‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 49 sur 254 · HÉTRÉCISSEMKNTS MITRAL ET AORTIQUE · texte numérisé non relu

HÉTRÉCISSEMKNTS MITRAL ET AORTIQUE

aucun souffle accusateur n'en était venu révéler Texistcnce pendant la vie. Ce qui est en désaccord avec Tassertion de M> Hérard, qui admet que, dans l'insuffisance mitrale avec rétrécisse* ment, c'est le rétrécissement qui produit le souffle. Or, ici, rétrécissement sans insuffisance et pas de soiifle. Mais vous remarquerez que l'oreillette gauche, « notablement dilatée », n'était pas sensiblement hypertrophiée dans ses parois, c'est-à-dire que le sang s'écoulait passivement à travers l'ortfice rétréci sans intervention énergique de la part de l'oreillette, et qu'il ne pouvait pas en résulter de souffle présystolique.

Remarquez donc. Je vous prie, la logique de tous ces faits : d'une part, rétrécissement aortique^ et souffle dû à ce rétrécissement, parce qu'en arrière de la lésion se trouve une puissance musculaire énergique, le ventricule, imprimant au sang une impulsion suffisante pour le faire vibrer contre l'obstacle ; d'autre part, rétrécissement mitraly et pas de souffle malgré ce rétrécissement, parce qu'en arrière de la lésion ne se trouve qu'une puissance musculaire sans énergie, l'oreillette, incapable de faire vibrer le sang contre l'obstacle.

Et vous remarquerez encore que les conditions sont exactement les mêmes dans l'insuffisance mitrale : c'est également une puissance musculaire énergique, le ventricule, qui fait résonner le sang dans son passage rétrograde à travers le sinus de l'insuffisance. Aussi attribuer le souffle au rétrécissement n'est pas moins contraire aux faits qu'à la physiologie. A ce propos, laissez-moi vous dire que, dans mes recherches sur les bruits de souffle, alors que j'étais chef de clinique à THÔtel-Dieu, j'ai trouvé un cas d'insuffisance mitrale causé par l'adhérence au ventricule d'une des valves de la valvule mitrale, sans aucune espèce de rétrécissement, avec bruit de souffle systolique au premier temps. Ce qui juge la question de savoir si l'insufflsance peut produire un bruit de souffle.

Après avoir interprété ces souffles à l'aide des lésions, permettez-moi d'interpréter les lésions multiples elles-mêmes.

Et d'abord parlons des lésions cardio-vasculaires. En premier lieu, vous voyez qu'il y avait des lésions endocardiques des deux cavités du cœur, ce qui est assez peu fréquent ; que ces lésions,

108 LKS MALADIES DU CŒUIl.

d'origine vraisemblablement inflammatoire et très-anciennes, avaient parcouru le cycle régressif tout entier en de certains points, où il y avait de la matière calcaire, et ne Tavaient parcouru qu'en partie là où se trouvait de la substance atbéromateuse.

Quant aux tumeurs des valvules triglochincs — véritables polypes du cœur des anciens — insolites par leur volume et leur siège, le travail morbide a été tout autre : d'une part, en effet, au lieu d'y trouver un produit de dégénérescence, on y observe les résultats d'un travail d'organisation, à savoir : a du tissu conjonctif et des vaisseaux ». Ici, relativement à l'interprétation pathogénique, on ne peut faire que deux suppositions : • io Ou bien elles sont un produit inflammatoire de l'endocarde, produit très-vasculaire, dans lequel se sont ultérieurement rompus des vaisseaux, et de la sorte s'expliquerait le pigment sanguin trouvé dans l'intérieur de la masse morbide. — Ainsi, il y aurait eu endocardite primitive et hémorrhagie interstitielle consécutive;

2* Ou bien un caillot se serait d'abord formé sur. les nodosités et les attaches tendineuses des valvules, et ce thrombus (engendré par hypérinose et inopexie) aurait déterminé une endocardite de contact et contracté ainsi des adhérences vasculaires et définitives. Puis, ultérieurement, ou ce caillot se serait lui-même organisé, ou l'endocarde aurait projeté dans son épaisseur les vaisseaux et les cloisons fibreuses. — Ainsi, il y aurait eu caillot primitif, endocardite consécutive; et, plus tard, texture fibreuse du caillot par organisation de celui-ci ou par endocardite de voisinage.

Eh bien, si l'on considère que les lésions du cœur gauche (rétrécissements aorlique et mitral) étaient évidemment plus anciennes que celles du cœur droit, et surtout que les tumeurs polypiformes de la valvule tricuspide, il est naturel de regarder celles-ci comme des thrombus organisés, et ces thrombus comme formés dans les derniers temps de la vie (i), par suite de cette

(1) Voir, pour plus de développements, Lésions uUimM des valvules du cœur

(XI« leçon).

Page 1