FONCTIONS, TEXTURE ET LÉSIONS. S
pharynX) et dessèche cette membrane où rien n'est disposé pour résister à ce contact. La muqueuse palato-pharyngienne s'hypérémie, les glandes qui la tapissent s'hypertrophient, s'enflamment, et telle est la cause la plus puissante de ces interminables angines des scrofuleux. Ce n'est point, ainsi que l'a dit Dupuytren et qu'on l'a répété après lui, parce qu'ils ont une amygdalite chronique qu'ils ne respirent point par le nez et que les fosses nasales subissent un arrôt de développement ; c'est parce qu'ils ont un coryza chronique que, le nez ne fonctionnant pas comme organe respiratoire, il se développe incomplètement. La même raison qui provoque dans ce cas l'angine tonsillaire chronique entraine la pharyngite glanduleuse, l'oblitération des trompes d'Eustache et la dureté de l'ouïe ou la surdité : dans tous ces cas, c!est le coryza qu'il faut combattre ; cela soit dit en passant.
Ainsi la muqueuse respiratoire avait à échauffer et à humecter l'air inspiré, et cette modification physique si simple est accomplie par les glandes en grappes qui sécrètent le mucus depuis la membrane de Schneider jusqu'aux rameaux bronchiques de petit^diamètre.
Quant à la muqueuse des voies digestives, son rôle est autrement complexe : elle ne se défend pas seulement contre le contact des substances alimentaires par l'épaisseur de son épithélium pavimenteux à la langue, au pharynx et à l'œsophage ; elle se défend contre le contact des acides, des aliments, du suc gastrique et du suc intestinal par l'abondance de son mqcus. D'autre part, elle modifie profondément la nature des aliments qui lui confinent. Il résulte ainsi des fonctions si complexes des voies digestives, au double point de vue de la protection de la muqueuse contre le contact des aliments et de l'action modificatrice de celle-là sur ceux-ci, une complication de texture que je ne puis ici qu'indiquer, et qui est à son maximum à l'estomac .
Du reste, dans un Traité complet des affections catarrhales dont j'ai recueilli les matériaux cliniques, je ferai voir comment la texture et la fonction expliquent la fréquence et le mode d'apparition des affections catarrhales ; comment ces mêmes notions de texture et de fonction rendent compte de l'espèce d'affinité élective de l'inflammation catarrhale pour telle membrane de
revêtement — la membrane respiratoire ; — bien mieux, pour telle portion spéciale de cette membrane, sous l'influence du froid frappant la périphérie de l'organisme ; comment ces notions donnent la raison, au contraire, de la genèse de l'inflammation pour telle autre membrane — la membrane digestive — et pour telle portion plus spéciale de cette membrane par le fait de l'excès du fonctionnement.
Ici je ne veux m'occuper que de la lésion du revêtement interne d'une portion de la canalisation circulatoire, Yendarthre^ et j'espère vous montrer que la texture comme les lésions sont les conséquences nécessaires des fonctions de cette membrane ; que i^ son rôle étant purement physique^ elle possède un minimum d'organisation; que 2« n'ayant qu'un minimum d'organisation et par suite de vitalité, c'est-à-dire étant presque physique, ses lésions sont aussi de Yordre phi/sïqtte.
Le rôle physique de l'endartère est de faciliter le glissement du sang à frottement doux ; c'est le rôle d'un vernis, rôle passif et inerte, réalisé par la texture même de la membrane.
Celle-ci est en effet essentiellement constituée par un assemblage de cellules épithéliales coniques, pâles, à noyau ovalaire ou fusiforme, cellules très-caduques, qui peuvent même disparaître en un grand nombre de points, qui peuvent être ;isolées, ont un aspect fusiforme, c'est-à-dire se rapprochent des cellules rudimentaires d'un tissu organique à peine ébauché, et reposent sur une membrane élastique, formée d'une substance amorphey hyaline. L'endartère, ainsi constitué, est plissé longitudinalement (pour se prêter aux mouvements alternatifs de diastole et de systole), d'un aspect strié et généralement fenêtre. Cette tunique interne, d'une grande ténuité, est complètement dépourvue de vaisseaux, ainsi d'ailleurs que la partie adjacente de la tunique moyenne de l'artère : les vasa vasorum ne pénètrent point jusque-là. C'est donc l'organisation à son minimum.
Et il devait en être ainsi : attendu que cette membrane n'avait pas besoin d'être lubrifiée , puisqu'elle est toujours en contact avec un liquide, qu'elle n'avait pas à modifier la natiu^ de celui-ci, le tube artériel n'étant qu'un canal de transport ou de distribution, et qu'ainsi la tunique interne, n'ayant aucune
FONCTIONS ET LÉSIONS PHYSIQUES DE l'eNDARTÈRE. 281
sécrétion à accomplir, ne devait avoir ni glandes ni vaisseaux.
