FIÈVRB LÉGÈRE ET EXPECTATION TRIOMPHANTE. 74S
état bilieux dans lequel je puisse agir en débarrassant le tube digestif. Je ne sais oùm'adresserchez ce malheureux ; je ne puis m'appuyer sur Testomac, qui refuse jusqu'au vin que je lui ai fait donner, parce qu'il le pouvait absorber sans travail. Cet homme va mourir, et mourir de partout, mais non par son poumon seulement.
Je ne suis pas toujours aussi malheureux, mais c'est surtout quand la nature s'y prête ; et alors on ne me voit guère batailler. Tout comme un autre, en effet, je sais pratiquer la facile méthode de Texpectation.
Nous avons eu, au numéro 3 de la salle Saint-Paul, un individu atteint d'une lésion peu grave des voies respiratoires, et pour tout dire en un mol, d'une pneumonie. Cette pneumonie, aussi légère que possible, a présenté les caractères que je vais vous dire :
Le 15 mai, cet homme s'est refroidi ; puis, il a été pris dans la nuit d'un point de côté avec dyspnée, toux, etc. Il entre chez nous le 20 mai, c'est-à-dire cinq jours après le début de sa maladie, et le soir même de son entrée il présentait une température de 380,1 avec 80 pulsations. C'était donc bien une phlegmasie fébrile des poumons, caractérisée non pas seulement par des phénomènes subjectifs, mais bien aussi par des phénomènes objectifs : crépitation dans l'aisselle, submatité au môme niveau, crachats visqueux en assez grande abondance, etc.
Je ne vis ce malade que le lendemain matin ; il présentait les mêmes symptômes que la veille au soir. Seulement la température était à 38'',4 et le pouls à 72. Eh bien ! ces cas-là, messieurs, sont le triomphe de Texpectation que je me suis mis en devoir de pratiquer ici. J'ai solennellement ordonné un sinapisme contre le point de côté, un julep gommeux contre la toux; et rien autre chose*
Or il est bien certain que si j'appliquais un traitement systé* matique à mes malades pris par séries, celui-ci se serait très-mal trouvé d'être dans la série des saignées coup sur coup ou dans celle de la méthode rasorienne; comme aussi il n'eûl éprouvé aucun dommage de tomber dans la série de Texpectation pure et simple. Ceci pour vous dire combien ont peu de valeur les expériences ainsi faites, sans esprit de critique, et qui consistent
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à traiter uniformément des maladies présentant des phénomènes généraux absolument différents.
Or, le troisième jour de ce traitement radical, notre homme n'avait plus de point de côté, et sa température tombait à 36" ,5, en même temps que lés phénomènes stéthoscopiques tendaient à disparaître. En définitive, cette phlegmasie fébrile, si évidente, s'est donc guérie avec un julep gommeux. C'est vous dire que, suivant les cas et d'après les inspirations de votre intelligence, inspirations qui ne vous feront pas défaut, il vous faudra pratiquer l'expectation, ou bien avoir recours soit à la saignée et aux vomitifs, soit aux toniques, et en particulier à la potion de Todd, suivant l'heureuse formule de M. Béhier.
Voici trois cas encore où le moins actif des traitements triompha de la moins grave des pneumonies :
Un homme de cinquante ans, très-robuste, cordonnier de son état et ivrogne par occasion, ayant fait, le dimanche l^août, d'assez abondantes libations, s'endormit pesamment le soir pour se réveiller le lendemain en proie à un malaise qui ne l'inquiéta guère ; mais voici "que vers trois heures de l'après-midi il fut pris de frissons et de fièvre, puis il sentit un violent point de côté. Il ne put manger ce soir-là et passa une nuit fort agitée.
Il resta ainsi dans son lit pendant cinq jours, faisant de l'expectation sans le savoir, jusqu'au jour où il entra à l'hôpital au n* 38, et où, très-sciemment, je continuai la médication qu'il avait inconsciemment commencée.
La raison de mon abstention, parfaitement motivée, était que, malgré la fréquence du pouls et sa force, malgré l'aspect vultueux de la face, malgré l'abattement, il n'y avait que 38 degrés le matin; la raison de mon abstention était encore que, malgré les cinq jours d'existence de la pneumonie, malgré le rejet de quelques crachats rouilles, très-caractéristiques, il n'y avait que de nombreux râles crépitants dans la partie moyenne du poumon droit, avec du souffle tubaire dans un point très-limilé ; c'està-dire que la fièvre était peu intense, et que la lésion pneumonique avait à peine dépassé la période d'engouement ; en d'autres termes enfin, la pneumonie était surtout restée congestive.
En conséquence, j'ordonnai, comme traitement externe, Tap-