‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 125 sur 254 · COLIQUE HÉPATIQUE · texte numérisé non relu

COLIQUE HÉPATIQUE

voisinage de la suture chondro-costale. Enfin, en arrière, je découvris une ecchymose, toujours au niveau de la quatrième c6te ; de sorte qu'il y a probablement sinon une fracture de cette côte à sa partie antérieure, au moins un décollement ou une rupture du cartilage costal, car la crépitation n'est pas sèche, elle ne se perçoit pas dans tous les mouvements, même exagérés de la poitrine, et la douleur est le plus aiguë au niveau du cartilage.

Ainsi ce n'était pas le foie qui souffrait, la douleur siège trop haut dans la poitrine. Il ne s'agit pas non plus d'une névralgie intercostale : les points d'élection des foyers de douleur antérieur et postérieur font défaut, et d'ailleurs la douleur n'existe pas au niveau des parties molles dans l'espace intercostal, mais elle se fait sentir sur un arc osseux correspondant. En résumé, voici donc un point de côté symplomatique d'une fracture de côte^ ou mieux d'un cartilage costal.

Un bandage de corps solidement fixé a suffi au traitement ; la douleur étant déjà notablement amoindrie par les ventouses de la veille.

Mais ce n'est pas que cette femme n'eût pu avoir une névralgie intercostale consécutive à une colique hépatique, la chose est si peu impossible — et pour mieux dire si fréquente — que vous en voyez actuellement un exemple chez la malade couchée au n* 38 de la môme salle. Ici la colique hépatique n'est pas plus douteuse que sa cause : il y a quinze jours que la malade est entrée en proie à une vive douleur d'un certain point de l'hypochondre droit situé un peu au-dessous de la dernière fausse côte, sur une ligne verticale intermédiaire à l'aisselle et au mamelon, c'est-à-dire sur un point correspondant exactement à la vésicule du fiel et au canal cholédoque ; douleur exaspérée par les mouvements respiratoires et surtout par la toux. A ce véritable point de côté inférieur, survenu tout à coup, s'étaient ajoutés successivement des vomissements, puis de l'ictère, et enfin, pour qu'il n'y eût pas de doute quant à la réalité non plus qu'à la cause matérielle de cette colique hépatique, les matières fécales furent tamisées, et des calculs biliaires y ont été recueillis, au nombre de plus de quarante. Eh bien, chez cette malade, indépendamment de la

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douleur d'élection m niveau de la vésicule du fiel, il existe une névralgie intercostale, d'origine réflexe, siégeant dans les huitième, septième et sixième espaces intercostaux droits. Névralgie oaractérisée, pour la malade, par un endolorissement diffus de la base droite du thorax, avec foyers d*exacerbation en certains points, qui sont ceux d'émergence de? nerfs intercostaux ; névralgie caractérisée, pour vous, par ces signes mômes, ainsi que par la douleur à la pression des quatre apophyses épineuses correspondantes à ces trois espaces douloureqx.

D'ailleurs, il est bien évident que ces douleurs ne sont point le symptôme d'une névralgie diaphragmât ique^ assez souvent la conséquence d'une violente colique hépatique, et par simple propagation de l'irritation, devenue phlegmasique, du foie au péritoine d'enveloppe, et de celui-ci an nerf phrénique. Cela est évident, vous dis-je, parce que la pression des insertions diapbragn^atiqnes n'éveille point de douleur, parce qiie la compression du nerf phrénique n'en provoque pas davai^tage, parce qu'enfin il n'y a pas de douleur à l'épaule droite.

Mais ce n'est pas tout : cette névralgie intercostale existe aussi <iy, câté gauche cbex notre malade, et la chose devient ici plus complexe, comme la pathogénie difl*érente. 11 y a neuf ans qu'à la snite d'une afl*ection utérine cette malade eut d'abord une névralgie iléo-lombaire, si commpne en pareil cas, et qui est alors à l'afleption de l'utérus ce que la névralgie des espaces intercostaux, comme dans le cas actuel, est à rafleclion du foie, un phénomène réflei^p de voisinage — la réaction sympathique du contenu sur le contenant. Puis survint de la dyspepsie, puis do l'anémie, puis pnfln une névralgie intercostale symptomatique de cette anémie et se manifestant à gauche, ainsi qu'il est habituel 4u^ névropathes, il n'y a pas à douter d'ailleurs qu'elle n'eût été dyspeptique et anémique. Le diagnostic fut fait alors par un médecin très-distingué, Becquerel, qui la soumit, civec un plein succès, h la n^édication si rationnelle en ce cas de l'hydrothérapie ; de sorte qu'en résumé il se pourrait bien faire que celle malade dût ses points doulonreux : an niveau de la vésicule biliaire, certainement à la colique hépatique ; au niveau fies derniers espaces intercQstau}^ droit§^ proba})lemept à une névralgie réflexe sym-

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ptomaUque de cette colique; et enfin au niveau des espaces inter* costaux gauches, probablement encore à la dyspepsie pt li^ Tanémie, dans lesquelles cette colique Ta de nouveau jetée.