Eh bien, cette membrane inerte, qui se nourrit par imbibition, qui végète plus qu'elle ne vit ; ce tissu, presque physique, est, plus que tout autre dans l'organisme, accessible aux causes physiques d'altération ou de destruction.
Mais d'abord, cette membrane interne est-elle susceptible d'inflamm£^tion? Assurément ce n'est pas ici le lieu de disserter sur la valeur de cette chose et de ce mot, inflammation ; ce que j'en veux dire, c'est que, connaissant la texture de l'endartère, si cette membrane s'enflamme, ce ne saurait être à la façon d'un tissu pourvu de vaisseaux; tout au plus pourrait-ce être à la manière de la cornée transparente, à laquelle on l'a justement comparée.
L'endartère ne saurait non plus s'enflammer comme une membrane séreuse ; celle-ci étant formée par un feutrage de tissu conjonctif (et il n'y en a pas dans l'endartère), étant tapissée par un épithélium pavimenteux et parcourue par des vaisseaux. Aussi les analogies pathologiques qu'on a voulu établir entre ces membranes sont-elles inexactes.
Je vous parlerai spécialement de l'endartérite chronique (mieux connue que l'endartérite aiguë), et dont l'histoire pathogénique se résume, suivant moi, en ces trois mots : choc^ fatigue et usure. C'est un fait physique, le chocy qui, dans les points les plus divers (mais constamment les mômes) de la canalisation artérielle, et dans les conditions en apparence les plus variées, en réalité, cependant, parfaitement identiques, produit la série des lésions, toujours uniformes, de l'endartérite chronique. Cette leçon sera le développement de cette unique, mais fondamentale proposition, et les pièces anatomiques provenant du n*» i de la salle Saint-Paul, non moins que l'observation de quelques malades du service, m'en fourniront l'occasion et la preuve.
S'il est démontré, et ce l'est, que les fonctions de l'endartère sont physiques, que sa texture est en rapport avec ces fonctions , que peuvent sur cette membrane les actions d'ordre physique ? Evidemment déterminer une usure plus rapide et des lésions corrélatives plus profondes, là où le choc subi par la paroi artérielle est plus considérable. Reste à déterminer où ce choc est le plus
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fort. Evidemment encore là où le liquide en circulation est animé de la plus grande quantité de mouvement ; ce qui revient h dire là où il est en plus grande masse et doué d'une plus grande vitesse d'impulsion ; c'est-à-dire enfin dans les artères les plus grosses et le plus près possible du cœur. La fréquence et la gravité des lésions de l'endartère seront donc en raison du calibre des artères; — c'est ce que j'appellerai la foi des diamètres.
Il est évident qu'après cela le choc et l'usure corrélative seront le plus considérables encore là où l'ondée sanguine est obligée de s'infléchir, c'est-à-dire là où l'artère s'incurve et change de direction. Ainsi les lésions seront aussi très-fréquentes au niveau des courbures artérielles, — et c'est ce que j'appelle la loi des courbures.
D'un autre côté, le choc et l'usure seront encore très-grands aux points où l'ondée vient se briser en s'y divisant, au niveau par conséquent de l'embouchure d'une branche artérielle quelconque ; là se trouve une saillie, un éperon de bifurcation contre lequel les molécules sanguines en mouvement frappent et se dévient, à la façon de l'eau d'une rivière contre la pile de l'arche d'un pont. Il y a là choc sur l'angle de l'éperon et pression excentrique sur les deux points opposés de la paroi voisine. Ainsi encore les lésions artérielles sont fréquentes et considérables au niveau des divisions des artères, des éperons d'embouchure. — C'est ce que j'appelle la foi des éperons.
Enfin, indépendamment des causes fondamentales des lésions artérielles dérivant de l'action de l'ondée sanguine, ou causes intrinsèques des lésions, il en est une autre, extrinsèque, résultant des tiraillements ou des chocs subis extérieurement par l'artère, par exemple au niveau d'une articulation où les mouvements sont fréquents, puissants et étendus; telle est l'articulation du genou. — C'est ce qu'on peut appeler la loi des violences eœté- Heures.
Voyons maintenant si ces lois déduites « priori sont vérifiées par les faits.
Sans préoccupation théorique aucune, et simples enregistreurs de faits, Lobstein et Rokitansky ont, chacun de son côté, dressé le tableau de fréquence des lésions internes des artères.
LÉSIONS FHTSIQUBS DB L*ENDÂRTÈRE. 281
Vôlci ces tableaux ; nous verrons à les interpréter tout à l'heure, en leur appliquant les lois en question :
FRÉQUENCE DBS LÉSIONS ARTÉRIELLES d'après
LOBSTEIN.
