LA. SCIENCE MODERNE ET LA TRADITION
de l'observation dans un milieu différent de celui de Thôpital.
Aussi noire époque a-t-elle vu le triomphe de ce qui est matériel en médecine : la séméiotique, Tanatomie pathologique et l'expérimentation physiologique :
La séméiotique, depuis les minuties de l'auscultation et de la percussion (minuties qui ont leur application, mais restreinte), jusqu'à la thermoscopie. la sphygmographie et la laryngoscopie. La chose étant bien autrement facile de plonger un thermomètre dans l'aisselle, ou ailleurs, et de faire des zigzags qu'on appelle des courbes tkermométrïqueSj que d'accumuler lentement les observations de malades, d'examiner scrupuleusement l'état général, d'analyser avec sagacité les éléments morbides des cas observés, d'en déduire les indications thérapeutiques, de comparer les malades d'une époque ou d'un milieu donnés à d'autres malades observés à une époque ou dans un milieu différents ;
L'anatomie pathologique, et surtout la micrographie, chose nouvelle, dont l'observation est facile, ne demande que de la patience et du loisir, peut se répéter commodément au logis un grand nombre de fois dans un court espace de temps, et est bien autrement aisée que l'observation des vivants, subordonnée aux- éventualités les plus diverses, de temps, de lieu et d'occasion ;
L'expérimentation physiologique, qui ne prouve le plus habituellement que pour l'animal en observation et qui, malgré le paralogisme évident, n'en a pas moins conduit quelques-uns à conclure de l'animal sain à l'homme malade : de sorte que, de nos jours, nous avons la thérapeutique par les animaux!
Ainsi s'est produit ce fait étrange que l'inspiration médicale est venue de partout ailleurs que des salles de clinique. C'est à quoi je ne saurais souscrire ; estimant qu'il est aussi peu sage de se soumettre aveuglément à la tradition que de la rejeter sans examen, et par cela seul qu'elle est le passé.
On peut, sans irrévérence pour le présent, croire que la médecine a compté quelques grands hommes, et que ces gens-là n'étaient ni des fous ni des sots. L'observation médicale ne date pas d'hier, non plus que la présomption.
Pour moi, que vous voyez à l'œuvre, j'accepte avec reconnais-
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sance les nombreux dons de la science moderne : la percussion, je la veux pratiquer avec une précision telle que j'en ai imaginé un instrument spécial, le plessigraphe (pardonnez-le-moi !); Tanatomie pathologique, je passe parfois de longues heures à la faire, et quelques-unes de mes leçons sont là pour vous prouver que je ne la tiens pas en moindre estime que la physiologie; quant à la température dans les maladies, je ne la recherche pas seulement vers les centres, mais à la périphérie.
Ce que je veux dire, c'est que l'idéal du médecin doit être de concilier la tradition dans ce qu'elle a d'inébranlable avec ce qui peut rester de définitif parmi les travaux modernes; de ne pas se prendre d'une folle passion pour toutes les nouveautés médicales; de ne les accepter au contraire qu'avec une prudente réserve. Là est, je crois, la sagesse. Le progrès ne consiste pas à changer de système tous les quarts de siècle , l'organisme des malades ne se modifiant pas radicalement tous les vingt-cinq ans. Un tel progrès, c'est le désordre ; et la victime n'en est pas le médecin, mais le malade.
C'est pourquoi j'ai voulu comparer la pratique de nos devanciers à celle de nos contemporains, au cas de pleurésie, et j'ai trouvé que la comparaison n'était pas à l'avantage de cwix-ci. Cela change d'ailleurs un peu et ne fait point de mal de relire les vieux maîtres.
Pour en revenir au traitement de la pleurésie par la médication antiphlogistique, en voici les résultats empruntés aux travaux de deux hommes qui ont ilhislré l'écdle de Paris, Andral et Bouillaud.
Dans dix cas de pleurésie aiguë, traités par les émissions sanguines et les vésicatoires, la guérison eut lieu très-rapidement (1),
Dans les trois premiers cas, il n'y eut môme pas d'épanchemenl, la maladie fut pour ainsi dire jugulée.
Le premier malade était un homme de vingt-neuf ans, robusle et bien portant; dans la matinée du ^0 avril 1822, frisson; la nuit, violent point de côté à droite et toux sans expectoration. Dans la soirée du 12, entrée à la Charité et saignée immédiate.
(I) Andral, Clinique médicaUj t. IV, p. 411 et suiv.; 1834.