‹ Leçons de clinique thérapeutique; (volume 2)Chapitre 32 sur 48 · Ils augmentent l'acidité du suc gastrique · texte numérisé non relu

Ils augmentent l'acidité du suc gastrique

5. Il faut varier les amers ou augmenter les doses» au bout d'un certain temps, parce que l'estomac s'y accoutume assez rapidement.

(I) Reichmann s'est efforcé de déterminer l'action des amers en examinant le suc gastrique de personnes soumises à cette médication; les amers employés étaient la centaurée, le trèfle, le quassia amara, la gentiane, l'absinthe; les doses étaient de 12 gr., donnés après infusion dans 250 gr.

d'eau, repos de vingt-quatre heures et filtrage. Reichmann s'est livré à quatre sortes d'expériences.

i* Les amers étaient administrés à jeun ; dix minutes après leur ingestion le suc gastrique était extrait.

2* Dans une deuxième série de cas l'extraction était pratiquée au bout de 30 minutes, moment où les amers quittent habituellement l'estomac; les malades buvaient alors 200 cent, cubes d'eau distillée et le suc gastrique était retiré dix minutes après.

3^ Le suc gastrique était examiné plusieurs jours de suite, afin que l'on

Du

qua&»ia.

les amers. En première lig])^ se trouvent deux substances : le quassia amara et le colombQ^

L'usage du quassia est classique; on l'administre dans les cas de dyspepsiehypochlorhydrique, surtout dans la première période, sous forme de macération. Vous savez que le quassia (1) donne ses meilleurs principes amers par Teau froide;

pût se rendre compte des effets de l'usage prolongé des amers.

4* Enfin les malades prenaient le matin du blanc d'oeuf et buvaient ensuite!200centim. cubes derinfusion amère, puis le suc gastrique était extrait au bout d*un temps'variable et analysé complètement.

L'ensemble des recherches de Reichmann comprend 173 observations. Ses conclusions sont les suivantes :

1. Il n*y a pas de grandes différences dans Tefficacité des divers amers employés.

2. On observe une diminution constante de la sécrétion gastrique, chez les sujets à jeun, à la suite de remploi des amers.

3. Une sécrétion très active de suc gastrique se produit lorsque les amers ont quitté Testomac; enfin»

pendant la digestion les amers ne paraissent exercer aucune influence.

4. D'autre part, l'emploi des infusions amères continué pendant plusieurs semaines ne détermine aucun trouble fonctionnel.

Comme conclusion, Reichmann recommande de les donner dans les cas où l'activité sécrétoire de l'estomac est intéressée, et toujours une demi-heure avant les repas. Les travaux récents de L. Wolff paraissent confirmer Tinfluence favorable de certains amers dans les états atoniques.

(1) Quassia {Rulacéiê Simarou»

bées). Sous ce nom on connaît : le quassia de Surinam et le quassia de la Jamaïque. Le quassia de Surinam ou quassia amara est un art>risseaa de 2 à 3 mètres d'élévation : on se sert de sa racine en infusion (tisane, vin, extrait). C'est un amer franc et pur; il ne contient pas de tanin ni d'acide gallique comme le quassia de la Jamaïque. Celui-ci est un arbre de 1 8 à 20 mètres de hauteur ; son écorce contient : une matière résineuse, une huile volatile, de la quassine et quelques sels.

Ces deux quassia ont une amer tume excessive et on les emploie quelquefois l'un pour l'autre ; mais d'après les expériences sur les animaux, le quassia de la Jamaïque aurait une action très manifeste sur le système nerveux ; il serait même toxique pour les oiseaux. D'après le professeur Gûbler, on pourrait y voir un agent analogue à la coque du Levant, et jusqu'à un certain point à la noix vomique.

La quassine ou quassite, principe amer du quassia, a été découverte en 1835 par Winckler* Elle se présente sous forme de petits cristaux prismatiques, inodores, très amers, très solubles dans l'alcool, moins dans l'eau, et insolubles dans Tétber.

Campardon a étudié les effets physiologiques de la quassine et a montré que c'était un des meilleurs stimulants de la contraction des fibres lisses, à la dose de 10 centigrammes

VOUS ferez dona macérer 5 à 8 grammes de bois par litre d'eau froide. On a confectionné des gobelets taillés dans ce bois, et ils sont assez en usage ; je pense cependant qu'il y aurait inconvénient à s'en servir; en effet, lorsqu'on emploie un mélange d'eau et de vin, ce liquide pénètre dans le bois, fermente et aigrit ensuite toutes les boissons versées plus lard dans ce gobelet. Vous userez avec avantage des copeaux de quassia, ou de ces petites feuilles taillées régulièrement et qu'on place dans un verre d'eau, une ou deux heures avant le repas.

Quelques médecins prescrivent la quassine. Campardon * ^ »« nous a montré l'influence de ce principe actif sur la contraction des fibres lisses en général ; si vous employez la quassine amorphe, vous ordonnerez 10 centigrammes par jour de cette quassine, par granules de 2 centigrammes ; si vous vous servez de la quassine cristallisée, vous abaisserez la dose à 10 milligrammes.

Le Colombo s'ordonne, soit en poudre à la dose de 50 cen- du tigrammes à 1 gramme, soit sous la forme d'un vin ou d'un élixir, qui sont de bonnes préparations dans le traitement de la dyspepsie hypochlorydrique (1).

par jour pour la quassine amorphe et laires ou ovales, de 2 à 5 centimètres

deiO milligrammes pour la quassine de diamètre, de 1 centimètre à peu

cristallisée (a). . près d*épaisseur, mais plus minces

(1) Le Colombo {Cocculus palma- au centre ; d'uno coloration jaune

tutf Meniipermum prtmattim» Mé- verdàtre.

nispermacées) est originaire de TA- D'après Planchon, le colombo con-

firique tropicale. C'est un arbuste tient : un tiers d'amidon, une ma-

dioique, rampant, i tige grêle, vo- tière azotée, une matière jaune

lubile; ses racines, seules employées, amère, des traces d'huile volatile,

sont épaisses, charnues; on les coupe du ligneux, des sels de chaux et de

par tranches et on les fait sécher à potasse, d*oxyde de fer et de silice.

Tombre. Dans le commerce, on les En 1830, Wiltstock a découvert la

trouve sous forme de rondelles circu- colombiney principe amer, cristalli-

(«) Campardon, De la quauine, son action phyti0logique el thérapeutique (Bull, de ikérapt, i& novembre 1882, t. ClU, p. 385>.

Puis arrive la série des espèces amères : d*abord la gcrmandrée, la petite centaurée et Tabsinthe, qui constituent les espèces amères proprement dites, puis le houblon, le houx, la chicorée, les écorces d'oranges amères (1), etc., avec lesquelles on confectionne des tisanes que vous pouvez prescrire sans inconvénient.

Vous comprenez qu'on ait réuni toutes ces substances

sable en prismes rhomboïdaux, incolores; pour Bodecker (1830), la coloration jaune est due à la berbérine combinée avec Tacide colombique.

Il ne contient pas d'acide tannique.

Le Colombo est un tonique amer, franc, sans astringence.

Voici la formule de Télixir de colombe composé, donnée par Bouchardat :

Racine de colombo..

16 grammes

— de gentiane..

— de bistorte...

Écorce de quinquina.

Êcorce d*orange

Baies de genièvre . . .

Alcool à W centés..

Eau filtrée

Acide chlorhydrique.

Laisser macérer quinze jours, filtrer et conserver pour Tusage. Une cuillerée à bouche après chaque repas.

(1) La germandrée (Teucrium chamœdrys^ Labiées) ; on la décrit aussi sous le nom de germandrée officinale ou petit-chéne ; on utilise ses feuilles et ses sommités fleuries. U ne faut pas la confondre avec la germandrée aquatique (Teucrium scordium), qui entre dans la préparation du diascordinm, qui lui doit son nom, ni avec la germandrée maritime (Teucrium marinum) et la germandrée des bois Teucrium scoroionia).

La tisane amère se Êtit avec les espèces amères, qui sont : les feuilles sèches de germandrée, les sommités de petite centaurée et les sommi* tés d'absinthe, à parties égales.

On met 8 grammes de ces espèces amères dans un litre d'eau bouillante et on fait infuser pendant une heure.

Nous avons aussi les apozèmes amers, dont voici deux formules :

A. Gentiane 5 grammes.

Camomille 2 —

Sirop d'absinthe. 50 —

Eau bouillante... 1000 —

B. Quassia 3 grammes.

Centaurée 2 —

Eau 500 -

Sirop d*absinthe.. 20 —

Prendre chacun de ces apozèmes par petites tasses avant le repas.

Petite centaurée (Gentiana centau' riumf Gentianées). Elle contient, d'après Méhu, une matière cristallisée, Vérythro-ceiUauriney et une matière résineuse, la ceiUauriréUne On emploie la petite centaurée en infusion (15 à 30 grammes par litre), en eau distillée, en sirop, en teinture, en vin (50 à 60 grammes pour un litre de vin blanc).

Houblon (Humulus lupulut; Urticacées, diœcie pentandrie L.). On se sert des fleurs, des sommités et des racines. Les fleurs ou cônes présentent à la base de leurs bractées

amères dans des formules plus ou moins complexes ; on a fait des apozèmes, des élixirs et des pilules, qui tous ont pour base ces différentes plantes : apozème stomacal anglais» ^lixir viscéral de Hoffmann (1), pilules toniques de Moscou. Vous le voyez, chaque pays a donné une formule spéciale, ^t je vous signale ces préparations sans y attacher trop d'importance.

Entre ces hyperchlorhydries et ces anachlorhydries, il existe un groupe de dyspepsies chimiques que l'on peut appeler des dyspepsies par fermentation. Ici il y a augmentation de l'acidité du suc gastrique, mais ce n'est pas l'acide chlorhydrique qui est lé facteur de cette acidité, c'est l'acide

Des dyspepsies pw fermonUUoii.

des petits points jaunes, sorte de poussière qui a reçu le nom de lupu^ Un, partie active de ces cônes. Le lupulin a une saveur très amère; contient, d'après Chevalier et Payen :

hnile volatile, matière amère (lupulinedePelletan), résine, gomme, matière extractive, matière grasse, osmazone, acide malique, malate de chanx et sels.

On emploie les cônes en infusion ou décoction (20 à 40 grammes par litre), en teinture alcoolique (1 à 4 grammes), en extrait, en sirop. On donne le lupulin en poudre (50 centigrammes à 2 grammes), en teinture (50 centigrammes à 3 grammes), en sirop (15 à 30 grammes).

Chicorée sauvage {Cichoriuminty' bu$y famille des Synanthérées-Chicoracées). Contient, d'après Soubeiran :

extractif, chlorophylle, matière sucrée, albumine, sels. Se donne en décoction ou infusion (iO grammes de feuilles par litre, 15 à 20 grammes de racines par litre).

Eo\vL{Hex aquifoUumf famille des Aquifoliacées). D'après Deleschamps le principe actif est rt/t ctn^. Se donne

CUNIQUB TBiRAP., 6* édit.

en décoction (30 à 50 grammes de feuilles fraîches par litre).

Gentiane {Gentiana luUa, famille des Gentianées). Le principe amer est le gentianin. Se donne en macération et décoction (10 à 20 grammes par litre, en sirop, en bain, en teinture, 2 à 9 grammes dans du vin).

On emploie aussi quelquefois le copalchi ou natri, que Stark a conseillé dans la dyspepsie atonique {Edinburgh Siedic. Joum.^ IS^tô).

C'est un arbuste de 4 à 10 pieds d'élévation, le Crotoniveus Jacquin, de la famille des Euphorbiacées.

L'écorce est employée en infusion (15 grammes par litre). Mauch en a retiré par la distillation une huile essentielle et unprincipeamer incristallisable.

(1) Apozème stomachique anglais:

Êcorces d*oranges amères sèches {Citrut bigaradia). 13 gr.

Êcorces de citron, fraîches (Citrus medica) 8 —

GiroHo (Caryophyllut ar(H maiicw) • 4^

Eau bouillante 500 «

lactique. Pour combattre de pareilles dyspepsies, il vous sufGra de faire usage des préparations antiseptiques : salicylate de bismuth, naphtol, charbon, en un mot de tous les agents dont je vous ai parlé à propos de la dilatation de Testomac.

Il me reste, pour terminer ce qui a trait à la cure des dyspepsies chimiques, à vous parler de Thygiène alimentaire qui leur est applicable. Certains médecins, et G. Sée en particulier, veulent qu'on oppose aux dyspepsies chimiques par excès une alimentation camée, tandis que, au contraire, le régime végétarien s'appliquerait aux dyspepsies par défaut. Je ne partage nullement cette manière de voir, et pour moi toutes les dyspepsies chimiques sont tributaires d'un même traitement alimentaire ; ce traitement consiste en l'application rigoureuse du régime végétaiien. Je vous ai parlé longuement de ce régime dans une précédente leçon, je vous ai montré sur quelles bases il devait êtreétabli, je vous ai même formulé Fensemble de cette diététique, aussi je n'y reviendrai pas.

Je passe maintenant à l'étude du second groupe des dyspepsies, les dyspepsies motrices. C'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.

QUATORZIÈME LEÇON

Sommaire. — Des dyspepsies motrices. — De la dyspepsie atonique. — Emploi des médicaments strychnés. — Du spasme. — Du mérycisme. — Du vomissement. — Définition du vomissement. — Causes du vomissement.

— Traitement diététique. — Moyens généraux. — Potions de Rivière.

— Emplâtres de diachylon, de thériaque, d'opium. — Hydrate de chloral dans le mal de mer, dans le mai de terre. — Injections de morphine. — Vomissements de la grossesse. — Emplois des alcools, de la pepsine, de la teinture d'iode, de la créosote. — Pulvérisations d'éther. — Fumée de tabac. — Vomissements nerveux. — Hydrothéraphie. — Bromure de potassium. — Vomissements tenant à une lésion des reins, des poumons. — Vomissements des phtisiques.

Dans la leçon précédente, nous avons étudié les dyspepsies chimiques, c'est-à-dire celles qui résultent des troubles apportés à la sécrétion du suc gastrique et au pouvoir chlorhydro-peptique de ce suc. Je me propose de consacrer cette leçon à l'étude des dyspepsies qui résultent des troubles apportés au fonctionnement de la couche musculeuse de Testomac.

Comme pour les dyspepsies chimiques, les dyspepsies Des motrices peuvent être rangées sous trois chefs principaux; Towces.* ou bien il y a diminution dans la contraction de cette couche musculeuse, c'est la parésie ou atonie de cette couche; ou bien il y a exagération dans les contractions, ce sont les spasmes, les contractures et le vomissement; ou bien encore il peut y avoir perversion des mouvements péristaltiques de l'estomac,c'est la rumination ou mérycisme. De la première de ces dyspepsies motrices je m'occuperai

peu, la dyspepsie atonique se rapprochant par bien des points de la dilatation de Testomac et la thérapeutique applicable à cette atonie étant identique à celle des ectasies gastriques.

Des inëdi- Cependant je désire vous entretenir à ce propos de l'emploi strycbDés. des médicaments qui agissent sur la fibre musculaire et que Ton a conseillés pour réveiller la couche musculaire de l'estomac. On a pensé que la noix vomique et son alcaloïde pouvaient amener sa contractilité.Je suis loin de partager cette opinion. Au point de vue physiologique, il faudrait donner des doses considérables de ce médicament pour obtenir des contractions efficaces de la tunique musculeuse. Je crois donc que si l'on tire encore des bénéfices de certaines de ces préparations, comme les gouttes amer es de Baume ou la poudre de Trastour (1), c'est parce que ces médicaments sont des amers; et comme je vous l'ai dit, dans la dernière leçon, ces amers activent la sécrétion du suc gastrique. Si vous avez recours à la première de ces préparations, vous en donnerez de 3 à 5 gouttes au moment des repas. Si vous vous servez de la poudre de Trastour, c'est une dose de 0.05 centigr. que vous pouvez administrer à chacun des repas. Ce que j'ai dit des médicaments à base de strychnine, je le dis aussi de l'électricité, et sur ce point je vous renvoie

(1) Voici les diverses préparations Teinture de noix vomiqtte

destrychnos: Noix vomique 1 partie

AlcoolàSO» 5 -

Gouttes amères de Baume Dose. — 5 à 10 gouttes dans un

verre d*eau avant les repas.

Fèves de Saint-Ignace râpées. 500 gr. n j j m i

carbonate de potos.e. ....... 5 1 '''^« «*« ^"«'»«'-

Suie 1— Noix vomique pulvérisée. 0.05 centigr.

Alcool à 60** 1000— Ëcorce de cassia linea... 0.10 —

Carbonate de chaux pul-

2 à 3 gouttes dans une tasse d'in- ^^"*^ ^'^^ ""

fusion de camomille. Un cachet à chaque repas.

à ma leçon sur la dilatation de Testomac, où je me suis exprimé formellement à ce sujet.

Je ne m'occuperai pas davantage des spasmes de Teslomac. Ces spasmes accompagnent toujours les phénomènes douloureux qui se produisent dans l'estomac et pour les combattre nous emploierons le traitement que je vous exposerai dans la prochaine leçon lorsque je vous parlerai des dyspepsies nerveuses. Je laisserai aussi de côté le mérycisme; c'est là une circonstance exceptionnelle qui ne présente aucun intérêt pratique. Mais j'insisterai tout particulièrement sur la dyspepsie motrice caractérisée par le vomissement : c'est un symptôme qui mérite de nous arrêter, car il est lié intimement à l'histoire des maladies de l'estomac.

Le vomissement, vous le savez, est caractérisé par le rejet du Tomisbnisque des aliments contenus dans l'estomac, rejet résultant ""**"** non seulement de contractions anormales et exagérées de la tunique musculeuse,mais encore et surtout de la contraction simultanée du diaphragme et des muscles de l'abdomen, de ceile presse abdominale y comme l'appelle Spring (a), véritable action réflexe qui peut avoir pour point de départ des régions variables de l'économie (1).

(1) Bien des opinions contradic- du reste, ne s'effectue pas lorsque

toires ont été émises sur le vomisse- le viscère est mis à nu. Hallet admet

ment, et bien des théories ont été aussi le rôle des muscles abdominaux

proposées pour expliquer le méca- et du diaphragme, mais pense que

nismede cet acte. Le vomissement a les mouvements antipéristaltiques de

été attribué d'abord à une contrac- Testomac peuvent suffire quelquefois

lion spasmodique de Testomac, puis à effectuer le vomissement. Pour

(Bayle, 1681 ; Chirac, 1686) à la con- Hunter, l'action du vomissement est

traction des muscles de l'abdomen, accomplie entièrement par le dia-

B. Schwartz émet la même opinion phragme et par les muscles abdomi-

et montre que si Testomac a des naux, et il n'est pas nécessaire que

contractions, elles ne sont pas né- l'estomac agisse le moins du monde

cessaires pour le vomissement, qui, sur les matières qu'il contient.

(a) Spring, Symptomatologie.

Méca-

Dans cette définition du vomissement j'ai fait entrer, comme cause productrice, l'estomac et les contractions des muscles de l'abdomen. C'est là, je le reconnais, une opinion qui n'est pas adoptée par tous les physiologistes, et lorsque vous consultez les travaux de Bayle, Schwartz, Hunter et

En 1813, Magendie entreprend une série d'expériences et démontre que le Yomissement est dû, non à Testomac, mais à Taction du diaphragme et des muscles abdominaux. Lorsque, en effet, le diaphràgine est paralysé, le vomissement est plus faible, mais il s'effectue encore, grâce à la compression des muscles abdominaux ; il ne s'effectue pas, au contraire, lorsqu'on enlève la paroi abdominale.

Remplaçant l'estomac d'un chien par une vessie de cochon adaptée à la partie inférieure de l'œsophage, Magendie fait à l'animal une injection d'émétique, et les matières sont bientôt expulsées de ce nouvel estomac, grâce à la contraction de la paroi abdominale.

Les expériences de Magendie, confirmées par celles de Legallois et Béclard, furent attaquées par Maingault, Courdon, qui faisaient jouer le principal rôle à l'estomac. Tantini, reprenant ces expériences, a démontré que si, au lieu d'adapter la vessie de cochon au-dessus du cardia, on l'adaptait au-dessous, le vomissement n'avait plus lieu; il fallait par conséquent admettre une certaine action due à cette portion de l'estomac.

Pour Budge (1840), c'est la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux qui provoque le vomissement, mais cet acte est aidé par une contraction brusque du pylore, par une secousse pylorique communiquée de droite à gauche au contenu de l'estomac.

