‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 85 sur 123 · VINGT-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME LEÇON

DE LA LOI QUI PBÉSIDE AL'X BECHVTES DE LA Fl6wi

IXTERniTTENTE.

La fièvre intermittente. — La loi qui régit les accès est applicable aux intenralles q«

séparent les rechutes. — Observation à l'appui. Les fièvres périodiques opiniâtres, même lorsqu'elles sont accompagnées de diverse»

complications, peuvent être guéries par ie sulfate de quinine seul. — Méthode

d'administration. -*- Tableaux.

Messieurs,

Je veux aujourd'hui m'entrelenir avec vous d'une question fort intéressante, dont je me suis très-séiieusement occupé depuis quelque temps; cette question, la voici : Existe-t-il quelque loi qui préside aux rechutes de hi fièvre intermittente?

Ayant eu occasion d'observer une fièvre quarte qui a duré vingtsept mois, j ai pris soin de noter avec exactitude toutes les particularités de sa marche, et je les ai réunies en tableau, de façon à pouvoir embrasser dans une vue d'ensemble le nombre et la date des accès. Quelque temps après^ j'ai découvert que Texamen de celle table conduisait à des résultats très-importants, et que j'étais autorisé à poser cette conclusion : la loi de périodicité des fièvres intermittentes ne domine pas seulement l'enchaînement et le mode de succession des paroxysmes, mais elle régit aussi les intervalles apyrétiques ; en d'autres termes, la même loi qui préside aux manifestations paroxystiques de la maladie tient sous sa dépendance les périodes pendant lesquelles il n'y a pas d'accès; bien que latente alors, son induence n'en est pas moins réelle ; seulement il se passe ici ce qui a lieu dans une horloge dont la sonnerie a été enlevée : la fin de chaque heure n'est plus annoncée par le signal ordinaire.

Celte loi, mise aujourd'hui pour la première fois en lumière, montre une fois de plus avec quelle ténacité l'élément périodique persiste dans les maladies, lorsqu'il en a primitivement influencé les manifestations ; du reste, la même démonstration nous est fournie par une fonction

physiologique, par la menstruaiion : après un arrôl de plusieurs mois, elle raparait quelquefois le même jour où elle se fût montrée, si elle* ifavait pas été suspendue.

L'observation que je vais vous rapporter est également instructive au point de vue pratique, car elle montre qu'une fièvre périodique invétérée, accompagnée de nombreuses complications, peut être parfaitement guérie par le sulfate de quinine seul ; elle prouve en outre que, dans ces circonstances, nous pouvons administrer, non-seulement sans danger, mais avec des avantages réels, de très-hautes doses de ce médicament tout-puissant.

Un garçon de onze ans, d'une bonne constitution, avait passé le printemps et Tété de 18/i2 dans un pensionnat du comté de Kent, et il avait joui pendant tout ce temps d'une santé parfaite. A l'automne, on eut l'imprudence de lui permettre de se baigner tous les jours dans une mare^ et souvent il restait plus d'une heure dans Teau. Au mois de novembre il avait été pris de symptômes fébriles, et il avait dû rester pendant quelque temps dans rinfirmerie de rétablissement ; là, on avait attribué ces accès de fièvre au refroidissement et à des troubles digestifs, et en conséquence on avait ordonné le repos au lit, la diète, les mercuriaux et les purgatifs salins. Malgré ce traitement, la fièvre revenait fréquemment, et le médecin n'en soupçonnait même pas la nalure. Cet enfant arriva à Dublin le soir du 16 décembre 18/42, et du premier moment que je le vis, je m'arrêtai, d'après son apparence extérieure, à l'idée d'une fièvre intermittente. Il toussait un peu, mais du reste il se trouvait assez bien, malgré la fatigue du voyage ; il dormit très-bien pendant la nuit Le 17 décembre, il déjeuna et il dîna avec un bon appétit, niais après le dîner il fut pris de son accès. Néanmoins il passa une bonne nuit, et ne se réveilla que le lendemain matin à huit heures. 11 eut de la fièvre et de la chaleur à la peau pendant toute la journée, jusqu'au soir vers huit heures; le paroxysme avait duré vingtquatre heures. Je lui avais lait donner à quatre heures de l'après-midi f) grains (0^', 30) de sulfate (le quinine. — 19 décembre, la nuita été bonne; il n'y a pas de fièvre. On contiiuie le sulfate de quinine à la même dose. — 20 décembre, pas de fièvre; la toux est beaucoup moins frérjuenle : troisième dose de quinine. — 21 décembre, l'enfant a bien dormi; à son réveil il n'avait pas de fièvre, mais il en a été pris à onze heures du matin ; l'accès a duré huit heures. Même dose de sulfate de quinine. — 22 décembre, je fais donner 7 grains et demi (O'^',^')) de sel (|uini(|ne peu dant quelques jours. La lièvre n'a reparu que le 8 janvier; il y a eu ce

