PLÈVRE SAINE ET PLEURÉSIE AIGUË
localiser dans le tissu conjonctif du poumon.) Puis, la fièvre génératrice tombée ou amoindrie, il y a langueur morbide de la plèvre enflammée par faiblesse native du tissu séreux. Vous comprenez tout ce que peut ajouter à cette langueur morbide la faiblesse radicale de l'individu atteint. De sorte qu'un diathésique n'aura pas une pleurésie comme un non-diathésique ; un scrofuleux, un goutteux, un rhumatisant, ne sera pas pleurétique à la façon de celui qui n'est rien de tout cela.
Mais même chez l'individu sain, non diathésique et seulement anémique, ou faible, ou momentanément affaibli, l'inflammation de la séreuse n'aura pas l'activité qu'elle posséderait chez un sujet plus robuste, ou chez le même individu, mais qui n'aurait pas été affaibli. La résolution y sera plus lente; et, chose considérable, l'hypérémie y persistera un plus long temps en passant du mode phlegmasique au mode hypercrinique ; ou, chose plus grave encore, au lieu de sécréter une matière fibrineuse ou fibrino -séreuse dans laquelle nageront des leucocytes en nombre relativement restreint, ceux-ci prédomineront de beaucoup et la pleurésie sera purulente.
Eh bien, c'est précisément dans de tels cas que l'intervention du médecin est nécessaire; s'il ne vient pas en aide au malade, il laisse dévier la maladie et la pleurésie se transforme trop souvent en hydropisie de poitrine; ou, ce qui est plus sérieux, l'affection s'éternise et devient \xne pleurésie chronique^ ou trop souvent une pleurésie pundente.
Nous allons voir comment notre premier malade a su guérir de sa pleurésie; et comment, au contraire, elle est devenue un hydrothorax chez le second. Nous verrons, dans d'autres leçons, comment se développent certaines pleurésies chroniques, par le fait du malade non moins que du médecin.
Au n** 28 de la salle Saint-Paul entra, le 17 mars, un homme de vingt-huit ans, de haute taille, vigoureusement constitué et très-bien portant jusqu'alors.
Récemment arrivé à Paris, il s'y trouva sans ouvrage, et voyant diminuer rapidement le mince pécule qu'il possédait, il mit à se nourrir une excessive parcimonie. A tel point que, dans les quatre jours (|ui précédèrent son entrée à l'hôpital, il se contenta
tt50 LES PLEURÉTIQUES.
de 50 cenlitaes d'aliments par jour. Cette alimentation insuffisante provoqua de la diarrhée, pendant les trois derniers jour». Ce n'est pas tout; Tessentiel étant de ne pas mourir de faim, il réservait tout son argent pour se nourrir et vivait en plein air; il avait élu domicile sous une arche de pont où il passait les nuits, et cela par les froids rigoureux de ces temps derniers. " Sous cette influence combinée d'une alimentation incomplète, d'une habitation ouverte à tous les vents du ciel et d'une diarrhée de trois jours, il devint incapable de résister à l'inclémence des éléments, a prit froid » et eut une pleurésie; mais cette pleurésie — chez un individu de vingt-huit ans, naturellement vigoureux, d'un tempérament nervoso-sanguin, le plus résistant de tous — .cette pleurésie, dis-je, était le résultat d'une opportunité morbide accidentelle, elle n'était elle-même qu'un accident. Je ne saurais, en effet, trop le répéter : Les maladies aiguës ne sont que das maladies accidentelles, absolument étrangères à l'organisme, et que, par conséquent, celui-ci s'efforce de rejeter loin de lui.
Voici donc ce qui arriva. Cet homme nous est venu avec une peau à peine chaude, un pouls peu fréquent, une température de 37 degrés le matin et 38 degrés le soir : tels étaient les signes réactionnels.
Voyons maintenant les signes physiques. Vous savez ce que je vous ai dit de la courbe de Damoiseau : qu'elle sert à révéler certains épanchements et à en déduire le diagnostic, comme l'avait fait Damoiseau lui-môme, et surtout le pronostic, comme je l'ai fait, moi, allant en cela plus loin que l'inventeur.
Eh bieni cet homme avait la courbe demi-parabolique par excellence, et la hauteur à laquelle se trouvait cette courbe était de 24 centimètres, prise à 40 centimètres en dehors de la colonne vertébrale. Je vous dis aussitôt : « Il n'y a pas là de sérosité ou il n'y en a que très-peu ; c'est donc une pleurésie flbrineuse qui marchera très-rapidement vers la résolution. Point n'est besoin ici d'opération et le malade guérira par l'application d'un vésicatoire ou deux. »
En effet, le 18 mars au matin on appliquait un vésicatoire, et le 20 mars, deux jours après, nous constations que la hauteur de la courbe, prise sur la môme ligne que précédemment, n'était
PLÈVRE MALSAINH BT PLBUHÉ8IB CHRONIQUE. Ifti
plus que de iO centimètres. Parallèlement, noui pouvions constater que régopbonie avait diminué. Ce malade était guéri, messieurs; il n'avait plus l'ombre de fièvre, presque plus de dyspnée, et il demandait à manger, en des termes môme assez impérieux. Son organisme se ressouvenait de ses 50 centimes d'aliments d'autrefois.