Rûhie (1857) admet, au moment

du vomissement, une ascension de la portion cardiaque de l'estomac; les mouvements de l'estomac sont exceptionnels et la pression exercée par les muscles abdominaux et le diaphragme est suffisante pour vaincre la résistance du cardia. Pour Schiff, le cardia s'ouvre par la contraction active des fibres longitudinales qui partent de l'œsophage, se dilatent avant même que la presse abdominale entre en action aa moment des nausées.

Le docteur Patry de Sainte-Manre, examinant un jeune homme éventré par un taureau, a vu que pendant le vomissement l'estomac se contractait manifestement, mais pas assez cependant pour expulser les matières; l'œsophage se contractait plus fortement et, au moment du vomissement, le cardia s'ouvrait et les matières passaient rapidement. Vulpian a constaté aussi sur l'estomac retiré de l'abdomen, et soustrait à l'influence du diaphragme et des muscles abdominaux, des contractions assex fortes allant du pylore au cardia.

Amozan et Franck ont étudié l'état de la pression thoracique et abdominale pendant le vomissement; ils ont signalé dans le vomissement deux phases distinctes : dans la première on constate une série d'inspirations qui tendent à égaler la pression abdominale sans la dépasser, dans la seconde la pression thoracique égale la pression abdominale : c'est à cette phase que correspond l'expnlsion définitive. Pour ces expérimenta-

L'ostomtc

surtout ceux de Magendie, vous voyez que ces savants ne font jouer à l'estomac qu'un rôle secondaire. Cependant, en lisant attentivement ces mémoires, on constate que les recherches expérimentales qui ont été faites montrent seulement ceci : c'est que lorsqu'on soustrait l'estomac aux contractions des muscles de l'abdomen et du diaphragme, le vomissement n'a plus lieu, mais ce n'est pas une raison pour refuser toute action à la couche musculaire de l'estomac.

Schiff (a) montre, au contraire, que dans certaines circonstances les mouvements normaux de la tunique mus- JJI^'lcttTe culeuse de l'estomac, qui se font toujours de gauche à ^«^«^ droite, c'est-à-dire de la grosse tubérosité vers le pylore, mcm. peuvent se faire en sens inverse et marcher du polyre vers le cardia.

Si nous quittons le domaine de la physiologie pour celui de la clinique, nous voyons, à n'en pas douter, que l'estomac, soit par sa couche muqueuse, soit par sa couche mus-

teors, les aliments ingérés franchi- on peut juger quelle est l'influence

raient le cardia dans la période d'as- de Testomac, de Fœsophage et des

piration thoracique. muscles diaphragme et abdominaux

D'après ces diverses expériences, sur le vomissement (6).

(a) SchiflT, PhyHoL de la digeition^ t. II.

(6) Bayle, Diuert, wr quelquei points de physique et de midecmet Toulouse, 1681. — Chirac, Experimentum anatomicum circa naturam vomitionis {Ephémé^ rides des curieux de la nature^ 1686). — Shwartz, DisserL inaug, eontinens observationes nonullas de vomilus et motu intestinorum (Haller, DisputatUmes muUamicse seleette, t. I"). — J. Hunier, Remarques sur la digestion (trad. Richelot, t. Vf). — Magendie, Mémoire sur le vomissement^ Paris, tSlS. — Legallois et Béelard, Expériences sur le vomissement. — Bourdon (J.), Mémoire sur le vomissement, 1819. — Rostan, Mémoire sur le vomissement (Nouv,. Joum, de médecine, t. lY). — Piédagnel, Mémoire sur le vomissement {Joum. de physiol. de Magendie, 1821). — Béffin, art. Vomissembiit, Diet.des sc.méd. en 60 vol., 18^. — Budge, Die Lehre vom Erhrechem, Bonn, 1840. — Patryde Sainte-Maure, Bull.deVAcad. de médecine, 1862-63. — Schiff, Leçons sur la physiologie de la digestion, t. II, 1867. — Longet, Traité de physiologie, 1868. — Yulpian, Cours professés à la Faculté de médecine sur les vofim«cmcn/<. Ecole de médecine, 1874. — Lauter Brunton, On the Physiology of vomiUng and the action, etc. {The Practitioner, 1874). — Àrnozan et J. Frank, Du vomissement. Société de biologie, séance du 9 avril

culeuse^ joue un rôle important dans le mécanisme du vomissement, et que dans cet acte complexe la presse abdominale n'est pas seule en jeu. Voyez, en effet, ces deux malades : Tun a une bronchite très intense, avec des efforts de toux très fréquents, incessants, et malgré tous ses efforts il ne vomit pas; à côté de lui se trouve un phtisique qui ne présente que de rares accès de toux, et cependant à chaque accès il y a rejet des aliments. Pourquoi cette différence ? C'est que, chez l'un, les fonctions de la tunique musculeusc et la tunique muqueuse de Testomac sont intactes, et que, chez le second, la dyspepsie explique la facilité du vomissement sous la moindre pression de l'abdomen.

Gomme vous le voyez, tout en admettant l'action énergique et prépondérante des contractions des muscles abdominaux, on doit faire entrer dans l'explication physiologique du vomissement l'intégrité plus ou moins complète des fonctions des tuniques muqueuse et musculeuse de Testomac.

L'acte réflexe qu'on appelle vomissement a pour point de départ, ai-je dit, des régions variables de l'économie; nous aurons donc à étudier ces différents vomissements et le traitement qu'on doit instituer. Il me semble utile de vous donner tout d'abord la thérapeutique générale des vomissements, thérapeutique qui s'applique presque à tous les cas, et de réserver pour une description spéciale les soins nécessités par les différentes variétés de vomissement. Trattement Ou doit faire jouer un rôle important à la diététique. C'est ainsi que les boissons glacées, les eaux gazeuses et surtout l'abstinence de tout aliment, soit solide, soit liquide, peuvent donner de bons résultats. Recommandez l'emploi d'un mélange de lait, de glace et d'eau de Seltz, mélange que vous ferez prendre avec une pipette, soit de paille, soit de verre, pipette qui empêche l'action irritante locale déterminée

ffénéral.

par le morceau de glace sur les lèvres. A ces moyens nous pouvons joindre des médicaments internes et des médicaments externes.

Tout d*abord, nous avons la potion de Rivière, ou plutôt Tr^umant

phtnna-

les potions de Rivière ; car vous savez que cette préparation eeuuque. est double : il y a la potion n"" 1 et la potion n"" 2. Vous faites prendre au malade, successivement et sans intervalle, une cuillerée de la potion acide et une cuillerée de la potion alcaline (1 ) . Puis viennent les préparations opiacées et belladonées, et ici vous avez un grand avantage, c'est de pouvoir user de la voie hypodermique pour introduire la morphine et l'atropine. On a conseillé les lavements médicamenteux, mais il faut reconnaître que le plus souvent cette méthode est peu applicable, les efforts de vomissement ne permettant pas de garder ces lavements ; mais vous pouvez cependant utiliser la voie rectale en vous servant des suppositoires opiacés et belladones, qui sont mieux conservés. À ces préparations s'ajoutent celles qui diminuent la sensibilité de la muqueuse stomacale, telles que Teau chloroformée ou mieux encore la cocaïne.

A ce traitement vous pouvez joindre l'usage d'emplâtres Emputret. appliqués sur la région épigastrique. Gueneau de Mussy a longuement insisté sur les heureux résultats qu'on peut retirer de l'emploi de ce moyen dans les vomissements persistants (2). Vous prendrez soit l'emplâtre de diachy-

(1) Potion de Rivière (Codex fr.) : (2) Voici la formule de Templâtre

N"* 1. Potion alcaline : conseillé par N. Gueneau de Mussy :

Bicarbonate de potasse. 2 grammes. - ,.* j j. u i a -i.

Eau commune 50 - Emplâtre de diachylon.... 2 parties.

Sirop de sucre 15 - ^ " /« ÎJ»^"**!"^ ] "T.

'^ Extrait de belladone 1 partie.

N» 2. Potion acide :

Acide citrique (ou tar- Le diachylon est destiné à donner

trique), F. H. M 2 grammes. de la consistance à Templâtre et à le

Eau commune 50 — rendre plus adhésif {Clinique médi-

Sirop de limon 50 — cale^ 1. 1, 1874, p. 230, N. Gueneau

Faites dissoudre, mêlez. de Mussy).

dyipepile

•TCC TO-

miiiemenu.

Ion (1), belladone ou non, soit celui de thériaque (3), soit celui d'opium (3) ; tous vous donneront de bons résultats. Enfin, dans une gamme plus élevée, vous avez les révulsifs appliqués sur Testomac : sinapismes, vésicatoires, cautères. Tels sont, messieurs, les moyens généraux à employer contre le vomissement, quelle qu'en soit la cause. Abordons main* tenant l'histoire de certaines formes de vomissement.

Nous avons tout d'abord les vomissements qui ne s'accompagnent pas de troubles profonds de l'estomac. En effet, certaines personnes vomissent avec une étrange facilité : le moindre écart de régime, la plus faible portion d'aliments mal supportés, une odeur un peu forte, un exercice un peu énergique, une émotion vive, tout cela se traduit chez elles par des vomissements; comme ces derniers se montrent dans

(1) Emplâtre de diachylon gommé: B. Codex français :

Emplâtre simple 1500 grammes* Opium de Smyrne coupé

Cire jaune 250 — {Papavenomniferum), 1 gramme.

Huile d*olive 50 — Eau distillée 13 grammes.

Poix blanche 100 —

Térébenthine 150 — Faites macérer avec 8 d'eau pen-

Gomme ammoniaque.. 30 — dant vingt-quatre heures; passex;

^'^""^ ^^ "" exprimez; faîtes macérer le marc

^^^•î"**" ^ - avec i d'eau pendant douie heures;

Sagapénum 30 — .^ *^ . , .

^ *^ agitez ; passez ; exprimez ; réunisses

F* S. A. les liqueurs; filtrez, faites évaporer

(2) Écusson antispasmodique de au bain-marie en consistance d'«. thériaaue • ^"" » reprenez cet extrait par 10

^ * d*eau froide; laissez reposer; filtrez;

Thériaque 15 grammes, faites évaporer au bain-marie en

Opium 68 centigr. consistance d'extrait ferme. Rende-

, . ment, 49/100.

(3) Emplâtres d opium :

A. Pharmacopée anglaise : C. Emplâtre d'opium avec l'extrait

(Codex français) :

Poix blanche {Pinui ma-

ritima) 18 grammes. Extrait aqueux d*opium . • * 9 grammes.

Opium brutpulvérisé (Pa- Résine élémi purifiée {Icica

paver iomniferum) ... 8 — icicariba) î —

Cire blanche 1 gramme.

Faites fondre l'emplâtre simple et

la poix â une douce chaleur; ajoutez Faites fondre la résine aune dooce

l'opium; mêlez. chaleur; ajoutez l'extrait.

mer.

un grand nombre d'affections de Testomac, vous aurez tout d'abord à combattre par des moyens appropriés la cause même de ces troubles; puis vous pourrez user contre les vomissements des différents moyens pharmaceutiques que je viens de vous énumérer.

Quant aux règles diététiques et bromatologiques, il faut apporter un grand soin dans la prescription des aliments, et vous devrez ici vous laisser guider par le malade plutôt que par les observations scientifiques que nous avons formulées plus haut, car rien n'est plus mobile que les dispositions individuelles pour chaque aliment, et tel qui vomit les aliments les plus digestibles supporte au contraire fort bien ceux qui sont les plus indigestes.

Puis nous avons un état particulier dans lequel le vomis- !>««>•» <*• sèment joue un rôle assez considérable, état passager, mais qui peut être la cause d'accidents plus ou moins graves : c'est le mal de mer. Bien que nous ignorions la cause première de ces vomissements, cause première qui, sans doute, est multiple et résulte de la vue, de l'odeur et des modifications produites dans l'équilibre des viscères abdominaux, c'est cependant un mal trop fréquent pour que le médecin ne soit pas appelé à traiter cette affection.

On a conseillé de soutenir les parois abdominales par des ceintures qui empêcheraient le déplacement de la masse intestinale; je crois que ce moyen donne peu de résultats. Un autre traitement, au contraire, a fait ses preuves scientifiques : je veux parler du chloral (1). C'est Giraldès (a) qui,

(1) C'est en 1871, dans theLancetj qu'il faisait la traversée de la Manche

que le docteur Pritchard a signalé les avec une mer un peu agitée ; aussi,

bons effets du chloral comme moyen sur Tavis d'un médecin de Boulogne,

préservatif du mal de mer. il prit, dès que le bateau se mil en

Giraldès était toujours malade lors- mouvement, une quantité de sirop

(a) Giraldès, Du traiiement du mal de mer {Bull, de thirap., t. LXXXVIT, p. 47).

se rappelant une indication fournie par Pritchard, a conseillé ce moyen, qu'il a d'abord expérimenté sur lui-même. Appelé en Angleterre par ses relations scientifiques et ayant souffert dans toutes ses traversées antérieures de vomissements fatigants, il prit du chloral en potion et il n'eut pas de vomissements. Depuis, cette pratique s'est généralisée, elles médecins de la Compagnie transatlantique, et en particulier le docteur Obet (a), retirent de ce moyen de bons résultats. On donne au moment du départ, soit en potion, soit en sirop, le chloral à la dose de 1 à 3 grammes. Si les patients éprouvent de la soif, on leur recommande de boire du Champagne frappé, qui est aussi bien indiqué pour combattre ces vomis^ sements.

Da mil do Le docteur Garipuy a aussi employé ce même traitement,

**"*' non plus dans le mal de mer, mais dans le mal de terre, c'està-dire contre ce vertige et ces vomissements qui surviennent chez certaines personnes lorsqu'elles sont soumises à la tré< pidation de la voiture ou des chemins de fer (b).

^^ ^^ On peut encore user dans le mal de mer d'un autre moyen

morphine. * •*

<iui a donné de bons résultats : je veux parler des injections de morphine. C'est le baron de Thérésopolis qui s'est montré un des plus chauds partisans de cette médication, et il a cité

pouvant contenir 30 centigrammes de groseilles, 60 grammes; essence de

chloral. A son retour d'Angleterre, menthe française, 2 gouttes. Giral-

il prit une potion contenant 50 cen- dès arriva à Douvres parfaitement

tigrammes. Le voyage, au retour portant, alors qu*à côté de lui ses

comme à l'aller, se fit sans en- compagnons de route étaient ma-

combre. lades.

Dans une autre traversée de Calais Au retour, avec une mer furieuse,

àDouvres, la mer étant excessivement il prend le reste de la potion, s'en-

mauvaise, Giraldès prit, dés sou arri- dort au bout de peu de temps, et se

véesur le bateau, la moitié d'une po- réveille à ringt minutes de Calais,

lion contenant : chloral, 3 grammes; très bien portant, eau distillée, 50 grammes; sirop de

(a) Obet, Arch. de mid. nav.y juin 1875, p. 45, eiBull, de thérap,, t. XC, p.«. (6) Garipuy, Revue mid. de ToulouUy 1876, p. «34; BulL de thérap.y t. XC, p. 2M.

un très grand nombre d'observations où ces injections ont fait disparaître les accidents graves déterminés par le mal de mer. Cet avis est partagé par le docteur Philippe Vincent (1).

Soyez cependant très ménagers dans l'emploi de ces injections, et surveillez attentivement les effets obtenus; la morphine, en effet, détermine par elle-même chez quelques personnes des vomissem'ents plus ou moins abondants. Dans ces cas où les injections de morphine sont mal supportées, usez du mélange dont je vous ai parlé pour les maladies du cœur, et faites des injections de morphine et d'atropine (2). C'est surtout dans les vomissements qui ont pour point de départ une douleur intense, soit de l'estomac, soit d'un autre organe contenu dans la cavité abdominale, que vous pourrez tirer un bon parti de ces injections de morphine et d'atropine.

A côté de la morphine et du chloral, il faut placer un corps De u qui anesthésîe la muqueuse de l'estomac et diminue les réflexes dont elle peut être le siège, je veux parler de la cocaïne. Vous donnerez la cocaïne de la façon suivante : vous

{i) Le baroD de Thcrésopolis em- (2) Injections sous-cutanées de ploie l'injection suivante : morphine et d'atropine :

Chlorhydratede morphine. 30 ccnligr. Chlorhydrate de morphine. 10 cenUgr.

^" ^"^>^« 20 grammes. ^^^^^^ „^„j^^ d'atropine.. 1 -

Et il injecte 10 gouttes de cette Eau de laurier-cerise.... 20 grammes, solution à la région épigastrique.

Philippe Vincent, médecin de la Un gramme de la solution ci- Compagnie maritime Cunard, consi- contre contient 1 demi-centigramme dère aussi les injections de morphine de chlorhydrate de morphine et comme le médicament à opposer au I demi-milligramme de sulfate d'amal de mer. 11 donne une dose de tropine. . 2 à 3 centigrammes par jour (a).

(a) Baron de Thérésopolis, De la morphine contre le mal de mer (Soc. françaue d'hygiène, 11 novembre 1881, et Bull, de thérap., 1683, t. CV, p. 472). — Philippe Vincent, De Vinjection de la morphine contre le mal de mer (Brit. Med. Joum.f 18 août 1883).

eocaino.

ferez prendre toutes les heures ou toutes les deux heures deux cuillerées à soupe de la solution ci-après :

Chlorhydrate de cocaïne 0.50 centigr.

Eau 300 grammes.

Du Tomis- Parmi les organes qui ont une influence directe sur le vo- TIÎ!o8.* missement, Tutérus joue à coup sûr un rôle prépondérant,

et nous voyons certaines métrites, certaines congestions utérines, certaines ulcérations de cet organe s'accompagner souvent de ce symptôme ; mais c'est principalement dans la grossesse que ces vomissements sont, pour ainsi dire, la règle.

Cet accident se produit surtout dans les quatre premiers mois de la grossesse; c'est un symptôme incommode, pénible, pour lequel le médecin est consulté, mais qui ordinairement n'a pas de gravité. Quelquefois cependant ces vomissements acquièrent une intensité et une persistance très grandes; on se trouve alors en présence des vomissements dits incoercibles j qui, s'ils ne sont pas combattus à leur temps, à leur heure, par une médication énergique, et même pat l'intervention de l'accoucheur, peuvent entraîner la mort.

11 faut donc que le médecin ait en main des moyens thérapeutiques puissants pour combattre ces symptômes; et sans aborder dans son entier cette question, qui demanderait, pour être traitée complètement, des détails que vous trouverez dans les traités spéciaux et dans les cliniques obstétricales, je vais vous exposer les difl^érents moyens dont vous pouvez disposer. Ici, tout a été tenté, tout a réussi, tout a échoué; aussi la liste des médications est-elle longue. Alcools. En première ligne nous avons les alcools, que Bouchardal a vantés et qui sont d'une pratique vulgaire dans le traitement des vomissements de la grossesse. On voit même cer-

taines femmes enceintes, qui avaient antérieurement une grande répugnance pour les liqueurs, non seulement les supporter fort bien dans cette période, mais encore les demander avec insistance. Et ici, messieurs, ce sont les alcools les plus énergiques qui donnent les meilleurs résultats. Vous prescrivez le rhum, le kirsch et surtout Félixir de la Grande Chartreuse, pris par gouttes sur un morceau de sucre.

Vous pourrez aussi user du moyen recommandé par Lasè- Teinture gue, qui ordonnait dans ce cas la teinture d'iode à la dose de 5 à 10 gouttes, dans de Teau sucrée. Dans sa thèse, le docteur OUé a montré que ce moyen pouvait être généralisé et appliqué à toutes les formes de dyspepsie avec vomissements (a).

Vous pourrez aussi recourir à un moyen qui m'a donné Pulvérisa. quelques succès, et qui a été recommandé par Lublesky (de d'éther. Varsovie). Ce médecin, qui a déjà fait plusieurs travaux sur les pulvérisations d'éther et qui a montré tout le parti qu'on peut tirer de ces pulvérisations dans les affections chroniques, a fait voir aussi qu'on pouvait user de la même méthode pour la cure du vomissement, quelle que soit sa cause (1).

