PLEURÉSIE ET MÉDECINE NATURALISTE
ne serez pas toujours aussi heureux, car il résulte des recherches de M. Oulmont, que la mort dans la pleurésie chronique a surtout été observée lorsqu'il y avait simultanément fistule pleurobronchiquo et fistule pleuro-cutanée.
Le cas de ce malade que nous avons observe ensemble n'est rien moins qu'exceptionnel : vous en verrez de semblables à tous les âges, même chez les enfants et par suite des mômes causes, rinsuffisance du traitement. Aussi m'en a-t-il rappelé d'autres, qui m'avaient vivement frappé durant mon internat.
C'était à l'hôpital des Enfants malades^ non pas dans le service de mon cher et savant maître M. Roger, qui traite encore les pleurésies aiguës par les émissions sanguines, mais dans le service d'un médecin naturaliste, c'est-à-dire qui observe ce que l'on appelle la marche naturelle des maladiesy et dans les salles duquel en pouvait voir ce que fait parfois la nature abandonnée à elle-même, surtout au cas de pleurésie : c'était fort édifiant.
Un jour, entre autres, un médecin de la ville, qui n'osait pas faire l.'i ponction de la poitrine, avait envoyé h l'hôpital pour y être opéré un jeune garçon de huit ans. L'enfant avait tout le côté gauche du thorax rempli de liquide. Nonobstant l'urgence, l'opération ne fut pas faite ; on se contenta d'appliquer de la teinture d'iode sur la poitrine. Le pauvre petit avait de la fièvre, il était fort oppressé ; il ne quittait pas son lit ; néanmoins on ne voulait toujoui^s pas l'opérer. La nature se chargea de le faire, mais assez mal : la paroi thoracique se rompit à la partie antérieure du deuxième espace intercostal ; du pus s'écoula en abondance, mais la rupture s'était faite trop haut, de sorte que l'écoulement par la plaie, qui resta fisluleuse, ne déversait au dehors que le trop-plein du kyste pleural ; c'était comme un écoulement par regorgement qui ne soulageait en rien le malade. L'oppression resta la môme, il y eut de la fièvre hectique ; de la diarrhée survint, et le petit malade succomba dans le marasme. A l'autopsie, on ne trouva pas de tubercules : la pleurésie purnlente avait suffi à la mort.
Semblable terminaison eut lieu, dans le môme service et de la môme fa<;on, chez un autre petit malade qui fut traité de môme sorte, c'est-à-dire par la contemplation.
582 LES PLEURÉTIQUES.
H était entré avec une pleurésie aiguë qu*on laissa devenir chronique : un épanchement s'était fait, qui x)ccupait tout le côté gauphe de la poitrine. La thoracocentèse, qui était si bien indiquée, ne fut cependant pas pratiquée. La paroi thoracique s'ulcéra à la partie antérieure du troisième espace intercostal. Durant plusieurs semaines le pus s'écoula par la plaie fistuleuse. L'opération de l'empyème en un point plus déclive de la poitrine, qui s'imposait en quelque sorte, ne fut pas plus pratiquée que dans le cas précédent, et le malade succomba comme le premier. |1 n'était pas plus tuberculeux que lui.
Ainsi moururent de pleurésie purulente deux enfants qui ne périrent que parce qu'on avait trop compté sur la nature ; laquelle est comme le ciel, qui n'aide que ceux qui s'aident euxmêmes.