‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 93 sur 254 · GUÉRISON POSSIBLE DANS LE JEUNE AGE · texte numérisé non relu

GUÉRISON POSSIBLE DANS LE JEUNE AGE

Ce qu'il faut au malade du cœur, c'est une température modérée, plutôt fraîche que chaude^ entre 16 et 20 degrés centigrades : la température trop froide bande trop fortement le système vasculaire pfe'iphérique et oppose un trop grand obstacle à rimpulsion d'un cœur lésé ; la température trop chaude débande au contraire ce système, et ne lui permet pas de résister efficacement à l'action morbide rétroactive de la lésion orique ou talvulaire. Ainsi s'expliquent les méfaits des bain^ trop chauds ou des températures trop élevées : dans l'un ou l'autre de ces cas, j'ai vu bien des fois le malade du cœur être pris de palpitations désordonnées, de suffocations et de tendance à la syncope; par exemple, j'ai observé ces accidents au sortir des salles de spectacle oîi l'on est entassé, comme dans la salle des concerts du Conservatoire, à Paris, où Ton s'empoisonne aristocratiquement en musique.

La conséquence pratique, c'est que vous devez éviter les bains chauds, proscrire les bains de vapeur (je vous l'ai déjà dit) et déconseiller le séjour dans les climats excessifs en plus ou, en moins, en considérant que ceux-ci sont moins nuisibles que ceux-là.

Nous avons déjà vu que la résidence dans une vallée non humide et défendue contre les grands vents vaut mieux que celle sur une montagne, en raison de la plus grande pression et de la densité plus considérable de l'air. Donnez des conseils en conséguence, et vous n'aurez jamais à vous en repentir.

Je ne voudrais pas abandonner ce sujet des maladies organiques du cœur en vous laissant sous cette triste impression qu'eMes sont nécessairement et toujours incurableSj ou qu'il n'y a point de période dans la vie où leur évolution soit indéfiniment retardée ; cette période est l'enfance : alors non-seulement ces afiections suivent une marche toute spéciale, mais encore on peut espérer les guérir si la lésion est de récente origine et la médication suffi-, samment active.

La marche est spéciale en raison de la remarquable aisance avec laquelle la canalisation vasculo-cardiaque résiste à la lésion orique ou valvulaire ; ce qui tient évidemment à la validité juvénile des vaisseaux et du cœur. En attendant que j'aie l'occasion de traiter à fond cette question des maladies du cœur de l'enfance, je veux

VOUS parler d'un cas que j'ai été à môm© d'observer soigueusement et à loisir.

Il s'agit d'un enfant cfUi, à troi^ ans, eut une endocardite rhumatismale aigMë, une insuffisance mitrale ocnsécutive, et qui guérit ttéanmoins de celle-ci (1).

Le 30 août 4883, j'étais appelé auprès d'un petit Russe que son père croyait atteint d'une entorse, et qui était au début d'une attaque de rhumatisme articulaire qui fut exceptionnellement intense.

G*«8tle liseptembre seulement que je constatai l'existence d'une endocardite talvulaire (souffle au premier temps et sous le ma* melon). M.. Blaohe, que j'appelai, reconnut la gravité du cas, et nois appliquâmes trois sangsues à la région du cœur. Quatre jours plus tard, M. Blache, appelé de nouveau, constatait comme moi que le souffle était encore plus intense ; et nous mîmes un vésicatoire sur la région précordiale.

Ce ne fut qu'au bout de quinze jours que les douleurs articulaires disparurent, que la fièvre céda et que la convalescence^ commença; maa ce qui ne s'était nullement amendé, c'était le bruit de soufQe sous le mamelon et au premier temps, qui était non-seulement plus intense, mais s'accompagnait d'un remarquable bondissement du cœur. Je ne doutftiB pas qu'il n'y eût là une insuffisance mitrale.

Six semaines plus tard , je présentai ce jeune malade à M. Roger, qui nliésita pas à conclure à l'existence d'une lésiou organique de la valvule mitrale et considéra la guérisoii comme dli plus douteuses.

Néanmoins, confiant dans la vigoureuse constitution du petit malade, je continuai à ftûre, comme j'avais commencé, une révulsion continuelle à la région précordiale, à l'aide de teinture d'iode largement appliquée : cette médication fut continuée pendant trois mois.

Vers cette époque, une maladie de la mère ayant nécessité l'intervention de M. Trousseau, j'en profitai pour faire ausculter l'enfant par mon illustre maître, qui reconnut la même lésion

(1) L'observation de ce malade a été communiquée par moi à M. René Blache, qui Ta insérée dans sa bonne thèse sur les Maladies du cœur ch$i les enfants» PariSi 1869.