Avec un appareil pulvérisateur, avec celui de Richardson. par exemple, vous pulvérisez pendant trois à quatre minutes del'éther au niveau de l'estomac, et vous faites ensuite manger la malade. Dans ma clientèle, chez une de mes malades qui avait des vomissements presque incessants, j'ai obtenu

(1) Lublesky administre une douche même plus longtemps si la femme

d'éther pulvérisé sur la région épi- s'en trouve bien, et de la renouveler '

gastrique et sur la région correspon- toutes les trois heures. Dans les cas

dante de la colonne vertébrale ; il rebelles, le docteur Lublesky alterne

commande de prolonger cette douche les douches d'éther avec celles de

de deux à trois ou cinq minutes, et chloroforme (6).

(a) OUé, De la dyspepsie et de son traitement par la teinture d^iode. Thèse de Paris, 1878.

(b) Lublesky, Acad. de mid, de Belgique (séance du 13 février 1878), t. XII, p. 76, et Bull, de Ihérap,, t. XCIV^ p. 322, 1878.

par ce moyen une diminution notable dans le nombre des vomissements. Ces pulvérisations ne présentent pas d'ailleurs d'inconvénient. Depuis, ce moyen a été employé avec succès par plusieurs médecins, et en particulier parGalceran et Rodrigues Mendes(a).

Fum^odo II est un autre petit moyen conseillé par Gros : c'est la fumée de tabac. Ayant remarqué qu'une de ses clientes, enceinte et atteinte de vomissements incoercibles, les voyait disparaître dès qu'elle se trouvait dans la chambre de son frère, il chercha la cause de cette particularité, et il remarqua que cette chambre était imprégnée de fumée de tabac. Ce qui lui donna l'idée de faire fumer sa malade, et dès lors les vomissements disparurent.

Usez donc de tous les moyens que je vous indique, ajoutez-y les injections de morphine, les lavements de chloral, lesinhalationsd'oxygène, que Hayem (b) a considérées comme un des meilleurs moyens de traitement des troubles de l'estomac avec vomissements et que Pinard a appliquées à la cure des vomissements chez les femmes enceintes, usez surtout du gavage, etc. Quelquefois vous atteindrez votre but, d'autres fois vous échouerez, et vous devrez alors avoir recours ou à la dilatation du col indiquée récemment^ ou à l'accouchement prématuré, que les accoucheurs ont unanimement proposé d'employer si les moyens médicaux ne réussisaient pas.

Vomis- A côté de ces vomissements de la grossesse, je placerai ^hjstV ceux que détermine l'hystérie, et qui, comme les précédents, '*'*'"'•• présentent une persistance qui résiste souvent à tous les moyens thérapeutiques.

À propos de ces vomissements hystériques^ il faut faire

(a) Galceran, Gaceta medico calalanat 15 du julio de 1884, t. VU, n* 18, 415.

(6) Hayem, Action de V oxygène dans V anémie (Soc. de 6to/., 18 mai 1879. — Gm. méd.f n» 28). — Sur les effets physiologiques et pharmaco-thérapiques des inhalations ^oxygène {Acad, des sa, 2 mai 1881).

une distinction. Chez certaines névropathes, on voit survenir de véritables crises de vomissements et de gastralgie, et, pendant des mois, la malade ne peut supporter presque aucun aliment; puis cette forme stomacale disparaît pour faire place à d'autres troubles nerveux. Rien dans l'examen de la maladie ne peut nous faire découvrir la cause de ces vomissements : les fonctions utérines s'exécutent bien, les urines sont abondantes et émises facilement, et on ne peut invoquer, pour expliquer ces troubles, que l'état nerveux sous l'influence duquel se trouvent ces malades; c'est le vomissement nerveux; j'y reviendrai plus complètement lorsque je vous parlerai du traitement de l'hystérie (a).

Contre ces vomissements qui appartiennent aux groupes d'aff^ections que Huchard a fort heureusement caractérisées du nom d^hystérie gastrique^ vous pourrez employer surtout deux ordres de remèdes qui m'ont donné d'excellents résultats: c'est le gavage et l'électricité. La plupart de ces faits ont été consignés dans l'excellente thèse de mon élève Lucien Deniau {b).

C'est surtout chez les malades hystériques atteintes de Gavage. troubles spasmodiques du pharynx et de l'œsophage que réussit la méthode du gavage; et telle malade qui vomissait tous les aliments immédiatement après leur ingestion, voit cesser ces vomissements lorsque ces aliments sont indroduits à l'aide du siphon. Vous pourrez employer ici comme mélange alimentaire le lait additionné de poudre de viande ; vous pourrez aussi faire précéder chaque gavage d'un lavage de l'estomac. J'ai obtenu par cette méthode des résultats vraiment merveilleux, résultats auxquels sont arrivés aussi Charcot, Joffroy, etc. Mais dans d'autres cas

(a) Voir t. III, Traitement des maladies du système nerveux. Leçons sur Vhys- UrU.

(6) Lucien Deniau, De Vhyslirie gastrique et de son Irailement, Thèse de Paris,

CLLXIQiE THÉRÀP., 6* édit. I. — 37

cette méthode devient insuffisante, et malgré le gavage les malades vomissent encore; il faut alors avoir recours à Télectricité.

Électricité C'est Apostoli qui a donné les règles de ce traitement

polaire po- »! ^ • , . ••

eithe. électrique des vomissements, et vous lavez vu souvent, dans mon service, appliquer sa méthode avec succès. Cette méthode consiste dans la galvanisation polaire positive du pneumogastrique droit. On applique l'électrode positive en dehors de l'extrémité interne de la clavicule, en ce point marqué par la dépression que laisse l'intervalle des deux faisceaux inférieurs du stemo-mastoïdien ; cette électrode, très humectée, doit être de petite dimension; l'électrode négative est tenue dans la main de la malade. La pile dont on se sert est la pile de GaifTe à collecteur, et on emploie une dose qui varie entre dix et vingt milliampères (a). Quant à la durée du courant (1), elle est très variable, et l'on ne doit cesser l'application de Télectricité que lorsque les malades ont vu disparaître les sensations de spasmes et de vomissements (2).

(1) Dans son travail, Aposloli in- 3« temps. Il continue la séance

siste sur le moment où Ton doit ap- jusqu*à ce que le malade n*éproufe

pliquer Télectricilé pour la cure du plus aucune sensation de spasme on

vomissement. Voici comment il pro- de vomissement et jusqa*à ce que le

cède : malade se trouve absolument bien.

1*^ temps. Il fait d'abord trois mi- 11 recommande, de plus, de faire

nutes environ de galvanisation po- deux ap[^ications par jour; et dans

laire positive, l'estomac étant à vide les huit cas de vomissement hysté-

et à titre de séance préparatoire. rique dont quatre incoercibles, la

2* temps. Sans interrompre Télec- guérison a été obtenue au bout de

trisation, il fait avaler au sujet petit une à buit séances (b).

à petit et par fraction Taliment ou la (2) Dans ces derniers temps, Gûbler

boisson qui lui est antipathique et et Paret ont conseillé, contre ces vo-

qu'il sait devoir provoquer le vomis- missements hystériques, le valéria-

sement. nàte de caféine que Ton peut employer

(a) Voir t. III, Traitement des maladUi du système nerveux. Leçons sur Céleetricilé médicale.

(b) Apostoli, Sur un nouveau traitement électrique des douleurs épigaslriques et

A ce gavage el à cette électricité on peut joindre remploi des bains prolongés, qui réussissent quelquefois, comme Tont montré Ferrand et Dauchez (1).

Dans d'autres cas, les vomissements chez les hystériques sont symplomatiques d'une autre altération; l'urine n'est pas sécrétée et celte anurie hystérique, que Gharcot a si-^ gnalée el dont Femet, Juventin, Secouet (a) ont cité des exemples, s'accompagne de vomissements plus ou moins abondants dans lesquels on retrouve l'urée en quantité variable. Ces vomissements se rapprochent de ceux de la dyspepsie urineuse.

La dyspepsie urineuse est en effet presque toujours une Dyspepsid dyspepsie avec vomissements, et elle résulte du mauvais """®"*®' état des glandes rénales. Dès que ces glandes cessent leurs fonctions, l'urée et les matières excrémentitielles de l'urine contenues dans le sang font issue au dehors, soit par Tintestin, soil par l'estomac; le malade urine, comme on le dil, par son estomac, et c'est ce qui nous explique la fréquence des vomissements qui accompagnent les néphrites et surtout la néphrite interstitielle. Le traitement, vous le pensez bien, doit être ici différent; il ne s'agit pas de combattre les vomissements; ce qu'il faut, c'est rétablir le cours des urines, prescrire des diurétiques, et quand les moyens médicaux sont impuissants, vous ne pouvez, je le répète,

sous la forme de pilules de 10 ceu- (1) Pour Ferrand et Dauchez, la

tigrammes, administrées à la dose durée des bains doit être de 3 à 8

de S à 3 par jour (avant chaque re- heures. La température de Peau doit

pas) (b). être uniforme (de 20 ù âS») (c).

des troubles gastriques de Vhyslérie {Soc, méd. des hôp., 1 1 août 1882, et BuU. de thérap,j novembre 1882.

(a) Fernct, Union médicale^ 1873. — Secouet, Thèse de Paris, 1875. —Juventin, Thèse de Paris, 1874.

(6) Jules Paret, Emploi du valérianale de caféine. Thèse do Paris, 187,"».

(c) Dauchez, Note pour servir àV histoire des bains prolongés appliqués à la cure de l'hystérie gastrique {liull. de thérap., t.CVîl, 30 août 1881, p. 15.1).

menti dans les maladies.

arrêter ces évacuations, qui suppléent pour ainsi dire à une fonction qui ne se fait plus.

Chez les urinaires qui vident incomplètement leur vessie, on voit aussi survenir très fréquemment des vomissements, et c'est un des signes les plus habituels, comme l'a montré le professeur Guyon, des troubles digestifs qui se produisent chez ces malades (1). Ces vomissements offrent une grande ténacité, ils sont souvent même provoqués et augmentés par l'intervention chirurgicale et peuvent prendre un tel caractère de persistance qu'ils deviennent incoercibles. Vomisse- Dans les affections pulmonaires, le vomissement est un accident qui présente quelquefois de la gravité, en empêchant presque complètement l'alimentation. C'est ce qui arrive chez les enfants, chez lesquels le vomissement mécanique est si facile. La toux convulsive de la coqueluche provoque des vomissements qui, si les quintes sont très fréquentes, peuvent être assez nombreux pour que l'alimentation ne puisse se faire; le malade dépérit et peut succom-

(1) Voici ce que dil Guyon à propos qui avaient des hauHe-corps, des

des vomissements chez les urinaires : efforts de vomissement en entendant

Les vomissements ont, chez les uri- dans la chambre voisine la cuiller

naires, une signification grave lors- heurter contre la tasse où Ton faisait

qu'ils durent et se renouvellent fré- la boisson alimentaire qu'on se pré-

quemment. Souvent ils compliquent parait à leur offrir; action réflexe

la dysphagie^^buccale, et dès lors la bien curieuse et qui indique que

nutrition du malade, déjà compro- dans ces conditions d'inexercibilité

mise,devient impossible. Ce sont ces le vomissement est dû tout aussi

malades qui meurent sans Aèvre, bien au contact de la substance aii-

avec un refroidissement progressif, mentaire qu'à la provocation fonc-

et qui sont tout à la fois intoxiqués tionnellede Testomac, qui, d'ailleurs,

et inanitiés. refuse d'agir et en témoigne par

Nous avons suivi des malades, dit- avance. Chez ces malades, en effet,

il, qui non seulement vomissaient à le vomissement suit immédiatement

la suite de l'ingestion des aliments, l'ingestion (a)« même pris en petite proportion, mais

(a) Guyon, Elude clinique sur les troubles digeslifs che% les urinaires (fl«w^ mens, de méd, et de chir,, nM, 10 janvier 1878, p. 421).

ber à une maladie intercurrente facilitée, vous le comprenez, par cet affaiblissement graduel. Je vous parlerai du traitement de ces vomissements lorsque je m'occuperai de la cure de la coqueluche (a).

La phtisie détermine aussi à la première période des vo- vomus«missements plus ou moins fréquents, et Bourdon (b) a in- Tphi^o' sisté avec raison sur Timportance de ce fait. Dans sa thèse, le docteur Varda (de Smyrne), un de mes élèves, a montré que ces vomissements tiennent à plusieurs causes (1) dont les principales sont les dyspepsies, l'intensité de la toux ou la compression du pneumogastrique. Mais quelle que soit la cause productrice des troubles gastriques chez les phtisiques, ils sont tributaires d'une seule et même médication : c'est celle du gavage. En effet, par une circonstance dont l'explication physiologique nous échappe encore, tandis que

(1) Voici les conclusions de la II est moins fréquent qu'on ne

thèse de Varda : croit.

Le Toroissement, chez les phtisi- Son étiologie se ramène le plus ques, est, dans la grande majorité des habituellement à quatre chefs, qui cas, un phénomène morbide dénature sont, par ordre de fréquence : l^* léréflexe. Les Tomisscments que nous sions de la muqueuse gastrique; appelons mécaviques, c'est-à-dire ^'^ compression ou lésion des pneuceux qui sont précédés de quintes de mogastriques par suite d'engorgetouxy ne reconnaissent pas cette ori- nients ganglionnaires du médiastin gine et ont lieu par un mécanisme et du cou ; 3^ efforts et quintes àe parement physique. toux; i° processus néoplasiques de

Ce phénomène peut apparaître tan- la base du cerveau ou des méninges

tôt tout à fait au milieu de la maladie, (cas rares).

et constitue alors un phénomène ini- ËnGn, au point de vue du pronos-

tial (engorgement ganglionnaire); tic, l'apparition de ce symptôme doit

tantôt, et le plus fréquemment, quel- toujours être considérée comme fù-

qoe temps après l'invasion (lésions cheuse, et celui-ci doit être énergi-

gastriques), ou même à une période quement combattu, car sa persis-

alteme, et comme signe précurseur tance aggrave considérablement l'état

de la mort (lésions gastriques, mé- du malade (c) . ningite tuberculeuse).

{a) Voir t. Il, Trailement des maladies du poumon. Leçons sur la coqueluche,

{b) Bourdon, Bull, et mém. de la Soc. des hôp.

\e) Varda, Des vomissements chez les phtisiques. Thèse de Paris, 1876.

les aliments introduits par la bouche sont yomis, ceux au contraire qui pénètrent dans l'estomac directement par le siphon sont bien tolérés, et lorsque j'exposerai devant vous le traitement de la phtisie, je vous montrerai tous les bénéfices que Ton peut tirer de la méthode de Debove {a).

Quant aux vomissements dus aux affections cérébrales, s'ils présentent au point de vue clinique une grande importance, ils offrent, au point de vue thérapeutique, peu d'intérêt, si ce n'est pourtant l'impossibilité où l'on se trouve de les combattre.

Enfin, messieurs, n'oubliez pas, pour terminer, que vous guérirez certains vomissements fort tenaces par la simple application d'un bandage; c'est lorsqu'il s'agit de hernies, soit de l'estomac lui-même, soit d'une portion épiploïque, hernies qui se font au niveau de la région stomacale à travers la ligne blanche et qui sont quelquefois irréductibles.

Telles sont, messieurs, les règles que je vous voulais vous tracer dans la thérapeutique du vomissement; j'ai insistésur quelques cas particuliers, ce sont ceux que vous aurez le plus souvent à traiter. J'en ai fini avec les considérations que je voulais vous présenter sur les dyspepsies motrices. Dans la prochaine conférence, nous étudierons le troisième groupe de nos dyspepsies, c'est-à-dire celles qui ont pour origine le système nerveux.

(a) Voir t. H, Trailemenl des maladies du poumon. Leçons sur le traitement hygiénique de la phtisie.

QUINZIÈME LEÇON

Sommaire. — De la cardialgie. — Dyspepsie gastralgique et gastralgie. — Traitement par les opiacés ; opium, vins ei vinaigres d'opium. — Morphine, chloral. — Extrait de cannabis. — Du condurango. — DePexalgine. — Traitement des troubles apportés au sens de la faim et de la soif. — Dysorexie. — Anorexie. — Boulimie. — Anémie essentielle. — Traitement hygiénique. — Traitement pharmaceutique. — De Talimentation artificielle. — Du gavage. — Préparations arsenicales. — Traitement thermal.

Dans les leçons précédentes, nous nous sommes occupés des troubles fonctionnels de la couche musculeuse de Testomac ; nous allons aborder aujourd'hui l'étude des perturbations apportées au système nerveux de cet organe, et vous savez déjà que je fais entrer dans ce groupe des névroses les modifications apportées au sens de la faim et de la soif.

A rétat normal, Tacte digestif est inconscient et s'effectue casiniifie. sans gêne ni douleur ; mais à l'état pathologique, les contractions musculaires de l'estomac s'accompagnent d'une sensation pénible et douloureuse, qui acquiert quelquefois une grande intensité. Le malade éprouve alors des crampes plus ou moins vives, une douleur très pénible soit dans la région stomacale, soit dans la région dorsale, et, dans d'autres cas, une sensation fort désagréable qui parait siéger à l'extrémité inférieure de l'œsophage et qui a reçu le nom de cardialgie. Tous ces symptômes caractérisent la gastralgie, cardiaigie et nous devons tout d'abord établir une différence entre la dyspepsie gastralgique et la gastralgie proprement dite.

Cette différence porte sur le fait suivant : c'est que, tandis

584 I.EÇONS DE CLINIQUE THÉMPEUTIQUE.

Dyspepsie que dâiis la gastralgie les douleurs se font surtout sentir à ^qil^ jeun et en dehors des périodes digestives, et paraissent se calmer au contraire lorsque les matières alimentaires pénètrent dans Testomac, dans la dyspepsie gastralgique ces mêmes douleurs ne se font sentir que lorsque la digestion stomacale s'effectue.

Je n'insiste pas plus longtemps sur la description des phénomènes douloureux éprouvés par les gastralgiques, je vous renvoie pour cela aux traités de pathologie interne et aux ouvrages traitant spécialement des maladies de l'estomac (a) ; je vous ferai seulement remarquer que cette névralgie de l'estomac joue, pour certains auteurs, le rôle prédominant dans la dyspepsie, et pour Lasègue, en particulier, les dyspepsies ne sont que des névroses de cet organe.

Tnue- Je traiterai ici en même temps de la dyspepsie gastralgique et de la gastralgie. Le traitement est le même et si, au point de vue de la pathologie interne et de la clinique vous devez distinguer ces deux affections, il n'en est plus de même au point de vue de la clinique thérapeutique.

Quel traitement instituer contre la dyspepsie gastralgique? C'est là un point important de l'étude de la dyspepsie, car les affections douloureuses de l'estomac sont très fréquentes, et l'on peut dire que, dans une grande ville, il n'est pas une femme ou une jeune fille qui n'ait éprouvé des douleurs plus ou moins vives du côté de l'estomac. C'est une des manifestations les plus habituelles de la chlorose et de l'anémie ; c'est une des névralgies les plus communes.

Ici, vous ne vous adresserez ni à la strychnine, ni aux amers; c'est l'opium qui, dans ces formes douloureuses, a

(a) Trinka, Hist. cardialgix. Vind., 1875. — Schmidtmann, Summe oUerv. cflp. med, di cardialgia.— Barras, Traité des gattralgies et des entéralgies, Paris, 1827. — Lebert, Des névroses de Vestomac (Arch. de méd,, 1877).

ment.

été le plus souvent conseillé ; mais il faut choisir la préparation d'opium, et je ne saurais trop insister sur ce point. Il ne suffit pas de dire que l'opium est indiqué dans la gastralgie, il faut encore savoir la préparation qui convient le mieux à ce trouille particulier, et c'est là, messieurs, un des grands avantages de la polypharmacie.

Bien qu'en général je sois peu partisan des formules multiples, je reconnais cependant que pour quelques médicaments, et pour l'opium en particulier, les associations médicamenteuses modifient souvent fort heureusement l'élément actif qui entre dans la préparation, et, à coup sûr, les pilules de cpoglosse, la thériaque et le diascordium, les vins et vinaigres d'opium, les sirops opiacés (1) ont une action différente de celle de la morphine, et chacune de ces préparations a une indication spéciale.

Def pré« parationt opiacées.

(1) Voici les différentes formules des préparations opiacées :

Vins éTopium.

A. Laudanum de Sydenham (Cod.

fr.):

Opitun brut de Smyme

coupé {Papaver «om-

niferum) 40 gammes.

