‹ Leçons de clinique ophtalmologiqueChapitre 19 sur 28 · NÉVRITE OPTIQUE SURVENUE APRÈS UN ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

NÉVRITE OPTIQUE SURVENUE APRÈS UN ÉRYSIPÈLE

préserver pour toujours l'œil et sa fonction visuelle. Il en est de même de l'œdème éléphantiasique énorme qui suit les érysipèles à répétition chez quelques sujets, et qui a peut-être la même pathogénie, éclairée par la constatation de la permanence du streptocoque dans les tissus, que l'éléphantiasis des membres. Là aussi les opérations arrivent, comme de nombreuses observations l'ont prouvé, à débarrasser le malade de ses colossales paupières et la vision conserve son intégrité.

Au cours de ces complications externes, il faut cependant reconnaître que quelquefois la cornée peut s'infecter, s'ulcérer, se perforer, et qu'il est alors difficile, au milieu de cette infection généralisée des paupières et de l'œil, d'empêcher, même par des soins diligents, la cornée de se nécroser, l'œil de tomber en pleine purulence, et d'aboutir à une perte totale par atrophie du globe. Un leucome adhérent, avec son pronostic toujours sombre, vu ses complications inflammatoires et glaucomateuses imprévues et si fréquentes, sera généralement le moins mauvais résultat à espérer, si on arrête l'évolution vers la panophtalmie. Des iridocyclites purulentes ou plastiques, même sans ulcération cornéenne, peuvent du reste se produire.

En regard de ces complications banales, il en est d'autres infiniment plus graves pour la vision ; ce sont les complications orbitaires et les complications infectieuses qui atteignent le nerf optique, la rétine et le corps vitré.

Les premières sont en général à grand fracas : le phlegmon orbitaire se déclare, l'exophtalmie devient extrême, et la mort pourrait survenir, si une ouverture ne donnait une large issue au pus. D'autres fois, une phlébite orbitaire, avec moins d'exophtalmie et de douleurs, peut gagner la veine ophtalmique et les sinus de la

dure-mère, et entraîner la mort par le mécanisme des anthrax de la lèvre supérieure, bien connu aujourd'hui. L'exophtalmie du côté opposé, par la voie rétrograde du sinus circulaire et de la veine ophtalmique, montre, avant la mort presque fatale du malade, que l'infection a gagné l'autre orbite. Au point de vue de la vision, le phlegmon orbitaire entraîne presque régulièrement une atrophie totale du nerf optique et une cécité incurable du côté atteint.

Nous nous occuperons aujourd'hui d'un cas de névrite optique survenue assez tard après un érysipôle de la face ; cette névrite optique est même d'un genre spécial et mérite particulièrement d'attirer votre attention. En dehors des névrites, vous pourrez observer quelquefois la suppuration de la rétine et du corps vitré par embolies infectieuses ; cette affection, sorte de panophtalmie métastatique, peut se produire du reste dans toutes les maladies infectieuses, par l'infection sanguine, et entraîne généralement l'atrophie du globe.

D'autres fois, il y aune névrite, une inflammation très marquée de la papille, avec ou sans hémorragies rétiniennes. La papille enflammée constitue un véritable monticule rougeâtre, dont l'examen à l'image droite détermine la hauteur, et d'où émergent les veines tortueuses et distendues. Généralement, après la chute progressive de l'inflammation, la papille s'atrophie, se rétracte et une atrophie blanche, à bords diffus, et entraînant une cécité plus ou moins complète, se déclare.

La malade que nous avons examinée aujourd'hui devant vous présente un type un peu différent, ce qui nous permet d'espérer une terminaison moins grave. Il s'agit d'une femme de quarante-six ans, employée de

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