‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 221 sur 254 · ÉTAT NAUSÉEUX ET CONTRO-STIMULISME · texte numérisé non relu

ÉTAT NAUSÉEUX ET CONTRO-STIMULISME

croire que s'il nous était donné de tàter le pouls des divisions de l'artère pulmonaire comme nous le pouYOns faire aux branches de l'aorte, nous constaterions également une diminution du calibre vasculaire, et qu'ainsi nous verrions que nous avons diminué l'afflux du sangi Vimpetus fluxionnaire et, finalement, coupé les vivres d Phémorrhagie ?

Maintenant comment tout ceci a-t-il lieu? Je crois que c'est affaire du grand sympathique. Des filets du plexus solaire sont offensés à l'estomap, et l'effet nauséeux est produit ; c'est-à-dire que l'offense subie par le plexus solaire retentissant sur la totalité du système sympathique, il y a contracture vasculaire, en vertu de cette loi générale que toute sensation 5e transforme en acte, et que totU ACTE vitalest un mouvement. Or, dans l'espèce, la sensation éprouvée par les filets sympathiques de l'estomac ne produit pas seulement des actes directs dans l'appareil digestif (mouvements antipéristaltiques, plus mouvements coordonnés , synergiques et réflexes, des muscles qui concourent à l'effort du vomissement et de la défécation), cette sensation stomacale produit des actes réflexes dans la totalité du système sympathique, des mouvements dans les muscles des vaisseaux ; et ce sont ces mouvements toniques de muscles non soumis à la volonté (qui sont à l'excitation douloureuse d'un deà points du système du sympathique ce que sont les mouvements toniques des muscles volontaires à l'excitation douloureuse d'un des points du système cérébrospinal), ce sont, dis-je, ces mouvements toniques des muscles vasculaires qui produisent la diminution du calibre des petits vaisseaux, d'où la pâleur et le refroidissement des tissus, d'où l'hémostase.

Ainsi, la médication est évidemment générale.

Mais la saignée a le même effet : elle est également spoliatrice et perturbatrice. Comme le vomitif, la saignée diminue l'ampleur du pouls, produit la pâleur du visage et provoque la tendance à la lipothymie. Comme le vomitif, la saignée arrête indirectement l'hémoptysie. Mais quelle différence dans l'action finale sur le malade, si le résultat sur la maladie est identique ! La saignée c'est, en réalité, comme l'amputation d'une partie de la chair coulante, le sang. Et dans quel moment est-elle prati^

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quée? alors que, par l'hémoptysie, il y a déjà amputation spontanée de cette même chair coulante ! de sorte que la perte totale est doublée, et que, quand, après la saignée, Tbémorrhagie étant arrêtée, le malade aura à réparer ses globules, il devra refaire ceux qu'il a spontanément perdus, et ceux que vous lui aurez fait perdre. Au contraire, une fois Thémoptysie arrêtée par le vomitif, la réparation sera de moindre importance, par conséquent plus rapide, et enfin la dépression générale sera moins durable par le vomitif que par la saignée, d'où il suit.que le premier est de beaucoup préférable à la seconde.

Il y a d'ailleurs je ne sais quoi de répugnant à saigner un malade qui déjà perd son sang; et cela rappelle la pratique des médecins dont se raille Bordeu : leurs malades, entourés de bassins pleins de sang, étaient doublement affligés de la maladie et de la médication.

En somme, la méthode médicatrice dont je viens de vous parler n'est que la vérification, dans un cas particulier, de la belle doctrine du contre - stimulisme , imaginée par ' Rasorii doctrine dans laquelle l'état général prime l'état local, la maladie prime la lésion. Or, je vous l'ai dit assez souvent déjà, nous ne pouvons rien contre la lésion, nous ne pouvons quelque chose que contre la maladie, et cela par l'intermédiaire de l'organisme. Que, par conséquent, dans un cas d'hémoptysie, ou plus généralement dans un cas d'hémorrhagie, on arrête l'écoulement du sang en modifiant l'état général par la saignée, par un vomitif, par la potion rasorienne, par un purgatif; il importe peu en soi; on a fait en tout cas du contro-stimulisme ; on a indirectement coupé les vivres à Thémorrhagie — c'est-à-dire à l'hypérémie. Et c'est pourquoi cette médication est également bonne pour la phlegmasie.

En résumé, il ressort de tout ce que nous venons de voir : !• Que la médication vomitive n'arrête pas seulement l'hémoptysie, mais aussi toute espèce d'hémorrhagie, et qu'elle constitue ainsi une médication anlihémorrhagique générale; 2» Qu'elle agit même sans faire vomir, par cela seulement qu'elle produit l'état nauséeux (ce qui prouve qu'elle n'agit pas

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mécaniquement par le vomissement); que le même résultat est obtenu par la médication évacuante, ainsi que le démontrent les faits du docteur Simon; et que la spoliation et Thyposthénisation sont des caractères communs à ces deux méthodes de traitement ; 3* Que le même résultat est obtenu par la saignée, qui spolie et hyposthénise, comme les deux méthodes précédentes. Mais^ à égalité d'effet, la médication qui spolie le moins étant évidemment préférable, la médication vomitive ou purgative doit être considérée comme la meilleure.

Il ressort également de tout ceci que cette médication vomitive n'est que l'appUcation, dans un cas particulier, d'un système général, le contro-stimulisme, qui se trouve ainsi n'agir pas seulement contre la phlegmasie, mais contre l'hémorrhagie, en agissant par un procédé identique (la contracture réflexe des petits vaisseaux par action primitive sur le plexus solaire), en agissant, disje, par un procédé identique sur un élément morbide qui leur est commun, l'hypérémie. Ce qui prouve indirectement que l'hémorrhagie est alors fluxionnaîre et non traumatique; c'est-à-dire que si la rupture vasculaire est indispensable pour qu'il y ait hémorrbagie, il y a, dans ces hémorrhagies qu'arrête le vomitif, rupture de petits vaisseaux et non de gros, par fluxion péri ou paraphymique et non par ulcération au contact et par le fait d'une masse tuberculeuse. Ce qui tend à prouver encore que, dans ces hémorrhagies par ulcération d'un gros vaisseau, hémorrhagies tuberculeuses ultimes dont je vous ai parlé et où le sang coule à flots, le vomitif est moins indiqué et serait probablement impuissant à arrêter l'écoulement du sang.

Enfin, je crois vous avoir démontré par les faits que la médication vomitive ou nauséeuse dans l'hémoptysie est aussi efficace qu'elle est innocente. Et c'était là mon but.

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