Stfirân incisé {Crocus

tativus) âO —

Cannelle de Geylan concassée {Laurus cinruh

momum) 3 —

Girofles concassées (Co-

ryophyllut aromati-

eut) 3 —

Vin de Malaga 3^ —

Faites macérer quinze jours ; agitez de temps en temps, passez, exprimez, ûltrez ; 75 centigrammes de laudanum de Sydenham représentent 5 centigrammes d^extrait d'opium .

B. Laudanum de Rousseau (Cod.

fr.):

Opium de Smyrne 5 grammes.

Miel blanc. ^ 15 —

Eau chaude 75 —

Levure de bière 1 gramme.

Alcool à 60* 5 grammes.

Faites dissoudre Topium dans Teau chaude; ajoutez le miel et la levure; faites fermenter dans un matras à 25*; après la fermentation» filtrez ; faites évaporer au bain-marie, jusqu'à ce que le tout soit réduit à 15 grammes ; laissez refroidir ; ajoutez Talcool; laissez reposer vingtquatre heures; filtrez.

Ce laudanum est deux fois plus actif que le laudanum de Sydenham.

Sirops d'opium.

A. Sirop thébaîque (Cod. fr.) s

Extrait d'opium 1 gramme.

Eau distillée 4 grammes.

Sirop de sucre 495 —

Faites dissoudre Textrait dans Teau distillée; filtrez, mêlez au sirop.

Gouttes

noires an*

glaises.

Ici, la préparation opiacée de beaucoup préférable esl, comme Ta montré Monneret, le vinaigre d'opium ou gouttes noires anglaises; je n'en connais pas de meilleure pour combattre les phénomènes douloureux de Testomac. Au moment des crises douloureuses, vous donnerez au malade de une à trois gouttes de ce vinaigre, soit sur du sucre, soit dansun peu d'eau (1) ; mais rappelez-vous que ce vinaigre est une préparation très riche en opium et que, par cela même, il faut être prudent dans son emploi.

Gallard a modifié cette préparation et a fait une solution de chlorhydrate de morphine, appelée par opposition gouttes blanches (2), et qui se donne par gouttes comme la précédente. On a fait aussi des poudres, des pilules et des sirops

20 grammes de sirop représentent Safran incisé 8 grammes*

4 centigrammes d'extrait d'opium. Muscades grost. pulv. . 24 -

Sucre blanc 50 —

B. Sirop de karabé (Cod. fr.) :

Faites macérer i opium, le safran

Sirop d'opium 200 grammes. g^ i^ muscade avec 450 de vinaigre

Esprit de succin 1 gramme. pendant dix jours : agitez de temps

Doses : 10 à 40 grammes. en temps; faites chauffer au bain-

„,. . , ./, , * V marie pendant une demi-heure; pas-

Ehxir parégorique (Cod. fr.) : ^^^ exprimez; délaye» le mare avee

Extrait d'opium 3 grammes. le reste du vinaigre ; laissez macérer

Acide benzoïque 3 — vingt-quatre heures ; passez ; expri-

Huile vol. d'anis 3 — mez très fortement ; réunissez les H-

Camphre (Laanw cam- queurs; filtrez; ajoutez le sucre;

.,'' ,7''V «rî "~ ÎBiies évaporer au bain-marie jus- Alcool à 60« Ô50 — ,• ^, .j .* jtj •4iaAA

qu a ce que le poids soit rédmt à zUU,

Faites macérer huit jours ; filtrez ; densité i .25 (2^ B).

10 grammes représentent à peu près i^a goutte noire représente un

5 centigrammes d'extrait d'opium, quart de son poids d'extrait d'opium;

i partie équivaut ù 2 parties de lan- Vinaigre d'opium (Ph. angl .) : janum de Rousseau et à 4 parties de

Opium brut 4 grammes. laudanum de Syhenham.

Vinaigre distUlé 1 gramme. (2) Gouttes blanches de Gallard :

Faites digérer huit jours; filtrez. Chlorhydrate de morphine. 10 centigr. (1) Gouttes noires anglaises, BtocA* K»" distillée de laurierdrops {Coà. fr.): ««"se 5 grammes.

Opium de Smyrne divisé. 100 grammes. i * 2 gouttes sur un morceau de

Vinaigre distillé 600 — sucre avant chaque repas.

renfermant du chlorhydrate de morphine (1). Usez-en ; mais donnez cependant toujours la préférence aux poudres sur les sirops, qui, en général, sont une mauvaise préparation au point de vue des dyspepsies, parce que, dans le plus grand nombre de cas, cette préparation doit se prendre au commencement des repas et que les sirops troublent la digestion stomacale (2).

Vous pourrez, bien entendu, user aussi des injections de morphine, mais en vous rappelant toutefois que si ces injections sont un des plus puissants agents thérapeutiques à employer contre les affections douloureuses de Testomac,

(1) A. Pilules de chlorhydrate de morphine (Codex) :

Chlorhydrate de morphine

cristallisé 1 centigr.

Sacre de lait 1 —

Mitlhlànc (Api* mellifiea). Q. S.

P. une pilule. Dose : 1 à3 pilules.

B. Poudre (Bonnet) :

Sous-nitrate de bismuth.. 1 gramme.

Chlorhydrate do morphine. 2 à 4 milligr.

M. p. 1 paquet de poudre dans un peu d*eau sucrée avant le repas.

G. Sirop de chlorhydrate de morphine :

Chlorhydratade morphine.

Sirop simple blanc

5 centigr.

Faites dissoudre le sel dans un gramme d*eau acidulée et mêlez la dissolution au sirop froid ; 20 grammes de ce sirop contiennent 1 centigr.

de morphine.

Doses : 20 à 50 grammes dans une potion.

(2) Sirop d*éther :

Sirop de sucre incolore. 16 grammes.

Eau distillée 2 —

Alcool de vin à 90* 1 gramme.

Rther hydrique.D. 0.720. 1 —

Mettez le tout dans un flacon bouché à réraeri, et portant à sa partie inférieure une tubulure de verre; agitez de temps à autre pendant cinq ou six jours, abandonnez au repos dans un lieu frais. Lorsque le sirop sera éclairci, soutirez-le par la tubulure inférieure.

20 grammes de ce sirop représentent 1 gramme d*éther.

Potion éthérée :

Êthersulfurique.D.0.725. 1 gramme.

Eau aromat. de menthe. 60 grammes.

Sirop simple 30 —

M. dans une fiole bouchée. Dose :

par cuillerée à bouche.

Potion a?ec le chloroforme :

Chloroforme 5 décigr.

Alcool à 58 degrés.... 2 grammes.

Gomme Sénégal pulv.

(Acacia veker) 1 gramme .

Sirop simple 30 grammes.

Eau distUlée 100 —

Faites dissoudre la gomme dans Teau, versez dans une fiole le chloroforme et Talcool, ajoutez le sirop, agitez ; versez les solutions de gomme par parties; agitez.

Ean chloroformée.

elles présentent cependant ce très sérieux inconvénient d'habituer les malades à ce médicament et les transformer très rapidement en morphinomanes.

A côté de la morphine, il faut placer l'eau chloroformée, c'est là un médicament introduit dans la thérapeutique par Nathalis Guillot (4), bien étudié par Lasègue et Regnault et qui donne dans les cas de gastralgie avec dilatation de l'estomac quelques bons résultats, en calmant les douleurs stomacales d'une part et en s'opposant de l'autre aux fermentations putrides, le chloroforme étant, comme

(1) Laségue et Regnault ont établi N*»2. Eau chloroformée saturée. 150 gr.

le mode de préparation de Teau chlo- Teinture de badiane 5 —

roformée que Nathalis Guillot avait ^*" ^^-^ —

conseillée l'un des premiers. L'eau N« 3. Eau chloroformée saturée. 150—

chloroformée est d'une conservaUon ^*" ^»*""^« ^^ "«"^^ïe- 30-

parfaite et renferme O»»^ de chlo- ^*" ^*^"^

roforme pour 100 grammes d'eau On peut, d'ailleurs, faire entrer

lorsqu'elle est saturée. On doit tou- celte eau chloroformée dans toutes

jours avoir soin d'étendre d'eau cette les préparations calmantes.

eau chloroformée saturée pour l'u- Voici toutes les formules de ces

sage médicinal, de manière à la for- potions.

muler de la façon suivante : Potion narcotique :

Eau chloroformée saturée. { •- jrn Eau chloroformée saturée. 60 grammes.

Eau j aa lôu gr. ^^^ ^^ ^^^^ d'oranger. 60 —

Sirop de morphine 30 —

Prendre une cuillerée à dessert du . .

mélange au moment où la douleur *^^"®" ^P**^^^® •'

stomacale se produit et continuer de Eau chloroformée saturée. 80 grammes,

quart d'heure en quart d'heure jus- Eau do fleurs d'oranger. 20 —

qu'à ce qu'elle ait disparu. Sirop d'opium 50 -

On peut, d'ailleurs, comme l'a Potion calmante pour les enfants :

montré de Beurmann, varier à l'in- ^au chloroformée sa-

flni ces formules en aromatisant Feau jy^ée 50 ctrammes

chloroformée saturée. Voici quelques- j^au de fleurs d'oràn-

unes de ces formules ; gor 20 —

Eau de tilleul 50 —

N* 1. Eau chloroformée saturée. 150 gr. Bromure de potas-

Eau de fleurs d'oranger. . 50 — sium 1 gramme.

Eau 100 — Sirop diacode....... 30 grammes (<).

(a) Lasègue et Regnault, De l'eau chloroformée {Arch. gén, de méd.^ fétrier 1882, p. 131). — De Beurmann, Indieationt pratiquez mr les usages thérapeutiques de Veau chloroformée (Bull, de thérap,, 1883, t. CV, p. 97).

i)ES DYSPEPSIES NERVEUSES. 589

VOUS le savez, non seulement un agent anesthésique mais encore un puissant aseptique. Rien de plus facile que la préparation de celte eau chloroformée : elle consiste à agiter du chloroforme avec de l'eau, puis à décanter le liquide.

On donne le nom à! eau chloroformée saturée à cette dissolution qui renferme un peu moins d'un gramme de chloroforme par 100 grammes d'eau. Vous ne devez pas vous servir de cette eau chloroformée à l'état pur et il faudra l'étendre dans une égale quantité d'eau ; c'est cette eau que l'on nomme eau chloroformée diluée^ que l'on administre alors par cuillerée à café, à dessert et à bouche selon le besoin. Le plus ordinairement, dans le cas de gastralgie, vous prescrirez cette eau chloroformée diluée par cuillerée à dessert de quart d'heure en quart d'heure jusqu'à la disparition des phénomènes douloureux. D'ailleurs ces mélanges d'eau chloroformée saturée peuvent varier à l'infini, comme l'a montré de Beurmann, et vous pourrez vous servir des diverses formules qu'il a données de ces mélanges.

Aux préparations opiacées, à l'eau chloroformée, vous i>«^« pourrez joindre la cocaïne (1). Depuis que Koller a montré que cette cocaïne anesthésiait par son action locale la muqueuse conjonctivale (2), on a songé à appliquer cette co-

(1) La coca (erythroxylon coca) forméspar la cocaïne, mais le chlores! un arbrisseau de la famille des hydrate seul cristallise en prismes à Maipighiacées, originaire du Pérou, quatre pans; c'est le plus employé. On utilise la feuille, qui ressemble à Tous ces sels sont solubles. La cocelle de la grande pervenche; les calne elle-même est peu soluble dans Indiens en font une grande consom- Teau, elle l'est surtout dans Téther. mation et la mélangent avec une Lorsqu'on chauffe la cocaïne avec poudre alcaline à laquelle ils don- l'acide chlorhydrique à 100, on obnent le nom de Uipita, Niemann, en tient une nouvelle base à laquelle 1S60y a extrait de la coca un alca- Wœhler a donné le nom à'ecgonine. \olde, la cocaïne, corps qui a été étu- Lassen a aussi trouvé dans la coca dié en 1 86i par Lassen. un second alcaloïde auquel il a donné

La formule de la cocaïne est la le nom à'hygrine.

suivante (C*^H**A20*). On peut uti- (2) C'est à Koller que l'on doit la

User en médecine la plupart des sels découverte des propriétés anesthé-

cocaino.

caïne aux phénomènes douloureux portant sur les altérations des muqueuses et aux troubles spasmodiques qui ont pour origine les modifications de ces muqueuses ; j'ai l'un des premiers montré tout le parti que Ton pouvait tirer de cette cocaïne, non seulement dans la cure des phénomènes gastralgiques, mais encore dans celle des autres névroses de Testomac.

Vous devrez vous servir delà solution suivante :

y Chlorhydrate de cocaïne 0.50 centigr.

Eau 300 grammes.

On donne au malade toutes les deux heures deux cuillerées à bouche de cette solution. Le malade peut même ainsi absorber sans inconvénient la potion tout entière, car celle dose de 50 centigrammes correspond à la quantité d'alcaloïde contenue dans la dose journalière de coca que mâchent les Indiens au Pérou. J'ai fait disparaître ainsi des douleurs vives de gastralgie, des vomissements, et même la boulimie. Il est probable, «i eftet, que les propriétés d'aliment d'épargne que nous avons attribuées aux feuilles de coca résultent de leur action anesthésique sur le pharynx et l'estomac, ce qui détruit momentanément la sensation delà faim et de la soif.

Mais tous ces médicaments ne sont pas sans inconvénients ; si l'opium et la morphine calment les douleurs, ils suppriment l'appétit. L'eau chloroformée est aussi irritante elle

siques de la cocaïne. Cependant, en siante de la cocaïne n'était pas seu-

France, dès 1877 Famel avait mon- lement limitée aux muqueuses, on

tré que la coca anesthésiait la mu- peut aussi obtenir une action ânes-

queuse laryngienne, et Goupard, en thésiante générale par des injeciioiis

i880, dans des expériences non pu- sous-cutanées de cocaïne,

bliécs, faites avec Laborde, avait con- Dujardin-Beaumetz a appliqué les

staté Faction anesthésiante de ce sel. propriétés anesthésiantes de la co-

Vulpian, dans de récentes recher* caïne au traitement du vag^inisme. ches a montré que l'action anesthé-

DBS DYSPEPSIES NERVEUSES. 591

plus souvent mal supportée; le chlorhydrate de cocaïne reste souvent insuffisant. Aussi a-t-on cherché d'autres médicaments contre ces névroses stomacales, G. Sée a vanté l'extrait de cannabis et moi je vous propose le condurango.

Le chanvre indien qui a fourni le haschich à la thérapeu- Eumit do tique est un médicament peu employé et cela à cause de la ^"""**»"diversité d'action des différentes préparations pharmaceutiques du chanvre indien. G. Sée qui a repris récemment cette étude (1) a montré que la meilleure de ces préparations était Texlrail gras. Cet extrait gras serait un excellent sédatif gastro-intestinal. G. Sée l'administre à la dose de 5 centigrammes au moment des crises douloureuses.

Pendant que G. Sée faisait ses expériences à l'Hôtel-Dieu du sur le cannabis, j'expérimentais dans mon service le condu- Zl^' rango. L'écorce de condurango blanco a eu le fâcheux privilège d'être considérée par Casarès, qui l'a introduite dans la thérapeutique en 1869, comme un spécifique du cancer. Une telle prétention avait fait éloigner les médecins sérieux de l'étude de ce médicament.

Mais les recherches entreprises en Italie et en Allemagne ont montré que si on avait soutenu que le condurango guérissait le cancer de l'estomac, c'est qu'on l'avait appliqué au traitement de ces gastrites chroniques dont la symptomatologie se rapproche par tant de points de celle du cancer,

(1) Le cannabis tn(/ica ou chanvre délayant par la chaleur de la has*

indien a donné lieu à un grand nom- chichine dans du beurre que Germain

bre de préparations pharmaceutiques: Sée donne la préférence. Il le con-

tannate de cannabine, haschichine sidère comme un vrai sédatif gastro-

ou extrait alcoolique, teinture de intestinal et le donne à la dose de

cannabis, baume de cannabis. C'est 0eit)5 par jour (a). à Textrait gras que Ton obtient en

(a) G. Sée, Usage du cannabis indica dans le traitement des névroses et des dyspepsies gastriques {Acad. de méd., 22 juillet 1890 et Médecine moderne, «f> juillet 1890).

constituant le groupe des faux cancers dont je vous ai parlé dans une de mes leçons précédentes.

Ce médicament agirait donc comme un puissant calmant des douleurs stomacales ; c'est l'opinion qui a été soutenue en Italie par Vicenzo Palmesi, par Franck Riegel, par Ewald et par un très grand nombre d'observateurs (1). Le docteur

(1) Le condurango est une liane appartenant à la famille des asclépiadacées» le gonolobm condurango {Triana) le pseus magennetus equatoriensis (Ruschenberger). II y a plusieurs espèces de condurango :

c'est récorce du condurango blanco qui seule doit être employée.

C*esten 1869 que Casarès a signalé le premier les propriétés curatives du condurango dans le cancer. On s'empressa de vérifier ses assertions d'abord dans les diverses républiques américaines, ensuite en Europe.

Les uns affirmant qu'il pouvait guérir le cancer, les autres au contraire disant que le condurango n'avait aucune propriété thérapeutique.

Ruschenberger, directeur du service de santé américain, fit un rapport officiel sur le condurango et montra que la mortalité par le cancer à Philadelphie n'avait pas été modifiée en 1871 quoiqu'à cette époque tous les cancéreux fussent soumis à ce traitement. En Europe, nous voyons Hulke et Pierce n'obtenir aucun résultat.

En Italie, le condurango est expérimenté par un grand nombre de médecins parmi lesquels Vincenzo Palmesi, Verga et Valsuani, Gianuzzi et Buffalini, de Sanctis, Bofîto et Maragliano. Ces expérimentateurs étudient l'action toxique du condurango et montrent ses efi'ets calmants sur la douleur.

En 1873 parait une observation

de Friedreich qui affirme avoir guéri un cancer de l'estomac, et Heiligenthal signale un cas semblable. En 1874, Frantz Riegel montre que si le condurango ne guérit pas le cancer, il a une heureuse influence sur les fonctions stomacales et calme les douleurs ; cette opinion est partagée par Nussbaum, par Burlalsart de Stuttgart et par un grand nombre de médecins du Wurtemberg.

Puis nous trouvons encore dans la ^ science un certain nombre d'observations de pseudo-cancers de l'estomac guéris par le condurango. Jesignalerai particulièrement les faits de Drszewski et Erichsen, de Dietrich (de Burtneck), de A. Kottman, de Burkman, de Hoffman, de Ries.

Ewald reconnaît au condurangodes propriétés stomachiques meireilleuscs. Oser de Vienne admet ces mêmes propriétés.

L'analyse du condurango a permis de reconnaître dans son écorce un principe actif la condurangine analogue à la vincétoxine retirée du vincéloxicum par Tanret.

Cette condurangine a été étudiée par Guyenot, qui a montré son action convulsivante spéciale. Voici les diverses préparations pharmaceutiques conseillées par les auteurs :

En poudre; à la dose de 2à 4 grammes par jour en cachets.

En teinture alcoolique au cinquième, 10 à 20 grammes par jour.

Guyenot-Outhier a consigné dans sa thèse inaugurale le plus grand nombre de ses expériences qui montrent Faction sé-

En sirop :

Teinture alcoolique 20 grammes.

Sirop d'écorce d*oranges amères 80 —

Une cuillerée à bouche de ce sirop renferme 4 grammes de teinture alcoolique ; dose : de deux à cinq cuillerées par jour.

Ce sont les formules qui ont été employées à l'hôpital Cochin et auxquelles il convient d'ajouter, à titre de renseignements, celles dont ont fait usage les différents auteurs suivants :

D' Casares (Equateur). - Décoction:

£coree do condurango.. 16 grammes.

Eau trois tasses.

Une tasse matin et soir.

D' Bîiss. — Décoction :

Êeoree de condurango. 32 grammes, «au 500 —

Une cuillerée à bouche quatre fois par jour.

Extrait fluide, deux à trois cuillerées à café par jour.

BofUo et Maragliano. — Décoction :

Écorce de condurango. 25 grammes.

Eau 250 —

Doses diverses.

Jurgensen. — Extrait fluide» trois à quatre cuillerées à calé par jour.

Friedreich :

£eorce de condurango. 15 grammes.

EaudiiUUée 300 —

Faites macérer pendant douze heures et réduisez par ébuUition à 150 gr.

CU2flODE TBÉRA^., 6* édit.

Une cuillerée à bouche trois fois par jour.

Obolinski. — Décoction, usage interne et externe (épithélioma de la face).

Drhzewesky et Erichsen. — Décoction :

Êcorce 15 grammes.

