IV. TflÉORIES PIATHÉSIQUES
/ 1** L'angine de poitrine est un spasme du cœur {Heberderiy 1768; Macbride, Hamilton, Deaumes, Lathatriy Lente),
î* L*angine de poitrine est une paralysie incomplète du cœur {Parry, Eichwaldy Jahn) ; une paralysie incomplète des muscles du cœur et un spasme périodique des vaisseaux pulmonaires (Schœffer).
i" Angine de poitrine duc à la dilatation, à la dégénérescence graisseuse du cœur {StokeSy Quain, etc.) ; à la surcharge du cœur (Black, Wall),
I* Manifestation de la goutte sur le cœur (Eslner, 1770 ; Barthey, Schmidt, Stœllery Schœ/fer, Bcrgius); de la goutte sur le diaphragme {Stepheny Butter, Darwin) ; de la goutte sur l'estomac avec symptômes cardiaques sympathiques [Macqueen),
î* Manifestation du rhumatisme (Schmidt, Viguier, etc.
Hnchard divise les angines de poitrine en deux grands groupes :
les angines de poitrine vraies et les pseudo-angines.
L*angine de poitrine, à laquelle il donne le nom de maladie de Rougnon- Heberden, est celle dont on meurt au deuxième ou troisième jour, elle a pour lui toujours pour cause une ischémie cardiaque due à Taltération des artères coronaires.
Les pseudo-angines de poitrine sont beaucoup plus nombreuses, elles peuvent résulter des quatre causes suivantes :
■ i" Angines de poitrine nerveuses, ce sont celles qu'on observe dans rhystérie, la neurataxie, rhypocondrie, la maladie de Graves, ei Tépilepsie ;
t* Angines de poitrine réflexes, que Ton observe surtout dans les aflections gastro-intestinales ;
3** Angines de poitrine diathésiques, qui ont été constatées dans la goutte, le diabète et la syphilis ;
4" Angines de poitrine toxiques produites par le tabac, le thé, le café, l'alcool (a).
(a) Henri Huchard, Deg angines de poitrine {Reime de médecine, 1883)'
certains troubles abdominaux, certains empoisonnements en particulier, peuvent être le point de départ de ce trouble vaso-moteur.
Qu'elle soit déterminée par une altération directe du vaisseau ou bien par un acte réflexe, cette ischémie cardiaque n'en est pas moins tributaire d'un traitement qui a pour base essentielle les poisons vaso-dilatateurs, en tête desquels nous devons placer la trinitrine, le nitrite d'amyle et la morphine. Aussi chez tout malade qui présentera ces phénomènes angineux, vous devez ordonner la trinitrine avec les injections de morphine. Si ces dernières sont préférables au moment de l'accès, dont elles empêchent Téclosion, elles présentent le sérieux inconvénient de transformer les angineux en morphinomanes; aussi tout en reconnaissant l'utilité de ces injections, je crois que la trinitrine est mieux indiquée, et, pour ma part, elle m'a donné parfois de merveilleux résultats.
Mais, il est encore d'autres moyens que l'on a conseillés en pareil cas, et sur lesquels je désire vous dire quelques mots. Commençons par l'électricité.
De L'application de l'électricité à la cure des aff'ections car-
diaques est de date récente; Durozier a pensé que (1), par
l'éleclricité.
(1) Voici une note de Tauleurque un muscle profond, pourquoi n'agi-
nous extrayons du traité d'Onimus rais-je pas sur le cœur ? et Legros, t J'ai observé une femme devingt-
€ Je pense, dit le docteur Durozier, sept ans, atteinte d'abord d'étourdis-
qu'on peut électriser le cœur comme sèment, de deux syncopes, puis de
tout autre muscle, mais le cœur ne paralysie et d'aliénation passagère,
se laisse pas influencer de la même Lorsque je l'examinai, le premier
manièrequelesmusclesdelavicani- claquement ne s'entendait pas sous
maie. Je place une des armatures le sternum, et je ne pouvais produire
à la pointe et l'autre à l'endroit où aucun souffle par la compression de
les deux poumons se séparent pour la crurale. L'électrisation, pratiquée
laisser le cœur affleurer: Dans un comme je l'ai indiqué, ramenait le
certain nombre de cas, je remarque premier claquement et le souffle pour
un efl*et produit. On me dira que un temps d'autant plus long que nous
c'est une action réflexe. J'agis sur avancions dans le nombre des séances.
réiectricité, il était possible de favoriser les contractions du cœur, et que, de même qu'on voit se produire des mouvements musculaires énergiques sous Tinfluence de couranls interrompus, de même on pouvait espérer que l'application de ces courants, faite à la région précordiale, amènerait les contractions du muscle cardiaque et combattrait Tasystolie. Les résultats n'ont pas confirmé cette manière de voir, et l'on en est encore à se demander si l'application, sur la paroi thoracique, de courants interrompus et d'une grande intensité a une action réelle et efficace sur le muscle cardiaque.
Mais, si l'action de l'électricité sur le cœur n'a pas produit tous les effets désirés, elle a donné, dans le traitement de l'angine de poitrine, certains résultats.
C'est Duchenne (de Boulogne) qui, le premier, a traité ranginedepoitrineparremploidecourantsintermittenls(l).
c CeUe femme présentait, suivant Dons, un cas de dégénérescence graisseuse du cœur.
c Dans un autre cas, au contraire, rélectrisation rendait le pouls plus Gliforme qu*il n'était, il fallait interrompre Texpérience; le cœur était comme tétanisé. Ici, le plus faible courant produisait des accidents.
Dans le premier cas, il fallait employer les plus forts courants de l'appareil Legendre.
c Dans un troisième cas, où nous notions un étouffement considérable, des irrégularités nombreuses, la faiblesse des battements du cœur et l'absence de claquement, réleclrisation diminua le Tolurae du cœur d'une manière manifeste et permit de produire, par la compression, un souffle dans la crurale droite et un double souffle intermittent dans la crurale gauche.
c L'électrisation du cœur, ainsi que
nous Tavons pratiquée,- ne présente aucun danger; elle ne peut pas tuer, ainsi que pourrait le faire rélectrisation du pneumogastrique, pratiquée dans le pharynx; elle peut troubler le cœur, mais le pouls nous fait immédiatement toucher du doigt le danger et nous arrête.
€ L'électrisation peut être utile dans la syncope, dans la congestion des cavités cardiaques, dans l'asystolie, enfîn dans la dégénérescence graisseuse du cœur. >
(1) Le premier fait relaté par Duchenne (de Boulogne) remonte à 1853.
Le malade était un homme de cinquante ans, corroyeur, atteint d'angine de poitrine depuis six mois, les accès étaient fréquents, et le malade pouvait même les produire à volonté en faisant un effort, un mouvement brusque, ou en montant un escalier.
Un accès angineux étant provoqué, Duchenne appliqua sur le mamelon
Courants intermittents.
Il se servait d'un pinceau métallique, en rapport avec la machine électrique qui porte son nom, le promenait autour du mamelon, et, dans quelques cas, il obtint la disparition complète des accès, et des guérisons véritables. Mais, à côté de certains cas favorables, il en faut citer d'autres bien désavantageux. Sous l'influence des courants, on voit, en efi'et,
Textrémité des deux (ils métalliques excitateurs qui communiquaient avec les conducteurs de son appareil d'induction gradué au maximum et marchant avec des intermittences très rapides. Â Finstant où l'excitation du mamelon fut produite, le malade ressentit une douleur atroce, mais instantanée; instantanément aussi disparurent la douleur de Tangine, ainsi que Tengourdissement et les fourmillements du membre supérieur gauche qui raccompagnaient.
Cette électrisation fut répétée à diverses reprises, et après chaque séance, le malade éprouvait une plus grande difficulté à reproduire son accès. Après quinze jours de traitement, le malade fut guéri et reprit son métier de corroyeur.
Vers la môme époque, Aran obtint aussi un succès chez une dame de trente-deux ans, atteinte depuis deux ans d'angine de poitrine.
Baulet et Becquerel, Holsbeck ont employé aussi Télectricité dans le traitement des angines de poitrine.
A propos des applications de l'électricité au cœur; rappelons une communication faite par Onimus à la So-
ciété de biologie, en janvier 1875. 11 a constaté que, lorsqu'on place les rhéophores d'une machined'inductiou sur les ventricules du cœur, chez un chien ou chez un chat, on arrête les mouvements de contraction de Torgane instantanément et d'une façon définitive. Le résultat, du reste, n'est pas tout à fait en rapport avec l'intensité du courant, mais dépend du nombre des interruptions. En effet, un appareil électrique, ne donnant qu'une seule interruption par seconde quelque fort que soit le courant, n'arrête pas le cœur, même si on place les rhéophores directement sur les ventricules. Avec cet appareil, on n'arrête pas non plus le cœur en électrisant les nerfs vagues. D*où ce précepte de ne pas se servir, pour électriser le cœur, des machines électriques ordinaires, qui donnent au moins quinze interruptions par seconde, mais d'appareils modifies ne donnant qu'une, deux, trois ou quatre interruptions par seconde; ainsi on évitera le danger déjà signalé par Vulpian et d'autres physiologistes : l'arrêt instantané des contractions rythmiques du cœur (a).
(a) Duchcnnc (do Boulogne), Bull, de ihérap.y 1853. — De Vêlectrisation localiséey 3« édit, Paris, 1872, p. 813. — Fliess, Derl, klin, Woch.y 1856. — Becquerel et Boulet, Comptes rendus de P Académie des scienceSy février, 1869. — Van Holsbeck, cité par Nivelet (de Commercy), De V électrisation généraliséCy 1869, p. 6i. — SoUes, Emploi de l'électricité dans Vangine de poitrine (J/^m. et Bull, de la Soc. méd. de Bordeaux, 1869). — A.-D. RockweU et C.-M. Beard, Electrisation in Ihe treatment ofang. pectoris (Med, and Surg. Rep., Philadelphia, 1869, t. XX, p. iOl-403).
quelquefois, non pas disparaître, mais se produire de violentes attaques d'angine de poitrine, et c'est même ce qui a fait abandonner à Duchenne, dans les derniers temps de sa vie, l'emploi de ce mode de traitement.
