‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 54 sur 254 · HUITIEME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIEME LEÇON

Insuffisance aobtique. — L'insuffisance aortiqae n'est pas, le plus souvottt^ une maladie du cœur, mais une maladie de l'aorte. — Conséquences pathogéniques secondaire». — Mort subite et insuffisance aortique. — Rôle certain de Taortite dans le mécanisme do cette mort. — Rôle très- probable du plexus cardiaque. — Série morbide formée par Tangine de poitrine, Taortite et l'insuffisance aortique. * Hypertrophie du ventricule gauche par aortite. — Lésion nouvelle^ qui ne compense pas^ mais aggrave l'insuffisance aortique.

Messieurs,

Nous avons vu, dans la dernière leçon, la série de lésions et de troubles fonctionnels qui dérivent d'un rétrécissement mitral, d'une insuffisance également mîtrale, ou d'un rétrécissement aortique ; nous allons voir aujourd'hui ce qui peut résulter d'une insuffisance des valvules sigmoïdes de l'aorte, et ce qu'est cette lésion.

L'insuffisance aortique consiste dans l'inocclusion des valvules sigmoïdes de l'aorte, d'où s'ensuit le reflux du sang de ce vaisseau dans le ventricule gauche au moment de la diastole, c'est-à-dire au deuxième temps de la révolution du cœur. Le bruit morbide causé par ce reflux du sang doit donc être entendu au second temps et à l'origine de l'aorte, c'est-à-dire dans la région susmamelonnaire.

Ûuant à l'inocclusion des valvules sigmoïdes, elle est due le plus souvent à leur ratatinement, à leur déformation, consécutifs à la dégénérescence athéromateuse, et surtout calcaire. Dans ce cas, la maladie valvulaire n'est ordinairement qu'une extension aux valvules de l'aorte d'une maladie plus générale du vaisseau.

D'autres fois, l'insuffisance tient à l'écartement des valvules par la dilatation de l'aorte, et, par suite, de l'anneau d'insertion valvulaire (c'est la lésion spécialement décrite par Corrigan); ou bien cette insuffisance tient à la présence de concrétions polypiformes aux nodules d'Arantius.

Nous avons justement depuis quelques jours, au n^ 7 de la salle Saint-Paul, un malade atteint d'insuffisance aortique, et qui en présente les signes les plus caractéristiques. Je veux dire le pouls spécial, le tracé sphygmographique, le souffle cardiaque et crural, et enfin ce que j'appelle la danse des artères.

Cet individu, qui exerce la profession de maçon, prétend s'être toujours bien porté et n'être malade que depuis quinze jours. II rapporte les débuts de sa maladie à un travail forcé de quarante-huit heures, qu'il aurait exécuté au milieu des intempéries de ces jours derniers.

Ayant ainsi surmené son organisme en général, et, en particulier, son cœur, lésé depuis longtemps sans qu'il s'en doutât, et ses organes respiratoires, affaiblis par contre-coup de la lésion cardiaque, cet homme a d'abord toussé, puis de la suffocation est survenue, et la dyspnée datait de deux jours lorsqu'il est entré dans notre service.

11 présentait alors, non pas un type d'insuffisance aortique, mais simplement un type de maladie du cœur à sa période extrême. Sa face était jaune et froide ; il était œdéraatié et ne se pouvait tenir qu'assis dans son lit, où il se livrait laborieusement à des efforts d'inspiration, que récompensait mal une hématose insuffisante. Il n'était pas besoin de l'ausculter; on reconnaissait à distance une maladie cardiaque arrivée à sa période de retentissement sur le cœur droit; Quant à l'intensité et à l'étendue des lésions broncho-pulmonaires, on en pouvait juger à la pluie de râles de toute sorte qu'on percevait en appliquant l'oreille sur la poitrine.

Ce tapage bronchique rendait par suite rauscultalion du cœur impossible. D'ailleurs, chose bien remarquable, le pouls n'était pas vibrant, et le sphygmographe ne révélait rien autre chose que sa petitesse et son irrégularité. Néanmoins, et malgré l'absence du pouk et du tracé caractéristiques, malgré l'impuissance où nous étions de percevoir le souffle spécial, nous n'hésitâmes pas, le chef de clinique M. Duguet et moi, à diagnostiquer une insuffisance aortique. Ce qui motivait ce diagnostic, auquel manquaient tant de choses, c'était la danse des artères, surtout visible aux carotides, lesquelles étaient dures et même un peu flexueuses.

