‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 151 sur 254 · FORME DE LA MATITÉ PLEURÉTIQUB · texte numérisé non relu

FORME DE LA MATITÉ PLEURÉTIQUB

quintes de toux ; le malade était couché sur le dos et ne pouvait garder aucune autre position.

Voilà déjà quelques signes qui permettent de soupçonner Taffection dont cet homme est atteint ; ces signes nous sont fournis par * le mode de l'invasion. Dans la pneumonie, en effet, le frisson est éclatant et violent ; la douleur, tardive et profonde, n'est que faiblement accusée par les malades. Dans la pleurésie, au contraire, le frisson est modéré, et la douleur, prompte à se manifester, est extrêmement aiguô, ainsi qu'il est arrivé chez notre malade. L'époque d'apparition de la douleur et son acuité, aussi bien que le degré d'intensité du frisson, tels sont les points de repère dans le diagnostic de la pneumonie et de la pleurésie au début. De plus, la matité occupait en totalité les deux tiers inférieurs de la gouttière costo-vertébrale droite. Nous voici donc déjà, même sans le secours de l'auscultation, plus avancés que les anciens, pour lesquels douleur pleurétique voulait simplement dire « douleur de côté », et qui désignaient sous.le nom de pleurésie toute maladie « avec point de côté ». Y avait-il expectoration, c'était la pleurésie humide; l'expectoration manquait-elle, c'était une pleurésie sèche, c'est-à-dire, en réalité, la véritable pleurésie. Ces mots de pleurésie sèche et humide ont reçu de nos jours une tout autre acception.

Poursuivons notre diagnostic. Le lendemain de son entrée, le malade avait une fièvre intense et la peau chaude ; la température s'était élevée à 40 degrés dans l'aisselle. L'auscultation révélait, vers la base du côté droit, une crépitation très-évidente, qui remontait vers la partie moyenne de ce côté de la poitrine ; uu bruit de souffle sans rudesse au-dessous du point où se percevait la crépitation, et un retentissement de la voix qui se rapprochait plus de la bronchophonie que de l'égophonie. Vous le voyez, messieurs, deux nouveaux signes militaient en faveur d'une pneumonie, à savoir : la crépitation et l'élévation marquée de la température, Wunderlich n'ayant presque jamais vu, dans la pleurésie, la température s'élever au delà de 39 degrés. Le lendemain, néanmoins, malgré la persistance de la crépitation et la température constatée la veille, vous m'avez vu maintenir mon diagnostic : l'expectoration était, en effet, uniquement spumeuse et

sans coloration spéciale ; or il me paraissait impossible qu'une pneumonie aussi étendue que l'aurait dû faire supposer la matité constatée, pût exister sans donner lieu à l'expectoration caractéristique que vous connaissez.

Mais ce qui donnait au diagnostic un haut degré de certitude, c'était la forme toute spéciale, et pour ainsi dire géométrique, de la ligne de contour de la matùé. En effet, la matité ne siégeait pas seulement aux points les plus déclives de la région dorsale, elle était limitée par une ligne courbe à convexité supérieure. Eh bien, ce signe, à lui seul, voulait dire a épanchement dans la plèvre et épanchement d'une certaine nature » , ainsi que vous l'allez voir.

Arrêtons-nous un instant sur ce signe, découvert en 1843 par un élève très-distingué du professeur Piorry, le docteur Damoiseau (i). Il y a là un problème clinique sur lequel il est bon d'arrêter un peu votre attention.

La courbe de cette matité est de l'ordre des sections coniques; c'est celle qu'on obtiendrait en faisant passer obliquement un plan sécant à travers la cavité du thorax. Or rien n'est plus facile que de concevoir comment la matité d'un épanchement, et d'un épanchement d'une certaine nature, est précisément limitée par une semblable courbe.

Ayez, je vous prie, présentes à l'esprit ces données : la position du malade sur le plan incliné du lit, la forme du thorax, la présence d'un épanchement dans la cavité pleurale, la nature de cet épanchement, enfln l'action de la pesanteur, et vous aurez tous les éléments de solution du problème de séméiotique dont je veux vous donner l'explication.

Si le malade élsiii horizontalement couché sm;* le dos, le liquide, obéissant à la pesanteur, se réunirait dans toute retendue de la gouttière costo- vertébrale, qui est la partie la plus déclive du dos ; mais, comme le malade est couché sur un plan incliné, le liquide se masse à la partie inférieure de cette gouttière. Voilà un premier fait tout physique, et où n'intervient que la pesanteur.

En voici un autre, physique et physiologique à la fois, dans lequel va intervenir la natuue du liquide épanché. C'est pour n'avoir

(1) lieeherches cliniqurs sur plusieur'S points du diagnostic des épanchemenls pleurétiques, dans Archives de médecine, octobre 1843, p. i29.

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