Un jour, en effet, un malade se présente dans son cabinet et réclame, contre une angine de poitrine, l'application des courants électriques; Duchenne commence,avec grande prudence, à appliquer les électrodes, et, presque instantanément, le malade est pris d'une violente attaque d'angine, et c'est à grand'peine qu'on put le rappeler à la vie. Le docteur Crisaphis, qui m'a rapporté ce fait, et qui aidait Duchenne dans cette circonstance, m'a dit que l'opérateur fut tellement impressionné par cet accident, qu'il se promit bien de n'avoir plus recours à cette méthode de traitement.
Mais, si les courants interrompus sont dangereux, il n'en couranu est pas de même des courants continus. Fliess (a) a déjà proposé, pour la cure des affections cardiaques, l'application dé courants continus descendants sur le pneumogastrique; on a de plus signalé, depuislongtemps, les avantages qu'on peut retirer de l'application de ces courants continus au traitement des névralgies, et je vous citerai à ce propos les observations de Niemeyer, Benedikt, Daily, Onimus, Bouchod, Lewandowcki, et plus récemment les travaux du docteur Ouspenski (de Saint-Pétersbourg) et de Huchard (6), C'est ce que nous verrons d'ailleurs complètement, lorsque j'exposerai devant vous le traitement des névralgies (c).
C'est sur ces deux données qu'on a basé l'emploi de ces courants à la cure des angines de poitrine. Hubener, Cordes, Fluebuch et plus récemment Armaingaud (d) ont déjà cité
(a) Flics», Berliner kliniiche Wochenschrifl, 1865, n* 26*
(6) Huchard, Angines de poitrine cardiaque et pulmonaire. Remarques sur dés synergies morbides du pneumogastrique.
(c) Voir t. ÎIT, Traitement des maladies du système nerveux* — Leçon sur les névralgies.
{d) Hubcncr, Deulsch. Arch. f. klin. Med., Xll, 5. — Coi'des, Deutsch, ArCh.f
plusieurs cas de celte afFeclion guéris par ce procédé, et j'ai vu, dans un fait intéressant d'angine, avec insuffisance aortique, les excellents résultats qu'on peut obtenir par ces courants continus.
Chez le malade dont je vous parle, les attaques se produiraient ainsi : la main était d'abord envahie, puis le bras, puis répaule, et, de ce point, la douleur descendait rapidement au cœur, et produisait tous les symptômes caractéristiques de l'angine. Pour arrêter la marche de la douleur, nous avons songé, Peter et moi, qui soignions ensemble ce malade, à appliquer les courants continus, et voici comment nous avons procédé :
L'appareil employé était une pile deGaiffe, qui se compose d'une boitecontenantplusieursélémentsavec boussole, pour j uger du passage du courant ; les fils communiquent avec des plaques d'étain très souples, recouvertes de peau de chamois maintenue humide pour empêcher l'action destructive que produiraient les courants sur la peau. Nous nous servions de courants descendants et, mettant le pôle positif à la partie supérieure du membreetle pôle négatif àlapartie inférieure, nous faisions ainsi, le long du bras une série d'applications consistant à placer les deux pôles sur l'avant-bras, le bras, l'épaule, applications que nous renouvelions ainsi chaque fois que le malade ressentait les douleurs prodromiques des attaques. Par ce moyen, nous arrêtions la marche envahissante de la névralgie, et, chaque fois que le malade y avait recours il voyait, par une application du courant durant une demi-heure, avorter à son début la véritable attaque angineuse.
Un fait curieux et qui avait bien frappé le patient, c'est que, lorsque nous appliquions le courant continu autour de
YlII, 1. — Flucbucb, Deutsch. Arch.y 1873. -- Arniaingaud, Note sur rangine de poitrine, Bordeaux » 1877, p. 20.
Tépaule, nous coupions pour ainsi dire la névralgie brachiale dans sa marche ascendante, en formant une sorte de barrière qui s'opposait au développement des accès douloureux du côté du cœur et de la poitrine. Vous pourrez répéter ce mode de traitement, qui ne présente pas de danger, et donne quelquefois d'heureux résultats.
J'en ai fini, messieurs, avec le traitement de la sclérose du cœur, des cardiopathies artérielles et de l'angine de poitrine. Je vais aborder maintenant l'étude des affections valvulaires et je commencerai par vous indiquer comment vous devez instituer le traitement des affections valvulaires compensées, c'est là ce qui fera le sujet de ma prochaine leçon.
CLI5IÛf E THÉRAP., 6* édU. I. — 4
TROISIÈME LEÇON
TRAlTEMEtXT DES MALADIES MITKALES COMPEiNSÉES
Sommaire. — Des maladies mitrales. — De renchainement des symptômes dans les maladies mitrales. — De Tliypertrophie compensatrice. — Règles de thérapeutique générale. — Des maladies miti*ales compensées. — De rhygiène dans les maladies mitrales. — De Texercice. — De TalimcntatioD. — De Talcool et du tabac. — De Tinfluence du climat. — De Faéro thérapie. — Hygiène morale. — De Thydrothérapie et des bains. — De la grossesse. — Du traumatisme. — Des médicaments proprement dits. — De la digitale dans les maladies mitrales compensées, ses dangers. — Du bromure de potassium. — Du rétrécissement mitral pur. — Son traitement.
Messieurs, dans les leçons qui précèdent, je me suis efforcé de faire une distinction nécessaire entre les cardiopathies vasculaires et les cardiopathies valviilaires ; je vous ai montré la différence profonde qui existe entre leurs causes et leur évolution réciproques ; Tétude des maladies valvulaires va nous montrer maintenant de quelle importance est la distinction que j'ai établie, non seulement au point de vue de la pathologie, mais surtout au point de vue thérapeutique, celui qui doit avant tout nous préoccuper ici.
Les affections qui frappent Tappareil valvulaire du cœur De, ^auproduisent deux effets ; ou bien après avoir enflammé le tissu ^^,^^^?,„ même de la valvule, elles produisent une rétraction entraînant une insuffisance, ou bien il s'est fait une soudure des valves et des dépôts plastiques qui ont rétréci son orifice ; dans les deux cas il est facile de comprendre quels troubles graves vont en résulter à échéance plus ou moins longue sur la circulation générale.
Parmi les cardiopathies valvulaires, on doit faire deux groupes.
1° Celles qui sont aiguës et s* accompagnent de phénomènes fébriles;
2° Celles qui ont au contraire une marche chronique ; ces dernières succèdent ordinairement aux premières.
Les affections valvulaires aiguës surviennent toujours au cours d'une maladie infectieuse ; elles représentent une localisation cardiaque du microbe qui a causé Tinfection primitive. Une seule espèce de ces maladies valvulaires aiguës nous intéresse; ce sont celles qui surviennent au cours du rhumatisme articulaire aigu. Les autres succèdent à' la pneumonie, à Tinfection puerpérale, etc., elles sont englobées aujourd'hui sous le nom générique d'endocardites infectieuses. Ces maladies sont ordinairement extrêmement graves, et leur thérapeutique se trouve le plus souvent au-dessus des ressources de notre art ; aussi ne vous parlerai-je pas de leur traitement, que vous pourrez toujours établir avec vos connaissances de thérapeutique générale.
Pas plus que celles que je viens de citer, les endocardites rhumatismales ne réclament de traitement spécial pendant leur phase aiguë, elles passent même inaperçues si on ne les cherche pas attentivement ; mais elles sont importantes à connaître, par les lésions ordinairement définitives qu'elles déterminent sur les valvules, lésions qui constitueront ces insuffisances et ces rétrécissements qui sont, à proprement parler, les véritables maladies du cœur, celles que vous observez le plus souvent, et celles aussi qui réclameront de votre part la thérapeutique la plus intelligente.
Dans ces formes chroniques des maladies du cœur, les seules dont je doive m'occuper avec vous, c'est le plus souvent, pour ne pas dire toujours, le cœur gauche qui est touché; aussi trailerons-nous, presque exclusivement, des
altérations des orifices du cœur gauche et des troubles qu'elles produisent dans le fonctionnement du mécanisme cardiaque.
Si, au point de vue de la pathologie, on a pu multiplier les divisions des maladies du cœur, et étudier séparément les maladies et les altérations piopres à chaque orifice, au point de vue de la thérapeutique nous pouvons grandement simplifier les choses; en effet, vous verrez que, quelle que soit la variété de lésions qu'on rencontre sur les orifices du cœur, on peut, en dernière analyse, ramener le traitement à deux points principaux ; le traitement des affections de l'orifice raitral, le traitement des affections de l'orifice aortique. Cette division est importante, et c'est pour ne pas l'avoir bien observée, que certains auteurs ont apporté une grande confusion dans l'étude du traitement des affections cardiaques.
Nous allons donc nous occuper successivement des lésions ï>e$ mitrales et des lésions aortiques. Mais avant d'exposer les muraies. moyens dont le médecin peut disposer dans le traitement de l'une ou de l'autre de ces lésions, nous ferons précéder chacun de ces chapitres, d'un court exposé sur l'enchaînement des différents phénomènes morbides, qui ont pour point de départ ces lésions, et qui constituent par leur ensemble les maladies du cœur.
Commençons donc par les lésions mitrales, et prenons pour exemple un malade qui, à la suite d'une endocardite rhumatismale, a vu se développer des lésions du côté de cette De icnvalvule. Michel Peter (a), dans ses Leçons^ a exposé d'une ^^^H' façon magistrale la marche de ces altérations, et il nous ^«« »y"»p-
tdmes.
a mdiqué comment, d'affections locales qu'elles sont au début, elles deviennent bientôt maladies générales.
(«) Michel Peter, Leçons de clinique médicalef Paris, 1873.
