe de connaître à fond les habitudes et l'idiosyncrasie des familles. Il y a trois ans environ, je donnais des soins avec M. Kirby à un gentilhomme qui avait été pris du typhus. C'était un homme très actif et dans la fleur de l'âge. Je le vis pour la première fois au neuvième jour de sa fièvre, et je le trouvai à peu près moribond. Le pouls était intermittent et irrégulier; les battements du cœur étaient tumultueux, la respiration faible, les extrémités froides. M. Kirby avait immédiatement prescrit des stimulants internes, et des vésicatoires sur la région du cœur et à l'épigastre. Le malade revint à lui et finit par guérir. Il est bon de

(1) Il faut excepter de cette règle les vésicatoires que l'on applique sur le cuir clicvelu ; ils demandent au moins douze heures. En outre, chez les sujets âges, la peau est beaucoup moins vasculairc que chez les jeunes gens et les adultes ; de sorte que chez les premiers, les emplâtres vésicants ont besoin d'un temps plus long pour produire tout leur effet. (L'Auteur.)

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