Eau 500 —

Réduit par ébullition à 180 —

Deux cuillerées abouche par jour.

Hoffman. — Décoction, même formule:

Teinture alcoolique à 1/5.

Extrait fluide.

Macération dans le vin de Malaga.

Riess. — Décoction :

Ecorce 10 grammes.

Eau 200 — .

Schultz. —Décoction:

Ecorce 15 grammes.

Eau 200 —

Tscheîzow. — Décoction :

Ecorce 8 grammes.

Eau 180 — •

Krauss :

1* Extrait fluide de condurango 10 gouttes.

Ghloral hydraté 1 gramme.

Sirop d'écorce d'oranges amères ... 20 granunes.

Eau distillée 120 —

Trois à six cuillerées à bouche par jour.

2* Écorce de condurango pulvérisée. • 15 grammes.

Acide cblorhydrique. 15 gouttes.

Sirop d'écorce d'oranges amères ... 150 grammes.

dative et stomachique de Técorce du condurango blanco (1).

Vous pourrez employer soit la poudre d'écorce en cachets

médicamenteux à la dose de 1 gramme à chaque repas ou

bien encore en teinture alcoolique au cinquième à la dose de

Une caillerée à bouche toutes les â« Les observatious de cancer de

deux heures. Testomac que Ton a citées comme

Nous ne croyons pas sans intérêt des guérisons obtenues par le con-

de faire remarquer que les prépara- durangorésultentcertainemenld'ime

lions alcooliques ont une composition erreur de diagnostic ; ces prétendus

totalement différente des préparations cancers étaient probablement des cas

aqueuses : ces dernières en effet ne de gastrite ulcéreuse,

contiennentaucune matière résineuse 3* La condurangine présente une

et fort peu du principe toxique, la action des plus curieuses et des plus

condurangine (a). intéressantes. Elle détermine une ?é-

(1 ) Voici les conclusions de la thèse ritable ataxie locomotrice expérimen-

de Guyenot-Outhier. taie, qui est due sans doute, étant

1*" Le condurango employé sous donnée son apparition tardi?e, à la

forme dépendre parait agir efficace- formation d*une substance toxique,

ment contre les phénomènes doulou- produit du dédoublement de lacon-

reux dont l'estomac est le siège, et durangine dans Torganisme.

en particulier contre les douleurs i*" Tant que la question chimique

provoquées par l'ulcération et l'irri- de la condurangine n'aura pas été

tation de la muqueuse stomacale. complètement élucidée etquelespbé-

(a)Ga8arè8, El Nacional, n* 425, 1871, Journal officiel de la République de TÊquateur. — Àntisell (Thomas), On Condurango (Ant^r. Joum. ©/"pAArm., 4 juillet 1871, sér. 1, p. 289). — Jaramillo (Theodoro),5tfi Condurango (La nuota med. Liguria, 1, p. 7, 1872). — Hulke, Condurango root in cases ofcancr. {Brit. med. Joum,, 6 et 28, p. 497, 1871). — Yalsuaai (E.), Sul condurango (Annali unit, ii med., s;ennaJo, p. 97). — Gianuzzi (G.) et Buffalini (G.) , DeWaûone velenotê del Condurango (Ga%. med. Lombardia, XIX, p. 153, 1872). — De Stnctis (F.-P.)» Bso terapeutico del Condurango {Il Morgogni Disp., Y, p. 352, 1872). — Resii, de Stud. di clinica medica practicati durante Vanno scolastico, 1871-1872 (// Morgagni Disp.yYll et VIII, p. 481-506). — Schroff (iun.) €. T., MittheUungen ans dem. pharmakol. InsHtute der Wiener Universitàt. Oesterr, med. Jahrb., II, 4* s., 420, 1872). ~ Ruschenberger, Report on the origin and Iherapeutic properties of condurango. Washington, 1873. — Jurgensen, Condurango mod. (Krofl. Sorth Maga%., I, Lagevidensk, R. 3, Bd. 2, p. 639, 1873). — Friedreich (N.), Ein FeU «m Magenkirebs (Berl. Klin. Wochenschr., 1874, n** 1). — Heillgenthal, AentL Mittheil. aus. Baden, 1874, n** 22. — Bninton (L.), Results of experiments on ike gênerai action of condurango {Joum. of Anat. and phyHol.y p. 486, 1876). — Bayer, AentL Intell., Bl. XXII, 11, 1875. — Schweiz, Corresp., lY, 52, 1876. - Baseler, Dissert., 1881. — Riegeb, Munich, med. Wochenschr., 8 févr. 1887.— Robert, Pharm. Zeitung, 16 février 1889. — Hugo Schulz, Grundriês derprelhtischen ar^neimittelehre, Stuttgart, 1888. — Oser, Lancet, 19 nia,i.l$88. — Guido Kaompfe, Ueber die W'irkung einiger Amara beim gesunden Menschen, Inaugor. Dissert., Greifswald, 1885. -^ G.-A. Ewald, KUnik der VerdauungskrankheiUn, Berlin, 1888, p. 182. — Guyenot-Duthiers, Elude théru^euiique sur le condwrïïngo et la condurangine. Thèse de Paris, 1890.

rexalgind.

10 gi*amines au déjeuner et au dîner ou bien encore sous celle d'extrait fluide que Ton donne à la dose de 20 gouttes après les repas.

Il faudrait ajouter à ces substances les analgésiques anti- De thermiques qui jouent un rôle si considérable dans la cure des névralgies ; je vous renvoie à cet égard à mes leçons sur le traitement des névralgies. Mais ce que je puis vous dire dès aujourd'hui, c'est que de tous ces analgésiques antithermiques, le plus actif dans les viscéralgies, c'est l'exalgine ou méthyl-acétanilide que Bardet et moi avons introduite dans la thérapeutique. Vous administrerez l'exalgine de la façon que voici : vous ferez prendre à la fin des repas une cuillerée à soupe de la potion suivante :

if Exalgine ^•'SO

Alcoolat de menthe 10 grammes.

Et ajouter :

Eau de tilleul l!20 grammes.

Sirop de fleurs d'oranger 30 —

Vous pourrez aussi faire prendre cette exalgine à la dose de 25 centigrammes en suspension dans un peu d'eau sucrée.

Il est entendu que, comme la gastralgie n'est qu'un symptôme, vous devez aussi vous adresser à la cause même des douleurs d'estomac; et cette cause vous la trouverez soit dans une altération du sang, comme dans la gastralgie des anémiques; soit dans les troubles hépatiques, comme dans les crises douloureuses des individus porteurs de calculs du foie; soit dans des altérations de la muqueuse de l'estomac

nomènes physiologiques n'auront pas s'adresser à Técorce du condurango été longuement expérimentés, il faut et non à la condui*angine (a) .

{a) Gujenol-Outhierfly Ùu condurango ti de la condurangine. Thèse de Paris,

elle-même, comme dans le cancer ou Tulcère simple de Testomac; soit enfin dans les affections de la moelle sous la forme de crises gastraliques des tabétiques, et vous vous efforcerez alors, tout en traitant les phénomènes douloureux, de combattre les maladies dont ils sont les manifestations.

Telles sont, messieurs, les indications spéciales du traitement de la gastralgie douloureuse. Je vais vous exposer maintenant le traitement des troubles apportés au sens de la faim et de la soif.

On a beaucoup discuté pour établir Torigine du sens delà faim et de la soif (1) ; un certain nombre de physiologistes

(1) Pour î/onget, la faim est Texpression d*un état général qui se traduit par une impression spéciale que nous rapportons à Tendroit où elle se fait sentir, bien qu*en réalité elle ne siège pas uniquement en cet endroit. Pour ce physiologiste, la faim est produite par une modification dans la sensibilité gastrique, et on peut supposer que cette sensation part de la muqueuse de Fesiomac, puisque Fintroduction de corps inertes dans ce yiscère suffit pour la calmer.

Dans ses leçons sur la digestion, Schiff passe en revue et réfute diverses opinions émises sur le sentiment de la faim et sur les manifestations diverses de ce phénomène.

D'après ce physiologiste, la faim ne dépend pas de Tétat de vacuité de Festomac, puisqu'on voit journellement des animaux, le cochon d'Inde et le lapin, par exemple, accuser le besoin de manger, alors que leur estomac est loin d'être vide ; eUe ne dépend pas non plus des contractions de l'estomac vide, car cette contraction est impossible dans l'estomac vide, puisqu'il manque la masse alimentaire pour l'effectuer et que les mou-

vements de l'estomac vide sont Rires et bien moins énergiques que pendant la digestion. Schiff n'admet pas non plus l'hypothèse qui attribue la faim à une compression de nerfs sensibles des parois stomacales, produite par la rétraction de l'estomac vide ; il nie aussi que le frottement, cette sorte de trituration des parois de l'estomac vide entre elles, puisse être la cause du phénomène de la faim, et il cite à ce propos l'exemple de certains animaux dans l'estomac desquels on trouve des cailloux et autres corps étrangers qui ne paraissent pas causer de sensation pénible.

Beaumont pensait que dans l'estomac i\ jeun, les glandes ne pouvant verser au dehors les produits de leur s<^crétion, la muqueuse se boursouflait consécutivement, et que de là naissait la faim ; Schiff* repousse cette explication, qui ne lui parait pas soutenable, puisque par une irritation mécanique de la muqueuse on fait sécréter aux glandes un liquide abondant et que la faim ne cesse pas.

Les expériences de Sédillot, faites en sectionnant le pneumogastrique sur le cheval que l'on fait manger immédiatement après l'opération,

ont émis Topinion que c'était là un sens spécial lié aux nerfs de Festomac. SchifF (a) a fourni des arguments sérieux contre cette manière de voir et il s'est efforcé de démontrer par d'habiles expériences que cette sensation ne devait pas être rapportée exclusivement à l'estomac mais à l'économie

proa?ent que la section des nerfs pneumogastriques n*abolil pas la îaim. De même, on ne doit pas considérer les ganglions du grand sympathique comme la voie de trans« mission de la sensation de la faim aux centres nerveux, puisque Brunner et Hensen ont fait la section des nerfs splanchniques, ce qui n*a pas empêché les animaux opérés de continner à manger avec appétit. 11 en a été de même pour des lapins auxquels Schiff a pratiqué la section des deux pneumogastriques, des deux sympathiques, et Textirpation des ganglions cœliaques. Des fœtus anen* céphales ont vécu plusieurs jours en donnant des signes indubitables de la faim ; on ne peut donc placer le centre de la sensation de la faim dans une partie déterminée des circonvolutions des hémisphères. Combes, Spurzheim, Hopré, Broussais, admettaient qu'il y avait un organe de ralimentivité, situé dans les fosses latérales et moyennes de la base du crâne et appartenant au cerveau proprement dit.

De ses expériences, Schiff a conclu que : la sensation de la faim est indépendante de rétat local de Testomac; l'accomplissement normal de la digestion stomacale et intestinale ne sufBt pas à la faire disparaître, et elle ne cède qu'à l'absorption des matières digérées. Gela explique comment, dans les cas de longueur ÎDsulfisante de l'intestin (cités par

Cabrol, Dionis, Pozzio, Albin), le travail normal de la digestion n'était pas entravé, mais les matières digérées n'ayant pas le temps d'être absorbées en sufTisante quantité, leur passage s'effectuait trop vite, il s'en perdait une certaine partie avec les excréments, et les malades étaient tourmentés par la faim, etc.; de plus, Schiff a montré que si, chez des animaux affamés, on injecte dans les veines des nutriments, on calme la faim de ces animaux, qui sont nourris sans qu'il y ait des aliments ingérés par la cavité stomacale.

Il en est de même pour la soif. Le sentiment de la soif ne siège pas à l'arrière-gorge, puisque l'anesthésie complète du pharynx laisse subsister cette manifestation chez les animaux.

La section des nerfs glosso-pharyngien et lingual pratiquée de chaque cêté par Longet n'a pas empêché les chiens opérés de boire comme d'habitude, et la résection des pneumogastriques dans la région cervicale chez des chiens n'a pas non plus provoqué la cessation de la soif.

La soif, comme la faim, est pour Schiff, avant tout, une sensation générale. Elle n'est calmée que par l'absorption de l'eau, et Dupuytren a constaté que, en injectant de l'eau dans les veines de chiens altérés par une longue course au soleil, on pouvait complètement désaltérer ces animaux.

(a) Scbiff, Leeant sur la physiologie de la digesUon, 2* leçon, p. 31 et suiv.

tout entière. Malgré Tautorité de Schiff, en physiologie, je ne suis pas convaincu par ses expériences, et je continue à penser sans vouloir aller plus avant dans la question, que Testomac joue un rôle prédominant dans la production de cette sensation particulière dite sens de la faim et de la soif y et je continuerai à rapporter les troubles de cette sensation particulière à une modification fonctionnelle de l'estomac.

Le sens de la faim peut être augmenté, diminué ou perverti.

Je m'occuperai de la dysorexie et de Tanorexie, mais je passerai rapidement sur la perversion ou hétérophagie, parce que cette affection ne présente pas, au point de vue thérapeutique, une importance bien marquée. En effet, on observe Thétérophagie surtout comme un symptôme accidentel et secondaire qui se montre au début de la grossesse, ou bien sous l'influence d'une perturbation profonde des facultés intellectuelles (1).

(1) Pendant les temps de disette, ou même parfois dans de longs voyages, certaines peuplades indiennes mangent de la terre argileuse contenant de l'oxyde de fer ; elles incorporent dans cette terre, mise en galette, parfois un peu de grains, et la font frire dans de Thuile de palmier. Ce n*est pas de ce genre d'hétérophagie passagère que nous voulons parler, mais bien de cette maladie observée chez le nègre, et que Heusinger attribue aux effluves des marais, tandis que Hirsch, niant complètement cette influence paludéenne et celle de la malaria, trouve sa cause principale dans une mauvaise hygiène, dans une alimentation insuffisante, dans une inanition progressive.

La géophagîe, qui a été observée surtout dans les Indes occidentales.

au Brésil, aux Antilles, dans la Louisiane, en Egypte, réduit peu à peu le malade à la mort dans un délai de quelques semaines à quelques mois; rarement la maladie dure plus d*une année; très rarement aussi on a constaté des guérisons.

La maladie est précédée d^nne période de faiblesse générale, de lassitude, d'accablement, d*anémie progressive.

Les muqueuses se décolorent, la face devient terreuse; les palpitations apparaissent au moindre effort Le malade offre alors des troubles, des douleurs du côté de Testomae, et il mange de la terre, recherchant de préférence la terre argileuse, marneuse. Avec ce régime, on constate bientôt des vomissements, des troubles gastro-intestinaux. Les malades s'affaiblissent de plus en plus ; TaDé-

Ces troubles décrits sous le nom depicay dema/acta,pré- wcâ, «asentent peu de gravité, et le plus souvent le médecin n'a qu'à céder aux envies dont est atteinte sa cliente, surtout si elles portent sur des substances alimentaires plus ou moins indigestes, qui peuvent être cependant digérées dans ce cas assez facilement par la malade. Quant aux modifications des fonctions de Testomac qui sont sous l'influence de l'aliénation mentale, la médication s'adresse non à l'estomac, mais à la perturbation apportée aux facultés intellectuelles. Reste la maladie décrite par Heusinger, la géophagie; je ne l'ai jamais observée, et comme vous-mêmes vous ne l'observerez sans doute pas, je me crois dispensé de vous donner une description complète de son traitement et je vous renvoie aux auteurs qui s'en sont occupés, et particulièrement à Lebert, qui, dans ces derniers temps, a résumé succinctement ce qui a été fait sur cette perversion de l'estomac.

La dysorexie, comme la maladie précédente, se rencontre Dysoporfc. à l'état accidentel chez les femmes enceintes ou chez certains sujets chloro-anémiques, ou chez certaines femmes nerveuses, pour lesquelles le besoin de la faim n'est jamais assouvi (1). Sachez aussi que ce besoin insatiable de manger

mie fait des progrès effrayants et ra- morbide caractérisé par un besoin

pides : l'œdème, Thydropisie appa- insatiable de manger non propor-

raissent, et le malade succombe, soit tionné avec les peiles de Torganisme.

aux progrès du mal, soit à une ma* Les anciens auteurs la divisent en

ladie intercurrente. boulimie proprement dite, en cyno-

D'aprèsLevacheretCraigie,iln'est rexie ou faim canine et en lycorexie

pas rare, dans les derniers temps, de ou faim de loup. La déûnition même

constater des ulcères aux membres, de la boulimie montre qu'on ne peut

L'autopsie montre une décolora- ranger sous ce nom la faim qui

tion de tous les tissus, une infiltra- survient dans la convalescence de

tion des organes ; la muqueuse gas- certaines maladies aiguës, ou celle

tro-intestinale est pâle; les glandes qui fait suite à une marche excessive,

mésentérique^ sont ordinairement à des travaux et à des fatigues cor-

tuméfiées; la rate est petite, rata- porels.

tinée ; le foie et le cœur sont gros. On a reconnu à la boulimie diffè-

(1) I^a boulimie est un symptôme rentes causes; elle peut dépendre de

BoDlimie.

est habituel au diabète; par conséquent, lorsque vous observerez de semblables états, je vous recommande, avant de poser votre diagnostic et d'établir le traitement, d'examiner avec soin les urines.

Lorsque ce besoin ne dépend que de troubles nerveux, lorsque ce n'est pas un épiphénomène d'une affection grave, vous pourrez combattre ce symptôme par des préparations

certaines malfoimations ou anomalies congénitales du tube digestif (Vésale, Lieutaud, Percy, Legroux, Landré-Beauvais, Ollivier d* Angers), de maladies chroniques de Tabdomen, elle survient souvent dans la grossesse, dans l'aliénation mentale, dans la paralysie générale, Thystérie, le goitre exophtalmique (Trousseau), mais surtout dans le diabète.

Elle apparaît aussi quelquefois pas* sagèrement après Tabsorption de certains médicaments (iodure de fer, Nat. Guillot) ou après l'ingestion d'aliments fortement épicés; on a dit aussi que les malades porteurs de taenia devenaient passagèrement boulimiques.

Les individus atteints de boulimie mangent beaucoup, et peu de temps après le repas sont pris brusquement d'un impérieux besoin de manger encore; s'ils ne peuvent satisfaire ce besoin, ils éprouvent des douleurs stomacales, des malaises, de la défaillance, des syncopes même; après avoir absorbé leurs aliments, ils sont pris de torpeur pendant que dure la digestion, habituellement assez laborieuse. Parfois l'énorme masse alimentaire que le boulimique a absorbée est totalement digérée, parfois aussi elle est rejetée presque immédiatement par le vomissement (cynorexie), ou bien, passant rapidement dans l'intestin, elle amène

des mouvements péristaltiques énergiques et elle est chassée à l'extérieur (lycorexie) en provoquant une diarrhée plus ou moins abondante qui affaiblit très rapidement le malade. Les selles sont ordinairement fétides, de même que l'haleine et les sécrétions sudorales.

Lorsque la maladie n'a pas acquis un degré d'acuité très prononcé* l'état général peut se conserver assez bon pendant quelque temps ; mais, dans d'autres cas, malgré l'abondance de nourriture, on constate un amaigrissement progressif, une diminution des forces et de l'intelligence, et le malade succombe, soit au progrès de cet état, soit à une maladie intercurrente contre laquelle il ne peut lutter*

U y a des degrés dans la boulimie, les malades ne sont pas tons anssi voraces et n'absorbent pas la même quantité proportionnelle d'aliments; mais il en est qui prennent des aliments en quantité véritablementpbénoménale en vingt-quatre heures.

Percy, par exemple, cite le cas d'un nommé Tarare, qui, à dix-sept ans, pesait 100 livres et mangeait, en vingt-quatre heures, un poids égal au sien de viande de bœuf; cet homme absorba un jour un repas préparé pour dix-sept personnes; il fut même un jour accusé d'avoir dévoré un enfant de quatre ans, etc., etc.

opiacées. L'opium, vous le savez, a pour résultat de diminuer le besoin de manger, de calmer ou d'éteindre Tappétit, et le dicton : Qui dort dîne y est surtout applicable à ceux qui font usage des préparations opiacées.

