LE TARTBE STIBIÉ ET L'OPIUM DANS LE TYPHUS FEVER
description, et conviendront que, bien loin d'être trop accentuée, elle est encore au-dessous de là réalité; il était évident pour chacun que, si nous ne réussissions pas du premier coup à arrêter la marche desaceidents, la mort allait rapidement terminer la scène. Remarquez bien, messieurs, la situation dans laquelle nous nous trouvions. Au début de ce typhus ufie médication convenable, mais insuffisante, avait été mise en œuVre, et pendant ce temps la maladie avait marché : il s'agissait ici d'une de ses formes les plus funestes, avec transport considérable au cerveau, insomnie, délire non interrompu, perturbation complète des fonctions nerveuses ; tous ces accidents, après s'être développés graduellement, atteignaient leur maxnnum au moment où la faiblesse, la prostration du malade nous empêchaient de recourir à un traitement déplétif énergique. L'application de quelques sangsues eût été extrêmement hasardée; Tefficacilé des vésicatoires était complètement illusoire, car avant que l'ampoule eût été produite, le uialade devait être mort.
Toutes ces considérations nous amenèrent à conclure que le seu' remède auquel nous puissions nous adresser avec quelque chance de succès, était le tartre stibié. En conséquence nous prescrivîmes une potion composée de deux drachmes (8 grammes) d'eau de menthe, deux drachmes d'eau commune, plus un quart de grain (0«',0l5)d'émétique; cette potion devait être répétée toutes les heures, jusqu'à production d'effet constitutionnel appréciable. Ne perdez pas de vue que le malade était littéralement entre la vie et la mort, et que notre intervention devait être à la fois énergique et mesurée, rapide et prudente. Un élève promit de surveiller pendant toute la journée les effets de la médication, et je résolus de revenir moi-même dans l'après-midi pour juger de la situation.
Dans l'espace de quatre heures on donna quatre doses de tartre stibié. La première et la seconde furent vomies, mais non pas immédiatement. Le malade les conserva pendant assez longtemps, et les rejeta ensuite. Après la quatrième dose^ le médicament fît sentir son action sur les intestins; il fut momentanément suspendu, et l'on administra une petite quantité de porter. Lorsijue je revins à huit heures du soir, le malade avait été copieusement purgé, et avait rendu en abondance par les selles un liquide bilieux jaunâtre. Il avait eu alors à peu près une heure de sommeil; la respiration était plus régulière et plus naturelle, le délire avait considérablement diminué, les soubresauts et les tremblements avaient presque disparu, la tranquillité était complète. Jefis alors administrer un verre à vin plein de porter, avec deux gouttes
noires; on devait y revenir toutes les deux heures, jusqu'à concurrence de trois ou quatre doses. Les symptômes cérébraux étaient visiblement atténués. Je constatais une tendance marquée au repos et au sommeil, et je désirais me conformer aus opérations de la nature, et les seconder autant que cela était en mon pouvoir. Aujourd'hui, cet homme est dans des conditions très favorables; il est couvert de sueurs chaudes et profuses; il a bien dormi; le ventre est souple et normal, la respiration tranquille et régulière; le pouls a diminué de fréquence; la connaissance est revenue avec le calme et la raison, et je ne pense pas être téméraire en annonçant une guérison certaine et rapide (1).
C'est toujours une obligation pénible que d'être mis en demeure de démontrer la priorité de ses propres travaux ; malheureusement, cette tâche m'est imposée par quelques personnes qui cherchent à attaquer en même temps et l'originalité et l'utilité de la méthode, d'après laquelle j'administre l'émétique et l'opium dans le typhus fever. Leurs arguments ne méritent pas de réponse, et peuvent être passés sous silence, sans qu'il en résulte aucun préjudice ni pour vous ni pour moi; car certainement vous gagneriez peu à écouter les objections de mes détracteurs, et la réfutation que j'en pourrais faire n'augmenterait guère mon autorité; qu'il me suffise de vous dire que les ordonnances exécutées par les pharmaciens de Dublin établissent complètement mes droits; vous en chercheriez vainement une seule qui soit antérieure à la publication de mes mémoires sur V usage du tartre stibù* et de l' opium dans les jteriodes avancées du typhus; vous n'en trouverez pas une dans laquelle ces médicaments soient prescrits selon les règles que j'ai recommandées et nnses en pratique. Depuis lors, au contraire, ces proscriptions sont devenues tous les jours plus nombreuses, et je suis fier de pouvoir témoigner ici delà généreuse reconnaissance de mes confrères. Le plus grand nombre d'entre eux, non contents d'avoir suivi mes errements thérapeutiques et d'en avoir reconnu l'utilité, se sont empressés de me faire savoir qu'ils n'avaient jamais vu employer ce traitement avant la publication de mes travaux. Mais en voilà assez sur ce point. Ne perdons point en vains panégyriques un temps que nous pouvons employer d'une façon beaucoup plus utile. Revenons donc aux faits.
