‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 54 sur 123 · LE TARTRE STIRIÉ ET L'OPIUM DANS LE TYPHUS FEVER · texte numérisé non relu

LE TARTRE STIRIÉ ET L'OPIUM DANS LE TYPHUS FEVER

n'en est pas une, pas une seule, qui mérite la qualification de remède spéci6que, constant et infaillible. Trop souvent, hélas! nous avons échoué avec le tartre stibié, seul ou uni à Topium et à d'autres médicaments : trop souvent, des malades frappés par le typhus ont succombé à l'affection cérébrale, quoique nous eussions institué la médication avec toute l'activité nécessaire. Cependant je dois vous faire observer que bon nombre de ces insuccès ont porté sur des individus qui ne sont venus à nous qu'à une époque avancée de leur maladie, alors que les symptômes cérébraux avaient été ou entièrement méconnus, ou soumis à une thérapeutique peu convenable. Vous ne devez pas oublier que les cas de ce genre sont excessivement difficiles à traiter, et qu'ils entraînent la mort bien plus rapidement que ceux quVjU observe dans les conditions ordinaires de la clientèle privée.

l^e typhus exanthématique qui présente quelque complication du côté du cerveau, et qui n'est pas bien traité, se termine assez souvent au bout de dix, onze ou douze jours; quelquefois la vie se soutient jusqu'au treizième ou au quatorzième jour, mais le plus souvent la mort survient du onzième au douzième. Chez les malades qui ont été négligés d'abord , les phénomènes cérébraux présentent vers le septième, le huitième ou le neuvième jour, une épouvantable sévérilé; dans cc^ circonstances, vous pouvez élrc certains d'avance que le traitement le plus sage sera impuissant à sauver le patient de la mort qui le menace. Si donc nous pouvons trouver un médicament qui, dans quelques-uns de ces cas désespérés, réussisse à {guérir, nous devons nous déclarer satisfaits. Un fait de ce {^enre s'est passé dans nos salles depuis notre dernière conférence; il a attiré l'attention de tous les assistants, autant par la violence des accidents et le dani^'er prochain du njalade, que par la rapidité avec laquelle notre traitement a modifié ces symptômes funestes. Quiconque a vu cet homme hier hésiterait à le reconnaître aujourd'hui.

Cet individu, nommé Fogarty, nous était arrivé vers le septième ou le huitième jour de sa maladie; c'est du moins ce que nous racontaient .ses amis. En général, nous ne devons pas accepter aveuglément ces renseignements; car dans ce pays, les personnes de la classe inférieure ne font jamais entrer en ligne de compte le temps pendant lequel l<* malade a lutté contre l'influence morbide avant de se mettre au lit : or, chez les individus habitués aux souffrances et aux privations, celte période peut être de trois, quatre et même six jours. (Juoi qu'il en soit, cet homme, ;\gé de vingt-cinci ans, d'une constitution robuste, entri

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dans notre service le 20 décembre; il était malade depais huit ou neuf jours. Avant son admission il avait été purgé, avait en la tète râsée,'et on lui avait appliqué sik sangsues derrière les oreilles ou aux tempes, je ne me rappelle plus au juste; toutes ces mesures, insuffisantes peutêtre, étaient du moins parfaitement indiquées, et il est probable qu'elles avaient dû amener des résultats avantageux; Lorsque nous vîmes ce malade le lendemain de son entrée, nous le trouvâmes en proie à une vive excitation cérébrale, qui se manifestait par des divagations, un bavardage et un délire continuels, et des tentatives fréquentes pour sortir du lit. Il avait des hallucinations de la vue et de Touie; des spectres affreux, des sons effroyables, le mettaient dans un état violent d'agitation; les yeux étaient rouges et tout grand ouverts; le sommeil était impossible (1). Il y avait donc un ensemble de phénomènes véritablement alarmants : insomnie complète, spectres oculaires, illusions de Touïe, férocité du regard, divagations intellectuelles. Ajoutez à cela une perturbation profonde du système nerveux tout entier : le malade était agité de la tête aux pieds par des tremblements continuels; il avait des soubresauts très violents dans les tendons; la respiration était entrecoupée, suspirieuse, irrégulière; il y avait à un moment quarante inspirations par minute, bientôt après il n'y en avait plus que vingtcinq; l'inspiration et l'expiration étaient extrêmement inégales, elles étaient parfois accompagnées de plaintes et de soupirs. Déjà, dans une précédente leçon je vous ai signalé celle forme de respiration que j'ai appelée cérébrale^ parce que je l'ai observée pour la première lois chez des personnes apoplectiques, soit avant, soit durant l'attaque; on la rencontre fréquemment aussi dans les typhus graves, et c'est un symptôme d'une importance considérable. Notre malade éUiil constamment couché sur le dos; le pouls, à 1 20, était mou et très faible, de sorte qu'une pression même très légère effaçait le cylindre artériel; les pupilles étaient un peu dilatées; la langue, desséchée et noire au centre, était rouge à la pointe et sur les bords; la peau était couverte de macules, le ventre était mou et pâteux.

Tous ceux qui ont vu ce malade le reconnaîtront facilement à cette

(1) J*aî dit plus haut qiie des symptômes identiques peuvent résulter d*une augmen* talion ou d*une diminution dans la pression que supporte le cerveau. Chez Fogarty, les spectres oculaires dépendaient évidemment d'une congestion sanguine encéphalique ; mais j*ai vu chez une dame, veuve d'un médecin distingué, les illusions de la vue constituer le symptôme saillant d'un état morbide qui reconnaissait pour cause un

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