Le premier effet de cette double altération, sera de produire une distension de Toreillette gauche ; d'une part, parce que le liquide sanguin, passant lentement de cette dernière dans le ventricule, s'y accumulera ; d'autre part, parce que, à chaque systole du ventricule, une partie du sang refluera dans cette oreillette. Au bout d'un certain temps, cette distension atteindra les veines pulmonaires ; Rigal (a) nous a bien montré cette altération des parois des vaisseaux dans les affections du cœur ; puis, de proche en proche, il se fera une stase sanguine dans la petite circulation. Pour vaincre l'obstacle qui est ainsi apporté à ses fonctions, le ventricule droit, chargé de régler cette petite circulation pulmonaire, augmentera son action musculaire et s'hypertrophiera en même temps qu'il se dilatera. Ce trouble réagira bientôt sur Toreillette correspondante, et tout le système veineux, qui y aboutit, partagera à son tour cette distension. Alors le ventricule gauche commencera à modifier son mécanisme, parce que la grande circulation étant atteinte à son tour, il devra s'efforcer de compenser et de combattre l'obstacle apporté à son fonctionnement. Il s'hypertrophiera et se dilatera.
Mais, dans le cours du système veineux, des organes importants sont compris, organes qui ont une influence prépondérante dans la formation du liquide sanguin ; le foie et les reins ; aussi aux troubles mécaniques de la circulation verrons-nous succéder, peu à peu, des altérations profondes du sang, et nous passerons alors à cet état particulier décrit sous le nom de cachexie cardiaque.
Si je me suis bien fait comprendre, je vous ai montré, P^ messieurs, que le rôle du cœur était un rôle compensateur, riiypor- et à cet égard j'adopte complètement les idées lumineuses compensa- dc Bcau sur l'hypcrtrophic compensatrice.
trico.
(a) Rigal, De ra/faiblissement du cœur et des vaisseaux dans les maladies chroniques. Thèse de Paris, 1866.
Ce médecin a montré, en effet, que, si un obstacle se produit au fonctionnement régulier du cœur, celui-ci pour le surmonter, se contracte plus énergiquement, et ce surcroît de travail entraîne une augmentation physiologique de la masse du cœur. Aussi ne devons-nous pas, comme le voulaient les auteurs anciens, nous opposer à cette hypertrophie; mais, au contraire, la favoriser, et toute la thérapeutique des maladies chroniques du cœur se résume à mettre cet organe au niveau de sa tâche.
Mais, tout travail musculaire physiologique exagéré, s'il amène une augmentation de volume du muscle, produit aussi des phénomènes de combustion chimique modifiant rapidement la structure de la fibrille musculaire, qui perd ses propriétés contractiles. Le muscle cardiaque n^échappe pas à cette grande loi ; à l'augmentation physiologique de ses éléments musculaires succède bientôt une altération granujpgraisseuse, et alors surviennent les troubles locaux du cœur, puis des perturbations générales de la circulation, puis enfin, la cachexie cardiaque, parce que le cœur est devenu impuissant à compenser les lésions dont l'hypertrophie avait été le point do départ.
Nous ferons donc jouer aux modifications que présente le Des muscle cardiaque, sous l'influence des altérations des orifices, un rôle primordial, dans la thérapeutique. Nous diviserons les affections de l'orifice mitral, qui nous occupent plus particulièrement en ce moment, en deux périodes : dans la première, le cœur, comme on dit, compensera la lésion, c'est-à-dire qu'il s'opposera à la production, soit de troubles locaux, soit de troubles généraux; dans la deuxième période, au contraire, le cœur deviendra insuffisant. C'est alors que nous verrons se dérouler successivement tous les phénomènes caractérisant la maladie confirmée; maladie qui, débutant par des troubles locaux du cœur, aboutit par phases
maladies du cœur
compensées.
successives à cet état général qu'on décrit sous le nom de cachexie cardiaque.
Les moyens dont dispose le médecin, varieront selon ces différentes périodes. Nous allons commencer par l'exposition de la thérapeutique des maladies de Torifice mitral lorsqu'elles sontcompensées, c'est-à-dire aux périodes ^W5y5tolique et hypersystolique de Fernet et de Huchard. Hygiène L'hygièuc a, dans cette thérapeutique, la plus grande *'tquT P^rt; aussi insisterons-nous beaucoup sur les principales indications hygiéniques que le médecin devra remplir; elles ont trait principalement à l'exercice et à l'alimentation, innuence L'cxercicc a une importance considérable dans le déverexwcice. loppcmcut des affections du cœur. Vous savez en effet que, à l'état physiologique, sous l'influence des efforts prolongés et soutenus, le cœur subit une asystolie passagère; cet état, qu'on a décrit sous le nom de cœur forcée surmené ^ disparaît rapidement chez les individus qui ont un cœur sain, mais présente, au contraire, une certaine gravité chez les malades porteurs d'une lésion mitrale; et l'on comprend facilement comment les exercices prolongés viennent augmenter le trouble mécanique de la circulation. Aussi, à tout malade atteint d'affection mitrale, ne devez-vous permettre qu'un exercice régulier, mais peu prolongé, et si vous avez affaire à des enfants, vous interdirez les excursions, les ascensions et les courses trop rapides, j
Quanta la gymnastique, quoique Artel et Schoot(de Francfort), Classen, Sommerbrodt et Heiligental l'aient conseillée dans la cure des affections organiques du cœur, et que cette pratique soit devenue courante en Allemagne, je persiste à penser que dans bien des cas elle est plus nuisible qu'utile, et j'ai longuement exposé la raison de mon opinion dans les conférences que j'ai consacrées à la kinésithérapie {a).
(a) Dujardin-Bcaumetz, Hygiène thérapeutique, Paris, 188«, p. 44.
fossioDi.
Souvent même, vous serez consultés par les familles pour De. prosavoir quelle profession pourrait embrasser un jeune homme atteint dans son enfance d'un rhumatisme articulaire aigu ayant laissé à sa suite une lésion mitrale. Votre réponse sera facile, et, parmi les professions, vous tâcherez de choisir celles qui demanderont le moins d'efforts musculaires et celles qui réclameront un travail le plus souvent assis.
Mais, à coup sûr, ce que vous devez proscrire presque absolument, c'est la pratique de notre art, qui outre les émotions de chaque jour, réclame de la part du praticien une fatigue corporelle notable, soit pour franchir les distances éloignées, s'il exerce à la campagne, soit pour monter aux divers étages, s'il habite une grande ville (1).
(1) l.e cœur surmené a été surtout bien observé par les médecins militaires et on peut signaler pour la France les travaux de Kelsch, de Daga, de Coustan, etc. Cliniqucment, cette affection est caractérisée par de rarythmie, des palpitations, Je Tintermittence dans le premier degré de l'affection; par de riiypertropbie et de la dilatation pour le second et par de Tasystolie aux dernières périodes de la maladie. Trois opinions ont été émises sur la pathogénie de cette affection ; les uns la considéraient comme résultant de Thypertrophie du cœur, par suite d'un travail exagéré du muscle cardiaque; les seconds invoquent une altération primitive du myocarde, qui précéderait la dilatation du cœur; les troisièmes soutiennent que les phénomènes cardiaques sont déterminés par l'accumulation des leucomaïncs dans réconomie; ces leucomaïnes sont en effet des toxiques du cœur et leur action se rapproche de celle de la muscarine.
D'autres causes peuvent aussi être
invoquées; ainsi un médecin anglais, Â. Myers, appelant l'attention sur la fréquence des affections cardiaques dans l'armée anglaise, signale comme ayant une grande influence sur la circulation la forme des habits, l'équipement, l'étroitesse des uniformes qui, serrant le cou, empêchent, la circulation et cette cause pourrait être invoquée surtout pour le jeune soldat, dont le thorax, non encore ossifié, est comprimé par l'uniforme, qui empêche la poitrine de se dilater complètement.
A ce propos, il est bon de rappeler ù toute femme, spécialement à celle qui est atteinte d'affection du cœur, que se serrer trop, dans un corset qui rétrécit la capacité thoracique, c'est troubler le libre fonctionnement du cœur et des poumons, et risquer, sinon de développer une maladie cardiaque, tout au moins d'aggraver celle-ci, si elle existe déjà.
Parmi les professions que le médecin devra interdire aux cardiaques, on peut ajouter ;
V Celles qui exposent au froid, à
58 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPErTIQUE.
Influence Cettc influencc de l'exercice et du travail manuel est teilcmanûlî. Hieut prépondérante dans les affections mitrales, qu'elle établit, au point de vue du pronostic, une différence considérable entre Thomme riche, qui peut disposer de son temps à sa guise, et l'ouvrier, forcé de demander son salaire journalier à un travail incessant.
Jamais inégalité sociale ne fut plus grande ; tandis que le premier peut atténuer et retarder à des périodes plus ou moins lointaines toutes les phases de sa maladie du cœur, l'autre, au contraire, dès qu'il reprendra son travail, verra reparaître les troubles mécaniques delà circulation.
C'est ce que nous observons chaque jour dans nos salles, où vous voyez des hommes, jeunes encore et vigoureux, qui, porteurs d'affections mitrales, viennent à l'hôpital pour combattre le premier symptôme local de leur maladie. Grâce au repos, grâce à quelques soins hygiéniques bien entendus, ces symptômes locaux disparaissent, l'homme reprend sa vigueur ; mais, dès qu'il voudra se livrer à ses travaux habituels, les mêmes symptômes se reproduiront sous l'influence de la fatigue, et le forceront à rentrer de nouveau à l'hôpital. De sorte que cet ouvrier, qui paraîtrait devoir doniier encore une somme suffisante de travail, devient, par le fait
rhumidité (blanchisseuses) et qui nuisibles, tels que le plomb (acci-
peuvent causer des rhumatismes; dents saturnins, lésions cardiaques
2** Celles qui exigent de grands ef- indiquées par Durozier) ;
forts (forgerons, porteurs aux halles, ^" La profession de mineur, qui
boulangers); prédispose à Tanémie;
3" Celles dans lesquelles on respire B*" Celle de marin ou de solun air impur, ou chargé de principes dat (a) .
(a) A. Myers, On Ihe EUology and Prevalence of Diseases of ihe Htarl among Solditrs, 1870. — Fotherçill (Milner), VEffort dans ses rapports avec les organes circulatoires (British Med. Joum., 1873). ^ Spillmann (P.)»/)u rôle de la fatigue et de V effort dans le développement des affections du cœur {Arch. gén. de médecinCj 1876). — Lévy, Du canir forcé ou de Vasystolie sans lésions. Thèse de Nancy, 1875. — Fraenzel, Hypertrophie et dilatation du cœur, causées par les fatigues de la guerre (Arch. fur PalhoL, ann. 1873). — Coustao, De la prématuralion militaire et du cœur surmené {Gaiette hebdomadaire des sciences méd. de Bordeauxj mai, jiiiu et juillet 1885).
de sa maladie de cœur, un homme incapable de travailler et par cela même inutile.