J'ai reçu de MM. Burke et Beauchamp le récit d'un fait très intéressant, dont la place est marquée parmi ceux qui nous occupent aujourd'hui. Ce fait a d'autant plus de valeur qu'il a été dès le commencement
(1") Lp malade n'a point tardé en elTel à jçiuVir romplrHeinpnt. (I/AiîTF.ir.)
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é ptr M. Burke. Voici, du reste, la relation textuelle que m'en doDDe aa lettre:
« Le 25 novembre, je fus appelé auprès d(> madanie M.. .. C*est une femme mariée qui n'a pas d'en&nts : die'est d*une constitution faible, fl*an tempérament nen eux ; mais elle jouit habituellement d'une bonne saoté. EUe se plaignait d'avoir eu des frissons le jour précédent, et d'éprouver actuellement de la chaleur et de la soif; elle avait des douleurs dans la tète et dans le dos, et ressentait une grande faiblesse. En rexamiiMDt, je vis que la poitrine et le ventre étaient couverts de pété- ; les yeux étaient injectés, la face rouge, le front chaud. La langue
il revêtue d'une exsudation crémeuse; les sécrétions et les excrétions suspendues; aucune affection appréciable dans l'abdomen ou dans la poitrine. Je prescrivis un purgatif lé{;er et le repos absolu.
> Le 26 novembre. — La nuit a été mauvaise; il y a eu de frtk]uents tressaillements, un peu de délire ; céphalalgie. La malade se plaint de la lumière et du bruit. Fouis comme la veille, face plus injectée, ventre libre, l'ordonne des lotions froides sur la tête, et une potion diaphorétique contenant de Tacétate d'ammoniaque et du nitre.
» Le 27. — Le mal de tète est augmenté par le bruit qui se fait dans la maison. J'engage la malade à la quitter, et je ne puis instituer un traitement actif.
» Le 30. — Madame M... occupe une chambre gaie et tranquille. Je fais raser la tête, et j'ordonne d'appliquer huit Siingsues derrière les oreilles et un vésicatoire à la nuque ; lavements pour prévenir la constipation.
» Jusqu'au 5 décembre, qui était le dixième jour, la malade fut assez bien, quoique délirant un peu la nuit; la langue était sèche et rouge; le pouls très faible, à i iO ; les yeux étaient fortement injectés, la face tantôt rouge, tantôt pâle, le front très chaud. A ce moment, le docteur Beauchamp vit madame .M..., et se basant sur la faiblesse de sa constitution et le frémissement particulier du [)ouls, il crut devoir lui faire prendre du bouillon de poulet 1res M^^cs et un peu de vin chaud. Ce dernier fut bientôt laissé île côté à cause de rexcitalion qu'il produisait
» Au quatorzième jour le délire élail plus marqué, et la malade, qui avait été très calme jusiju'alors, commença à être un peu agitée. Cependant, lorsqu'on lui parlait, on obtenait des réponses parfaitement raisonnables. Lotions froides, lavements, potions salines.
» Le lendemain, quinzième jour, je me rencontrai avec le docteur Beauchamp, vers dix heures du matin. Avant notre entrée dans la
4{|i> iiLinivue ■Euii.ftLfi.
