‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 126 sur 254 · FAUSSES MALADIES DU SEIN · texte numérisé non relu

FAUSSES MALADIES DU SEIN

Que, dans cet état de préoccupation sans relâche, Une douleur vienne tout à coup se faire sentir sous le sein gauche; que cette douleur exacerbante simule la douleur lancinante du cancer, et voilà le feu mis aux poudres. On porte avec anxiété la tnaiti sur sa mamelle, et la pression semble augmenter la douldUl'j on palpe la mamelle en tous sens, et Ton finit par trouver en un point un lobule plus volumineux et plus dur : <t C'est là qu'est le mal ! « Et Ton s'en vient tout éplorée vous annoncer cette aflVeuse nouvelle qu'on est atteinte d'un cancer au sein ! Vous examinez alors de sang-froid la prétendue tumeur, et vous découvref ce qui est : ou un lobule plus gros ou plus consistant que les autres, sans avoir la dureté du squirrhe ; ou ce que Velpeau a appelé la tumeur adénoïde du sein ; en tout cas, rien de lamentable. Puis vous appuyez un peu plus bas, au-dessous du sein, cette fbis, et vous trouvez aussi de la douleur; vous découvres également des points douloureux latéraux et postérieurs dans les espaces intercostaux correspondants. Enfin, sans aucune précaution oratoire, vous exercez une pression suffisamment énergique sur une des apophyses épineuses de ces espaces, et la malade bondit en s'exclamant; votre diagnostic est fait : il n'y a pas de maladie du sein, c'est encore d'une névralgie intercostale qu'il s'agit. Vous pouvez parachever votre diagnostic et vous expliquer en mi^rae temps l'erreur de votre malade, en pinçant légèrement la peau au niveau despoinU intercostaux douloureux, car vous constatez alors l'hypercsthésie cutanée des régions en proie à la névralgie. Vous comprenez que, ces points douloureux une fois découverts, vous finirez par convaincre la malade que ce n'est pas sa mamelle qui soufl're, mais la peau de celle-ci; et par lu! faire entendre qu'elle a une névralgie, qu'elle est une ffemme nerveuse ; ce qui, pour certaines dames, n'est pas autrement désobligeant et leur donne, à leurs propres yeut, je ne sais quel cachet de bonne compagnie.

Voilà donc comment, de proche en proche, la constatation d'un point de côté h la région du cœur ou à celle de la mamelle vous a permis de chasser l'erreur de l'esprit de vos malade» et de les rassurer ; de découvrir ensuite derrière ce symptôme douloureut l'affection générale dont il est l'expression, anémie ou ner-

vosisme, et de trouver enfin la cause de ceut-ci, soit dans une infraction à l'hygiène, soit dans la perturbation fonctionnelle ou la lésion d'un viscère important. Vous aurez donc à instituer une médication mixte, celle du symptôme et celle de Taffection protopathique.

Mais si les névralgies intercostales peuvent conduire les malades à Terreur, elles peuvent parfois, au contraire, mener le médecin à la découverte d'une affection toute locale de la paroi thoracique.

Ainsi vous aurez l'occasion de voir des individus, et je regrette de n'en avoir pas à vous présenter, qui, après un léger malaise général, ou môme sans malaise appréciable, éprouvent une vive douleur de côté, entraînant parfois une certaine gêne des mou* vements respiratoires. Cette douleur existe souvent du côté droit. Faisaiit alors un diagnostic anticipé : « N'avez-vous pas des groupes de boutons de ce côté ? leur dites-vous. — Oui, vous répondent-ils ; et comment le savez-vous ? » Ces gens-là ont un zona.

Idiopathique, le zona est douloureux, mais sans l'être autant que s'il survient chez un rhumatisant et surtout chez un dartreux. Dens ces derniers cas, les recherches contemporaines tendent à démontrer qu'il y a lésion des ganglions intervertébraux et des nerfs qui en émanent ; de telle sorte que la souff'rance est alors l'expression de cette névrite, et l'éruption un trouble local de la nutrition consécutif à celle-ci. Ce qui est certain, c'est que l'éruption suit le trajet d'un nerf en souffrance, et que les vésicules se groupent en îlots au niveau des foyers .de douleur. Or voulez-vous vous convaincre que ce n'est pas la peau qui souffre parce qu'elle est le siège d'une éruption, mais le nerf qui est audessous ? Déplacez-la en la faisant glisser, et comprimez l'espace intercostal en appuyant sur de la peau saine; votre pression est douloureuse comme devant, et puisque ce n'est que le nerf qui a été pressé, il est bien évident que la douleur siège dans le nerf.

Mais ce qui le démontre encore davantage, c'est qu'un certain nombre de ces malades voient, au bout d'un temps parfois assez long (deux à trois semaines, par exemple), leurs vésicules

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d'herpès à éruptions successives se dessécher enfin, des croûtes les remplacer, puis tomber à leur tour, et néanmoins les douleurs persister, en prenant môme, chez quelques-uns, de cruelles proportions. £t cela dure ainsi pendant des mois, surtout chez les vieillards.

A ce sujet, laissez-moi terminer cette leçon par le récit d'une conversation qui avait lieu entre deux hommes également illustres; l'un, c'était mon maître Trousseau; l'autre, un de nos plus grands orateurs politiques, en même temps qu'il est notre grand historien national. « Docteur, disait celui-ci à son médecin et ami, depuis de longs jours je souffre atrocement de la poitrine ; c'est un zona, je le sais ; je sais aussi que vous allez me dire, pour me consoler, que « c'est nerveux » et que cela ne compromet aucune des grandes fonctions de l'organisme ; mais enfin je soufl're et voudrais être soulagé, car je ne puis travailler, et il me faut absolument préparer mon discours du budget. — Votre discours du budget I repartit Trousseau ; mais la session législative est à peine commencée, et quatre grands mois vous séparent encore de la discussion de ce budget. Est-ce donc ainsi que vous improvisez vos discours ? — Ah ! mon ami, dit l'orateur, on n'improvise que le bavardage I »

Je ne vous ai parlé jusqu'ici que des points de côté sans fièvre; je vous entretiendrai dans ma prochaine leçon de ceux que la fièvre accompagne.

POTE. — Clin, méd, i. — ««

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