DE LA PÉRIODICITÉ LATEM
13 mars, un paroxysme épouvantable venait lever tous mes doutes. Il est bon de vous dire que Tenrant n'éprouvait avant raccès aucune sensation nomale, et qu*il ne présentait aucun signe précurseur; le 10 mars il avait encore, au moment de Tinvasion, un teint parfaitement naturel.
Or, ce n'est pas ce qui a lieu d'ordinaire, et même dans le cas actuel, il n'en a pas toujours été ainsi : lorsque la maladie fut plus profondément enracinée, le retour de l'accès était invariablement annoncé plusieurs jours à l'avance par l'altération des traits et la pâleur de la face. L'instantanéité, la soudaineté du début, n'étaient pas moins remarquables; j'ai vu ce malade être subitement atteint au milieu d'un repas auquel il faisait grand honneur : il perdait tout à coup l'appétit, et se mettait à trembler sous l influence du frisson. J'ai remarqué tout par* ticulièrement que pendant les vingt-quatre heures qui précédèrent la rechute du 10 mars, il n*eut dans sa santé aucun dérangement appréciable ; le sommeil avait été bon, l'urine et les selles étaient normales, la langue était naturelle, toutes les fonctions enfin étaient accomplies avec régularité. Mais plus tard, cette immunité avant l'accès n'a pas été aussi complète ; l'enfant se trouvait mal à son aise un jour ou deux avant l'apparition des accidents fébriles.
Ces faits nous montrent que la fièvre intermittente est d*al)ord entièrement périodique, et que la santé n'en est point troublée pendant les intervalles apyrétiques ; mais lorsque la maladie est plus invétérée, elle fait sentir son influence même pendant les jours intercalaires. Le H mars, notre malade fut remis au sulfate de quinine à la dose de 10 grains (0*%60) par jour. L'accès du 13 avait été très-violent, celui du 15 le fut beaucoup moins, puis la fièvre disparut encore une fois jusqu'au 30 avril. Du 1^ au 17 mars, l'enfant prit lous les jours 10 grains de sel quinique, et il continua le médicament à doses progressivement décroissantes, jusqu'à ce qu'il en eût pris en tout, pendant ce mois-là, 90 grains (5*',^0). Le paroxysme du 30 avril, quoique léger, fut très-nettement appréciable; celui du 3 mai apparut subitement et fut accompagné dès le début de délire et d'hallucinations, qui nous causèrent de vives alarmes pendant deux heures ; ces désordres cessèrent avec le stade de chaleur. Cet accès ne fut compléleinent terminé qu'au bout de seize heures, et il me jeta dans une telle perplexité que je résolus, contrairement à ma première intention, de donner immédiatement le sulfate de quinine, dans le but de prévenir une autre attaque, ou tout au moins d'en allcnurr la violence: je craignais en
effet que la maladie, abandonnée à ellc-môme, no revêtit sa forme \m plus dangereuse, et ne se transformât en fièvre apoplectique ou inter^ mittente pernicieuse. En conséquence, je fis prendre le ^,1e 5 et le 6 mai, /iO grains (2>',^0) de sulfate de quinine; il n'y eut pas moins un accès le 6 mai, mais il fut trës-atlénué et ne présenta pas de phénomène» cérébraux. Le lendemain, d'après Tavis du docteur Stokes^ le malade fut transporté dans un cottage très-favorablement situé au-dessus du niveau de la mer, sur les hautes falaises du versant méridional de la colline de Howth ; et le 9 mai, il prit à deux heures de raprès-midi une potion contenant dix gouttes de laudanum et vingt gouttes d*éthcr sulfurique. Il passait presque tout son temps en plein air, et bientôt il pré enta un aspect beaucoup plus satisfaisant. Il n'avait plus de fièvre, il était gai, fort et actif; il avait un excellent appétit, et le 1% mai il revenait à Dublin, après avoir passé dix-sept jours sans iiccès.
Le 2'i mai, à quatre heures de l'après-midi, Tenfant eut un léger paroxysme, et le 27 il en eut un autre à la même heure; malgré cela il dormit bien pendant toute la nuit, et quoiqu'il eût très-peu d'appétit • e lendemain matin, il était assez bien portant. Nous attribuâmes, mais sans doute à tort, le peu d'intensité de cet accès à une potion que nous avions fait prendre à une heure, puisa trois heures de l'après-midi; celle potion contenait du camphre, de l'esprit de nitre dulcitié (1) et 7 gouttes de laudanum ; après la seconde dose, nous avions donné une tasse de café chaud. Le 25 mai, l'enfant retourna à Howth ; le 30, il prit comme la première fois une mixture opiacée, on le fit mettre au lit à trois heures, et au moyen do thé bouillant on tenta de prévenir l'accès.
Malgré toutes ces mesures, la fièvre revint le 30 à son heure; elle fut de courte durée, mais assez violente, car elle fut accompagnée d'hallucinations, au début. M. Stokes et moi nous résolûmes alors de cesser toute médication et de voir ce que produiraient l'air pur de Howth, une température douce et les jeux de la campagne. L'événement ne répondit pas à notre attente; les accès fébriles revinrent le 2, le 5, le 8, le 11 et le lôjuin avec une exactitude parfaite, à trois heures de l'aprèsmidi. Us étaient quelquefois si légers, que l'enfant n'interrompait sa récréation que pendant une heure ou deux ; mais d'autres fois ils étaient très-sévères^ et quoique leur durée ne dépassât jamais six ou huit heures,
(1) Cette préparation est également connue sous le nom d'acûlc nitrique aleooli»«i.