Tout cela n'est que curieux ; mais voici qui est plus utile : je yeuj^ vous parler des fausses malqdie^ du çœi^r.

Nous venons de voir que }^ névralgie intercostale d'autrefois, et qui était symptomatique de l'anémie, cette malade l'avait ressentie à gauche, et je vous ai dit que le fait était habituel ; eh bien, vous serez fréquemment consultés par des malades qui vous aborderont pleins de tristesse, en vous disant qu'ils souffrent cruellement d'une maladie du cceur et eq vous désignant du geste non pas leur région sus-mamelonpaire ou stemale, mais leur région sous-mapa^lonnaire gauche, c'est-à-dire leur cinquième espace interpostali qui correspond, comme vous savez, à la pointe du copur, m^js du cœur non hypertrophié. A quoi vous pouvez leur répondre hardiment et sans auscultation préalable, que puisqu'ils souffrent eu ce point, c'est qu'il:^ n'oqt yr^iserphlablement p^s de n^aladie du cœuf , attepdu qu^ ^bs affections de la valvule mitrale sout indolentes. Mais voici ce qui existe alors ; ces geqs-là sont des névropathes j ils ont une névralgie intercostale gauche occupant les cinquième, sixième ef quelquefois septième espaces : que si, dans ce cas, vous appuyez fortement votre doigt au-dpssous du mamelon, dans le cinquième espace, vous provoquez une vive douleur; or ce qu'a fajt votre doigt, de dehors en dedans, la pointe du cœur le fait h chacune de ses systoles de dedans en del^ors. Mais, comme h chaque battement l'organe copiprime le nerf malade, et comme ces chocs sont exagérés encore par le^paljiitatÎQîi^ de l'anémie, le patient — associant dans son esprit ces palpitations, indice incontestable d'nne perturbation fonctionnelle de l'organe, aux retentissenients douloureux qu'elles provoquent — en conclut, avec assez de vraisemblance, à l'existence, chez lui, d'une maladie du cœur. Tout au moins de tels malades son^-ils autorisés h dire, ainsi qu'jls ]e font souyent, « qu'ils ont une douleur au cœur » .

Gomme vérification de ce que je vous dis de l'indolence habitqelje des affections organic|ues de ce viscère, cqnsidérez, je vous '

prie, tous ces malheureux qu'ont amenés dans nos salles d'énormes lésions cardiaqaes, et vous verrez qu'il en est peu d'entre eux qui se plaignent de souffrir du cœur ; de telle sorte qu'on pourrait croire, à première vue, que tous leurs organes sont malades, celui-ci seul excepté.

L'exploration, la recherche des points douloureux vous a donc bien vite appris que vous avez affaire à une névralgie intercostale, et voilà le point de séméiotique désormais fixé. La partie pathogénique de la question reste encore à déterminer. Eh bien, votre client est un nerveux doublé d'un anémique ou d'un dyspeptique. Cherchez bien, et vous trouverez la preuve de son état névropathique dans l'existence d'autres névralgies, lombaires ou iliaques, par exemple, si c'est une femme ; ou bien dans l'existence antérieure de névralgie faciale, de migraines, etc.; vous découvrirez la preuve de son anémie dans la décoloration de ses tissus et l'existence d'un souffle doux à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou ; la preuve enfin de son état dyspeptique, dans les caprices de son appétit et les difficultés de ses digestions.

Mais comment tout cela s'enchaîne-t-il ? Le voici :vous observez ces phénomènes nerveux chez des femmes qui ont des troubles de la menstruation et de la dyspepsie antérieure ou consécutive, ou chez des hommes qui sont femmes en ce point qu'ils vivent comme elles d'une existence sédentaire, chez les gens de lettres, par exemple, et en général chez tous ceux qui, déveloplant exagérément leurs facultés sensibles ou intellectuelles au détriment de leurs facultés locomotrices, ont perdu l'équilibre nerveux. De tels individus sont des monstruosités physiologiques; ils sont, au point de vue fonctionnel, ce que sont, au point de vue matériel et organique, ces animaux ou ces plantes que l'industrie humaine a développés dans un certain sens exclusif, et, pour avoir mésusé de leur innervation, ils en sont arrivés à la folie de la sensibilité.