Ainsi, vous voyez là une pleurésie aiguG, qui reste aiguG, parce qu'elle est essentiellement accidentelle, et que l'organisme se refuse à la transformer en unejfonction morbide pern^anente. Ceci m'amènera, tout naturellement, à vous parler de notre second malade.
On pourrait dire, messieurs, que les maladies cbroniques sont des maladies diathésiques, c'est-à-dire qu'elles se développent cbez des individus en puissance de diatbèse. Vous en pouvez voir déjà un exemple cbez cet individu qui, coucbé d'abord au n*" 17, occupe actuellement le n*" 37. Cet bomme est tuberculeux, et il a eu une pleurésie cbronique, par suite de ce vice rédbibitoire de son organisme, la tuberculose. Jamais sa pleurésie n'a été francbement inflammatoire, et il nous a fallu intervenir activement pour l'en délivrer, d'abord par la« ponction, puis par des vésicatoires. (( Or une maladie cbronique d'emblée est une maladie constitutionnelle. Il Voilà où j'en voulais venir.
Pour notre second malade du xf ^8, il est tout le contraire de son prédécesseur. C'est un homme de cinquante-cinq ans, qui en parait au moins soixante. Il est né dans d'assez mauvaises conditions; il est lymphatique, cela se voit de prime abord; il a « une mauvaise graisse u, comme on dit vulgairement. Dès l'âge de buit ans, il a eu une conjonctivite et une blépbarite ciliaire qui sont restées cbroniques ; c'est donc un scrofuleux, quoique la scrofule se soit bornée cbez lui à cette bénigne manifestation. Dès l'âge de quinze ans, il entra dans une cbapellerie de province, et vécut depuis lors d'une existence sédentaire, confiné tout le jour dans Tun quelconque de ces étroits ateliers où s'étiolent les êtres humains.
11 avait dix-neuf ans lorsqu'il vint à Paris, et à l'âge de vingt ans, il avait déjà une pleurésie qui n'était rien moins qu'une pleurésie ordinaire, puisqu'on lui mit, par applications succèssivesi plus d'une centaine de 'sangsues, et qu'on fit suivre d'un
552 LES PLEURËT1QUE8.
séton cette énergique médication. La nature et l'énergie de ce traitement suffisent à faire vdir la résistance de cette pleurésie, et sa tendance à la chronicité. Il ne sortit guéri de Thôpital qu'au bout de trois mois; mais enfin il en sortit guéri, sans épanchement persistant.
C'était il y a trente ans ; depuis lors cet homme a toujours mené une existence assez malheureuse. 11 y a quatre ans, il eut une hémoptysie qui l'obligea d'interrompre momentanément ses travaux ; puis il n'en fut plus question.
H y a trois mois, il ressentit un point de côté, sans fièvre assez intense pour le forcer à s'aliter ; la seule chose qu'il éprouvât était une certaine dyspnée, chaque fois qu'il se livrait à un exercice quelque peu actif.
Enfin ce n'est que depuis un mois qu'il a cessé tout travail, à la suite d'un événement terrible qui vint l'avertir de la gravité de son état. Cet événement n'était autre qu'une syncope ; or vous savez que la syncope est un accident qui peut résulter de la présence d'un épanchement dans la plèvre ; cet homme avait donc probablement, dès lors, dans la poitrine l'épanchement que nous y pouvons reconnaître aujourd'hui.
Ainsi, pour résumer en trois phrases tous les antécédents morbides de notre malade : c'est un scrofuleux (il en porte au front l'étiquette soiis forme de blépharite), c'est un scrofuleux qui a eu une hémoptysie et deux pleurésies.
Eh bien ! rappelez-vous, messieurs, qu'on n'a pas le droit d'avoir de ces fécidives, à moins d'être rhumatisant, goutteux, scrofuleux ou tuberculeux. En d'autres termes, et pour condenser ma pensée dans une formule : a Toute maladie qui récidive est une maladie de diathésique. » De sorte que si vous contractez, étant sain d'ailleurs et par le moyen que vous connaissez, au moins de tradition, une blennorrhagie, cette blennorrhagie ne sem qu'un accident qui cédera très- facilement et à l'aide d'un traitement fort simple, sagement dirigé. Qu'au contraire pareil événement survienne chez un diathésique, si l'on parvient, après do longs efforts, à débarrasser l'urèthre de sa maladie, elle récidivera avec une déplorable facilité, et sans qu'un nouveau oontage blennorrhagique soit déposé sur la muqueuse. 11 suffira pour cela