chambre de maclunie M..., la garde nous fit un tabltiau effrayant de ta nuit précédonte. La maladeavaitL'técumplétemËiit indocile; elle avait crié sans relâche, croyant voir des apparitions terribles, entin elle avait eu des convulsions. En arrivant auprès d'elle, nous la trouvâmes les mains élendues et rigides; ta figure portait l'empreinte de l'égarement et de la terreur, les yeux étaient rouges et saillanls, les pupilles resserrées ; le pouls ne pouvait être compté, à peine pouvait-il être senti ; les pieds étaient froids et roidus. Il était impossible d'obtenir une seule réponse. La malade tenait ses yeux invariablemimt âiés sur le pied du lit. C'était un spectacle véritablement effrayant. M. Beauchamp fit la re-' marque que cet état paraissait tenir à la l'ois et du délire et de l'hystérie. n Cette question se dressa devant nous : Que faire? Nous n'osions appliquer des sangsues ; l'utilité des vésicatoires était problématique, peut-être môme n'auraient-ils pas eu le temps d'agir. Les lotions froides n'étaient plus indiquées, car la létcétait fraîche. Pouvions-nous recourir avec sécuritt' aux médicaments névroslhé niques? (^tte stimulation ett avancé le moment de la mort. Cependant l'indication était évidente, il fallait dégager le cerveau. Par quel moyen? Voilà ce qu'il s'agissait de décider. Pendant que nous étions ainsi embarrassés, le traitement que vous employez dans des cas semblables nous revint heureusement en mémoire. Nous prescrivîmes immédiatement une potion contenant trois grains d'émétique (18 ceiiLi g ranimes), une denii-draclime [2 grammes) de laudanum, et six onces d'eau, à prendre par cuillerées toute* les demi-heures; les eli'els de la màlication furent allentivement surveillés. Nous revînmes le même jour k une heure de l'après-midi, ei DOUâ constatâmes avec joie une notable amélioration. La malade avi)it pi'ij trois cuillerées de la potion, et avait vomi deux t'ois. La physionomie n'était plus la même; elle avait perdu son expression farouche et sauvage ; la langue était liumide, la transpiration cutanée tendait a se rétablir sur toute la surface du corps; lepoulsélait mou et donnait 1U0 puhations. L'tutelli}^ence, depuis si longtemps absente, était revenue. Madame M... répondait à nos queslions et nous disait qu'elle était guérie. La potion l'ut continu™, à Ui dose d'une cuillerée par heure. Après deux heures, la malade était tout à fait tranquille; elle tomba alors dans un profond sommeil, eut des sueurs copieuses, et le lendemain, à dii heures, à notre grand étoonemcnt, elle était très bien ; elle uous parlait avec gaieté de cette guérison merveilleuse ; elle se sentait parfaiteipeitl disposée : le pouls était souple, a 80 1 la peau naturelle, la langue humide d nelle. Leduclenr Heauclmmput^jugea pas nécessaiiT
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de aonlinuer ses visites. Quant à moi, il ne me restait plus qu'à conduire la malade par un régime convenable, de la convalescence à la santé. Elle est aujourd'hui entièrement rétablie.
9 Je suis heureux d*avoir eu dans celte occasion la précieuse assistance du docteur Beauchamp, et sa présence, au momentoù la maladie fut si féconde en péripéties inattendues, ajoute beaucoup à la valeur d^ cette observation. Du reste, lorsque nous avions perdu toute espérance, il me déclarait ne connaître aucun moyen qui présentât ici quelque chance de succès; aussi pouvons-nous hardiment conclure que sans le secours de votre médication, noire malade eût succombé. »
¥oilà certes, messieurs, un l'ait extrêmement remarquable. Il serait difficile de trouver un meilleur exemple pour démontrer les avantages du tartre stibié et de Topium, dans le traitement des accidents cérébraux du typhus. Ici le danger était imminent; cette dame était nerveuse, d'une constitution faible, et au moment où la maladie sévissait sur elle dans toute sa violence, elle eut une attaque de convulsions C'est là un symptôme très redoutable, surtout lors(|u'il vient se joindre à d'autres phénomènes qui indiquent une perturbation profonde du cerveua. Nous avons eu, il y a (juelque temps, un malade (|iii fut atteint de deux accès de convulsions dans le cours d'un typhus, et je vous ai dit alors, vous ne l'avez sans doute pas oublié, que ctît accident annonçait un danger peu ordinaire. A peu près à la même époque, un médecin disait, en discutant mes observations, que les convulsions du typhus fever ne sont pas aussi graves que je le prétends; mais je puis lui opposer l'autorité d'Hippocrate, «jui a si^Mialé la rareté de la guêrison dans les cas de ce genre.
