‹ Leçons de clinique ophtalmologiqueChapitre 20 sur 28 · NÉVRITE OPTIQUE SURVENUE APRÈS UN ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

NÉVRITE OPTIQUE SURVENUE APRÈS UN ÉRYSIPÈLE

commerce, dont la santé générale n'a jamais été très mauvaise avant ces dernières années.

Elle a été dyspeptique pendant assez longtemps, mais sans vomissements ni gastrite caractérisée. Ses digestions étaient seulement assez pénibles; elle n'avait pas de constipation habituelle. Elle est bien réglée : légère leucorrhée à diverses reprises. J'insiste sur ce fait qu'elle n'a jamais eu de dacryocystite ni de rhinite bien marquées', mais elle a de très mauvaises dents.

Il y a trois ans, érysipèle de la face survenu du côté gauche, ayant atteint les paupières, mais n'ayant pas gagné le cuir chevelu. L'érysipèle a guéri, sans aucune complication, en une dizaine de jours. Au mois de septembre dernier, nouvel érysipèle de la face du même côté; cette fois, l'érysipèle a été notablement plus intense: le cuir chevelu a été envahi ; une partie des cheveux est tombée ; il y a eu une vive céphalalgie, mais il n'y a pas eu de perte de connaissance ni de tendance méningitique manifeste. L'érysipèle s'est peu à peu amendé sous l'influence de pulvérisations d'éther et de fomentations chaudes. La malade affirme que sa vue est restée excellente des deux yeux pendant toute la durée de l'érysipèle et les trois mois qui l'ont suivi. Sans doute la malade peut se tromper et nous voyons souvent des sujets atteints d'amblyopie unilatérale plus ou moins complète depuis des années, et qui ne s'en aperçoivent, à leur grande surprise, que le jour où, fortuitement, ils ferment avec la main l'œil resté intact. Il faut cependant remarquer que cette femme avait repris son métier et l'exerçait depuis au moins deux mois sans avoir rien remarqué d'anormal dans sa vision, lorsque, dans les premiers jours de janvier 4897, son attention a été de nouveau rappelée sur son œil par des douleurs de tête, circumorbitaires et frontales,

localisées du côté gauche, côté qui avait été autrefois atteint del'érysipèle. En même temps, la vue baisse très considérablement en trois à quatre jours. La malade vient alors nous consulter, et l'on constate l'état suivant :

L'œil droit est absolument normal. Le fond de l'œil et la vision sont intacts. L'œil gauche, dont la vision a considérablement diminué dans ces derniers jours, avec vision d'étincelles lumineuses (photopsie), n'a plus aujourd'hui aucune perception lumineuse. Cet œil a une très légère exophtalmie, et, si on tâche de le refouler dans l'orbite, une assez vive douleur profonde, rétrooculaire, accompagne cette tentative de réduction. C'est là un signe fort important, signalé par de Grsefe et Samelsohn dans la variété rétro-bulbaire de la névrite optique, mais qu'il faudrait peut-être rechercher dans toutes les névrites pour voir s'il est exclusivement attribuable à celle dite rétro-bulbaire. A l'ophtalmoscope, la papille est trouble : ses bords sont peu nets, ses veines sont gonflées ; elle s'élève environ de 3 dixièmes de millimètre: c'est donc une papillite, mais de médiocre intensité. Il y a aussi de ce côté une légère mydriase,avec conservation des réflexes consexuels de la pupille.

Nous voici donc en présence de ce type assez spécial que de Grsefe a le premier décrit et où la névrite atteint essentiellement la portion orbitaire du nerf optique. La papille n'est quelquefois pas lésée, ou bien elle n'est que peu atteinte et comme en dernier ressort. De plus, vous voyez combien la lésion doit être marquée du côté de la partie orbitaire du nerf : la vision est totalement abolie, ce qui est hors de proportion avec la légère papillite qui existe. Que de fois nous voyons au contraire des papillites plus marquées laisser au malade 1/2, 1/10 de sa vision pendant un temps assez long! De plus, la légère protru-

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