A côté de l'exercice, il vous faut placer ralimentation (a) AUmenuqui joue, elle aussi, un rôle important dans le traitement diététique des affections cardiaques.
A l'époque où l'on considérait qu'il fallait traiter l'hyper- du ré^me trophie du cœur, Sénac, Morgagni, Scarpa, Valsalva, Alber- uire. lini, Corvisart et autres firent entrer la diète comme un des éléments principaux de leur thérapeutique, et cette erreur aété prolongée jusqu'au commencement de ce siècle. Jamais, messieurs, la diète n'a eu une influence favorable dans la marche d'une lésion mitrale ou aortique. Elle n'a pu que favoriser l'affaiblissement du muscle cardiaque et, par cela môme, le développement des troubles mécaniques de la circulation. Aussi a-t-on abandonné ces errements et conseillé, tout au contraire, aux malades un régime tonique et réparateur.
Il ne faut pas cependant que ce régime^ dépasse certaines limites ; il est nécessaire que les aliments introduits soient digérés rapidement et qu'ils ne déterminent pas dans l'estomac une distension qui gêne et trouble les fonctions du cœur et celles du poumon; en un mot, il est nécessaire que cette nourriture soit substantielle et tonique, mais sous un petit volume.
Il faut aussi que les fonctions abdominales se fassent d'une façon régulière; vous devez donc éviter la constipalion, et, si elle se produit, la combattre, soit par de légers drastiques (aloès,par exemple), soit par des eaux purgatives naturelles (Rubinat,Pullna,BirmenstorfretHunyadi-Janos).
Mais si vous pouvez être très tolérants dans la variété des De rusacro aliments et des boissonsque vous permettrez aux cardiaques, ,.^*jj^
(a) Pipeaux, Du régime alimentaire dans les maladies du cœur.
60 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEl TIQUE.
il est cependant un point sur lequel vous devez faire des réserves absolues : c'est sur l'usage des alcools (1).
Limités à un verre de liqueur après les repas, les alcools n'ont pas d'effets fâcheux, ils stimulent et activent les digestions; mais il n'en est pas de môme lorsque, dépassant cette limite, on arrive à l'abus d'alcool ou de boissons alcooliques. Ces abus sont des plus préjudiciablesauxporteursd'affections cardiaques, et ils ne peuvent que favoriser et activer cette altération granulo-graisseuse dont nous devons retarder le plus possible l'apparition.
Du thé A côté de l'alcool il faut placer l'abus du thé et du café ;
duMfé. ces médicaments qui sont d'excellents toniques du cœur, comme nous le verrons, produisent souvent, lorsqu'on en abuse, des palpitations sur lesquelles Percival et Stokes (a) ont insistédepuislongtemps ; je connaisbien despersonnes,et jepourrais me citercomme exemple, qui ne peuvent prendre, mémeàdesdosestrès restreintes, duthéoudu café sans éprouver des intermittences du côté du cœur. Je reconnais toutefois que l'usage modifie ces effets : vous aurez donc pour ces deux boissons à vous rapporter aux habitudes de vos malades.
Du tabac. Lc tabac, comme l'alcool, doit attirer votre attention, et vous devez repousser absolument son usage chez les individus atteints d'affections du cœur. En effet, si nous laissons de côté les quelques troubles passagers et même cette sorte d'empoisonnement chronique que détermine chez l'homme l'abus du tabac, nous voyons que le tabac, ou, si l'on veut, son alcaloïde, la nicotine, a une action toute spéciale sur la moelle et le système nerveux. A doses élevées, comme
(1) Voir aux Leçons sur le traite^ sultats des recherches de Dujardintnent des maladies de VestomaCy Heaumetz et Audigé à ce sujet. Faction toxique des alcools, et les ré-
(a) Percival, Lame brief notices of Ihe deletorious and the médicinal effecls 0/ greentea, in Dublin Hospital Reports, 1817. — Slokcs, Traité des maladies du cœur et de Vaorte, trad. par Sénac, 186i, p. 5li5, 529.
Ta montré CI. Bernard (1), il augmente les battements du cœur et produit des intermittences, et ceci vous explique combien sont désastreux ses effets sur les cardiopathies. Graves, Beau, Joly, Decaisne, Bertillon, Blatin (2), ont depuis longtemps appelé l'attention sur ces faits, et plus ré-
(I) Cet alcaloïde est un des poisons les plus violents que Ton connaisse ; quelques gouttes tombant sur la cornée d'un animal le tuent presque instantanément. La nicotine, par Tapparence symptomatique de ses effets et par son activité, se rapproche beaucoup de Tacide prussiquc (Cl. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses).
La nicotine agirait surtout sur la protubérance (Vulpian) et sur le bulbe (G. Sée). Administrée à faible dose, elle accélérerait les battements du cœur (Claude Bernard, Blatin, Jnllien) ; mais cette accélération serait précédée d'un stade de ralentissement (Traube) ; à dose toxique, la nicotine produirait toujours l'accélération du cœur, mais cette fois sans ralentissement initial.
Sur les vaisseaux sanguins, la nicotine à faible dose ne produirait aucune action, mais à dose toxique elle augmenterait lacontractilité des vaiscaux et, par cela même, la tension Tasculaire(Cl. Bernard, G. Sée, Basch et Oser, Traube, Bosenthal, Truhart).
Cette action n'est pas admise par
Vulpian, qui la considère comme uu artifice de préparation.
D'après Stugocki, Fageret, Jullien, Eugène Fonssart, il sufflrait de fumer un cigare ou une pipe pour constater d'une manière évidente une accélération du pouls, et on pourrait compter de 5 à 12 pulsations de plus qu'avant d'avoir fumé; jamais on n'aurait observé de ralentissement.
Les tracés sphygmographiques indiqueraient une augmentation dans la force des battements. G. Sée considère la nicotine comme un poison vasculo -cardiaque, il pense que son influence sur la digestion et les sécrétions n'est que secondaire (a).
(2) Decaisne a observé vingt et un cas d'intermittences du pouls, indépendamment de toute lésion organique du cœur, sur quatre-vingt-huit fumeurs incorrigibles. D'après lui, l'abus du tabac peut produire un état pathologique qu'il appelle nicotisme du cœur, et qui se traduit par des intermittences dans les battements de cet organe et dans les pulsations delà radiale {Académie des sciences, 1865).
Jolly et Bertillon ont confirmé ces faits.
(ê) Vulpian, Comptes rendus de la Société de biologie {Nicotine, 1859). Leçons profestées à la faculté de médecine^ 1875 {Progrès médical, 1875). — Rouget, Journal de physiologie, 1860. — Tardicu, Etude médico-légale et clinique sur r empoisonnement. — Graves, Clinique médicaU, 3* édit., t. II. — Decaisne, Inter* mitiences des battements du cœur et du pouls par suite de Vabus du tabac à fumer {Ga%ette des hop., 1864). — Beau, De la fumée de tabac considérée comme cause de Vangine de poitrine {Acad. des sciences, 186:2). — Bertillon, Union médicale, 1866. -- Math. Fageret, Du tabac, son influence sur la circulation et Vintervenlion. Thèse de Paria, 1867. — Mémoires de la Société contre Vabus du tabac. — C. Sée, Leçons de la Charité {Mouvement médical, 1875). — Fonssard, De Tempoisonnement par la nicotine et le tabac. Thèse de Paris, 1876.
62 LEÇONS DE CLINIQUE TllÉUAPEl'TIQUE.
cemmenl, Germain Sée a insisté longuement sur ce point, aussi tout le monde connaît-il aujourd'hui cet état angineux particulier, développé par Tusage du tabac. Défendez donc, messieurs, à vos malades non seulement de fumer, mais encore de vivre dans une atmosphère où se trouvent réunis un grand nombre de fumeurs. Efforcez-vous de montrer à vos clients les graves conséquences qui en résulteraient pour eux, s'ils ne mettaient pas fin à une habitude vicieuse et dangereuse qui ne peut qu'aggraver leur maladie du cœur.
De A côté do ces grands préceptes d'hygiène, il faut signaler
^moraîr l'hygiène morale et ne jamais oublier celle parole si juste de Michel Peter : « Le cœur physique est doublé d'un cœur moral. » En effet, toutes les passions politiques ou autres, toutes les émotions vives, auront leur retentissement du côté du cœur; elles augmenteront le travail de ce dernier, et par cela même seront causes aggravantes de la maladie. Il faut donc que le cardiaque évite tous les mouvements passionnels ; qu'il renonce au jeu, à la politique, aux affaires, à la spéculation; en un mot qu'il se couvre pour ainsi dire, d'une triple cuirasse, comme le dit Horace, contre laquelle viendront se briser toutes les émotions dont l'atteinte ne pourrait qu'aggraver son état et accélérer la marche des accidents.
Mais ces préceptes d'hygiène morale et générale ne suffisent pas toujours, et il est d'autres points sur lesquels nous devons insister.
ciimais. Quel climat conseillez-vous à un cardiaque? Aux maladies du cœur conviennent surtout les climats doux et tempérés, à température fraîche plutôt que chaude. Rejetez tout à fait les climats excessifs : dans les pays froids, les accidents fréquents du côté du poumon entraînent le trouble des fonctions du cœur; dans les régions trop chaudes, le malade aura à redouter la fréquente anémie des pays chauds, les troubles
TRAITEMEXT DES MALADIES MITRALKS COMl»ENSÉES. 63
intestinaux, diarrhées, dysenterie et de plus les intoxications palustres, toutes causes de débilitation générale.
Recommandez à vos malades d'éviter les brusques varia- do Uons de température ou Tair trop chargé d'humidité. Que le uon!*' cardiaque se choisisse une habitation bien aérée, peu exposée aux violents courants d'air, et, par conséquent, plutôt dans une vallée abritée des vents et de l'humidité que sur le sommet d'une colline ou d'une montagne élevée.
Voyons maintenant ce qu'on doit penser et ce qu'on peut attendre des bains et de l'hydrothérapie en général.