Tous ces gens à névralgies ou à névroses sont dyspeptiques ; aussi Beau se demandait-il si la dyspepsie ne serait pas la cause en quelque sorte anatomique de la névralgie intercostale : une aura douloureuse, partie de Testomac, traverserait les filets du plexus solaire, atteindrait lesjganglions semi-lunaires, reinonte-

rait par les nerfs splanchniques aux ganglions thoraciques d'où elle se réfléchirait immédiatement sur les nerfs intercostaux gauches ; mais cette explication n'est pas rigoureusement physiologique, en ce sens que toute action réflexe doit nécessairement passer par la moelle ; d'ailleurs, elle ne saurait s'appliquer aux névralgies dont la source est ailleurs que dans l'estomac (dans l'utérus, par exemple), ou le siège ailleurs que dans les nerfs intercostaux (ainsi, à la face). Notez, je vous prie, que, quelle que soit la source primitive du mal, la névralgie intercostale de l'anémie est toujours à gauche ; de telle sorte que, si elle existe à droite, on est autorisé à en rechercher l'origine dans la maladie d'un organe situé de ce côté (plèvre, poumon ou foie).

Tous les troubles que je vous signalais tout à l'heure, et bien d'autres encore, vous avez pu les observer chez la jeune fille couchée au n* 3, et qui est névropathique de la façon que vous allez voir. Elle est edtrée à la salle Saint-Charles pour des palpùattons de cœur très-douloureuses et se disant atteinte d'une maladie de cet organe. Vous entendez dans la région sus-mamelonnaire gauche et au premier temps du cœur un bruit de souffle trèsintense, bien que doux, dans les vaisseaux du cou, un bruit de souffle continu, et enfin vous observez une décoloration très-prononcée de la face et des lèvres. Il n'est guère permis de prendre ce souffle cardiaque pour un signe de lésion organique (lequel, dans l'espèce, serait un rétrécissement de l'orifice aortique), alors qu'il n'y a pas d'antécédents de rhumatisme ni d'aucune des affections qui engendrent les lésions du cœur ; que la malade est fort jeune et que sa menstruation se fait mal.

D'ailleurs, l'état névropathique de cette femme se manifeste d'une façon bizarre ; elle est hystérique sans avoir jamais eu d'attaque, maïs elle présente une anesthésie complète de toute Ja moitié droite du corps. Je dis anesthésie complète^ attendu que cette jeune malade n'a pas seulement perdu la sensibilité de sa peau, mais celle de ses muscles; et non-seulement la sensibilité de ses muscles, mais celle de toutes les parties constituantes de la moitié de son corps. Elle est comme si elle n'était que la moitié d'elle-même. De sorte qu'ayant perdu cette merveilleuse sjnergie, véritable consenms unus, conspiratio una musculaires, en

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vertu desquels nous contractons, à utt moment donné, et pour un abte volontaire, tout un système de muscles au degré où nous le voulons, de la façon que nous le voulons* et atec la conscience de Faction de ces muscles et de leur situation dans l'espace, elle ést^ comme les ataxiques, incapable de mouvoir les membres de la moitié droite de son corps dans Tobscurité, ou de leur faire exécuter rigoureusement les mouvements (jumelle désire. Elle est de plus hors d'état de les retrouver lorsqu'on lui Iferme le» paupières, et sa main gauche hésite longtemps alors à la recherche do sa main droite, qu'elle ne parvient môme à découvrir qu'en allant de la poitrine à l'épaule et en suivant de celle-ci toute la longueur du bras. Quant à l'analgésie, elle n'est pas moins évideme que l'anesthésie. Vous m'avez vu maintes fois traverser, à l'aide d'une grosse épingle, un espace interdigital, sans que là jjpalade, qui me regardait faire, sourcillât seulement.

Pour la névralgie intercostale gauche, je vous en ai démontré l'existence en portant le doigt au-dessous du mamelon, au niveau du point où vient battre le cœur^ et en appuyant vivement; la malade poussait aussitôt un cri de souffrance : j'avais pressé sur le point douloureux antérieur du cinquième espace ; la môme exploration donna le môme résultat pour le sixième. Il en fut ainsi pour les points postérieurs d'émergence des cinquième et sixième nerfs intercostaux gauches; et enfln, vous avez pu voir, comme complément d'instruction, que les quatrième, cinquième et sixième apophyses épineuses souffrent à la pression.

Ainsi, cette jeune fille, entrée pour une « maladie douloureuse du cœur », n'a qu'une fausse maladie du cœur. Elle a, en réalité j les pcllpitations de l'anémie, une névralgie intercostale de môme oHgine chez une personne nerveuse, et elle souffre de ses palpitations, parce que son cœur vient battre contre une paroi douloureuse.

MâiSj comme il y a de fausses maladies du cœur, de môme il y a de fùusses maladies du sein. Vous savez que le cancer de la mamelle est pour certaines femmes l'objet d'une terreur constante. Elles ont vu succomber à cette horrible affection quelqu'une de leurs compagnes^ et elles redoutent pour elles le môme sort.

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