Ne croyez pas cependant qu e soit là une règle immuable; j'ai connu, pour ma part, un de mes confrères qui, depuis plus de trente ans, prenait chaque jour une dose de laudanum de 25 à 30 grammes, et, toutes les fois qu'il cessait ce médicament, immédiatement les fonctions digestives se perturbaient, l'appétit disparaissait, et un affaiblissement fort considérable de l'économie se produisait. Pour ce malade, qui s'observait bien, l'opium était le meilleur stimulant des fonctions digestives. C'est là un fait isolé; mais n'oubliez pas que cet admirable médicament jouit de propriétés toniques évidentes ; grâce à la stimulation qu'il donne au cerveau, il réveille l'organisme tout entier, et les morphinomanes sont des individus qui, presque tous, recherchent dans l'opium non pas le calme et le repos, mais la stimulation nécessaire à leur organisme affaibli et vous trouverez un grand nombre de morphinomanes qui, pour déguster un repas, s'empresseront de se piquer à la morphine.

Sauf cette réserve, l'opium peut diminuer la boulimie; à son emploi vous joindrez, chez les gens nerveux, l'hydrothérapie, le bromure de potassium et, par-dessus tout, vous réglementerez les repas, de telle sorte que le malade mange, peu à la fois, mais souvent, une certaine quantité d'aliments.

De toutes les perturbations apportées au sens de la faim Anorexu. et de la soif, à coup sûr la plus fréquente et la plus difficile à vaincre, c'est l'anorexie.

Bien.4es causes influent sur ce symptôme, et il faudrait une leçon entière pour exposer l'étiologie et la séméiologie complète de l'anorexie. Altérations du sang, maladiesfébriles,

perturbations profondes de l'économie, toutes ces affections se traduisent par une diminution de Tappétit. Cette diminution tient souvent à une sécrétion moindre du suc gastrique; vous savez, en effet, que W. Beaumont a observé sur son Canadien que, pendant la fièvre, la muqueuse stomacale cessait de sécréter du suc gastrique. Dans d'autres circonstances, la cause première, la cause réelle échappe, et nous ne savons comment les influences morales, les chagrins et les émotions peuvent faire disparaître Tappétit. Quoi qu'il en soit, c'est un symptôme commun, très fréquent, et vous serez appelés à le combattre.

Quelle que soit la thérapeutique employée, n'oubliez pas qu'il est des cas dans lesquels vous échouerez complètement. Lorsque la perte de l'appétit existe réellement, d'une façon complète, malgré vos supplications, malgré le danger qu'il court, par suite de l'inanition à laquelle il se soumet, malgré tout enfin, le malade ne veut pas prendre d'aliments et il préfère mourir plutôt que de supporter le supplice de manger sans appétit.

Ne croyez pas, messieurs, que ce tableau soit chargé ; rappelez-vous en effet ces deux femmes couchées, l'une dans notre salle de femmes, l'autre dans la crèche, et que nous avons observées au même moment. L'une et l'autre étaient anémiques, offraient cette anémie dite essentielle^ pernicieuse^ mots qui indiquent bien notre ignorance de la cause première de la maladie, mais qui montrent que, malgré un examen attentif, on ne trouve aucun désordre dans les organes expliquant l'état cachectique des malades ; ces deux femmes ne pouvaient manger, et, malgré nos soins à varier leur nourriture, malgré nos exhortations journalières, ces malheureuses nous disaient qu'elles ne pouvaient avaler et cependant aucun obstacle n'existait du côté de l'œsophage ou de l'estomac.

Ces deux malades ne tardèrent pas à succomber, et, comme déjà l'examen clinique l'avait démontré, on ne trouva à l'autopsie aucune lésion capable d'expliquer la mort. On constata la dégénérescence graisseuse des organes, et en particulier la dégénérescence du pancréas ; mais cette dégénérescence était-elle primitive? était-elle secondaire? Impossible de le dire.

Ce n'est pas seulement dans ces cas que vous trouverez l'anorexie tenace, vous l'observerez aussi après la convalescence de la fièvre typhoïde et d'autres affections graves. Ici, comme du reste pour beaucoup d'affections de l'estomac, l'hygiène joue le rôle le plus important; il faut déplacer le malade, le faire vivre au grand air, dans les montagnes, au bord de la mer ; il faut le faire voyager, et varier à l'infini les préparations culinaires.

C'est dans ces cas que le praticien doit être" aussi bon cuisinier que médecin expérimenté. Vous pourrez exciter le goût au moyen de sauces appétissantes et légèrement épicées. Vous n'oublierez pas non plus que souvent les viandes froides plaisent davantage ; il en est de même pour le jambon, le pâté, le gibier, les salades, etc. ; en un mot, pliezvous au goût et aux désirs du malade.

Quant aux médicaments proprement dits (1), adressez- Arsenic.

(1) Liqueur de Fowler. Solution Dose : 5 à 10 gouttes en plusieurs d*arséniate de potasse (Codex fr.) : fois par jour.

Aeide arsénieux 1 gramme. ,. , ^ ^ . .

Carbonate de potasse . . 1 - Liqueur de Pearson . Solution ar-

Eau distillée 100 grammes, senicale de Pearson (Codex) :

Faites bouillir jusqu'à dissolution Arsénîate de sotidc crist. 1 gramme, complète; laissez refroidir; ajoutez : Eau distillée 600 grammes.

Alcoolatde mélisse composé. 3 grammes.

Faites dissoudre; filtrez. Cette li-

Filtrez; complétez, s'il est néces- queur représente 1 centigramme

saire, le poids total de 100. Cette d'arséniate de soude par 6 grammes.

liqueur représente 1 centigramme Dose : 10 à 20 gouttes par jour.

d'acide arsénieux par gramme. A 10 grammes de liqueur de Pear-

De Torexine.

VOUS à la médication arsenicale ; je n'en connais pas de meilleure en pareil cas. L'arsenic exerce une action stimulante réelle sur les fonctions digestives, et, si je n'adopte pas complètement l'explication mécanique des Allemands, qui prétendent que l'arsenic agit directement sur les capillaires de l'intestin et de l'estomac, et qu'en dilatant ces vaisseaux il amène une congestion active des organes, je ne crains pas d'affirmer cependant, au point de vue clinique, qu'il n'y a pas de meilleur stimulant de la digestion que les préparations arsenicales. Usez donc de la liqueur de Fowler, des granules de Dioscoride, ou de l'arsenic en solution. Quel que soit le mode d'introduction, le résultat sera le même; l'appétit renaîtra, les fonctions de la peau seront activées et le malade pourra guérir.

 ces substances il faudrait ajouter le chlorhydrate d'orexine (1) ou, pour parler un langage plus scientifique et plus chimique, le chlorhydrate de phényldihydroquinazo-

son correspondent 5 milligrammes d'acide arsénieux.

La Pharmacopée britannique donne une formule d'une dissolution d*arséniate de soude qui contient dix fois plus d'arséniate que la solution de Pearson française.

Granules de Dioscoride. Granules d*acide arsénieux :

Acide arsénieux 1 milligr.

Mannite 4 centigr.

Miel Q. s.

P. un granule. Dose : i à iO par jour, au commencement des repas.

Les granules d'arséniate de soude sont aussi à 1 milligramme ; ils se donnent à la dose de 1 à 5.

Solution d^arséniate de soude:

Ârséniate de soude

soluble 5 à 10 centigr.

Eau distillée 250 grammes.

Dose : une à deux cuillerées de soupe par jour.

(1) Le chlorhydrate de phényldihydroc[uinazoline ou chlorhydrate d'orexine (d'^ptÇiç, appétit) a été découTort par Paal et Busch. C'est ud sel soluble qui se présente sous l'aspect de cristaux brillants, incolores, aciculaires ou lancéolés. Ce corps est toxique chez le lapin à la dose de 33 centigrammes par kilogramme du poids de l'animal. Il existe d'autres combinaisons de la quinazoline, telles que le chlorhydrate de diphény]dihydroquinazoline(phéaylorexine), ou bien le chlorhydrate de méthylphényldihydroqainazoline (méthylorexine). Mais tous ces corps sont plus toxiques que l'orexine.

Une, qui a été étudié par Penzoldt, Hoffmann et Munter. Ce dernier en expérimentant sur lui-même Torexine aurait constaté que celte substance abrégeait d'une demi-heure la digestion stomacale ; ce serait donc un excellent stimulant de la digestion.

Les expériences faites en Allemagne et celles que j'ai entreprises moi-même n'ont pas répondu à cette assertion, et j'ai trouvé dans l'orexine un stomachique très infidèle. Si vous voulez utiliser ce corps, vous l'administrerez à la dose de 25 à 50 centigrammes à chaque repas dans un cachet médicamenteux.

A ces préparations je joins, mais d'une façon secondaire, les amers et certains toniques qui stimulent l'organisme, tels que la cannelle, le gingembre, le cardamome, la muscade, etc., dont on a fait, surtout à l'étranger, des associations plus ou moins complexes, comme la poudre aromatique de la Pharmacopée anglaise.

Contre l'anorexie, on a aussi proposé la pepsine, je vous ai déjà exprimé mon opinion sur la pepsine à propos des dyspepsies chroniques, et je vous ai dit que dans ma pensée ces préparations étaient dépourvues des propriétés thérapeutiques qu'on leur avait attribuées. J'ai plus confiance dans les amers ; je vous ai montré aussi dans cette leçon que les amers augmentaient l'activité de la digestion. Vous pourrez donc user du quassia-amara, du Colombo, etc.

Mais je ne saurais trop m'élever contre ces apéritifs que Des l'on consomme en si gi*and nombre dans nos cafés et nos "p^*^^*' estaminets. L'expérience faite par un élève de Botkin, TschelzoflF {a) a montré que tous ces apéritifs, bitters, amers, etc., diminuaient la sécrétion du suc gastrique plutôt

(a) TschelzofT, De Vinfluence des amers sur la digestion et l'assimilation des matières albuminoides (Centralblatt /Ur die medicinischen Wissenschafteny 1886, ii*î4).

Traitement tlicrmal.

qu'ils ne la provoquaient. Si quelques personnes prétendent en éprouver des bienfaits, c'est qu'elles confondent les crampes d'estomac occasionnées par ces alcools avec la sensation de la faim.

Le traitement hydrothermal des névroses de l'estomac est fort important; l'hydrothérapie y joue aussi un rôle dominant. Vous pourrez encore user des eaux de Bagnoles (Orne), d'Alet, d'Evian, et surtout des eaux de Fougues (l). Ces eaux paraissent avoir une action élective sur le catarrhe de l'estomac et particulièrement sur les gastralgies douloureuses, comme l'a montré de Crozan. Vous devrez écarter dans ce traitement les eaux trop minéralisées et trop chargées d'acide carbonique ; vous pourrez aussi indiquer les eaux espagnoles de Ubei^aga de Alzata (province de Guipuzcoa) , de Solari de Cabras (Cuença) •

Telles sont, messieurs, les règles thérapeutiques qui président au traitement des névroses de l'estomac. Vous aurez maintes fois à soigner de pareilles affections dans votre pratique. La gastralgie, les crampes d'estomac, la perte

(1) Fougues (France, Nièvre), à 14 kil. de Nevcrs, renferme trois sources minérales froides, dont la plus importante est la source Saint- Léger dont le débit est de 900 hectolitres en vingt-quatre heures. D'après Carnot, voici quelle serait la composition de l'eau de la source de Saint- Léger par litre :

Or.

Acide carbonique libre 2.1178

Silice 0.0340

Bicarbonate de chaux 1 .7020

— de majçnésie 0.4035

— de potasse 0.0633

— de protoxyde de fer. 0.0059

— delithine 0.0035

— de soude 0.7^12

A reporter 5.1112

Report 5.1112

Sulflitede soude 0.1767

Chlorure de sodium 0.2190

Matières organiques 0.0025

Cette eau devrait donc être rangée parmi les eaux bicarbonatées calci* ques etcarboniques fortes. Outre son action sédative, Peau de Fougues serait un oxydant puissant des cpmbustions organiques, d'après Bovet.

Aussi, outre les alTections douloureuses de l'estomac, les eaux de Fougues s'adresseraient particulièrement i toutes les maladies que Bouchard a attribuées au ralentissement de k nutrition. Le diabète et la goutte seraient môme modifiés par ces eaox.

d'appétit étant des symptômes extrêmement fréquents et que VOUS retrouverez dans un grand nombre d'affections stomacales, c'est pourquoi j'ai cru devoir y insister longuement. Dans la prochaine leçon, nous étudierons les dyspepsies buccales et intestinales.

SEIZIÈME LEÇON

Sommaire. — De la salive. — Dyspepsie amylacée. — Traitement diététique. — Traitement pharmaceutique. — Diastase. — Extrait de malt. — Dyspepsie intestinale. — Du suc intestinal. — De la bile. — Du suc pancréatique. — Pancréatine. • — Dyspepsie iléo-cœcale. — De la dilatation du gros intestin. — Neurasthénie intestinale.

Je ne me suis occupé jusqu'ici que des troubles de la digestion stomacale; mais si Testomac joue un rôle prépondérant dans l'ensemble des actes digestifs, ce rôle n'est pas unique, et il faut faire entrer en ligne de compte, au point de vue des dyspepsies, les perturbations apportées au fonctionnementde la digestion buccale et intestinale. Aussi, dans cette leçon, vais-je étudier le traitement des dyspepsies buccale et intestinale.

Les aliments féculents subissent, vous le savez, l'action de De u la salive, et c'est grâce à la diastase qu'elle renferme que l'amidon est transformé en dextrine, puis en sucre assimilable. Mialhe a fourni à cet égard les données les plus précises et les plus exactes. Je ne puis entrer dand de longs développements sur la composition et la sécrétion de la salive (1). Ce que je veux faire remarquer, c'est que le ferment salivaire, la ptyaline de Berzélius, la diastase de Mialhe, ne se trouve que dans la salive mixte ; nous ignorons encore où se développe ce ferment spécial, qui partage,

(1 ) La salive, produit de sécrétion personnes, présenter une réaction des diverses glandes salivaires, est acide, mais qui est, surtout pendant on liquide qui peut, chez quelques les repas, ainsi que Pont constaté la

CLINIQUE THÉRAP., G* édit. 1. — 30

mUY6.

comme Ta montré Mulder, avec toutes les substances albu-

minoïdes en décomposition, la propriété de saccharifier l'amidon.

Mais si la salive est insufQsante ou si l'imprégnation des aliments n'est pas assez complète, le trouble qui résulte de

plupart des physiologistes, franche- existe dans la salive en proportions

ment alcalin. variables, mais toujours très petites»

D'après Jacubowitschy voici quelle et ses variations dépendent du degré

serait, pour iOO, la composition de de concentration du liquide sali vaire;

la salive mixte chei Thomme : et si la salive est trop fluide pour que

les réactifs puissent déceler le sel, il

**?/i.liV j *iMi suffit de concentrer le liquide sali-

EpilhéliuHi 1.6t „, .. .< •

PtTaline . . 1.34 ^*''*® P^' évaporation, pour obtenir

Phosphate de iôû'de. ..',... . . . ! 0.94 constomment la réaction caracléris-

Chlorures alcalins 0.84 Hque.

Stilfocyanufe de potassium .... 0.06 Pettenkofer a prétendu que le sol- Chaux combinée à une matière focyanogéne dans la salive se trouve

organique O.OS associé à du fer et à du plomb. Klcl-

MaUère combinée à une matière jjnski a émis aussi l'opinion que le

organique 0.01 sulfocyanure de potassium avait pour

Lassaigne donne deux analyses ^^^ d'empêcher le développement de

comparatives de la saliveparotidienne ^ fermentation dans le dépôt sali-

et de la salive sous*maxillaire re- vaire.

cueillies par CoUin sur une vache : Pasteur a trouvé dans la salive de

l'homme un microbe en 8 de chiffre

Saiife SaUve trés ténu. Ce microbe détermine

paroUdienne. s.-maxiii. très rapidement la mort chei le la-

^^ 990.74 991.15 pin ^q produisant une congestion

Mucus et maUères ^^ ^jy^ ,|y ^5^^ ^^^ poumons. Des

anim.soh.bles. 0.44 0.53 recherches récentes onten effet mon-

Carbonates alcal. 3.83 0.01 . . • u z. •* l 1 •

Chlorures alcal. . 2.85 5.02 ^^ ^*^® *^^ °^**^'^^<^ éUit morphologi-

Pospti. de soude quement identique au pneumococcos

et de potasse.. 2.49 0.16 de Friedlânder, et que, comme ce

Posph. de chaux. 0.010 0.06 derniert il pouvait déterminer des

pneumonies et des affections secoB-

D'après quelques physiologistes, daires, telles que méningite, etc.

le sulfocyanure de potassium n'exis- Armand (lautier, de son côté, a fait

terait pas dans la salive de l'homme ; voir que la salive de Phomme conte-

pour Longet, il existe constamment; nait à l'état normal des alcaloïdes

il se rencontre non seulement dans ayantune action toxique pour certains

la salive mixte ou buccale, mais aussi animaux et en particolier peur les

dans les salives parotidiennc, sous- oiseaux. Ces alcaloïdes seraient tout

auxiliaire et sublinguale; sa pré- à fait analogues aux alcalis «nimanx

sence caractérise en quelque sorte la qu'il a décrits sous le nom de leuco-

sécrétiofl salivaire* Le sulfocyanure maînes.

ces altérations ne se fera sentir que du côté de Testomac ou deTintestin. En effet, comme Gh. Richet Ta mdntré, si le milieu acide de la digestion stomacale ne peut pas lui-même transformer les matières féculentes en sucres, il favorise au contraire l'action de la salive sur ces substances. Aussi, lorsque les matières féculentes ne sont pas insalivées, elles restent dans la cavité stomacale à Tétat de corps étranger jusqu'à ce qu'elles soient expulsées par les contractions de l'estomac ; elles passent alors dans l'intestin et vont subir l'action du pancréas, qui digère ces substances, comme l'ont démontré Bouchardat et Sandras.

Ewald a récemment étudié l'influence exercée par la salive sur la saccharification des matières amylacées dans l'estomac ; il a montré que la transformation de l'amidon se produisait à peine dans l'estomac, et qu'après l'administra-* lion d'une décoction concentrée d'amidon on constatait la présence de dextrine et de maltose,'mais que la formation du sucre ne s'opérait que dans l'intestin.

Aussi les individus atteints de dyspepsie buccale, ou, Dyspepsid comme on dit avec raison, de dyspepsie des féculents ou *"*'^'^''' dyspepsie amylacée^ éprouvent-ils, à la suite d'une alimentation exclusivement végétale, des troubles caractérisés surtout par des perturbations intestinales ; ils ont des douleurs abdominales, desborborygmes, des coliques, symptômes indiquant que la digestion intestinale se fait incomplètement. Cependant la dyspepsie buccale est rarement observée, et cela résulte de ce fait que les substances employées sont surtout digérées par le pancréas, et l'on observe alors les symptômes de la dyspepsie intestinale que j'étudierai tout à l'heure.

Quels remèdes prescrirez-vous à ces malades ? La première w^place, ici encore, appartient à la diététique. Aux personnes * **"*" atteintes de cette affection, recommandez l'abstinence des

féculents, et, si elles ne peuvent se soumettre à ce régime, limitez autant que possible la quantité de ces derniers el faites-les prendre à Tétat de purée, afin de détruire leur enveloppe protectrice, enveloppe qui s'oppose à l'imprégnation salivaire. Recommandez de manger lentement, de mastiquer avec soin, surtout s'il s'agit de pain ou de pommes de terre frites.

Déjà, dans une leçon précédente, j'ai insisté sur ce point, mais je crois bon d'y revenir; cette dyspepsie des féculents est, en effet, une maladie fréquente chez les personnes qui, par leur profession, sont obligées de manger rapidement, comme les médecins, par exemple. Aussi faut-il, autant que possible, ne point faire entrer dans l'ordonnance des repas de ces personnes, et en particulier dans celle du déjeuner, qui est absorbé trop rapidement, une quantité surabondante de pain et de féculents. A cet égard, suivons l'exemple du Yankee, qui met si bien en vigueur le Times is money et qui remplace notre déjeuner par le lunch : debout devant un comptoir, il mange aussi rapidement que possible une assez grande quantité d'aliments, mais il a soin de ne prendre que des viandes froides et très peu de féculents.

Comme vous le voyez, nous pouvons résumer, comme Ta fait Mialhe (a), les conditions diététiques par ces deux mots: abstinence relative des féculents d'une part, mastication complète et prolongée d'autre part.

Dou Quant au traitement pharmaceutique, il consiste dans végëuic. l'emploi de la diastase, emploi basé sur les plus saines données de la physiologie. Cette physiologie nous a montré en effet que l'identité de la diastase, découverte par Dubrunfaut et isolée par Payen et Persoz dans les graines des céréales en germination, avec la diastase animale de

(a) Miahle, Sur la dyspepsie par défaut de masUcaiion suffisante du bolalimenr iaire {Société d'hydrologie, t. XH, p. 179).