Nous n'aurons que quelques motsà dire sur les bains d'air Adroihoracomprimé; nous reviendrons plus complètement sur cette ^'*'* question lorsque je parlerai des affections pulmonaires (a), mais ce que je puis vous dire, c'est que tout le monde paraît être d'accord, aujourd'hui, pour repousser ces bains d'air comprimé du traitement des aff'ections cardiaques (l ).
Quant aux bains tièdes, vous pourrez les permettre à vos dcs bains.
(1) Au point de vue des avantages D'autres auteurs ont vanté les ef-
à retirer de raérothérapie dans le fets de Tair comprimé, et Walden-
trailement des affections du cœur, burg, par exemple, pense que les
deux opinions opposées sont en pré- inspirations d'air comprimé sont iu-
sence. Pour les uns, comme Ducrocq, diquées dans les affections du cœur
rair comprimé est inefficace dans les gauche, insuffisance roitrale et aor-
maladies du cœur, il est même con- tique, et dans les sténoses des ori-
traire dans le traitement des affections fices veineux et artériels gauches. Les
organiques de cet organe; Fontaine expirations dans Fair raréfié sont in-
partage en partie cette manière de diquées dans les maladies du cœur
voir, puisqu'il considère que Thyper- droit (insuffisance tricuspide, sténose
tropbie du cœur et les affections car- du cœur droit).
diaques, caractérisées par des lésions Lambert, qui a repris les expérien-
des valvules sigmoïdes ou tricus- ces de Waldenburg, croit aussi à Tef-
pides sont des contre-indications à ficacité de Tair comprimé qu'il com-
l'emploi de la pneumothérapie. Le pare, comme action, à la digitale.
professeur Schnitzler (de Vienne) est Comme avec ce médicament, lo pouls
du même avis, et dit n'avoir jamais se régularise sous l'action de l'air
tiré grand profit de cette méthode comprimé, mais le processus est
dans le traitement des cardiaques, différent : la digitale augmente d'a-
(a) Voy. t. II, Traitement des maladies du poumon. — Leçons sur Vaérothé-* tapie.
61 J.EÇOiNS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
malades; pris avec prudence, sans être Iropprolongésou trop souvent répétés, ils sont sans inconvénients. Mais il n'en est pas de même des bains trop chauds ou des bains froids de mer ou de rivière ; comme les bains de vapeur, ils ne peuvent qu'être nuisibles, aussi devez-vous les défendre.
Des bains L'eau froidc, en effet, et Teau de mer en particulier, peut provoquer des accidents multiples, entre autres des congestions locales vives, principalement des congestions pulmonaires; or,vouslesavez,celles-cine peuvent qu'augmenter le trouble de lapetite circulation, qui survient l'un des premiers, du reste, dans l'ensemble des lésions mitrales. Sui*veillez donc vos malades, recommandez-leur la prudence, et rappelez-leur que bien souvent on a vu survenir des accidents graves après des bains de mer pris inconsidérément par des cardiaques.
i>« Quelques médecins cependant ont pensé que l'hydrothé-
thôrapic. rapie pourrait donner de bons résultats. Malgré les faits de Fleury, Bouillaud, Hirtz, Michel Peter (a) et autres observateurs, je crois que vous devez proscrire de pareils moyens;
bord la force contractile du cœur, et congestion pulmonaire et de la dysce n'est que consécutivement que les pnée, augmentation de la capacité divers phénomènes morbides et la vitale, oxygénation et décarbonisacongestion disparaissent; avec Tair tion du sang plus énergique, comprimé, la congestion disparait Dans Thypertrophie du ventricule d'abord et la régularisation de la gauche, on obtiendrait de bons récirculation vient ensuite. sultats du traitement : abaissement D'après Lambert, les bains d'air de la tension artérielle, diminution comprimé rendent la systole plus fa- de la congestion pulmonaire, cile. Il y a diminution du travail du Enfin, Lambert conseille les inspicœur gauche et augmentation du tra- rations d'air comprimé dans les affecvail du cœur droit, disparition de la tiens valvulaires (6).
(fl) Bcni-Bardc, Traité théorique et pratique d'hydrothérapie^ i87i. — SufTermann, De V emploi de V hydrothérapie dans les maladies du cœur {Gai. méd. de Strasbourg j 1871). — Dufrcsse de Cliassaignc, Du traitement et de la guérison de l*anévrisme du cœur, Paris, 1877. — Fleury, Traité thérapeutique et clinique d'hydrothérapiCyi^iî. — Hirtz, Galette médicale de Strasbourg, 1872.
(6) Ducrocq, Étude expérimentale sur la respiration d'air comprimé, Paris, 1875. — Lambert, Etude clinique et expérimentale sur Vaction de Vair comprimé et raréfié. Thèse de Paris, 1877.
et loi^qu*on parcourt les observations citées à l'appui de l'emploi des douches froides dans les affections mitrales, on se demande s'il ne s'agissait pas plutôt de troubles anémiques que de véritables lésions du cœur. Pour ma part, je crois, avec Beni-Barde, contre-indiquée l'hydrothérapie dans les maladies du cœur compensées.
Ceci nous amène à vous parler de l'emploi des eaux minérales, et nous devons nous demander s'il existe des eaux ayant une influence curative sur les affections du cœur ; non, à notre avis, ces eaux n'existent pas. Citons cependant le travail du docteur Dufresse de Chassaigne (1), qui soutient que les eaux de Chaudesaigues (Cantal) et celles de Bagnols (Lozère) ont une action curative sur l'hypertrophie du cœur; il a rassemblé de nombreuses observations dans lesquelles il prétend avoir obtenu la guérison de l'anévrisme du cœur par l'emploi de ces eaux. Cet auteur a même été plus loin, et il a localisé, dans les sulfures communs à ces deux eaux, l'élément spécial de ces cures. Nous craignons que Dufresse
oaux minérales.
(1) Expérimentant avec les eaux de Chaudesaigues, rangées parmi les sources alcalines chaudes, et avec les eaux de Bagnols, classées parmi les eaux sodiques sulfureuses chaudes, Dufresse de Chassaigne dit avoir constaté souvent la guérison de Tanévrisme rhumatismal du cœur.
Bien que, dit Fauteur, rigoureusement ces eaux thermales puissent être appliquées à tous les cas, en général, cependant il ne faut pas que TafTection soit trop ancienne, que l'induration des valvules soit arrivée à Tétat cartUagineux, ni que les rétrécissements soient trop multipliés, trop anciens et tapissés de végétations. — J^i darée du traitement est de dixhuit à vingt jours (à la source); Teau est employée en boissons, en bains et en étuves ; la douche ne s*administre
CLIXIQUE THÉRAP., 6* édit.
que si la maladie s'accompagne de douleurs ou de raideurs articulaires.
Lorsque le malade ne peut venir prendre les eaux, Dufresse de Chassaigne le traite par le sulfure de po-» tasse, seul ou additionné de fer réduit par rhydrogène ou d'acétate de plomb cristallisé ; le sulfure de potasse est prescrit à la dose de 5, 10, 15 centigrammes, le malin à jeun, soit en pilules, soit en solution dansdeTeau distillée filtrée.
Sulfure de potasse 5 gr.
Gomme arab. en poudre. . . 7 —
M. S. A. et faites iOO pilules.
Une le matin pendant trois jours; puis deux, le matin à jeun, pendant le reste du traitement, qui dure quatre à cinq semaines.
de Chassaigne ne se soit illusionné; guérir Thypertrophie chez un malade atteint d'affection mitrale serait lui rendre un triste service; il faudrait donc que ces eaux eussent une action spéciale sur raltéralion des orifices, ce qui, jusqu'à preuve contraire est bien difficile à admettre.
Nous pensons, au contraire^ avec Bordeu, Durand-Fardel, Candellé, que les eaux minérales et en particulier les eaux sulfureuses ont une action nuisible sur la marche des affections du cœur, et que ces maladies constituent une contreindication à l'usage de ces eaux (1).
(i) Bordeu dit à ce sujet : t Sénac annonce et prouve que les affections de la poitrine dépendant d'un vice intérieur dans le cœur sont incurables, et je ne doute pas que Tusage de nos eaux ne les rendit bientôt mortelles. » Durand-Fardel ajoute : c On redoute la stimulation produite par les eaux thermales, et où peut-on mieux les redouter que dans une station sulfureuse? >
Candellé a montré que Tusage des eaux sulfureuses provoquait des palpitations et augmentait Tintensité des i)ruits de soufQe. Il considère ces eaux comme devant être proscrites dans le cas des maladies organiques du cœur (a).
Dans Texcellente traduction que le docteur Cozzolino (de Naples) a faite en italien de ces Leçons deikérapeutiquey il résume les travaux que les médecins italiens ont faits à propos de l'application de Thydro-tliermotliérapie au traitement des affections cardiaques. En 1877, le professeur Capozzi publiait, dans le Morgagniy une lettre dans laquelle il démontrait
Tutilité des grands bains dans certaines affections cardiaques. Dans la môme année, Eugène Faggio signalait la valeur thérapeutique des thermes Belliazzi-Mauzi dans les cas d'endopéricardite avec ou sans altération des valvules. Le docteur Villani, en 1878, a publié treize observations d'endopéricardite avec ou sans altération des oriGces cardiaques traitées par les bains, et il a cru pouvoir tirer de sou travail les conclusions suivantes :
1* Les processus endo-péricardiques qui accompagnent les formes arthropathiques, et qui n'ont pas encore donné lieu à des altérations valvulaires, n'empêchent pas Tusagc des eaux thermo-minérales.
2* Même dans les vices valvulaires du cœur, il n'y a pas toujours contreindication. Toutes les fois que l'épaississement d'une ou de plusieurs valvules n'altère que le mécanisme circulatoire, et que le rhumatisme exige un traitement énergique, il ne faut pas proscrire le bain thermo-minéral.
3o Lorsque le myocarde prend part au processus inflammatoire de l'en-
(a) Candellé, De quelques contre-indications dans Vemploi des eaux sulfureuses, tirées de leur action sUf le cœur {Bulletin de thérapeutique y t. LXXXVllI, 203, «41,346,421). ^
Ces chapitres sur Thygiène, messieurs, seraient incomplets si nous ne parlions pas de Tinfluence de la grossesse sur la marche des affections du cœur, circonstance dominante au point de vue de l'hygiène des femmes atteintes d'affection mi traie.
