‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 191 sur 254 · MORTALITÉ CROISSANTE DES PLEURÉTIQUES · texte numérisé non relu

MORTALITÉ CROISSANTE DES PLEURÉTIQUES

aiguë, ils aiment mieux accuser de cet accroissement si brusque ettellement significatif de la mortalité l'influence mystérieuse de je ne sais quels changements survenus dans les a conditions climatologiques ou dans les conditions physiologico-pathologiqucs de la génération actuelle » (et cela dans l'espace de six ans ! et sous nos yeux mêmes qui n'y ont rien vu!) — ils aiment mieux cela, dis-je, que de croire à l'influence néfaste et toute matérielle de la ponction de la poitrine : il n'y aurait entre la mort plus fréquente et le traitement nouveau qu'une coïncidence toute fortuite ! Eh bien, je n'hésite pas à croire que si les rapports eussent été différents, si la mortalité fût devenue moindre en même temps que la thoracocentèse se généralisait, on n'eût pas manqué d'en attribuer le glorieux bénéfice à la ponction de la poitrine.

Ainsi, en six ans la mortalité des pleurétiques a doublé dans les hôpitaux. On ne peut guère admettre qu'en une aussi courte période de temps la plèvre des Parisiens soit devenue plus malsaine ni que les conditions atmosphériques de Paris se soient profondément altérées, nous pouvons môme dire qu'il n'en est rien pour ces dernières ; or, comme dans le résultat final la thérapeutique entre bien pour une certaine part, que celle-ci s^est brusquement modifiée par l'intervention chirurgicale, c'est logiquement cette intervention qu'on peut'accuser — et je le fais (1).

Mais ce n'est pas la thoracocentèse pratiquée au cas de pleurésie aiguë que j'incrimine seulement, c'est la thérapeutique générale de cette affection.

Il y a quarante ans, Louis pouvait dire que l'on ne mourait pas de pleurésie aiguë, et il citait, à l'appui de ses paroles, i50 cas tous terminés par la guérison ; ce qui prouve au moins qu'alors il mourait peu de pleurétiques. Sur 21 cas, empruntés à la Clinique de Bouillaud pour 1837, il n'y a qu'un cas de mort, et

(1) Ce que j'ai vu, des hommes considérables l'ont observé, entre autres, et pour no citer que les plus émiuents, parmi les médecins, MM. Hardy, Roger et Empis; parmi les chirurgiens, MM. Gosselin, Richet et Dolbeau. J'invoque ici leur témoignage. — Voir d'ailleurs, pour les résult^its de la thoracocentèse, les dificusaions académiques; et j'éprouve ici le grand regret de me trouver en dissidence avec un homme considérable, M. Béhier (Bvdletins de VÂcadémiê de méiêcine pour 1872; Comptes rendus de la Société médicale des hôpitaux de Paris, dans Union médicale, passim, 1872}.

6lt LBS PLEURÉTIQUS8.

c'était un cas exceptionnellement grave ; en admettant, et c'est être généreux, que la mortalité fût restée la môme pour iOO cas, on aurait une proportion de 5 pour iOO. Eh bien, en 1866, cette mortalité était de 7,95 ou 8 à très-peu près, dans les hôpitaux de P^ris, pour la pleurésie en général (i). C'est-à-dire que la mortalité avait augmenté de plus d'un tien. Vous venez de voir ce qu'elle est devenue depuis i866 !

L'érysipèle lui aussi s'est montré plus meurtrier. Pensez-vous que, comme la pleurésie, il soit devenu réellement plus grave ? c'est-à-dire que la peau des Parisiens se soit aussi malencontreusement altérée que leur plèvre? En vérité, ce qui est grave, c'est la façon dont on soigne raffection. On ne sait plus, quand il le faut, traiter antiphlogistiquement l'érysipèle, et l'érysipélateux succombe alors pour la plus grande gloire doctrinale de Tmftction et de la spécificité I

(Juelle conclusion déduire de tout ceci, sinon que le traitement de nos jours vaut moins que celui du passé ? C'est ce que je vous ai dit dans tout le cours de ces leçons, et c'est au fond pour le dire que je les ai faites.

Eh bien, je l'espère, dans la campagne contre la thérapeutique moderne des phlegmasies que j'ai commencée seul, j'aurai bientôt des compagnons!

En résumé, dans ces vingt dernières années, on a cessé de traiter la pleurésie aiguë par les émissions sanguines, et les épanchements abondants de la p)èvre sont devenus infiniment plus fréquents.

11 n'y a pas là, suivant moi, une simple coïncidence, mais une corrélation de cause à effet ; je le crois et je le dis.