Mialhe est complète, et que l'une comme Tautre jouissent de la propriété de transformer l'amidon en sucre.

Coutaret a fait beaucoup pour l'application de celte diastase à la thérapeutique, et c'est en suivant ses préceptes et ceux de Duquesnel, qui a donné une étude fort intéressante de ces produits diastasés, que nous connaissons aujourd'hui les applications les plus favorables de ces substances, qui sont :ladiastase oumaltine,les extraits et les élixirs de malt.

On obtient la diastase en faisant une infusion à 30" d'orge germée moulue, puis en coagulant l'albumine par la chaleur à 70** et en précipitant la diastase par l'alcool absolu ; c'est le procédé de Payen et de Persoz; il donne un produit impur. Les procédés de Berthelot et de Schûtzenberger fournissent des diastasés beaucoup plus pures (1).

(i) La diastase se prépare de la manière suivante :

L*orge germée, desséchée à une température de 50^ centigrades et privée de ses germes par l'opération du toureillage, est réduite en poudre grossière et mise à macérer, pendant une heure ou deux, dans deux fois son volume d*eau à 30*.

lorsque la macération est terminée, on passe le tout le plus rapidement possible sur un linge mouillé et peu serré, puis on exprime.

Le liquide obtenu est chauffé à 70*, dans un bain-marie maintenu exactement à 75*. Dès que l'albumine est coagulée, on passe de nouveau sur un linge, ou mieux on filtre au papier, si le volume du liquide n^est pas trop considérable.

On laisse refroidir et on verse dans la liqueur de l'alcool absolu, ou à défaut très concentré, en agitant, afin d'éviter que l'alcool se trouve en excès là où il tombe. Il faut employer pour cette opération un volume

d'alcool assez considérable, c'està-dire sept à huit fois au moins celui de la liqueur.

La diastase, insoluble dans l'alcool, se précipite alors sous forme de flocons blancs que l'on recueille sur un filtre, que l'on enlève humides et que l'on étend sur une lame de verre, où on les dessèche rapidement dans un courant d'air ou mieux dans une étuve chauffée à ^ au maximum .

Le produit obtenu est pulvérisé et renfermé dans des flacons bien desséchés.Le rendement de 1 kilogram^ie d'orge germée est d'environ 15 grammes de cette diastase.

Pour obtenir un produit plus pur, tout à fait incolore, on redissout celleci dans l'eau distillée et on la précipite de nouvieau par l'alcooK En répétant plusieurs fois cette opération, on arrive à obtenir la diastase tout à fait blanche.

Duquesnel indique de plus le procédé suivant, dû à Schûtzenberger :

On fait tme macération à 20* d'orge

eu LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

Celte diastase ou maltine, lorsqu'elle est desséchée, constitue une poudre blanche azotée, sans saveur, amorphe, soluble dans l'eau et dans les solutions alcooliques faibles, insoluble dansTalcool absolu, et qui perd, comme Ta montré Bouchardat, ses propriétés lorsqu'elle est mélangée àcer-

germée et additionnée d'une petite quantité d'acide phosphorique (soit 1 gramme d'acide phosphorique concentré par 100 grammes d'orge); on passe, on exprime et on neutralise exactement le liquide par de l'eau de chaux. Le précipité de phosphate tribasique de chaux renferme la diastase. On le recueille sur un flltre et, après égouttage, on lave le filtre avec de l'eau légèrement acidulée par l'acide phosphorique. La diastase se redissout avec le phosphate de chaux et peut être facilement précipitée par l'alcool absolu.

La diastase, qui jouit de la propriété de transformer en sucre deux mille fois son poids d'amidon, commence à exercer son action sur l'amidon hydraté à 15% atteint son maximum d'intensité vers 70", mais perd ses qualités vers 85*. C'est là sans doute, dit Duquesnel, ce qui explique les propriétés absolument négatives d'un grand nombre de préparations qui ont été faites à uoe température supérieure à 70*.

Aussi doit-on toujours essayer la diastase dont on yeut faire usage.

Voici, d'après Duquesnel, la méthode à suivre :

On pèse dans un flacon à large ouverture 10 grammes d'empois d'amidon à 10 pour 100, et on ajoute 5 centigrammes de la diastase à examiner; on mélange bien le tout avec

une baguette et on chauffé au bainmarie maintenu à la température de 60*.

Au bout d'un temps assez court, on voit, si la diastase est active, rempois se désagréger, se liquéfier et perdre peu à peu la propriété de se colorer en bleu par l'iode, propriété qui finit par disparaître tout à fait, et souvent en moins d'une heure, si la quantité d'amidon n'est pas trop grande pour la diastase employée.

A ce moment la transformation est complète. Mais si l'on yeut mesurer la puissance de saccharification de la diastase, il faut avoir soin d'employer au contraire un excès d'empois.

Lorsque la réaction est terminée, c'est-à-dire après plusieurs heures (six environ), pour être sûr de n'avoir pas arrêté trop têt ropération,on complète, ayec del'eau distillée ajontée dans le flacon à large ouverture, un volume de 100 centimètres cubes; on agite avec soin, on filtre, et dans cette liqueur claire on reconnaît la présence de la glucose et on la dose à l'aide d'une liqueur de Fehling titrée, qui n'agit pas sur la solution obtenue dans un flacon témoin contenant de l'empois d'amidon et chauffé dans les mêmes conditions, mais ne renfermant pas de diastase (a).

(a) Duquesnel, Bull, de thérap,, t LXXXVII, p. 75.

taines substanoes (1), telles que lesaloalis ou les acides forts.

Vous pourrez vous servir de cette maltine à la dose de ^^*^' 10 à 20 centigrammes, ou bien encore, soit de la poudre ««h. de malt à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, soit de l'extrait de malt à la dose del à 2 grammes (2).

On fait un sirop d'extrait de malt; mais la préparation la meilleure, àmonavis, est àcoupsûr TélixirdeDuquesnel (3), élixir dont on donne une cuillerée à bouche au commen*cement des repas. Vous pouvez aussi voua servir des bières de malt, ou bien encore de ces produits maltés ou maltine qui sont aujourd'hui si répandus en Angleterre et surtout en Amérique.

L'élude de la dyspepsie intestinale est plus compliquée i>y»p«p»>« que la précédente, et cela résulte desTonctions multiples que remplit l'intestin au point de vue de la digestion. Trois éléments concourent à cet acte particulier : le suc instestinal, la bile et le suc pancréatique.

Résumons les notions physiologiques que nous possédons

Du tue intestinal.

(1) Coutaret s'est beaucoup occupé de cette question et a donné un bon procédé pour préparer la maltine.

Cette substance se présente sous l'aspect d'une poudre jaune blanchâtre, amorphe, incristallisable, d'une forte odeur d'orge germée : assez soluble dans Teau si elle est fraîche, peu soluble dans l'alcool et dans réther, insoluble dans l'alcool absolu. Les sels de mercure» de plomb, de cadmium, de tanin, forment avec elle des précipités insolubles; les sels de chaux et de baryte la précipitent de ses solutions dans l'eau distillée. Gomme l'a montré Coutaret, les fécules ne sont pas toutes attaquées aussi facilement; ainsi, les fécules de riz, d'orge et d'avoine sont les plus saccharifiables*

(2) La diastase peut s'administrer; 1* en poudre (50 centigrammes à i gramme); 2* en pastilles; 3* en sirop; i* en élixir; en bière dite de malt :

PastiUes (Coutaret) s

Maltine 5 centigr*

Bicarbonate de soude 5 —

Magnésie calcinée iO —

Sucre ft. s.

Pour une pastille*

Sirop de malt.

Extrait de malt S partioi.

Sirop simple 90 -«

(3) Élixir Du<{uesnel :

Extrait de malt 3 parties.

Sirop simple 20 ^

Yin de Lunel ou de Malaga. ÎO ^

sur Taction de ces trois produits de sécrétion. Les physiologistes ne sont pas tous d'accord pour reconnaître au suc intestinal une action digestive propre (1). Pour les uns, ce suc^ qui est légèrement alcalin et albumineux, émulsionnerait les graisses, transformerait l'amidon en sucre à la manière du suc pancréatique, aurait une action sur la digestion des matières albuminoïdes et aurait enfin le pouvoir d'intervertir le sucre; pour les autres physiologistes, ce suc n'aurait aucune propriété digestive.

(1) On trouve dans rintestio, outre le mélange formé par la salive et le suc gastrique, la bile et le suc pancréatique, un liquide composé de suc intestinal et de mucus et sécrété par les glandes tubnleuses de Lieberkûhn, les follicules et les glandes de Brunner.

Longtemps le rôle de ce suc intestinal a été méconnu; mais aujourd'hui il est mis en lumière, grâce aux travaux et aux expériences de Haller, Leuret et Lassaigne, Frerichs, Bidder et Schmidt, Busch (de Bonn), Dieffenbach (de Berlin), 0. Funke, KôUiker et Mûllcr, Gollin, etc.

Le suc intestinal est un liquide incolore, visqueux, de réaction acide, incoagulable par la chaleur et donnant par Falcool et les sels métalliques un abondant précipité. Sa densité, à la température de 15*, est de 1.010. Voici, d'après Bidder et Schmidt la composition de ce suc

chez le chien, et sa composition chei le cheval, d'après Colin et Lassaigne :

Suc intestinal du chien* (Bidder et Schmidt.)

Eau 98.0

Blatières organiques 0.5

Sels i.5

Suc intestinal du cheml.

(Colin et Lassaigne.)

Eau 98.10

Matières organiques 0.45

Sels 1.45

D'après les travaux de 0. Funke, qui expérimentait sur des lapins, et ceux de Rôlliker et Mûller, qui opéraient sur des chats, le suc intestinal serait différent chei l'herbivore et le Carnivore : celui de l'herbivore n'a pas d'effet sur l'albumine, tandis que celui des carnivores digère bien l'albumine (a).

(a) Haller, Elém, physioL, TH. — Tiedemann et Gmelin, Recherehet exp., physiol. et chimiques sur la digestion, trad. de Jourdan, 1818. — Leuret et Lassaigne, Recherches pour servir à ^histoire de îa digestion. — Frerichs, Die Verdauung (Wagnefs Handworterbuch der Physiologie, t. III). — Letunann, Ie*rbrueh der physiologischen Chetnie, t. II. — Bidder et Schmidt, Die Yerdëuungsaafte, — GoUin, Traité de physiologie comparée des animaux domestiques, 1854. — Busch, BéitrSge %ur Physiologie der Verdauungsorgane {Arch. fur pathoUhgische Anatomie und Physiologie, 1858). — Funke, Lehrbuch der Physiologie, — K51liker et MOller, Ueber das physiol. Institut %u Wir^bwrg, l, Bericbt, p. 221 ; II, Bericht,'p.77.

On comprend que le problème soit rendu difficile par l'impossibilité d'isoler chacune des sécrétions des différenls groupes de glandes de l'intestin, et que, selon le point où Ton a recueilli le suc intestinal, on ait obtenu des résultats différents; mais si la physiologie est impuissante à résoudre le problème, au point de vue clinique nous avons des données importantes fournies par les expérimentations faites dans les cas d'anus contre nature; et les expériences de Busch (de Bonn) et de Dieffenbach (de Berlin) nous paraissent, à cet égard, démonstratives.

Il s'agit de malades qui avaient un anus contre nature placé à une partie très élevée de l'intestin ; et, dans ces cas, des sachets contenant des matières albuminoïdes furent introduits par le bout inférieur de l'intestin, au niveau de l'anus contre nature, et furent retrouvés dans les matières fécales complètement vides. 11 n'est donc pas douteux que le suc intestinal ne possède par lui-même une action digestive, sinon considérable, du moins bien réelle, et c'est là un fait d'une certaine importance. Nous savons de plus, depuis les travaux de Claude Bernard, que c'est le suc intestinal qui a pour propriété de changer la saccharose en glycose et de permettre ainsi aux substances sucrées d'être assimilées.

Quant à la bile (1), les physiologistes sont encore en i>«»«wu. désaccord, les uns voulant que ce liquide soit seulement excrémentitiel, les autres lui faisant jouer un rôle important et notable dans la digestion. Ici encore la clinique nous montre de quel côté est la vérité ; en effet, chez les individus à fistule biliaire, chez lesquels la bile sort au dehors au lieu d'être déversée dans l'intestin, il survient des troubles profonds dans la nutrition; ils maigrissent et succombent au désordre apporté à la digestion intestinale.

(1) Voir Leçons sur le traitement des maladies du foie.

Il faut donc que ce liquide ait une action réelle dans la digestion intestinale, action qu*on peut résumer ainsi : la bile excite par sa présence les contractions intestinales, tout en lubrifiant les parois de ce conduit; et ceci est si vrai que, chez les individus atteints d'oblitération des conduits biliaires, la constipation est presque toujours la règle. La présence de ce liquide alcalin facilite encore la pénétration du chyle à travers la muqueuse intestinale; de plus, peutêtre, la bile, par ses propriétés alcalines, vient-elle aider Fémulsion des gi^aisses et compléter l'action du pancréas. Enfin la bile, par ses propriétés antifermentescibles, vient modifier la fermentation putride que subit le bol alimen* taire, fermentation putride qui joue un rôle prépondérant, comme le montre Bouchard, dans la production de certains symptômes morbides de l'économie. Je reviendrai d'ailleurs sur ce point lorsque je m'occuperai du traitement des affections intestinales proprement dites (a).

Du iMin. S'il existe de nombreuses controverses sur l'action digestive réelle du suc intestinal et de la bile, tous les physiologistes sont d'accord pour reconnaître l'action prédominante du suc pancréatique (1) dans cette digestion intestinale, suc

(1) Le suc pancréatique est versé beaucoup d'auteurs (Tiedemann et

dans le duodénum par deux canaux Gmelin, Purkinge et Pappenheim),

distincts : celui de Wirsung et le ca- mais surtout par Valentin, à Berne,

nal pancréatique accessoire. La se* en 1844, et par Bouchardat et San>

crétion de ce suc est intermittente et, dras à la même époque, à Paris,

comme la bile, est plus abondante Valentin» Bouchardat et Sandras se

au moment des repas. Cl. Bernard a servaient, pour ces expériences, de

démontré aussi que lorsqu'on prati- suc pancréatique artificiel obtenu

que une fistule à un animal, le liquide par la macération dans Peau de mor-

recueilli au commencement de Pex* eeaux de pancréas. C'est Eberie qui,

périence est filant (ce serait le suc le premier, en 1834>, signala Paction

pancréatique normal), tandis qu'à la du suc pancréatique sur les graisses,

fin de l'expérience il devient aqueux. Bouchardat et Sandras ont iasisté

L'action de ce suc a été étudiée par particulièrement sur les propriétés

(a) Voir Leçon iur r intestin au point de vue thérapeutique^ 1. 1**.

créas.

pancréatique qui possède les trois propriétés suivantes : d'abord, comme Font démontré Bouchardat et Sandras à Paris, et Valentin à Berne, de saccharifier les matières amylacées; puis de transformer les matières albuminoïdes en poptones, et ce fait, entrevu par Eberle, Purkinje et Pappenheim, a été définitivement démontré par les expériences de Claude Bernard et de Gorvisart; enfin, il jouit aussi de cette curieuse propriété d'émulsionner les matières grasses, en les dédoublant en glycérine et en acides gras (a). Et, messieurs, ne croyez pas que ces trois actions soient

sacchanfiantes de ce suc, et Donders, Suc pancréatique du chien.

par des expériences sur des animaux (Tiedemann et Gmelin.)

auxquels il pratiqua une fistule, a mis

ce fait hors de doute. Eau 91 .72

En 1846, Cl. Bernard montre la Matière organique analogue à

propriété qu'a le suc pancréatique Talbumint (et sels insoluble»). 3.36

d'émulsionner les corps gras en les ^aUère solublc dans Palcool (et

dédoublant en acides ffras et en irlv- *®** '^'"^*®* ^''°' ralcool). . . • 3.86

dèdouniant en acides gras et en giy- ^^^^^^ ^^^^^^^ ^^^^ y^^ ^^^

<5é"^®- sels solubles dan» l'eau) 1 . 53

La propriétéde digérer les matières

albuminoïdes a été contestée par Ke- „^^ mncréatioue du chien

ferstein et Hallwachs, admise par ^ o u -j x *

Corvisart, Brinton. Meissner, etc. t^'^^®'* ""^ Schmidl,)

Nous donnons deux analyses de ^^^ ^Og

suc pancréatique, Tune due à Tiède- / Paneréatinê '

mann et Gmelin, l'autre à Bidder et ****• ^^f' \ Mucus ',.,..[ \ ^'^

Schmidt. Sels 0. 84

(a) Purkinge et Pappenheim, Zur Keniniu der Verdauung im getunden und kranken Zwtand, 1836. — Magendie et Ra^er, Compt. rend, de l'Acad. des se. — Cl. Bernard, Recherches sur les usages du sue pancréatique dans la digestion (Ann, de chimie, IXY, 1845). — Bouchardat et Sandras, Ann, de thérap., 1843 ; Ibid., 1845.

— Cl. Bernard, Annales de chimie, XXY, 3* partie, 1846, et Cours de physiologie professé au CoUège de France, 1855-1856. — Lenz, De adipis concoctions, etc. MitavisB, 1850. — Bidder et Scbmidt, Traité des maladies du foie, trad. flranç. par Dumesnil et Pellagot, 1852. — Gorvisart, Sur une fonction peu connue dupaneréas {Ga*. hebd.y 1857); Fonction énergique du pancréas sur les aliments awté {Gai. hebd,^ 1860). — Briuton, Observ. on the action of the pancreatic juice on albumen {Dublin Quarterly Journal of Médical Science, i%59). — Y an don Corput, Union pharmaceutique, f année, 1864, et Union médicale, 3* série, t. YIll, 1869.

— Chauvin, Note sur le suc pancréatique {Bull, de l'Acad, de méd., t. XYUl, 1869, et Union médicale, 8* série, t. YHI, 1869). — Laborde, Tnfrtfne m^dtca/e, décembre 1874, p. 118. — Huchard, Union médicale, 1865, 8* série, t. XYU, pp. 776 et 779. — Defresne, Recherches expérimentales sur le rôle physiologique et thérapeu^ tique da la paneréatinê, 1875«

peu marquées; les chiffres suivants vous montrent la puissance digestive du suc pancréatique.

Ainsi, la pancréatine, produit actif que Defresne a retiré en faisant agir l'éther sur le pancréas, peut convertir neul fois son poids d'amidon en sucre, émulsionner vingt-quatre fois son poids de corps gras et peptoniser trente fois son poids d'albumine cuite. Le pancréas est donc, vous le voyez, une des glandes les plus actives et les plus puissantes au point de vue de la digestion de l'intestin, et Ton comprend le rôle important qu'elle doit jouer pour compléter l'action digestive des cavités buccale et intestinale.

Cette digestion pancréatique a été d'ailleurs l'objet de travaux fort importants; Heidenhain, Kuhne, Podolinsky, Herzen ont montré que dans le pancréas il n'existait pas de ferments, mais une substance, le zymogène^ qui peut les produire (1).

Toutes les actions digestives que nous venons d'énumérer se produisent presque exclusivement dans l'intestin grêle et paraissent cesser dans le gros intestin. Aussi, les physiologistes qui veulent faire jouer un rôle important au caecum, dans la digestion intestinale, sont-ils forcés de prendre leurs

(1) Le zymogène se transformerait rate donne au pancréas son ferment

en pancréatine après la mort ; Herzen spécial.

prétend que, sous l'influence des Albertoni a démontré que le pou-

matières pancréatogènes contenues voir digestif du pancréas sur les ma-

dans le sang, le pancréas se charge de tières albuminoîdes se manifesterait

zymogène, mais que ce zymogène ne chez le fœtus au commencement du

devient pancréatine que lorsque la dernier tiers de la vie intra-utérine ;

rate lui a fourni un ferment spécial, il se montrerait donc plus tard que

Cette théorie expliquerait les faits celui de Testomac (a), avancés par Schiff, qui veut que la

. (a) Podolinsky, Beilrâg *ur KetUniu der PancrealiseiweUiement {Arch. de Pflûgery t. XIII, p. 422, 1876). — Weiss. Pancreoiverdamng {Virchoufs Arehir, LXyiII, p. 4i3). — Kuhne und Lea, Ueber die Abionderung des Pancréas (Hei-delb, nai. hist, med. Verth,, t. II, 1879). — Herzen, Le%ioni sulla digestUmi. Firenze, 1877. — Albertoni, SuUa poienza digerenie del pancréas nella vita ftBiale (Lo Sperimentale, fasc. 7, 1878).

exemples non chez rhomme, mais chez certains herbivores qui ont cette portion de l'intestin très développée.