Depuis que Larcher a montré l'hypertrophie du cœur se tmiuedco produisant à chaque grossesse, et depuis surtout que Duro- ^^oVelso, zier, Peter, Sée, Budin, Martin, Angus Macdonal nous ont tracé, d'une façon si nette, l'influence de la grossesse sur les affections du cœur et réciproquement, le médecin doit avoir son attention éveillée sur ces points, et rappeler à toute femme atteinte de ces maladies que la grossesse est, pour elle, une situation aggravante.
Cette influence est double, en effet, et elle nous montre, d'une part, que la grossesse augmente l'hypertrophie du cœur et hâte l'évolution granulo-graisseuse de l'organe, d'autre part, elle nous montre aussi que les fausses couches sont des accidents fréquents chez les malades atteintes d'affections cardiaques (1).
docarde, il y a contre-indication du 6» Lorsqu'on prescrit un bain dans
hain thermo-minéral. les cas indiqués, le bain ne doit pas
i* De même les frissons dans Yen- avoir plus de 23 à 25 degrés Réaumur ;
docardite, les engorgements de la la durée varie entre 5 et 25 minutes,
rate avec douleur de la région cor- 7" Si on est en présence de formes
respondante, le vomissement, Thé- endo-péricardiques avec vices valvu-
maturie, l'albuminurie,, les alliéro- laires tels, qu'ils contre-indiquent masies, les congestions cérébrales ' les bains, et si, d'autre part, le ma-
récurrentes, les symptômes qui in- lade exigeait pour ces conditions spé-
diquent l'altération du myocarde ciaies un traitemen! thermo-minéral,
comme la dyspnée, l'œdème, l'asys- ce traitement doit se borner à l'usage
tolie, l'hypersystolie, le marasme des douches, des fanghi, d'étuves
cardiaques, sont des contre-indica- partielles, de boissons, en excluant
tiens absolues du bain. le bain par immersion (a).
5* Les péricardites chroniques ac- (1) La grossesse fait subir des
roropagnécs d'épanchcmcnts séreux transformations au sang, dont elle
se trouvent dans le même cas. modifie la composition chimique, et
(a) Villani, la Balnéothérapie dans le rhumatisme compliqué de vices du cœut^
Influence du traumatismo.
68 LEÇONS DE CLINIQUE THÉIl\PEUTIOUE.
Le professeur Verneuil, qui a appliqué avec tant de succès à l'étude de la chirurgie les données de la pathologie générale, et qui nous a fait voir successivemenl Tinfluence des grandes diathèses sur le traumatisme et réciproquement, n'a eu garde d'oublier les affections du cœur 5 il nous a montré aussi l'influence mauvaise du traumatisme sur les mala-
au cœur,qu'elle hypertrophie.D'après Larcher et Ducrest, Tépaisscur du ventricule gauche peut augmenter de 1/3 ou de 1/i. Blot a établi que le poids du cœur, pendant la gestation, s'élève de 220 à 230 grammes à 201'"^ 1)5, et Durozier, par une percussion bien faite, a pu démontrer aussi, cette augmentation de volume {Bulletin de la Société de médecitu de Paris, iH6H).
Os nouvelles conditions du sang vt du cœur sont temporaires et cessent après Taccouchement ; elles ne sont donc pas très importantes pour la femme bien portante, qu'on voit rependant quelquefois atteinte d'endocardite puerpérale (deLotz, Auguste Ollivier); mais il n'en est pas de même de la cardiaque.
La maladie de cœur et la grossesse réagissent, en effet, l'une sur l'autre. La santé de la femme, sa vie môme, comme celle de son enfant, sont gravement compromises par le fait de Taffection cardiaque, et les accidents peuvent survenir, pendant le cours de la gestation, au moment de l'accouchement, au moment de ta délivrance et même quelque temps après. Outre les faits de catarrhe suffocant (signalés par M. Peter) qui surviennent vers le cinquième mois, on peut voir se manifester une aggravation immédiate de la maladie du cœur, et, s'il est quelques fenmies qui traversent impunément une série plus ou moins longue de grossesses, il en est mal-
heureusement d^autres chez lesquels les on constate,après l'accouchement, que la lésion a fait de grands progrés.
La cardiaque aura à redouter des fausses couches (sur quarante et une cardiaques, Durozier a trouvé vingt et une fausse couches ou accouchements à six mois), des hémorragies avant ou après raccouchement,au moment de la délivrance ou quelque temps après; des syncopes, des ruptures du cœur, la mort subite même, quelques heures, quelques jours après la délivrance (Durozier).
Les cas de mort pour la mère sont moins fréquents cependant que pour l'enfant : les fœtus naissent à sept mois et demi; l'enfant arrive mortné, meurt peu de temps après sa naissance, ou ne vit souvent que quelques années (pour quarante cardiaques trente-sept enfants sont morts de bonne heure, avant six ans, dit Durozier); il en est cependant un certain nombre qui échappent à la mort.
Toutes les lésions cardiaques ne paraissent pas comporter le même pronostic fâcheux ; au point de vue de 1 avorteraent, la plus grave serait Finsufûsance mitrale,la plus bénigne TinsufHsance aortique. D'après G. Sée, le rétrécissement mitral est moins dangereux au point de vue de l'accouchement que l'insuffisance mi- Irale.
Les plus sérieux accidents et le danger de mort apparaissent pour la mère vers le huitième mois,à sept mois
dies cardiaques et de ces dernières sur les accidents qui résultent des causes extérieures.
Les médicaments proprement dits ne jouent qu'un rôle absolument secondaire dans le traitement des maladies compensées.
La digitale ne doit pas être employée ; et lorsque nous nous Digiiaio. occuperons des maladies non compensées, je vous montrerai que c'est à ces seuls cas que s'applique l'emploi de la digi-
Médicaments proprement dits.
et demi. — En présence de ce fait, le médecin est-il autorisé à provoquer raccouchement prématuré ?Durozier répond par TafOrmative et beaucoup d*accoucheurs partagent le même avis.
Après raccouchement, il est bien entendu qu*on devra empêcher la mère d'allaiter son enfant (a).
Voici d'ailleurs les conclusions du récent travail d'Angus Macdonald :
1* Les maladies chroniques du cœur devraient être regardées comme une contre-indication sérieuse du mariage, spécialement si elles présentent la forme de sténose mitrale on dUnsufBsance aortique ;
2* Dans le cas d'insuffisance mitrale simple, le danger est moins grand;
3* Dans tous les cas où l'on est consulté, on doit refuser de donher son consentement au mariage, si les désordres cardiaques, dyspnée, palpitations, hémoptysies sont bien marqués ; et Cela d'autant plus qu'il
s'agira d'une personne jeune, et que la maladie du cœur est plus récente;
i" Aux femmes mariées on devra défendre de nourrir leurs enfants, parce que l'allaitement parait augmenter l'hypertrophie du cœur;
5** Pendant la grossesse, surtout pendant les derniers mois, on devra éviter toutes causes de refroidissement et tout exercice fatigant ;
G" Dans tous les cas, l'auteur a donné, avec grand avantage, le chloroforme pendant Faccoucheraent ; administré avec soin, il pense qu'il est toujours utile;
1" Tous les moyens propres à diminuer les efforts de la femme doivent être employés; aussi l'application judicieuse et opportune du forceps ou de la version est très importante. Dans les cas d'hydroamnios, la rupture des membranes pratiquée à temps rendra les plus grands services en permettant rabaissement du diaphragme.
(a) Dcvilliers et Regnauld, Sur les anasarques de la grossesse {Arcli. de méd., 1848). — Larchcr, De Vhyperlrophie normale du cœur pendant la grossesse et de son importance pathogénique {Arch. de méd.y 5* série, 1849, t. Xlll). — Debout, Euai sur les morts subites pendant la grossesse^ V accouchement, Vétal puerpéral, 1854. — Putégnat, Quelques faits d'obstétricie, Paris, 1871. —. Colnonne, Influence de la grossesse sur les maladies du cœur, Paris, 1872. — Peter, Leçons de clinique médicale {Union médicale , 1873) ; Grossesse et maladies du cœur. — Sée (G.), Influence des maladies du cœur sur la grossesse {Union médicale, 1874. — Durozier iP.), De l'influence des maladies du cœur sur la menstruation, la grossesse et son produit {Gatette des hôpitaux, 1864 et 1876); Archives de tocologie, 1875. — Bcrtbiol, Grossesse et maladie du cœur. Thèse, 1876. — Marly, Des accidents gravido-
taie. Médicament merveilleux, lorsqu'il est manié comme il convient, il ne peut donner que des résultats déplorables, s'il est employé sans ménagement et sans indication. Si on s'est plaint des préparations de digitale, si on a signalé ses dangers, si même certains médecins ont abandonné l'emploi de ce précieux agent thérapeutique, c'est qu'on n'avait pas mis dans son usage toutes les précautions nécessaires. Lorsque la maladie du cœur est compensée, la digitale est tout à fait contre-indiquée, et son administration, en pareil cas, ne peut être que mauvaise et désastreuse.
Du fer. On a vanté le fer et, en particulier, les médecins anglais (a) Scott Alison, Jones ont signalé les avantages qu'on peut tirer d'une préparation martiale. Malgré l'autorité de ces auteurs, nous craignons qu'il y ait eu erreur commise et que si le fer et les préparations martiales ont amené la guérison des troubles cardiaques, il ne se soit pas agi de lésions valvulaires proprement dites, mais bien de troubles anémiques (^). Aussi, même comme élément tonique, en présence des congestions que déterminent souvent les préparations ferrugineuses, sommes-nous plutôt porté à les proscrire qu'à les ordonner, môme si l'affection milrale est accompagnée d'anémie. Nous leur préférons de beaucoup le quinquina, et surtout les préparations arsenicales.
