INSUFFISANCE AORTIQUE
iiples peuvent s'y produire comme par le fait de toute autre lésion cardiaque, et atteindre môme leurs dernières limites, qui sont la leucophlegmatie et la cachexie^
De sorte que, si vous rapprochez par la pensée ces deux cas de ceux des malades couchés aux n®" 20 et 37 et atteints de lésions mitrales, vous voyez que, en fin de compte, les troubles ultimes sont les mêmes, quels que soient le siège et la nature de la lésion cardiaque primitive.
Ainsi, toute remarquable et distincte que soit l'insuffisance aortique par ses signes physiques comme aussi par sa pathogénie et par quelques autres de ses symptômes, elle finit, comme toute autre lésion cardiaque, par entraîner les phénomènes généraux ultimes des affections du cœur.
Cependant, pour justifier sa description isolée comme type à part dans les affections du cœur, on a dit : 1» que ces phénomènes ultimes y sont plus rares et plus tardifs ; 2** que les douleurs précordiales et les troubles nerveux y sont plus fréquents, et, enfin, 3® que la mort subite y est plus menaçante que dans toute autre maladie du cœur.
11 y a du vrai dans les deux dernières assertions ; mais je fais mes réserves pour la première.
J'observe depuis longtemps un malade que sa fortune et sa vigueur mettent à même de faire de longs voyages. En Egypte, sa force d'athlète lui a permis de renverser des crocodiles sur le dos, et il a tué l'année dernière deux lions dans l'Atlas, au milieu des dangers d'une chasse qu'il dirigeait. Ainsi, la fatigue ni les émotions ne manquent pas à sa vie ; mais il est doué d'une vigueur exceptionnelle, et peut d'ailleurs se reposer quand il le désire. Eh bien cet homme, qui a quarante-cinq ans maintenant, a eu, à rage de douze ans, une attaque de rhumatisme articulaire aigu qui est restée unique; et, depuis l'âge de quatorze ans, il a des palpitations. Rien d'ailleurs n'est plus facile que de constater chez lui l'existence d'une double lésion mitrale (rétrécissement et insuffisance des plus prononcés avec souffle dur, ronflant, présystolique et systolique, compliqués d'hypertrophie du cœur). En conséquence, depuis trente-trois ans, cet homme a une affection cardiaque d'origine mitrale sans avoir rien des troubles fonctionnels
dyspnéiques et encore moins des troubles généraux des affections du cœur. Ge qui reyient à dire que, depuis trente-trois ans, la tonicité vasculaire compense chez lui la lésion cardiaque, aussi bien dans le système de l'artère pulmonaire que dans celui de Tartère aorte.
Yous voyez donc, par cet exemple, que l'insuffisance aorlique n'a pas le privilège exclusif des longues échéances. Je pourrais vous citer d'autres faits analogues, mais celui-ci suffit, je pense, pour vous prouver que ce caractère de la longue impunité morbide manque de rigueur. Certains de vos auteurs vous diront d'ailleurs avec moi que l'insuffisance mitrale subsiste parfois longtemps sans entraîner d'accidents.
Quant à ces deux autres assertions que les douleurs précordiales et les troubles nerveux sont plus fréquents dans l'insuffisance aortique, et que la mort subite y est plus menaçante, il me faut, pour les justifier, entrer dans des détails assez approfondis d'étiologie et de pathogénie.
Les pathologistes ne me semblent pas avoir suffisamment signalé ce fait, à savoir : que, dans la grande majorité des cas, l'insuffisance aortique est une maladie d'origine purement arté^ vielle et non point cardiaque; qu'elle est, primitivement, une maladie de Vaorte et non du cœur, et qu'elle doit à cette origine la partie la plus importante peut-être de sa symptomatologie.
Indépendamment des troubles circulatoires mécaniquement liés à l'insuffisance {récurrence du sang du système aortique vers le ventricule gauche), il peut y avoir, dans Tinsuffisance aortique^ des troubles spéciaux, purement locaux ou de voisinage, causés directement par la maladie de l'aorte et non point par l'insuffisance. Je veux parler des douleurs rétro-stemaleSj de Yangine de poitrine et de la mort par syncope.
En conséquence, je propose de grouper les insuffisances des valvules aortiques de la façon suivante :
Insuffisance aortique sans lésion concomitante tk taorte; c'est le cas le moins fréquent ;
Insuffisance aortique avec lésion de Vaorte ; c'est de beaucoup le cas le plus habituel.