Je vais maintenant vous rapporter dans tous ses détails un lait intéressant qui m'a été communiqué par M. Swift :
« J. Kinsela, laboureur, âgé de vingt-trois ans, d'une con^titulion solide et robuste, fut pris de fièvre le 1^ ou le 15 janvier. Il se plaignit durant la semaine suivante d'une céphalalgie intense, de soil, de faiblesse; mais il ne fut soumis à aucun traitement. Le samedi 21, il était très malade et extrèmeinent agite. Le dimaneluî matin, tandis (jut; son pasteur et plusieurs de ses amis étaient auprès de lui, il sortit luut à coup de son lit, dans un état de délire furieux ; puis ayant saisi un couteau, il quitta la chambre et se précipita en chemise dans la rue, où i| fut saisi par un policeman et cpichpies voisins. Il fut replacé dans son lit, non sans avoir blessé quelques-uns de ceux «lui avaient cherché à le saisir. Il tomba alors dans un coma profond ; et lorsque je le vis le
mardi, il présentait les symptômes suivants : décubitus dorsal, yeux presque fermés; lèvres rouges, sèches et fendillées; avant-bras fléchis, agités par des mouvements involontaires; tressaillements convulsifs des sourcils et des angles de la bouche; respiration irrégulière, pénible et parfois stertoreuse (identique, en un mot, avec celle que vous avez justement appelée cfWira/^); pouls déprimé, inégal, faible, à 110 environ; chaleur excessive du cuir chevelu et de la foce; température du corps normale; pieds très froids. Il n'y avait, du reste, aucune affection pulmonaire. Le ventre était souple et naturel, du moins en apparence, mais le malade donnait des signes de douleur, lorsque j'exerçais une pression un peu forte au niveau de Testomacet de l'intestin grêle. Il se levait dans son lit, s'agitait violemment, parlait sans cesse, mais il )ie répondait pas lorsqu'on l'interrogeait, et l'on ne pouvait parvenir à lui faire ouvrir les yeux ou montrer la langue. Celle-ci, autant du moins qu'il m'a été possible de la voir, était rouge, sèche, fendue et revêtue d'un enduit épais. En élevant moi-même les paupières, je vis que les yeux étaient fortement injectés, et que l'ouverture pupillaire était resserrée au point de n'avoir plus que les dimensions d'une tête d'épingle.
» Je fls laver la figure, les mains et la tête du malade avec un mélange d'eau et de vinaigre chauds; je fis mettre à ses pieds des bouteilles remplies d'eau chaude, et à deux heures après-midi je commençai à lui donner le tartre stibié, à la dose d'un quart de grain (0*',015) toutes les heures. J'avais joint à ce médicament une petite quantité d'opium.
» Lorsque je revins, vers neuf heures du soir environ, il y avait déjà une amélioration considérable dans l'état de cet homme, il pouvait être facilement éveillé, il répondait distinctement aux questions, montrait sa langue lorsqu'on le lui demandait, et paraissait complètement revenu à la raison. Il avait pris à peu près deux grains d'émétique, et le médicament semblait avoir agi exclusivement sur le système circulatoire. Le pouls était devenu égal et régulier; la température du corps était uniforme, la peau présentait unelégère moiteur ; mais il n'y avait eu ni vomissements, ni selles. Je substituai alors au tartre stibié une potion contenant du nitrate de potasse et de la teinture de jusquiame; les fomentations chaudes d'eau et de vinaigre furent continuées; et je fis donner un lavement purgatif avec de la térébenthine, ce qui amena de copieuses évacuations et une abondante diurèse. Le samedi 28, le
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nette et dooce, le pouls diminua de fréquence. Le niardi suivant, il n'y avait plus que 76 pulsations par minute ; la langue était nettoyée, les yeux étaient clairs, les pupilles normales, l'appétit était revenu, de sorte que je jugeai inutile de continuer plus longtemps mes visites. Cet borome est aujourd'hui en pleine convalescence.
]» Il est à noter que la tête du malade ne fut pas rasée, et qu'on n'appliqua ni vésicatoires ni sangsues. Une partie des cheveux fut coupée avec des ciseaux^ voilà tout. J'attribue tout l'honneur de la guérison au tartre stîbiéet à l'opium; car, grâce à cette médication, le patient fut tiré en quelques heures d'un état de stupeur et de coma qui, dans toute autre condition, eût rapidement entraîné la mort. Cet agent précieux acquiert plus de droits encore à notre reconnaissance, s'il est ▼rai (comme cela parait résulter du fait de Kinsela) qu'il peut être substitué à tous les remèdes dispendieux qu'on emploie d'ordinaire en pareil cas; car dans les dispensaires, et dans une population aussi pauvre que l'est celle de ce pays, il est souvent difficile, parfois même impossible d'administrer de tels médicaments. »
Chacun sait que le deliriimi tremens exige différents modes de traite* ment, selon la constitulioii, la force, Tàge et les habitudes du malade. Chez les sujets jeunes et robustes, surtout lorsqu'il résulte directement d'excès alcooliques, il revêt souvent une forme semblable à celle du délire, qui provient de la congestion ou de Tintlammation du cerveau ou des méninges; il faut alors l'attaquer par une médication antiphlogistique vigoureuse : phlébotomie, sangsues, application du froid sur la tête, purgatifs très énergiques. Dans bien des cas, vous réussirez ainsi à arrêter rapidement la marche des accidents ; mais souvent aussi le delirium tremens demande une thérapeutique entièrement opposée ; lorsqu'il s'agit en effet de sujets âgés ou affaiblis, de buveurs de profession qui ont déjà eu plusieurs attaques antérieures, nous sommes obligés de donner, dès le début, l'opium à hautes doses, avec du porter, du punch ou quelque autre boisson cordiale. Entre ces deux formes extrêmes, il existe bien des variétés intermédiaires, et chacune d'elles nécessite quelque modification dans le traitement.