Il me paraît qu'il y a lieu de revenir à la thérapeutique traditionnelle ; je le dis et je le pratique.

Il est une chose pire encore que l'expectation ou une thérapeutique équivalente dans la pleurésie aiguô, c'est son traitement par les ponctions successives ; les faits cliniques et les résultats

(1) Ë. BMnier, Comptés rendus mênsusU de la Commission des maladies régnanteSt sixième fascicule, 1872, p. 59. Paris, 1S78.

COMMENT IL FAUT TRAITER L8S PLEURÉTIQUES. 6lt

mortuaires le démontrent. Cette méthode, je la rejette absolument, à moins que l'abondance de Tépancbement au cas de pleurésie aiguô ne force décidément la main.

Quand Tépanchement est constitué et qu'il est abondant, que la fièvre est depuis longtemps tombée, qu'en un mot il n'y a plus de pleurésie, le seul traitement rationnel et efficace est l'évacuation du liquide par la ponction de la poitrine. Toute espèce de traitement médical, révulsif ou dérivatif, est aussi déraisonnable qu'il est impuissant.

Le procédé de paracentèse est à peu près indifférent ; cependant la ponction capillaire avec vide préalable devra être préférée, puisqu'elle est infiniment plus facile et qu'elle s'effectue sans douleur.

Quant au traitement de la pleurésie purulente, il doit être exclusivement chirurgical, et ici tous les procédés opératoires comptent des succès : aspiration pure et simple répétée un nombre indéfini de fois ; aspiration, puis injection médicamenteuse; établissement d'un siphon à demeure avec lavage quo- ' tidien de la plèvre ; drainage de celle-ci ; enfin opération de l'empyème.

La statistique comparative est à faire et il se passera un long temps avant qu'elle soit faite et qu'elle soit probante, car les pleurétiques sont loin de se ressembler, même quand ils ont du pus dans la poitrine. Ce qu'il faut en attendant, c^est s'inspirer de ce qui est le plus rationnel ; or la méthode de l'aspiration répétée ne l'est pas; si elle compte quelques succès, c'est certainement malgré Minerve, car elle entretient le travail de suppuration sans rien faire pour l'entraver.

La méthode de l'aspiration suivie des injections médicamenteuses remplit précisément cette indication de provoquer un effort curatif ; à ce titre elle est rationnelle et les événements en ont prouvé l'efficacité.

Il en est ainsi de la méthode du siphon laveur ; peut-être estelle moins douloureuse que la méthode de l'aspiration, qui a de son côté l'avantage de permettre un dosage plus exact de l'injection et une évacuation plus complète de la plèvre.

Quant à l'opération de l'empyème, elle reconnaît pour indica-

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lions spéciales la présence dans l'épanchement de matières telles que d'épaisses fausses membranes, ou des corps étrangers.

Seule, la méthode de l'aspiration répétée dans la pleurésie aiguë, alors qu'il y a fièvre encore et que l'épanchement est peu abondant, est à réprouver complètement.

Le service qu'aura rendu l'aspiration appliquée à la ponction de la poitrine — et il est considérable — ce sera d'avoir mis cette opération à la portée des plus maladroits ou des plus timorés ; et d'avoir ainsi permis de sauver, par la paracentèse simplifiée, des malades que leur épanchement abondant pouvait conduire à la mort.

Cette chose-là seule restera, et c'est assez.

Ce qu'on devra oublier, ce sont les excès de thérapeutique chiru^gicale auxquels la décou\'erte de l'aspiration aura momentanément entraîné les médecins dans le traitement de la pleurésie aiguë.

Je ne veux pas terminer cette leçon sans vous faire voir comment les idées peuvent se dénaturer avec le temps, et comment une doctrine médicale vraie peut arriver à être faussée : Trousseau avait nettement précisé comme indication de la thoracocentèse l'excessive abondance de l'épanchement et, en grand médecin qu'il était, il n'y avait vu qu'un expédient immédiat pour un suprême péril ; — c'était un bien.

De nos jours, grisé en quelque sorte par la facilité avec laquelle on pénètre, sans danger pour la réputation de l'opérateur, mais non sans péril pour l'opéré, dans la cavité de la plèvre; oubliant complètement la donnée primitive qui seule était juste ; méconnaissant la pathologie des séreuses malades ; peu soucieux de les irriter davantage, d'augmenter la sécrétion morbide en soustrayant le liquide au fur et à mesure qu'il est sécrété, de spolier ainsi l'organisme par la plèvre, de dénaturer le produit en aggravant l'infla mmation et de transformer une pleurésie simple en une pleurésie purulente, on aspire le liquide dès qu'il en existe dans la plèvre ; — c'est positivement un mal.

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