Arsenic. L'arscuic, en effet, dans l'anémie de certaines affections du cœur, vous donnera tous les avantages des préparations ferrugineuses sans en avoir les inconvénients; outre une
cardiaques. Thèse, 1876. — Meynier, Des morts subites des femmes enceintes ou récemment accouchées. — De Lotz, De Vétat puerpéral considéré comme cause d'endocardite (Bulletin de VAcad. de médecine^ 1857). — Westphal, Endocardites ulcerosa in puerperium unter dem Schein von Puerperalmanie auflreiend {Wirchow's Arch., 1861). — OUivier, Note sur une cause peu connue des maladies organiques du cœur (Gaz. mid., 1870). — Verneuil, Influence des maladies du cœur sur le traumatisme {Acad. de méd., 1877).
(a) Scott Alison, De Vemploi des ferrugineux dans le traitement des affections organiques du cœur {Bull, de thérap.y t. XLÎ, p. 625, 1851).
(6) Foretli, Considérations générales sur le traitement des affections cardiaques {Hevista clinica di BoloniOy janv. 1881).
firomuro do
action tonique sur le cœur, il stimulera les fonctions générales, activera Tappétit et, par cela même, combattra les désordres anémiques (1). D'ailleurs nous reviendrons sur cette question de l'emploi de Tarsenic à propos du traitement des anémies (a).
A côté de ces médicaments, il faut placer le bromure do potassium, dont l'action sera beaucoup mieux indiquée poiarium lorsque nous traiterons des affections mitrales non compensées, mais qui peut, même dans cette première phase de la maladie, rendre de grands services. En effet, chez beaucoup de malades et surtout chez beaucoup de femmes nerveuses, au début d'affections mitrales, on voit survenir parfois des douleurs, des sensations d'oppression, de l'insomnie, phénomènes purement nerveux, et qui sont grandement améliorés par l'emploi du bromure de potassium.
(1)A propos du rapport que fit Darth à rAcadémie de médecine, sur Tactien curative de Tarséniate d'antimoine dans les maladies du cœur, une discussion s'est élevée sur l'action physiologique de Tarsenic sur la circulation.
G. Sée a soutenu que l'arsenic accélérait plutôt qu'il ne ralentissait les battements du cœur, il ainvoquc l'action paralysante de l'arsenic sur les artérioles de la partie supérieure du corps. Cette opinion a été combattue par Hardy, Briquet, Gubler, Béhier, Hérard,etc. Ces médecins pensent que la thérapeutique expérimentale n'a pas encore donné l'explication exacte de l'action de l'arsenic; ils sont d'avis qu'au lieu d'augmenter les battements du cœur, l'arsenic diminue et peut faire disparaître les palpitations.
Quant à Tarséniate d'antimoine, conseillé par Papillaud, Gobley a fait voir que ce sel n'existait pas au point de vue chimique, et qu'avant de démontrer l'action thérapeutique de ce corps, il fallait en prouver l'existence. Aussi, dans les cas de guérison ou d'amélioration d'affections du cœur, cités par Papillaud, faut-il croire que l'arsenic joue le rôle unique {Bull, de VAcad. de médecincy 1870-71).
Le docteur Lockie (deCumberland) considère l'arsenic comme un stimulant cardiaque, et pense que c'est un adjuvant utile de la digitale dans les affections valvulaires non compensées. 11 prétend même que l'arsenic agirait lorsqu'il y a dégénérescence graisseuse du cœur (6).
(a) Voy. t. ni, Leçon sur le trailement des anémies. (6) Lockie, Brit. Afed. Journal, 7 dj^cembre 1878.
Vous le prescrirez soit en solution.
y Bromure de potassium 15 grammes.
Eau 250 —
Une cuillerée à soupe dans la tisane ou dans le lait. Soit sous la forme d'un sirop :
* Bromure de potassium 15 grammes.
Sirop d'écorces d'oranges amèrcs 250 —
Quant aux tisanes, elles ont bien peu d'importance, et si je vous les signale ici, c'est parce que certains auteurs en ont vanté l'usage. Ainsi, Williams et Sylvestre ont préconisé la passerage en poudre à la dose de 15 à 20 centigrammes (1). Lombart (de Genève) signale les bons effets du polygala sénéga, et Andral recommande le sirop de pointes d'asperges. Mais, disons-le bien haut, ces tisanes n'ont qu'un rôle hypothétique, aussi ne nous y arrêterons-nous pas plus longtemps.
Du réiré- J'^ii aurais fini, messieurs, avec le traitement des affections mitrales compensées, si je n'avais encore quelques mots à ajouter[au sujet d'une curieuse affection, qui peutêtre une source d'erreurs de diagnostic et aussi, ce qui- est plus grave, d'erreurs thérapeutiques. Je veux parler delà maladie connue sous le nom de rétrécissement mitral pur (2).
Par ces mots on entend une forme du rétrécissement
(i) Passerage. — Crucifères. U y a alteinte de rétrécissement mitral pur
quatre passerages : 1" la grande pas- est très caractéristique. Au lieu de
serâge (Lepidium latifolium) ; 2« la se présenter avec ses valves nor-
petite passerage (Lepidium iberis) ; maies , elle prend la forme d'une
3' la passerage des décombres (Le- sorte d'entonnoir fibreux avec un
pidium ruderale) ; 4* le cresson aie- orifice au sommet. Cet orifice admet
nois, cresson des jardins (L^pi^/tum quelquefois difficilement un doigt;
sativum). C'est la passerage ibé- (kins les cas graves, il admettait à
rique qu'emploient Williams et Syl- peine un tuyau de plume,
vestre. Les symptômes du rélrécissemcnl
(2) 1/aspect de la valvule mitrale mitral pur sont faciles à reconnaître
cifsement mitral pur.
milral qui n'est pas sous rinfluence d'une attaque de rhumatisme et semble primitive. La pathogénie de cette curieuse affection est fort obscure, soit qu'elle dépende d'une endocardite fœtale, soit d'une malformation congénitale de la valvule mitrale. Toujours est-il que c'est une affection presque exclusivement observée chez la femme, et les troubles qu'elle provoque se montrent après la puberté.
Bien que cette curieuse maladie soit connue seulement à l'heure actuelle des médecins instruits, c'est une affection fort commune et, si vous savez la reconnaître, vous pourrez souvent opérer de véritables miracles, là où d'autres moins perspicaces auront échoué. Les femmes atteintes de cette curieuse maladie, ont toutes ou presque toutes l'aspect de chloro-anémiques, elles sont sujettes à de fréquentes hémoptysies qui pourraient faire croire à une tuberculose pulmonaire commençante ; leur respiration est gênée, et elles sont toujours affectées d'une petite toux sèche et quinteuse.
Sans vouloir vous faire ici l'histoire complète du rétrécissement mitral pur, je vous en ai dit assez pour vous montrer
si on les connaît bien. Le début simule la tuberculose pulmonaire dans ses premières périodes. Chez une femme ayant l'aspect d*une chlorotique, on voit s'établir une toux sèche, persistante, accompagnée de temps à autre d'hémoptysies qui sont ordlnairem(3nt légères ; ce qui rend la ressemblance plus grande encore avec la tuberculose, c'est que cette évolution est traversée de temps à autre de poussées de congestion pulmonaire et de bronchites tenaces sous finfluence du moindre rerroidissement. Il y a cependant déjà une différence capitale : les accidents pulmonaires du rétrécissement milral pur se passent presque toujours a la base des poumons,
ce qui est l'inverse deja tuberculose pulmonaire.
L'examen du cœur révèle facilement la cause de ces troubles ; on constate souvent un frémissement par la palpation ; à la base du cœur ou entend un souflle présystolique qui se prolonge à la pointe ; à la base également,à quelques centimètres du bord gauche du sternum, on entend un dédoublement du second bruit dû à un défaut d'isochronisme dans le redressement des valvules sigmoïdes de l'aorte et de l'artère pulmonaire.
Lorsque les individus porteurs d'un rétrécissement mitral pur se fatiguent, on voit souvent apparaître un léger degré d'asystolie.
quelle importance il y a pour le malade à diagnostiquer raffection pour pouvoir établir un traitement rationnel.
C'est au traitement hygiénique surtout que vous vous adresserez pour soulager ces malades; vous proscrirez les longues courses, les ascensions, les professions fatigantes, le séjour aux bords de la mer, qui est ordinairement désastreux dans ces cas. S'il y a de la toux et des hémoptysies et que les signes physiques fournis par Tauscultation ne puissent vous fournir, avec l'examen bactériologique des crachats, d'éléments certains de diagnostic, n'oubliez pas que c'est au cœur seul que vous devez vous adresser. Laissez de côté les révulsifs et les médications pulmonaires et ayez recours aux toniques du cœur. Le bromure de potassium, l'arsenic vous rendront ici de grands services ; dans le cas d'hémoptysie un peu sérieuse n'hésitez pas à avoir recours aux préparations de digitale employées avec modération.
Tels sont, messieurs, les préceptes généraux que vous aurez à mettre en pratique pour le traitement des affections mitrales compensées; dans la prochaine leçon nous étudierons le traitement des maladies du cœur non compensées.
QUATRIÈME LEÇON
Sommaire. — Des maladies du cœur non compensées. — Des toniques du cœur. — Action directe sur le cœur. — De l'innervation du cœur. — Digitale. — Son action physiologique. — Ses avantages et ses dangers. — De la digitaline et de la digitale. — Des préparations et des doses de digitale. — De l'administration de la digitale. — Des digitalines. — Des pilules, des tisanes, des sirops, des teintures de digitale. — Des voies d'introduction de la digitale. — Des injections hypodermiques, des cataplasmes, des frictions, des lavements de digitale. — Des indications et contre-indications de la digitale. — Du strophantus et de la strophantine. -- Du muguet. — De la spartéine. — Du bromure de potassium. — Du café et de la caféine. — De la strychnine.
Messieurs, vous avez vu, dans la précédente leçon, que c'était surtout à Thygiène que le médecin devait recourir pour s'opposer au progrès des affections mitrales, quand elles sont compensées ; mais cette dernière est insuffisante lorsque le muscle cardiaque se trouvant au-dessous de sa lâche, on voit apparaître les premiers symptômes des troubles mécaniques de la circulation.
La thérapeutique devient alors plus active et s'efforce d'obvier aux différents symptômes qui se produisent. Ceux-ci sont nombreux, en effet; aux désordres du côté du cœur, à l'intermittence du pouls, aux palpitations se joignent bientôt les troubles du côté de la petite circulation, la dyspnée apparaît, les perturbations mécaniques augmentent et bientôt le malade présente les signes manifestes de l'affection cardiaque à son apogée.