Certains cas, par exemple, veulent être attaqués vivement dès le début par les antiphlogistiques, auxquels il sera bon de faire succéder aussitôt les opiacés ; dans d'autres, au contraire, il est impossible, à quelque moment que ce soit, de doimer l'opium seul, tant sont marqués les phénomènes de contagion cérébrale, cl cependant les narcotiques sont l'agent essentiel de la guérison.
De quelle façon faut-il donc ici les employer? Disposons-nous de quelque moyen qui puisse en modifier et en atténuer les fâcheux effets sur la congestion encéphalique? Oui, ceres, le tartre stibié remplira cette importante médication, et la valeur d'un mélange d*émétique et d'opium dans le delirtum tremens est connue de tous les praticiens expérimentés. Administrez hardiment le tartre émétique; c'est souvent votre seule ancre de salut dans le délire alcoolique, lorsqu'il y a des phénomènes évidents de congestion vers la tête. Employé seul à doses réfractées, il contribue puissamment à ramener la tranquillité et le sommeil ; mais il est des cas plus complexes où nous ne pouvons espérer la guérison, sans ajouter à la solution stibiée une quantité plus ou moins considérable d'opium : c'est précisément ce qui a lieu dans le délire et Tinsomnie des fièvres continues.
Lorsque les symptômes d'excitation cérébrale apparaissent au début delà maladie, il n'est pas de médecin qui ne trouve là l'indication du traitement antiphlogistique : les saignées générales, les sangsues, les purgatifs, les applications froides sur la tète, et enfin Témétiquc à doses réfractées réussissent admirablement à diminuer la réaction vasculaire, et à apaiser les phénomènes (|ui dépendent de la congestion du cerveau. La lancette et le tarire stibié constituent à ce moment nos plus puissants narcotiques, nos agents les plus effictaces pour ramener le calme et le sommeil. Mais lorsque la lièvre a marché, lorsque nous sommes à une période plus avancée, lorsque les taches ont paru sur la peau, loi*sque nous voyons survenir les symptômes adynamiques qui révèlent le caractère typhoïde de la maladie, alors nous devons procéder avec l>paucoup plus de réserve, lors nième (juc notre malade, en proie à un délire violent, est totalement privé de sommeil. Les émissions sanguines générales ne sont plus possibles; on peut bien à la vérité appliquer quelques sangsues, mais il faut en surveiller les effets avec la plus grande attention, car le mala«le est hors d'état de supporter une évacuation abondante de quelque nature (ju'el le soit ; dans ces circonstances le tartre stibié peut encore être administré sans crainte, et il remplira parl'aitenient l'indication.
Mais s'il nous faut combattre l'insomnie et le délire à une période encore plus avancée du typhus fever, nous nous trouverons souvent en face (le la même combinaison de symptômes que dans œrtaines variétés de delirium tremens, à savoir, une gnnule faiblesse générale et des phénomènes de congestion cérébrale. Qui pourrait se refuser à reconnaître l'analogie (jui existe entre ces cas de délire fébrile, et plusieurs formes
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de délire alcoolique? Ne voyons-nous pas dans l'un et dans l'autre les mêmes tremblements, les mêmes soubresauts des extrémités ?N observons-nous pas leméme tremuius delà langue, lorsque lemalade cherche à la sortir de sa bouche? N'est-ce pas la même agitation et la même insomnie? N'est-ce pas la même divagation, la même incohérence de langage «^vec la faculté de répondre raisonnablement aux questions ? N'est-ce pas le même genre de désordre intellectuel ? car, dans Tun et dans l'autre cas, les malades s'agitent comme s'ils exécutaient les travaux de leur profession ; ils parlent comme s'ils étaient au milieu de leurs compagnons ordinaires. En un mot, pourrait-il exister une ressemblance plus grande entre deux états morbides provenant de causes complètement différentes? Nous ne devons donc pas nous étonner en voyant le même traitemei^t, à savoir, l'emploi simultané du tartre stibié et de l'opium, être également applicable dans les deut aflections.