Chez rhomme, le caecum n*est plus qu'un vestige (1), et le De u dyt-

, popsio

rôle qu'il est appelé à jouer dans la digestion intestinale est uéo^très minime, si tant est même qu'il existe. Cependant ce ***** point de l'intestin peut être l'origine de troubles spéciaux auxquels Bachelet avait attribué le nom de dyspepsie iléocctcale (2). Cette dilatation colique a depuis Bachelet appelé rattentiond'un grandnombre d'observateurs ; ainsi Thiébauit (de Nancy), Trastour (de Nantes), Bovet (de Fougues), Reignier (de Surgères), ont cité plusieurs observations de dilatation colique avec troubles secondaires variés; et moimême je décris les symptômes de cette dilatation sous le nom de neurasthénie intestinale ou iléo-cœcale.

On voit en effet chez certains malades un ensemble symplomatique tout à fait analogue à celui que j'ai décrit à propos de la neurasthénie gastrique, et cependant chez eux on ne trouve pas de dilatation de l'estomac, mais une dilatation qui porte sur le gros intestin soit en son entier soit dans des portions plus ou moins restreintes du côlon, et cela

(i) Ce sont surtout les herbivores près Testomac, et, pour lui, les dou-

qui out le cœcum le plus volumineux, leurs prétendues stomacales dont se

ainsi chez le cheval il forme une plaignent un grand nombre de dys-

poche ayant une capacité de 35 litres ; peptiques, auraient pour siège le

il est aussi très grand chez les ron- côlon transverse. De plus Bachelet at-

geors herbivores, tels que le lapin, tribue au gros intestin et au cœcum la

le lièvre, le porc-épic, etc. ; il existe digestion des aliments non azotés ; et

â peine, au contraire, chez les ani- comme l'assimilation des graisses et

maux qui se nourrissentde substances des féculents ne peut se faire dans

animales, tels que les chiens et les ce cas, il expliquerait ainsi, non seu-

chats ; il est aussi rudimentaire chez lement Tamaigrissement considé-

le lion et le tigre. rable que présentent certains dyspep-

(!2; Bachelet (de Lyon) insiste beau- tiques, mais encore les altérations

coup sur les rapports anatomiques du de la respiration qu'on remarque

gros intestin, qui recouvre à peu dans ces cas (a).

(a) Bachelet, Nouveau Guide du dyspeptique. Recherche* sur la dyspepsie iléo" cmcaU (Union médicale, n* 116, 1874, et Paris, 1865).

du côté da caecum ou bien du côté de VS iliaque (a). Cet ensemble symptomatique est occasionné par des phénomènes dMntoxication sur lesquels Bouchard, Tundes premiers, a appelé Tatlention, c'est la stercoréniie, et nous les faisons disparaître, comme je vous le dirai tout à Theure, en usant de lavements antiseptiques. Avant d'aborder l'étude du traitement de cette dyspepsie intestinale, je dois vous signaler la présence de troubles intestinaux provoqués par les maa* Taises digestions stomacales.

Je vous ai montré que, dans la dilatation de l'estomac où le chimisme stomieal est altéré, les matières albuminoîdes passent sans être peptonisées dans le tube digestif, et si la sécrétion du suc pancréatique n'est pas assez abondante pour compléter cette digestion, on comprend que ces substances non digérées agissent comme corps étrangers dans l'intestin et déterminent des coliques plus ou moins vives.

D'ailleurs, vous en avez le tableau exact dans l'indigestion a crapuhj dans laquelle non seulement les individus vomissent les aliments ingérés en trop grande quantité, mais encore éprouvent des coliques et une diarrhée plus ou moins abondante.

Mais il est un point de la question fort intéressant, c'est de connaître ce que deviennent les substances peptonisées lorsqu'elles arrivent dans la première portion du duodénum. Nous savons que la peptonisation gastrique ne se fait que dans un milieu acide ; arrivées à l'ampoule de Yater, à laquelle aboutissent les canaux biliaires et le canal pancréa-

(«) Tbiébauli, Pliuieur$ Obiervations de dUatation du côlon tramvene. Thèse de Nanej, 1882, page 909. — Trastour, de Nantes, De la dilatation patsive de l'S iliaque {Revue de médecine et Journal de médecine de VOuesty 1880). — Du râle pathogénique de la dilatation gastro-côlique {Semaine médicaUf 15 septembre 1886, p. 360), et Nouvelle étude clinique de la dilatation gastro^âlique commmne {Semaine médicale du 7 septembre 1887). — Rei(cnier (de Surgères), Sur la dikr talion colique {Journal de médecine de PariSf 26 octobre 1890, p. 63). — Bovet (de Pougues), De la dilatation colique et de ton traitement {JourtÊjU da méd. de Pffù, 12 octobre 1890, p. 41).

tique, les substances peptonisées trouvent un milieu alcalin, et le travail de peptonisationpar le suc gastrique doit cesser; il n'existe plus alors que les parapeptones de Meissner^ c'estàniire cette précipitation qui se produit dans les peptones acides lorsqu'on vient à les neutraliser.

Ge phénomène est de toute évidence, il montre que la théorie de Leven, qui veut que les substances alimentaires ne fassent que traverser Testomac pour passer dans Tintestin, seul point où s'accompliraient les actes chimiques de la digestion, n'est pas absolument conforme aux faits physiologiques, puisque nous voyons cette peptonisation cesser au niveau du duodénum. Il faut donc admettre, avecRichet, que les aliments restent dans l'estomac un temps suffisant pour que la peptonisation des matières albuminoïdes se fasse, et que ce n'est qu'après l'accomplissement de cet acte que les peptones passent dans l'intestin et sont absoii>ées à l'état neutre ou alcalin par les vaisseaux de l'intestin.

Ge fait est important; il nous montre que le passage trop rapide des aliments de l'estomac dans l'intestin, par suite d'un travail exagéré de la tunique musculaire, sera une cause de dyspepsie intestinale, dyspepsie résultant de la présence dans l'intestin d'une trop grande quantité de substances devant être digérées par le pancréas.

On a aussi prétendu que le pylore n'accomplissant pas sonrôle de portier de l'estomac (7riX>î, porte; ovpoç^ gai'dien)^ pourrait laisser passer des substances non peptonisées. Cette incontinence du pylore, qui n'est pas démontrée au point de ▼ne clinique mal^é les affirmations de Louis de Séré, aurait aussi pour conséquence des troubles dyspeptiques intestinaux (1).

(1) Voici comment s'exprime L. de c Le pylore peut commetlre bien Séré à propos de cette incontinence des négligences, il peut même perdre du pylore : ses propriétés de contraction et res-

eu LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

Symptômes ToujouFS esl-il que la dyspepsie intestiDale, qu'elle résulte dy^^ie soit d'une digestion incomplète de substances albuminoïdes intesunaie. ^j amylacées, soit d'une abondance trop grande desubstances grasses, soit d'une sécrétion insuffisante du suc pancréatique ou de la bile, se traduit, en résumé, par les symptômes suivants : le malade éprouve, à une période assez avancée de la digestion (1), des douleurs abdominales plus ou moins vives, il a des borborygmes, des coliques, une distension plus ou moins considérable des anses intestinales, et, enfin, il survient une diarrhée plus ou moins abondante. Les matières sont pâteuses, mal liées et répandent une odeur putride et nauséabonde qui s'éloigne absolument de l'odeur des matières fécales. Quel traitement devons-nous opposera cet ordre de symptômes?

De même que l'on a conseillé la pepsine contre les troubles fonctionnels de la digestion stomacale, la diastase dans la digestion buccale, on a songé à employer ici la pancréatine. De la La pancréatine, obtenue par l'action de l'éther sur le pan- ^Zt!" créas, se présente à l'état visqueux, se prend en masse par la chaleur et est précipitée de ses solutions par les alcools. Malheureusement, ce qui rend difficile l'administration

ter relâché ; cette incontinence a pour rapparition tardive des phénomènes

effet d*empécher le séjour des ali- dyspeptiques n*était point suffisante

ments dans Testomac et de suppri- pour admettre la dyspepsie intesti-

mer ainsi la digestion stomacale. > nale. II pense que la digestion s'o-

De Séré ajoute que dans d'autres père à la fois dans toute retendue

cas, au contraire, il y a spasmes dou- des portions actives du tube digestif,

loureux du pylore, et que cet état, La digestion intestinale commence-

qui est dû le plus souvent à une irri- rait, pour lui, en même temps que

tation du plexus solaire, supprime la digestion stomacale. Enfin, Canlet

également la digestion de Testomac admet que la dyspepsie tardive appar-

en paralysant la sécrétion du suc gas- tient à Testomac et caractériserait

trique (a). surtout la dyspepsie atooique (by> (1) Caulet a émis Topinion que

(a) Louis de Séré, Du rôle de Veêtomac et du pylore dans la digeslUm, Pxns, 1874, p. n.

(h) Caulet, SocUU d: hydrologie, t. XVIH, p. 26, 1872-1873.

de lapancréatine en thérapeutique, c'est que ses propriétés digestives sont détruites par les acides, de telle sorte que lorsqu'on l'administre par l'estomac, son séjour au milieu du suc gastrique lui fait perdre ses propriétés digestives. Aussi a-t-on songé à l'enrober dans des substances qui lui permettraient dépassera travers l'estomac sans subir l'action du suc gastrique (a).

N'oubliez pas aussi, comme pour la pepsine, que la pancréatine est un ferment, c'est-à-dire une substance très altérable et que souvent les effets thérapeutiques obtenus avec cette substance seront presque nuls par suite des modifications profondes que ce ferment a subies dans sa préparation; aussi le rôle le plus important appartient encore ici à l'antisepsie et à l'hygiène.

L'antisepsie joue en effet dans les dyspepsies intestinales un rôle important. Nous y reviendrons plus complètement lorsque je vous parlerai de l'intestin au point de vue thérapeutique. S'il s'agit d'une dyspepsie intestinale limitée à l'intestin grêle, c'est au salicylate de bismuth et au salol que vous devrez avoir recours. Le salicylate de phénol, en effet, comme vous le savez, est un médicament qui a la curieuse propriété de ne se décomposer en acide phénique et en acide salicylique que dans les milieux alcalins. Il peut donc passer à travers l'estomac sans être décomposé et arriver ainsi dans rintestin sans être altéré; c'est le plus efficace des désinfectants intestinaux. Vous pourrez l'administrer seul ou associé au salicylate de bismuth; et comme le salol est peu toxique, vous pourrez sans inconvénient en administrer une dose de 3 à 4grammes par jour. Quant à moi, j'use souvent de la formule suivante :

(a) Uuchard, De la pancrealine dam Ut dyspepsies {Union médicale, 1874, t. XVIII, p. 493 et 766 ; i878, p. i8t).

CLINIQUE TOÉRAP., 6" é(1it. I. — 40

^ Sdii^iate d^'bi^^^^^ I ^^ *^ granimes.

En 30 cachets médicamenteux.

Un cachet au déjeuner et au dîner.

Lorsque c'est le côlon qui est le siège des troubles intestinaux, vous pourrezencore user de ce salol et de ce salicylate de bismuth, mais y joindre de grandes irrigations intestinales avec des solutions naphtolées.Onpratiquecesirrigationssoit à l'aide de grands irrigateurs, soit, ce qui vaut mieux, à l'aide du siphon stomacal que vous introduisez bien entendu parle rectum. Gatani a donné le nom d'entéroclisme à celte méthode; je vous en parlerai plus loin à propos des maladies de l'intestin.

La solution naphtolée se fait avec le naphtol a; c'est le plus soluble et le moins toxique; mais comme il est le plus irritant, vous faites des solutions de 25 à 50 centigrammes dans un litre d'eau et vous faites prendre tous les malins une irrigation avec i litre de cette solution.

Quant à l'hygiène, elle consiste dans un régime exclusivement végétarien. Au début de ces leçons sur les maladies de l'estomac, je vous ai montré quelle importance j'attribuais à ce régime. J'espère vous avoir démontré l'utilité d'un pareil régime, applicable non seulement aux dyspepsies chimiques, mais aux gastrites chroniques et enfin aux dyspepsies intestinales. Je me propose de terminer ces leçons sur les dyspepsies en vous entretenant des dyspepsies des nouveau-nés.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Sommaire. — Dyspepsie des nouveaH-nés. — Athrepsie. — Du Jait de femme. — Sa composition. — Ses variations. — Moyens de reconnaître la valeur du lait. — Méthode des pesées. — Examen de la nourrice. — État de santé ou de maladie delà nourrice. — Son influence sur le lait. — Nombre

. de tétées. — Allaitement artificiel. — Laits de chèvre et de vache. — Biberon. — Farine d*avoine. — Sevrage. — Régies hygiéniques du nouveauné. — Constipation. -— Diarrhée. — De remploi du phosphate de chausc.

Messieurs, ta dyspepsie des nouveau-nés doit nous arrêter quelque temps; c'est un sujet important, qui demande à être traité avec* certains développements. Chaque jour, du reste, dans votre pratique vous aurez à soigner ces désordres fonctionnels de l'estomac des nouveau-nés.

L'enfant, à sa naissance et pendant les quelques mois suivants, peut être considéré comme un tube digestif servi par des organes, et encore ce tube est-il imparfait et en voie de formation. Disposé pour assimiler un aliment unique, le lait, le tube digestif se complète à mesure que Tenfant grandit et à mesure aussi qu'une alimentation plus substantielle est nécessaire à l'accroissement du jeune être.

Le lait est donc l'aliment exclusif de l'enfant; il pourvoit Dyspepsie à ses besoins et, sous son influence, le nouveau-né grandit .i^popsie. et se développe. Mais pour que ce développement se fasse régulièrement, il faut que toutes les règles hygiéniques soient régulièrement observées, car les dérogations à ces lois entraînent non seulement des troubles fonctionnels, comme chez l'adulte, mais encore des désordres graves.

A la dyspepsie, simple modification des fonctions du tube digestif, succèdent des altérations des tissus, d'abord eu* râbles, puis bientôt incurables; c'est alors qu'on voit se dérouler cet ensemble symptomatique dont Parrot a tracé le tableau de main de maître, je veux parler de l'athrepsie. Nous ne nous occuperons ici que de la première période de cet état, du prologue, pour ainsi dire, de ce drame pathologique qui entraîne fatalement la mort du petit être.

Nous étudierons donc, au point de vue thérapeutique, ces troubles fonctionnels de l'estomac, tout en reconnaissant qu'il est souvent difficile de distinguer le simple trouble fonctionnel des lésions plus avancées de la muqueuse stomacale et intestinale, et de séparer, par exemple, la dyspepsie proprement dite de la gastrite catarrhale décrite par Parrot (a). L'une,- en effet, entraîne l'autre, et il nous est parfois impossible de dire quand cesse la dyspepsie et à quel moment commence l'altération de la muqueuse.

Gomment se traduisent les troubles dyspeptiques du nouveau-né? Tout d'abord par des symtômes plus marqués du côté de l'intestin que du côté de l'estomac, et cela se comprend facilement quand on songe au rapide passage du lait dans l'estomac et à son séjour plus prolongé dans l'intestin; nous aurons donc à observer les signes qui caractérisent la dyspepsie intestinale. Notre collègue Jules Simon a donné . une bonne description de cet ensemble symptomatique (b). gy„. L'enfant éprouve d'abord, après chaque tetée, des coliptômes. q^gg piyg Qy moins vives ; il crie, s'agite et sa figure devient grimaçante; le ventre est légèrement ballonné, douloureux à la pression ; il y a des borborygmes et les mouvements péristaltiques de l'intestin sont exagérés. Si, à ce moment,

(a) Parrot, Gaitrite calarrhale pieudo-membraneuie deê nouveau-nés (BuU, ie < la Soc, analomiquey 1875, p. 98).

(6) J. Simon, Dyspepiic dts nouveau-nés (Union ntédicale, 1876).

nent.

on examine les garde-robes, on voit qu'elles ont perdu cette couleur jaune d'or et cet état bien lié qui caractérisent les selles des enfants en bonne santé ; elles sont grumeleuses, présentent des parties blanches de caséine non digérée, ce qui leur donne Taspect d'oeufs brouillés grossièrement faits; il y a aussi issue de gaz légèrement odorants.

A un degré plus avancé, l'enfant devient chagrin, ne dort pas tranquille, son sommeil est inquiet, agité, et il réclame à tout propos le sein de sa nourrice. Puis surviennent des Vomissements de lait cailîé et des éructations plus ou moinâ nombreuses. Cet état peut durer ainsi quelque temps, et, si on n'y porte pas remède, un autre ordre de symptômes apparaît; il y a de la fièvre, lés garde-robes deviennent abondantes et vertes, l'enfant maigrit, et on commence à observer les troubles qui caractérisentl'inflammation du tube digestif, c'est le début de l'athrepsie.

Quels remèdes opposer à ces symptômes morbides? C'est Twiiel'hygiène qui vous fournira ces remèdes. La thérapeutique proprement dite n'existe pas pour le nouveau-né, et à part quelques légers révulsifs et quelques poudres inertes, les médicaments ont une action plutôt nuisible qu'utile dans les affections du premier âge. Soyez donc réservés dans l'emploi des moyens pharmaceutiques pour la cure de ces maladies infantiles, adressez-vous à l'hygiène et abandonnez presque complètement les médications actives, qui ont souvent, dans ces cas, un effet désastreux. Occupons-nous donc ici de l'hygiène du nouveau-né et, en particulier, de l'hygiène alimentaire.

Le lait joue ici le rôle unique, comme nous l'avons déjà vu, et presque tous les troubles fonctionnels que présente le tube^digestif de l'enfantrésultent dece quelelait estou insuffisant, ou mal approprié. Aussi devons-nous faire l'élude de ce lait et, à cet égard, l'enfant présente trois conditions,

Du lait àê feinmt.

sition.

OU bien il est allaité par sa mère, ou bien par une nourrice, ou il est soumis à l'allaitement artificiel. Voyons ces trois états; les deui^ premiers présentent des points communs, car Tenfant, dans ces deux cas, reçoit du lait de femme, soit i par sa mère, soit par sa nourrice ; aussi réunirons-nous ces I deux conditions dans une même description. j

Btcompo- Le lait de femme à Tétat normal présente les caractères \ suivants : il est bleuâtre, légèrement opalin; mélangé a?ec une faible quantité d'eau, il prend une teinte bleutée particulière; il est inodore et d'une saveur légèrement sucrée : sa réaction est alcaline. La chaleur ne coagule pas ce lait, et si Ton y ajoute de Id présure, on obtient une coagulation très complète de la caséine. Si Ton analyse ce liquide, ce qu'ont fait beaucoup de médecins et de chimistes, et particulièrement Simon, Becquerel, Vernois, Doyère, Filhol, Joly et Henri Féry (1), on voit qu'il contient du beurre, du sucre de lait, de la caséine, de l'eau et des sels.

D'après les récentes analyses de Henri Féry (a), analyses faites à la nourricerie expérimentale établie à l'hospice des Enfants-Assistés, voici quelle serait en moyenne la composition de 100 parties de lait, d'une densité de 1 .03350 :

Eau 900.10

Extrait sec 133.40

Beurre -43.43

Sucre 76.14

Caséine 10.52

Sels 2.14

(1) Voici un tableau (Dict. dechi^ auteurs et les divers procédés d'ana-

fjf^ie de Wûrtz) qui donne l'analyse lyse employés. On n'y a pas indiqué

du lait de femme faite par diffé- le poids de l'eau, qui est le eomplé-

rents auteurs. La première colonne m^nt pour 100 du poids du résida

horizontale donne la composition sec. moyenne de chaque lait, d'après les

(a) Henri Féry, Étude comparée sur le lait de la femme, de Vâneue^ de la vaeke et de la chèvre^ 1884.

DE LA DYSPEPSIE DES NOUVEAU-NÉS, Composition de 100 parties de lait de femme.

AUTEURS

Moyenne générale.

Simon . . .

Id

Id

Id

Id

Id

Id

E. Marchand.

Becquerel et Vernois.

Doyères. .

Id

nihol et Joly....

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ll.U

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