‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 79 sur 254 · LÉSIONS ULTIMES DES VALVULES DU CŒUR · texte numérisé non relu

LÉSIONS ULTIMES DES VALVULES DU CŒUR

Cet homme, d'une assez vigoureuse constitution, entra à Thôpital le 9 août, malade depuis douze jours seulement. Sa mala- «lie avait débuté par un malaise général, avec dyspnée et perte d'appétit , sans qu'il fût obligé de garder le lit.

A l'entrée, on constata tous les signes d'une pneumonie de la base gauche : matité dans les deux tiers inférieurs et postérieurs ; souffle bronchique sans mélange de crépitation ; bronchophonie manifeste. Dans le tiers supérieur du môme côté, quelques râles secs et humides disséminés. 11 existe de plus, à droite et en arrière, quelques râles sous-crépi^ants très-peu nombreux, limités à la base. Pas de douleur de côté.

Le pouls était entre iiO et ^6, sansjrrégularité ni intermittence ; la température axillaire à 39*,4. Le cœur, examiné, ne présente rien d'anomal. Il n'y a pas d'habitudes alcooliques antérieures.

Le 13 août, l'expectoration rouillée, qui ne date que de la veille, est remarquable par son abondance le malade en remplit complètement un crachoir dans les vingt-quatre heures. En même temps, les râles du côté droit deviennent plus nombreux et s'entendent dans tout le tiers inférieur de la poitrine. Le pouls est à 120, mou et dépressible ; dégoût marqué pour les aliments.

Le 16, je suis frappé, à la visite du matin, par l'état de cyanose des doigts : les ongles présentent une coloration bleuâtre qui ne disparaît qu'incomplètement sous la pression. Je porte alors un fâcheux pronostic, que justifient la langueur de toutes les fonctions et l'extension des désordres locaux (les signes de la pneumonie restent les mêmes à gauche, mais à droite ceux d'une congestion inflammatoire, râles très-fins, légèrement humides, se sont considérablement étendus). Comme les lésions pulmonaires expliquent suffisamment l'état subasphyxique, on n'ausculte pas spécialement le cœur ; cependant il est à supposer que, s'il y eût existé un bruit de souffle, on l'eût entendu alors que M. Choyau et moi faisions successivement et avec grande attention l'examen de la poitrine en avant.

Le 17, les lésions pulmonaires s'aggravent encore ; on perçoit un peu de souffle tubaire à droite, au niveau de la racine des bronches. Depuis les phénomènes asphyxiques, et malgré l'exten-

sion du mal, rexpectoralion est presque complètement supprimée, quoi qu'on ait pu faire pour la rappeler. La dyspnée augmente comme la cyanose. Le pouls est à 440, toujours sans irrégularité ni intermittences.

Le 18, les extrémités se refroidissent ; une sueur froide couvtc toute la surface du corps. Cependant le malade ne succombe que le 19 à cinq heures du soir.

A l'autopsie, faite par M. Choyau, on trouve tout le lobe inférieur gauche augmenté de volume et dur ; sa coloration est violacée, la plèvre viscérale ne présente aucun indice d'inflammation, pas de trace de fausse membrane, pas d'épanchemcnt, mais seulement un état poisseux et dépoli. Or je vous ferai remarquer que ce fait de l'absence de pleurésie concomitante, viscérale et d fortiori pariétale, est complètement d'accord avec Vabsence de point de côté pendant toute la durée de la maladie pulmonaire comme au début de celle-ci (!). Le lobe inférieur gauche incisé o!ft*e dans toute son étendue, et d'une façon presque uniforme, une coloration grise rougeâtre, un aspect granuleux, et, par places, des îlots complètement grisâtres de ce qu'on appelait autrefois infiltration tuberculeuse, et qu'on appelle aujourd'hui pneumonie caséeuse. Le tissu pulmonaire est dur, dense, extrêmement friable ; il va au fbnd de l'eau et se déchire avec une grande facilité ; cependant on ne découvre nulle part de ca\ité qui serait due à un abcès ou à du sphacèle. C'est à peine s'il s'écoule à l'incision un peu de sérosité rougeâtre. Le lobe supérieur gauche renferme des tubercules disséminés en nombre variable, du volume d*un grain de chènevis environ, jaunâtres, mais non ramollis, sauf dans la partie moyetine, où l'on trouve une petite cavité pouvant loger un pois. A l'entour de ces petites masses tuberculeuses, qui peuvent être au nombre de vingt-cinq à trente, le parenchyme pulmonaire ne présente pas d'altération appréciable à Tœil nu.

Les deux lobes inférieurs droits, violacés, noirâtres, laissent écouler à la coupe une sérosité peu aérée et très-abondante ; le tissu pulmonaire, lie de vin, se laisse déchirer avec la plus grande

(1) Voir plus loin, sur l'absence de douleur dans la pneumonie, les Pothti de côtéf leçon III.

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