FORME DE LA MATITÉ PLEURÉTIQCE
tenu aucun compte de la nature du liquide exsudé, que Damoiseau n*a pas pu tirer de sa découverte tout le parti que je vais essayer d'en tirer moi-même.
Supposons, en premier lieu, le liquide complètement séretix, c'est-à-dire ayant une fluidité comparable à celle de l'eau ; dès que le malade quittera la position couchée pour prendre la station assise, ou, en d'autres termes, dès que le tronc d'oblique deviendra vertical, le liquide, très-fluide par hypothèse, et par suite très-docile à la pesanteur, abandonnant la gouttière costovertébrale et glissant vers la base de la poitrine, se réunira sur le plan que lui offre le diaphragme. La percussion pratiquée alors donnera une ligne de niveau horizontale, et comme le thorax peut être comparé à un cône, le plan qui passerait par cette ligne de niveau aurait des contours à peu près circulaires.
Supposons maintenant le liquide entièrement fibnneux, c'està-dire à peine fluide; lorsque le malade mettra son tronc dans la position verticale, le liquide, doué de propriétés adhésives, n'obéira que lentement et difficilement à la pesanteur, et la plus grande partie en restera adhérente aux points de la gouttière costo-vertébrale primitivement occupés ; de sorte que Texsudat, dans la position verticale qu'a prise le malade, conserve à peu près la môme disposition qu'il affectait quand le tronc était sur un plan incliné ; aussi la ligne de niveau de la matilé — et c'est là que j'en voulais venir — ne sera-t-elle plus horizontale comme tout à l'heure, mais oblique à l'axe du cône thoracique, et le plan qui passerait par cette ligne de matité donnerait une ligne d'intersection de forme à peu près parabolique.
Supposons enfin que l'épanchement soit séro-fibrineiu- : il se ramassera comme les précédents aux points les plus déclives du , thorax, le malade étant couché ; puis, dès qu'il s'asseoira, la partie séreuse de l'épanchement glissera vers la base de la poitrine et sur le diaphragme, laissant, comme une eau boueuse qui se retire, une épaisse couche de limon sur les points qu'elle abandonne ; de sorte qu'on aura par la percussion : 1» aux points naguère occupés par la totalité de l'épanchement, de la matité superficielle due à la présence de la matière fibrineuse restée collée aux parois de la poitrine; et 2** dans une zone inférieure, une matité profonde
Sai LA PLEURÉSIE.
et absolue causée par la masse séreuse qui a glissé sur ces points. Et ces deux matités réunies seront limitées par une lig;ne courbe à sa partie supérieure (matité de la matière fibrineuse), ligne qui devient horizontale en se prolongeant vers les parties latérales et inférieures (matité de la sérosité). Et ce que j'ai dit de la sérosité restée adhérente aux parois de la poitrine est vrai, à fortiori^ des fausses membranes exsudées sur place et adhésives de leur nature.
Une expérience des plus simples va rendre évident ce que je viens de vous dire.
Soient deux vases transparents, Tun contenant de l'eau et l'autre une matière visqueuse et colorée, telle que du goudron. Quelle que soit la position que j'imprime au vase qui contient l'eau, celle-ci, étant très-fluide et non adhésive, se ramasse aux parties inférieures, et suivant une ligne de niveau parfaitement
FiG. 30.
horizontale. Au contraire, si le liquide est visqueux comme dans le vase qui contient du goudron, voici ce qui arrive : le flacon (flg. 36) étant placé dans une position oblique analogue à celle d'un malade couché dans un lit, le liquide s'accumule naturellement aux parties inférieures, de façon que le plan qui le limite supérieurement est horizontal, et l'intersection de ce plan avec les parois du flacon est exactement une parabole ABC.