‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 160 sur 254 · MORT SUBITE DANS LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

MORT SUBITE DANS LA PLEURÉSIE

d'un excès de boisson, d'une fatigue corporelle ou de toute autre cause analogue : c'est là par excellence une véritable récidive, une récidive per se de la maladie. Eh bien ! interrogez avec soin les individus chez lesquels pareil fait se produit, interrogez leurs ascendants, et vous verrez qu'ils sont ou goutteux, ou scrofuleux, ou tuberculeux. Mais ce sont là des propositions que j'aurai d'amples occasions de vous démontrer par des faits tirés de la clinique.

Revenons maintenant à notre malade ; voici quelle était sa pleurésie : le poumon gauche était supprimé par l'épanchement. De quelque côté qu'on percutât, en avant comme en arrière, depuis le bas jusques en haut, on ne trouvait plus trace de sonorité ; on ne percevait qu'au point d'élection que je vous ai signalé, à l'angle sterno-claviculaire, le bruit skodique, indice de la présence du moignon pulmonaire. Ce n'est pas tout; cette pleurésie avait son siège à gauche et devait par suite avoir refoulé le cœur. En effet, la pointe de cet organe, au lieu de battre à 5 centimètres en dehors du sternum à gauche, battait à 4 centimètres et demi en dehors à droite, ayant exécuté ainsi, sous la pression du liquide, un mouvement analogue à celui du battant d'une cloche.

Ainsi, le diagnostic était fait par la percussion ; il fut parfait par l'auscultation ; nous trouvâmes un souffle intense et de l'égophonie en avant comme en arrière. Enfin, il n'y avait plus même cette ligne de niveau, indiquée par Piorry et par Damoiseau, comme signe d'un épanchement abondant : tout était plein d'eau.

La situation était périlleuse : ce malade avait déjà eu une syncope, il pouvait en avoir une seconde et en mourir.

On sait, en effet, que la mort subite est une terminaison possible de la pleurésie avec épanchement, et l'on a considéré la syncope comme la cause prochaine de cette mort. Mais y a-t-il toujours syncope dans ce cas, et, si oui, comment se produit-elle?

Chomel a signalé une première fois le déplacement du cœur et la torsion des gros vaisseaux comme condition matérielle de la mort. Notez qu'il n'y a pas l'ombre de torsion en pareil cas et que le cœur n'est pas plus gêné pour se contracter parce que sa pointe se dirige à droite, que le sang n'est entravé dans sa marche

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parce que l'axe des vaisseaux qu'il traverse a changé de direction. L'expérience sur le cadavre démontre, en effet, que le déplacement du cœur de gauche à droite s'effectue sans torsion de l'aorte ni de l'artère pulmonaire, et qu'il n'y a de changé, en pareil cas, que la direction de l'ondée sanguine ; ce qui, au point de vue de Thydraulique, estabsolument sans conséquence. Néanmoins, Chomel l'ayant dit une fois, ohacun Ta répété après lui, sans vérifier, ainsi que vous le pouvez faire à mon exemple, qu*il n'y a pas là de torsion vasoulaire.

D'ailleurs, il suffirait d'une seule observation de mort subite par épanchement pleurétique à droite pour ruiner cette théorie, et il en existe plusieurs dans la science, entre autres un cas rapporté par le docteur Thibierge, de Paris; deux cas signalés par le docteur Daga, de Lille, et un troisième par Wetter, de Strasbourg (1).

Mais quel est alors le mécanisme de la mort? Est-ce par suffocation, syncope ou autrement?

Un fait certain et qui à été vivement mis en lumière par mon ami, le docteur Blachez, c'est la coagulation possible du sang dans la branche de l'artère pulmonaire correspondante au poumon comprimé par l'épanchement, et l'extension possible de la coagulation au tronc de cette artère, ainsi qu'à la branche pulmonaire du côté opposé*

Un malade observé par lui avait une pleurésie à gauche; l'épanchement était de médiocre abondance, occupant le quart inférieur de la poitrine seulement; le cœur n'était pas déplacé. On avait prescrit des diurétiques et un large vésicatoire. L'état paraissait satisfaisant, lorsque tout à coup, le sixième jour de son entrée à l'hôpital, a trois heures après avoir dîné^ on le vit se précipiter au pied de son lit, en proie aune anxiété profonde. Cinq minutes après l'accident, M. Blachez arriva auprès du malade et le trouva dans l'état suivant : il était assis sur son lit, la face anxieuse, profondément altérée, le corps couvert de sueur. La région épigastrique était le siège d'une douleur pongitive, la dyspnée

(1) Mou collègue et ami M. E, Besnier vient d'en observer récemment un liutre CM {Union médictile, août 1871).

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