1» Crosse de Taorle ;
îo Aorte à son extrémité idfé*
rieure ; 3* Aorte thoracique ; 4» Artère splénique ; 6« Aorte abdominale ; 6«> Artère crural» aveo toutes ses
branches ; 70 Artères coronaires du cœur ; S» Sous-clavières ; 9» Bifurcation de la carotide pri*
mitive ; 10* Carotide interne ; 11* Artères cérébrales; it» Carotide externe ; 130 Artères des parois thoraciques
et abdominales ; ik^ Artères brachiales ; ift* Rameaux des artères ombili»
cales; 1 6«> Petites artères intra-cérébrales ; !?• Artère pulmonaire.
ROKITANSKY.
1» Aorte ascendante ;
t^ Crosse de Taorte ;
30 Ao.'te abdominale;
4» Aorte thoracique;
8«> Artère splénique ;
6« Artère crurale :
1^ Iliaques internes ;
S® Artères coronaires ;
9» Carotides internes ; 10* Artères vertébrales ; 11* Artères utérines ; 12° Artères brachiales ; 130 Sous-clavièrcs ; 14^ Artères spermatiques ; 15* Carotide primitive; 16» HypogHStrique ; 17* ArLère pu.monaire.
Très - exceptionnellement : artères mésentériques , cœliaque, coronaire stomachique, hépatique, épiploïque.
Vou5 voyeï d'abord que ces tableaux sont à peu près exactement d'accord. Essayons maintenant, non pas de les lire seulement, mais de les comprendre ; ce que, jusqu'à présent, l'on ne semble guère avoir songé à faire.
La première en tête du tableau de Rokitansky se trouve Vaorte ascendante, ce qui est la vérification de la loi des diamètres. La première en tête du tableau de Lobstein (seconde du tableau de Rokitansky) se voit la crosse de Vaorte; ce qui est d'accord à la fois avec la loi des diamètres et celle des courbures. Puis vient aussitôt) dans le même tableau de Lobstein, l'aorte ci son extrémité inférieure, c'est-à-dire au niveau de sa bifurcation en iliaques primitives, point où elle présente un éperon tellement saillant, et qui eftt juste dans l'axe du courant sanguin, lequel vient s'y
heurter avec toute sa puissance ; aussi en ce point trouve-t-on très-fréquemment une lamelle pierreuse, parfois presque coupante, et souvent aussi épaisse que celle qu'on observe alors à la courbure de la crosse aortique. Or, cette place occupée dans le tableau de Lobstein par l'extrémité inférieure de Taorte est la vérification de la loi des éperons unie à celle des diamètres. C'est en vertu des mômes lois que l'aorte thoracique (artère volumineuse et donnant naissance à de nombreuses collatérales) occupe la troisième place dans le tableau de Lobstein. Mais voici venir après elle Vartère splénique^ qui précède ainsi Taorte abdominale (Lobstein) et l'artère crurale (Rokitansky). Or, si le volume seul prédisposait à la lésion, ainsi qu'on l'a dit bien à tort, et par une interprétation des faits aussi superficielle qu'insuffisante, si, dis-je, le volume seul de l'artère la disposait à la lésion, on ne comprendrait absolument pas pourquoi l'artère splénique est plus souvent et plus gravement lésée que des artères beaucoup plus volumineuses qu'elle, tandis qu'on le comprend par la loi des courbures, l'artère splénique étant remarquable par ses fiexuosités. La chose est bien autrement évidente encore pour les artères coronaires du cœur, qui viennent avant les sous-clavières dans le tableau de Lobstein, et avant les carotides internes dans celui de Rokitansky. Ici, les courbures des vaisseaux ont été bien autrement efficaces que leur diamètre pour produire les lésions. J'ajoute qu'indépendamment des courbures, il y a pour ces artères le voisinage du cœur, c'est-à-dire la plus grande quantité de mouvement (à diamètre égal) dont en ces points se trouve animé le sang. De même les artères vertébrales, dont les courbures sont si considérables, viennent dans ces tableaux avant les utérines, plus volumineuses qu'elles. Pour les mômes raisons, les artères cérébrales, si flexueuses, se voient avant les carotides externes, presque rectilignes. Ici encore la loi des courbures a plus de puissance que celle des diamètres ; elle explique la triste fréquence des lésions de nutrition de l'encéphale avec l'âge : la nature avait à protéger la pulpe du cerveau contre un choc sanguin trop direct et trop violent, en môme temps qu'à multiplier les sources de sa nutrition pour suppléer à des causes d'insuffisance momentanée ; elle ne pouvait atteindre ce double but