"^ Alcool rectifié à 30° 360 grammes.
Aci(h; nitrique à 34" 1 20 —
Mêlez avec prc«aulioii. 'Noie du Trad.)
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ils étaient compliqués de céphalalgie, de nausées, de vomissements et de diarrhée ; ces évacuations paraissaient soulager la douleur de tête. Après huit accès consécutifs, voyant la maladie ne présenter aucune tendance à une terminaison spontanée, nous nous sommes retournés encore une fois vers le sulfate de quinine : le 15 juin, nous en avons donné 10 grains, et le 16. 15 (08%60 — 0»%90); le 17 juin, nous en avons fait prendre 10 grains avant dix heures du matin, dans le but de prévenir l'accès ; le 18, lenfant en prit 10 grains; le 19, 15, et le 20, 10 : de sorte que durant ces six jours II en avait absorbé 70 grains (4«',20). Ce traitement a eu pour résultat d'atténuer le paroxysme du 17 et d'empêcher celui du 20. Nous étions restés du 6 mai au 15 juin sans donner le sulfate de quinine, et il est à remarquer qu*à la suite de cette série non interrompue de neuf accès, les 70 grains de quinine nécessaires pour couper court aux paroxysmes n'ont fait disparaître la fièvre que pour onze jours; la dernière dose du médicament avait été prise le 20 juin, et le 2 juillet il y avait une légère apparence d'accès : le stade de froid, de très-courte durée, fût représenté par de la pâleur^ de la douleur de tête et un peu de collapsus, après quoi survint une période de chaleur à peine marquée. Nous avions déjà constaté qu'après deux paroxysmes, 60 grains de sulfate de quinine suffisaient pour amener une npyrexie de dix-sept jours. Les avantages de Tadminis- Iration immédiate du médicament étaient tellement évidents, que le soir même du 2 juillet je faisais prendre à l'enfant 5 grains de quinine (0*',30), et j'en continuais l'usage le lendemain, de sorte qu'au 5 juillet il en avait eu 25 grains (1^%50). J'ai pu juger alors combien il était utile d'attaquer prompttment la maladie, car, grâce à ces 25 grains de sulfate de quinine, quinze jours s'écoulèrent pendant lesquels le malade n'eut ni accès ni remède.
Le 20 juillet, l'enfant était allé par eau à Kingslown ; le soir, il rentra tout frissonnant : il attribuait celte indisposition à la brise. Et comme il avait été parfaitement remis par lo llié et qu'il avait très-bien dormi pendant la nuit, nous nous flattions qu'il s'ngissait ici d'un simple frisson passager, et non pas d'un accès écourté. Mais, le 23, il n'y avait
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55 grains (3<%30) de sel quiriique, et il avait dû au médicament une intermission de onze jours. Comparé avec le préaident, ce résultat est fort intéressant : il démontre que 25 grains du médicament administrés immédiatement après le premier accès produisent une apyrexie plus durable que 55 grains donnés après le second accès seulement. Dès lors je fus bien décidé à mettre à profit celte expérience et à faire prendre le remède aussitôt que la fièvre reparaîtrait Le 10 août, il ; eut un accès bien marqué à cinq heures et demie du soir, mais à neuf heures il était déjà terminé; l'enfant fut sans fièvre pendant toute la nuit et il dormit très-paisiblement.
Chez le malade dont je vous rapporte l'histoire, le premier accès de certaines séries avait été de longue durée et avait occupé deux jours consécutifs, de sorte qu'il était difficile d'en déterminer la date exacte. Ainsi, en 18/!i2, la fièvre avait débuté le 17 décembre dans l'aprèsmidi, et avait duré vingt-quatre heures, c'est-à-dire jusqu'au 18, à sept heures du soir. Si nous prenons pour point de départ le début de l'accès, le paroxysme suivant aurait dû tomber le 20, tandis qu'il n'est venu que le 21 ; ici donc il fallait compter à partir de la fin de l'accès. I^ contraire arriva le 9 mars 18(i^ : après une intermission de près de cinq mois, survint un accès de dix-huit heures qui ne se termina que le 10. Les deux accès suivants manquèrent ; mais il y en eut un le 18, de sorte que cette fois-ci il fallait supputer les jours à partir de l'invasion du paroxysme. Ces deux faits, évidemment contradictoires, et quelques autk'es particularités de cette observation prouvent qu'il n'est pas toujours facile de déterminer avec précision la date des accès lorsque la fièvre reparaît après une longue intermission.
Le 10 août, notre jeune garçon prit 5 grains (0«^30) de sulfate de quinine, 10 le M\, 10 le 12, et 5 le 13; l'accès manqua ce jour-là. On se rappela alors que le 8 et le 9 août l'enfant avait présenté quelques phénomènes précurseurs de la fièvre; le matin de ces deux jours il avait éprouvé des vertiges après son déjeuner, notamment en allant à lase Ile. Le 11, les élourdissements étaient encore très-marqués; mais le 12 ils avaient presque cessé. Malgré cet accident, on continua le sulfate de quinine, et le vertige disparut avec la pâleur et les nausées qui l'avaient accompagné. Il était certain, d'après cela, que dorénavant le vertige du matin nous avertirait un ou deux jours à l'avance de la venue de l'accès; aussi avons-nous pris alors la résolution d'îldministrer le sel de quinine dès le moment où le malade accuserait du vertige : il en eut un très-marqué le 21 août après déjeuner, en allant à la