ASTHÉNOPIE ESSENTIELLE OU NERVEUSE
encore à l'affection l'épithète de kopiopie, c'est-à-dire fatigue de l'œil. Lorsqu'on analyse les faits de cet ordre, on ne tarde pas à s'apercevoir que parfois on a affaire à des troubles accommodatifs par spasme ou surmenage du muscle ciliaire, état qui lui-même se lie à de l'amétropie (hypermétropie ou astigmatisme). En pareil cas, il suffit de corriger cette dernière par les verres, pour faire souvent disparaître le trouble fonctionnel qui en résulte.
D'autres fois, l'asthénopie provient de l'insuffisance de la convergence, provoquant de ladiplopie qui s'accentue à mesure que l'objet visé se rapproche: celle-ci est également justiciable des verres, sous forme de prismes à base nasale.
Ces deux formes, bien connues dans leur nature, mises à part, il nous reste à examiner une troisième variété d'asthénopie, qu'on pourrait appeler essentielle, et qui a ceci de particulier d'apparaître sur des yeux normaux, exempts de tout vice d'accommodation et de convergence. La malade que je vous présente en est un exemple. C'est une femme de vingt-neuf ans, bien portante d'ailleurs, et qui, depuis un mois environ, accuse de l'incapacité de tout travail des yeux; au bout de quelques minutes, sa vue se trouble complètement et elle est prise de douleurs migraineuses, puis, après un certain repos, la vision redevient nette comme auparavant.
L'examen ophtalmoscopique ne montre pas la moindre lésion; de même la réfraction n'est point en cause, puisqu'il s'agit souvent, comme chez notre malade, d'yeux emmétropes ou très légèrement amétropes : c'est dire que les troubles dépendent d'un surmenage de l'appareil optique, pouvant avoir pour siège la rétine, le nerf optique ou les centres percepteurs. Lorsque, dans ces cas,
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on explore attentivement le champ visuel, on le trouve parfois rétréci à la périphérie, auquel cas on est conduit à incriminer l'hystérie ; mais il est des cas plus nombreux où pareil rétrécissement manque. Une constatation plus importante est celle du déclin progressif de la vision, dans les divers méridiens qu'on éclaire successivement à l'aide d'une fente sténopéique lumineuse. Si vous faites fixer un méridien vertical, la malade le voit d'abord nettement, puis il disparaît; si à ce moment vous changez la direction de la fente lumineuse, chaque méridien correspondant subit la même éclipse après une perception très nette ; arrive un moment où l'œil devient en totalité amblyope. Laissez-le alors fermé pendant vingt minutes à une demi-heure et la sensibilité aux divers méridiens va revenir graduellement, en commençant par celui que tout à l'heure vous avez fait voir le premier au sujet. Vous avez ainsi la preuve qu'il s'agit d'un pur trouble fonctionnel.
La fatigue de l'appareil optique est généralement bilatérale, bien que plus prononcée d'un côté; tout trouble psychique ou corporel l'influence, d'où des variations nombreuses dans la marche de l'affection, dont la durée est généralement longue, mais sans qu'il en résulte jamais un abaissement définitif de l'acuité visuelle. D'autres symptômes surajoutés, mais qui sont loin d'être constants, et dans tous les cas passagers, sont : la dyschromatopsie, la parésie ou la crampe accommodative, de la diplopie monoculaire signalée par Parinaud, le spasme de l'orbiculaire ou un léger ptosis.
Lorsque cette affection se montre chez l'adulte (et ce sont généralement des femmes), l'hystérie, les troubles cataméniaux et les neuropathies en général en sont manifestement la cause : de là résultent des exacerbations