INSUFFISANCE AÛATIQUE. 135

Interrogé^ cet individu prétendait n'avoir jamais été malade ; mais il ajoutait que, depuis plus de vingt ans, « ça lui sautait dans le cou. » C'était sa façon d'indiquer, ce que nous constations à un si haut degré chez lui, le bondissement carotidien.

Une indication bien autrement pressante que de préciser le diagnostic était de décongestionner les poumons. En conséquence, je prescrivis l'administration d'un vomitif, mais en usant d'un artifice que je vous signale, et qui consiste à rendre d'une main ce qu'on enlève de l'autre. La religieuse eut ordre, si le malade était U'op déprimé par les vomissements (ce que j'avais lieu de redouter en raison de sa débilitation cachectique), elle eut ordre, di»-je, de lui donner une ou deux tasses de bon thé au rhum bien chaud. Le vomitif peut, en effet, chez de tels malades, causer un coUapsus capable de les mettre en péril, mais dont un cordial suffit pour les tirer. C'est ce qui fut fait; et, le lendemain t nous trouvâmes le malade beaucoup mieux. Toutefois^ ce ttë (UiqtlO U surlendemain (}lle tiotis pûmes décidément et posliitëtbëtit eonstatef les signes de l'insuffisance aortique, à savoir :

Pàt l^Atiaeultation, xxû bruit de souffle sUs-mamelonnaire^ un peu âtl-dessiis de la troisième côte gauche et au secmd temps du cœur;

Par le sphygmographe, le pouls que vous avez sous les yeux (fig. 8) régularisé par la décongestion des poumons et la cessation

Plr. 8.

de l'asphyxie ; pouls typique de l'insuffisance aortique et qui présente une ligne d'ascension brusque, verticale, élevée, indiquant que l'artère est brusquement soulevée ; mais, en raison de l'insuffisance valvulaire sigmolde, cette ligne fléchit tout aussi brusquement, d'où le crochet que vous voyez, et qui est le signe probant de l'insuffisance aortique. Puis, comme cette lésion accompagne le plus souvent l'athérome aortique, dont elle est

alors le résultat — et c'est le cas ici — après le crochet vient le plateau indicateur de l'athérome. Maintenant, le bondissement artériel étant proportionnel au' diamètre du vaisseau et à sa proximité du cœur, vous comprenez qu'il doit être plus marqué aux carotides qu'aux radiales, et y produire cette danse artérielle qui était très-appréciable, alors que le pouls radial, en raison de l'asphyxie, ne présentait pas, comme aujourd'hui, son bondissement caractéristique.

Vous voyez qu'il nous a fallu quarante-huit heures pour pouvoir vous démontrer, à l'aide des derniers signes que je viens de vous indiquer, une lésion cardiaque que la danse des artères carotides nous avait cependant permis de vous annoncer. Eh bien, chose curieuse, vingt-quatre heures plus tard, le pouls avait complètement changé de caractère ; il était redevenu celui du premier jour. La ligne d'ascension était courte et oblique,

comme vous pouvez le voir par ce tracé (fig. 9), où, à travers les divagations et les irrégularités causées par la dyspnée, qui était revenue, vous ne retrouvez plus qu'une suite de plateaux ; car l'athérome ne perd jamais ses droits.

11 est encore un autre signe que vous ave* pu constater chez lui, comme aussi chez le malade du n*^ 44, également atteint d'insuffisance aortique, je veux dire le double souffle intermittent cruraly signalé pour la première fois par M. Duroziez. Dans ce double souffle, le premier bruit est causé par la compression môme du vaisseau à l'aide du stéthoscope ; le second bruit tient au remous du sang, dû à l'insuffisance aortique. Si cette insuffisance n'existait pas, on n'entendrait que le premier bruit.

Ce qui doit ressortir pour vous de l'examen de nos deux malades des n*»* 7 et 44, c'est que, par le fait de l'insuffisance aortifiue, les deux circulations de l'hématose et de l'hématopoièse peuvent être successivement compromises ; que des stases mul-

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