GOMMES DU REBORD ORB1TAIRE SUPÉRIEUR
triques ; il existe à ce point un enfoncement ombiliqué de la peau qui adhère à l'os. Des deux côtés, les paupières supérieures sont attirées en haut et raccourcies ; il y a donc une double lagophtalmie, moins prononcée à droite, où l'œil reste encore recouvert, beaucoup plus marquée à gauche, avec complication d'ectropion qui laisse l'œil exposé à l'air, aussi bien pendant la veille que pendant le sommeil ; il en résulte, de ce côté, un gonflement chémotique de la partie siipéro-externe de la conjonctive, avec larmoiement abondant.
Ce malade, âgé de vingt-huit ans, de bonne constitution, dit avoir contracté un chancre en 1889, étant au régiment ; traité par les pilules de protoiodure d'hydrargyre, il n'aurait présenté aucun accident spécifique depuis lors. Il y a quatorze mois, il a vu apparaître, sur les points du rebord orbitaire gauche que je viens de vous indiquer, une tuméfaction qui a suppuré et a déterminé la fistule que nous constatons. Même chose s'est produite à droite dix à douze mois après. A part un léger empâtement des parties molles du front au niveau des deux bosses sourciliôres, où la pression éveille peu de douleur, il n'existe aucune voussure osseuse, ni là ni du côté de l'orbite, pouvant faire croire à une sinusite. L'exploration au stylet des trajets hstuleux montre une légère dénudation de l'os, mais toutes les tentatives destinées à faire pénétrer l'instrument dans la cavité des deux sinus frontaux restent sans résultat. L'examen rhinoscopique démontre que, sous la narine gauche, la muqueuse est injectée, et la cloison quelque peu déviée de ce côté ; mais il n'y a ni croûtes ni ozène ; le pharynx est également rouge sans productions adénoïdes ; tout au plus constate-t-on de la sécheresse de l'arrière-gorge. Amygdales normales; pas de ganglions, sauf un léger
engorgement du préauriculaire gauche, pouvant se rattacher d'ailleurs à l'ectropion de la paupière supérieure correspondante.
Il y a peu de temps encore, le diagnostic, porté d'emblée, eût été celui de gommes par périostite syphilitique, mais, depuis que nous savons combien sont fréquents les cas de sinusite frontale passés inaperçus et confondus avec les gommes, une discussion serrée devient nécessaire. Amené, il y a cinq ans, à m'occuper sérieusement de cette question, j'ai professé et écrit que désormais il fallait mettre en suspicion tout ce qui concerne les prétendues gommes, ostéo-périostites et nécroses du rebord orbitaire supérieur. Laissez-moi vous rappeler à ce propos l'observation d'un Roumain âgé de cinquante-cinq ans, qui, porteur depuis dix ans d'une fistule analogue au niveau de la queue du sourcil gauche, avec ectropion semblable à celui-ci, vint me consulter, après avoir inutilement eu recours à Billroth, de Vienne, Fieuzal et mon ami Lucas-Championnière, de Paris; tous furent d'avis que le malade, probablement syphilitique, était atteint d'ostéite, et ils ne manquèrent pas de pratiquer le curettage de l'os ; moi-même je commençai par penser comme eux, mais sanstarder à soupçonner que cette suppuration pouvait bien être la conséquence d'un empyème chronique du sinus frontal, malgré l'absence de voussure ou d'autre signe me permettant d'établir un diagnostic ferme. Je résolus dès lors de pratiquer une trépanation en plein sinus, vers la tête du sourcil, et bien m'en prit : cette opération me révéla que les parois osseuses de la cavité étaient éburnées et avaient une épaisseur d'un centimètre; une fois la paroi ouverte, nous vîmes sortir de l'antre un flot de pus crémeux et gélatinoïde ; avec la curette, toute la muqueuse rouge, épaisse, tomenteuse,