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que M. Hoger, une insuffisance de la valtule mitrale, et crut, comme eet habile professeur de pathologie infantile, à l'incurabillté de la lésion. Je persistai dans ma révulsion.

Ce s'est guère qu'au bout de six mois de ce trakement militairement continué par le père, colonel do Tarmée russe, que Je crus reconnaître un amoindrissement du bruit de sooffle ; mais, ce qui persistait au môme degré, c'était la violence du choc de la pointe du cœur et la fréquence remarquable du pouls dès que l'enfant se livrait à un exercice un peu actif.

A cela près des palpitations si facilement provoquées, il n'y avait aucun trouble fonctionnel, pas d'intermittances du pouls, et la dyspnée ne se manifestait qu'après un exercice violent.

Enfin le bruit de souffle de l'insuffisance alla s'amoindrissant peu à peu, de façon qu'au bout d'un an j'en Constatais à peine les vestiges, et cela seulement après que j'avais volontairement augmenté l'énergie d'impulsion du cœur en faisant faire de la gymnastique à l'enfant.

En 1865, deux ans après le début des accidents aigus, je le fis de nouveau ausculter à M. Trousseau, çui ne put, non plus que moi, rien découvrir d'anomal au cœur.

Deux ans plus tard encore, en 1867, e'e«t;à^dire quatre ans après l'endocardite valvulaire, je fis revoir l'enfant à M. Roger, qui ne put retrouver les signes de l'insuffisance mitrale autrefois constatée par lui.

Ce qui avait motivé la consultation, c'était non moins le désir de faire reconnaître la guérison de la lésion valvulaire que d'avoir un avis sur les troubles fonctionnels suivants : de 1863 à 4867, l'enfant n'avait jamais eu de récidive de rhumatisme articulaire, mais il était pris presque chaque hiver d'attaques de catarrhe suffocant. Cehii-ci débutait toujours par un coryza, et bientôt se produisaient des attaques de dyspnée formidables, avec fièvre des plus intenses. 11 y avait, au bout d'un petit nombre d'heures, des râles vibrants dans toute l'étendue des bronches, râles qui bientôt devenaient 8ous-cr6pi|ants et môme crépitants vera les bases. Un vomitif, une sinapisation énergique ou des ventouses sèches, et un julep kermétké, venaient assez rapidement terminer cette affection, qui durait deux à trois joui*s.

Vous comprene» qu'il importait de savoir s'il y avait une maladie du cœur et si c'était eette affection qui provoquait les attaques de bronchite capillaire à forme rapidement suffocante. Toilà pourquoi, bien qu'il ne fût pas douteux pour moi que Tinsuffisance înitFale n'existait plus, je tenais tant à avoir le contrôle si probant de M. Rdger.

En réalité, ce qu'il y avait alors, c'était, chez un petit rhumatisant, une congestion rhumatismale, rapide et générale, des bronches^ et non point une de ces hypérémies passives par lésion cardiaque, doaat nous nous sommes longuement occupés dans le cours de ces conférences. La fluxion débutait par la membrane de Schneider et gagnait bientôt toute l'étendue de la membrane muqueuse respiratoire.

Ainsi, chez un très-jeune enfant, une endocardite rhumatismale très-aiguô détermina une insuffisance mitrale ; l'endocardite guérit, mais l'insuffisance persista un assez long temps pour être constatée six semaines et deux mois après la guérison des accidents aigus par des hommes tels que MM. Roger et Trousseau, auxquels, sans rien leur dire des antécédents, je posais simplement la question : « Qu'y a-t-il à ce cœur ? » et qui répondaient l'un et l'autre : « Une insufflsasce mitrale » . Eh bien , nonobstant la croyance oîi nous étions tous de Wncurabililé de la lésion, et grâce à une révulsion énergique exercée pendant près d'une année, les signes indicateurs de la lésion disparurent et les mêmes savants ne purent à quelques années de distance eu retrouver les traces.

Si le traitement révulsif eut une aussi favorable influence dans ce cas, c'est qu'il fut mis en œuvre dès le début de la lésion, continué plusieurs mois et d'une façon énergique. C'est aussi que le sujet était très-jeune, et qu'il y a dans l'enfance une force de réparation qui va décroissant avec l'âge. Néanmoins, quand la lésion est récente et le sujet peu âgé, poursuivez celle-là par une révulsion persistante, et vous pourrez espérer obtenir le même résultat que moi. C'est par là que je termine ces conférences sur les maladies organiques du cœur.

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