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J*ai fait alors pour la première fois cette remarque» que le paroiysme survenait précisément le même jour que si la fièvre n*avait pas été suspendue depuis le 21 décembre ; dans ce cas, en effely les jours d*accès eussent été le 2U, le 27, le 30 décembre, le 2, le 5 et le 8 janvier. Ce qui revient à dire que la maladie, pendant qu'elle ne se révélait par aucune manifestation appréciable, avait obéi à la même loi de périodicité que lorsqu'elle produisait des accès. Le 8 janvier, je revins au sulfate de quinine, et j*en fis donner pendant quatre jours 7 grains et demi par jour. Les accès disparurent de nouveau pendant un certain temps, mais il y en eut un le 21 janvier ; remarquez qu'il eût dû survenir le 20, si la périodicité était restée la même ])endant la période latente. II y eut de nouveaux paroxysmes le 21, le 24, et le 27 janvier; h ce moment, sous l'influence du sulfate de quinine, ils cessèrent jusqu'au 10 mars. Or, si vous consultez la table (1), vous verez que c'est précisément ce jour-là que la fièvre devait revenir, si elle avait conservé lepuis le 27 janvier le type quarte. Le 13 et le 16 mars, nouveaux accès que le traitement fait disparaître jusqu'au 30 avril, jour parlaitement oxact, si l'on admet que le type quarte a persisté depuis le 16 mars précédent. Les paroxysmes fébriles revinrent le 3 et le 6 mai ; domptés encore une fois par le sulfate de quinine, ils cédèrent jusqu'au 30 mai, jour qui était encore exact. Mais nous reviendrons sur ce point. L'accès nu 21 janvier avait été léger, tandis que celui du 24, commençant à trois heures de l'après-midi, s'était montré très-sévère ; la céphalalgie avait été considérable, la fièvre avait persisté plus ou moins forte jusqu'au 25, et l'enfant n'avait repris de l'appétit que le 26. Le 27, vers trois heures de l'après-midi, il y avait eu un accès beaucoup moins violent; la douleur de tête avait été fort peu marquée; la chaleur à la peau, l'agitation avaient été moins considérables, et les nausées beaucoup moins fréquentes. Le malade avait passé une bonne nuit, et le^ lendemain 28, il se portait très-bien à l'heure du déjeuner.

Du 18 décembre au 2 janvier, cet enfant prit 75 grains de sulfate de quinine (4*S50) ; du 8 au 12 janvier, il en prit 30 grains (1«',80), et du 21 au 30, 60 crains (38',60), total : 165 grains (9«^90). Le 30 janvier, la fièvre n'avait pas reparu, et ce jour-là notre petit malade semblait aller très bien. Je suspendis l'usage du médicament, et la maladie ne donna pas le moindre signe d'existence jusqu'au vendredi 10 mars. Survint alors un accès ; mais il fut si léger, que j'hésitai à y voir une rechute, ei que je ne crus pas devoir revenir an sulfate de quinine. I^

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