HYGIÈNE DANS LES MALADIES DU CŒUR
contraire, pour Isl jeune femme affectée de la même lésion, le mariage est plein de périls, non-seulement en raison des émotions que provoquent les premiers rapprochements, mais parce que la grossesse entraîne les accidents redoutables que je vous ai signalés dans ma X* leçon. Je vous ai dit alors l'hygiène spéciale de la femme enceinte, et j'ai ajouté que si la jeune femme survit à sa maternité, elle ne doit pas nourrir son enfant.
Si la lésion cardiaque est survenue plus tardivement dans la vie, que la carrière soit depuis longtemps dessinée, la tâche de conseiller devient un peu plus malaisée : si le malade du cœur est un homme politique et qu'il persiste à l'être, c'en sera bientôt fait de lui, témoin le préfet aux allures militantes dont je vous ai parlé dans ma III* leçon, à preuve encore la fin prématurée de quelques-uns des hommes d'Etat de notre époque. Mais, s'il s'agit d'individus placés dans des conditions plus normales de l'existence, si vous avex prise sur leur conduite physique et morale, alors voici ce que vous pourrez leur conseiller : d'abord de la modération en toute chose et surtout dans la diététique.
En effet, les exeèê de table sont fâcheux pour tout individu malade du cœur, mais principalement si la lésion est cardio-aortique ; nous l'avons vu dans ma II* leçon, à propos du malade qui a succombé subitement après un repas trop copieux ; dans ma YIII* leçon, sur l'insuffisance aortiqtie, à propos d'un autre malade ; nous le verrons bientôt encore dans des leçons sur Y angine de poitrine, qui n'est le plus souvent qu'un épiphénomène d'une lésion de l'aorte.
Ainsi, éviter les excès de table est d'une prudence élémentaire. La nature des aliments n'est pas non plus sans importance : en général, ils ne doivent pas être trop excitants, je l'ai déjà dit ; mais quand le malade en est arrivé à la phase congestive eid fortiori hydropique de son affection, une certaine diète sèche devient nécessaire, en vue de ne pas augmenter, par l'ingestion imhiodérée de liquides, la masse du sang à mouvoir et de soulager ainsi le cœur et les vaisseaux ; par conséquent, peu de soupes et de bouillons, mais plutôt de la viande saignante, et même de la viande crue assaisonnée de pickles anglais s'il y a de l'anorexie, des oBufe sous toutes les formes, du poisson, du vin de Bordeaux coupé
d'un peu d'eau ferrugineuse, du café noir en petite quantité à la fin des repas.
Vous veillerez à ce que le malade du cœur ait chaque jour une garde-robe molle, facile, à cette double fin de diminuer la pression dans le système veineux abdominal et de ne pas nécessiter d'efforts de défécation.
Le malade du cœur devra s'abstenir absolument, même sous prétexte de se tonifier, de tout excès alcoolique ; ceux-ci ne déprimant pas seulement les forces, et en particulier la circulation, au moment de la débauche, mais entraînant matériellement une usure organique générale et la caducité prématurée de la canalisation cardio-vasculaire.
Il devra s'abstenir de fumer, surtout la cigarette, d'autant plus redoutable qu'on en fume tout le long du jour. Et non-seulement le malade du cœur ne doit pas fumer, mais il doit éviter de se trouver au milieu d'une réunion de fumeurs, et d'absorber par les voies respiratoires les vapeurs du tabac d'autrui. Le tabac ne fait pas qu'affaiblir le système nerveux après l'avoir momentanément excité, il accélère fortement la circulation chez un certain nombre de personnes et fatigue d'autant un cœur altéré.
Pour des raisons analogues, on devra proscrire l'usage du café noir pris en abondance dans le cours d'une soirée, comme on le fait au cercle, par exemple, en fumant des cigares ; ou du thé^ pris par mode et sans raison : il faut laisser cela aux Chinois.
Ce qui est vrai de toutes les formes d'excès que je viens de mentionner, et que les civilisés ont empruntés aux sauvages, l'est encore plus, s'il est possible, des excès vénériens : pour toute sorte de raisons qu'il serait superflu de développer, il faut que le malade du cœur y renonce.
Les brusques variations de température sont pernicieuses au malade du cœur : soit du chaud au froid, qui peut rapidement produire une congestion pulmonaire étendue et redoutable dans ce système où la circulation est si languissante ; soit du modéré au très-chaud, auquel cas une brusque dilatation vasculaire périphérique se produit, qui entraîne une diminution de la tension artérielle, et par suite la rupture de l'équilibre circulatoire dans la canalisation vasculo-cardiaque endommagée.