Pour lutter contre ces accidents, le médecin possède des moyens thérapeutiques qui remplissent surtout les indi-
Det maladies du cosar non compensée!.
D6 la digitale.
cations suivantes : élever et augmenter la force tonique du cœur, favoriser la disparition de la sérosité qui tend à s'accumuler dans le tissu cellulaire, et combattre les différentes congestions locales qui se produisent. Nous allons étudier chacun de ces points, et nous commencerons par l'un des plus importants, celui qui concerne les toniques du cœur. En première ligne, au premier rang, nous devons mettre la digitale (1), ce quinquina du cœur, comme disait
(i) La digitale, employée d'abord comme éméto-cathartique, n'est entrée réellement dans la thérapeutique que depuis les travaux de Withering et Cullen» qui signalent ses effets sur le ralentissement du pouls et ladiurèse.
Withering commença à la prescrire à rhôpital de Birmingham en 1775, et présenta en 1779, à la Société de médecine d'Edimbourg, une étude basée sur cent soixante-^trois expériences personnelles; puis Cullen, ami de Wilhering, confirma ces expériences; mais ce n'est qu'en 1785 que parut le grand travail de Withering ayant pour titre : An account of the Foxglove. 11 employait la feuille de digitale en poudre, en pilules et en infusion. De cette époque datent les recherches sur l'action physiologique de ce médicamenL
Entre les observateurs qui se sont occupés de cette étude, il y a bien des divergences d'opinion, mais elles paraissent tenir à ce fait, que lous ne se sont pas mis dans les mêmes conditions expérimentales, et que tous aussi ne se sont pas servis de la môme substance médicamenteuse.
Les expériences sur les animaux ont montré que la digitaline (que Cl.
Bernard range parmi les poisons du cœur) a une action spéciale sur le cœur. Une dose fortement toxique fou-
droie un animal ; les battements du cœur sont anéantis, mais la sensibilité, la motilité et la respiration persistent pendant un temps variable.
D'après G. Sée, le cœur s'arrête en systole chez les animaux à sang froid, et en diastole chez les animaux à sang chaud. Bouchardat et Sandras ont vu que chez les chiens la mort pouvait arriver par l'injection de 1 centigramme de digitaline dans les veines.
L'extinction de vitalité du cœur s'expliquerait, pour Traube, par l'action de la digitale sur les nerfs régulateurs ; pour Stannius, sur les nerfs musculo-moleurs.
Appliquée sur le derme dénudé, la digitale provoque une inflammation vive et douloureuse, aussi chez Fhomme ne pourra-t-on l'employer en injections hypodermiques qu'avec une grande réserve.
Pour les uns la digitale est un régulateur et un ralentisseur de la circulation (Withering, Cullen, Beddoes, Kinglade, Crawfort et Macdonald, Clutterbruk, Schwilgué, Wassal, Bidaut (de Villiers), Wiitûed).
Pour les autres, celte même substance est un régulateur et accélérateur {ioer^, Sanders, Hutchinson).
Pour le professeur G. Sée la digigitale ralentit le cœur en excitant les nerfs modérateurs et surtout le ganglion d'arrêt du cœur; si Ton
Beau. C'est, à coup sûr, le plus puissant tonique du cœur, et les expériences sur les animaux avec Thémodynamomètre ou bien les tracés sphygmographiques obtenus chez l'homme par Bordier et par Ferrand nous montrent bien que la digitale augmente la pression dans le système circulatoire,
coupe les nerfs vagues, l'action de la digitale ne se produit pas et le ralentissement n'a pas lien.
D'après Guido Cavazzini, la digitaline agirait peu sur les oreillettes, elle augmenterait la tonicité ventriculaire, et son action sur les vaisseaux serait secondaire : à doses toxiques, elle produirait le télanos du cœur et sa rupture.
Actuellement, d'après les recherches les plus récentes, on admet que, à doses modérées, les pulsations sont ralenties, le pouls augmente de force, de plénitude, de régularité. L'augmentation de tension vasculaire est bien démontrée, du reste, par les traces sphygmographiques de Chau- Teau etMarey, Siredey, Legroux, Gûbler et par rhémodynamométre de llriquet.
11 est aussi démontré que le summam d'action du médicament, à condition toutefois que la médication ait été assez prolongée, s'observe après qu'on a cessé l'ingestion de la digitale (Sanders, Hutchinson, Homollc et Quévenne, Sandras, Hirtz, Strohl) et que le calme circulatoire se fait sentir encore pendant une semaine à peu près.
Pour quelques auteurs, Germain (de Château-Thierry), Bouillaud, Gabier et autres, on obtiendrait d'^m- 6/ee, avec les doses thérapeutiques, un ralentissement plus ou moins marqué du pouls ; d'autres observateurs, an contraire (Baydon, Boehr, Kirtz, Pfaff, C. Paul), admettent une accélération an début, Sanders dit même
que la digitale accélère le pouls et cause la flèvre.
A doses trop longtemps conti^ nuées: accumulation d'action; le pouls devient lent, irrégulier, intermittent et les phénomènes d'intoxication apparaissent. 11 se fait une sorte de paralysie circulatoire qui, primitive pour S tan ni us, serait au contraire pour Bouley et Reynal, Gùbler, secondaire et consécutive à un effort trop longtemps soutenu.
Dans des expériences sur les grenouilles, Ch. Legros et Legroux ont remarqué qu'à la suite d'injection sous-cutanée de 1 centigramme de digitaline de Merk, dissoute dans de l'eau, une accélération se produisait presque immédiatement; le cœur, mis à nu, battait fréquemment, brusquement ; au bout de quelques minutes il se ralentissait; — puis les ventricules cessaient de battre, et quelque temps après les oreillettes s'arrêtaient à leur tour.
Résumant l'action de la digitale sur le cœur, Gûbler dit : La digitale n'est pas un hyposthénisant de la circulation centrale, elle en est plutôt le [régulateur et le tonique, elle est moins l'opium du cœur (Bouillaud) qu'elle n'en est le quinquina (Beau).
Respiration. — A doses thérapeutiques, la respiration est bien peu influencée (Bouillaud, Durozier, Gûbler), mais h doses exagérées on note une augmentation de fréquence (Bouley et Reynal, Dubuc).
Température (Voir tome III. Traitement des fièvres. Leçons sur la
et que cette action est obtenue par une plus grande force de la systole ventriculaire. Que cette action tonique soit due à une influence directe sur la fibre musculaire du cœur, ou sur les nerfs de cet organe, à une sorte de galvanisation du
fièvre). — Pour Duméril, Demarquay, Lecointe la digitale élèverait la tem« pérature de 1 à 2 degrés (expériences sur les chiens) ; pour Traube, Hirtz, GoblentZy Wunderlich, Oulmont, Gûbler, etc., à doses modérées elle diminue la température fébrile en môme temps que les congestions vasculaires.
Centres nerveux.— k doses faibles, peu d'action ; quelquefois un peu de pesanteur de tète ; à doses excessives, céphalalgie, vertiges, douleurs vives le long de la colonne vertébrale (Tardieu), faiblesse musculaire, prostration des forces, vertiges, bourdonnements d'oreille, hallucinations, délire digitalique (Houillaud, Ândral, Durozier), troubles oculaires, mydriase (Stannius, Hervieux), diminution de la contractilité de Tiris (Ilomolle et Quévenne). Chez les animaux, à doses toxiques : stupeur, insensibilité générale, état comateux, marche chancelante, et affaiblissement musculaire (liouley et Raynal).
Organes génitaux. — La digitale parait avoir une action hyposthénisante manifeste sur les organes génitaux; elle a été donnée à la dose de 30 à iO centigrammes dans les pollutions nocturnes, la spermatorrhée (Corvisart, Laroche, Draghnians, Giacomini, Bouchardat, Legroux).
Pour Germain Sée, la digitale, unie à riodure de potassium, serait un
des meilleurs moyens pour traiter les malades pour lesquels, dit-il, Theure de la frigidité a sonné avant celle de la résignation.
Elle agitaussi sur Tulérus, dont elle exciteraitles contractions(Piédagnel) ; elle a été conseillée de concert avec Tergot de seigle pour stimuler Futérus (Dickinson, Delpech); elle a été employée comme abortive (Tardieu).
(Pour son action sur les reins, voir tome 11. Maladies des reins. Leçon sur les diurétiques.)
Tube digestif. — A faibles doses, la digitale (ou la digitaline) peut provoquer un peu d'anorexie, de pesanteur d'estomac; à doses élevées, elle irrite fortement la muqueuse gastro-intestinale, provoque des nausées, des vomissements quelquefois incoercibles, quelquefois aussi de la diarrhée. 11 ne faut pas oublier qu'autrefois on employait ce médicament comme émétocathartique, et que, en contact avec la muqueuse, il peut amener des ulcérations (expériences sur les animaux).
L'action de la digitale sur les diverses glandes de l'économie est peu connue et mise en doute; pour quelques médecins cependant, la digitale aurait une action sur les glandes salivaires, sudoripares, et JœgerSchmitz dit avoir vu survenir des plaques érytliémateuses après l'emploi de ce médicament (a).
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cœur, comme dit Gûbler, ou bien encore à une excitation des nerfs modérateurs de cet organe et en particulier du ganglion d'arrêt du cœur, comme le professe Germain Sée, le fait n'en est pas moins admis aujourd'hui par tous les thérapeutes. On peut même dire que cette action ne s'ar-
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Action Mais, avant d'aborder l'étude du maniement de la digitale
pbytiologi- ' ^
quede et de SCS préparations, il est bon de vous rappeler certains ^' points de l'action physiologique de ce médicament. Je passerai rapidement sur le pouvoir éméto-cathartique de cette substance; vous savez tous, en effet, que la tolérance de ce médicament est fort courte, et que la médication trop prolongée amène de la diarrhée et des vomissements. J'insisterai seulement sur ce fait : la digitale s'élimine lentement de l'économie et prolonge longtemps son action physiologique; de sorte que, chez l'homme, par exemple, huit jours après avoir cessé la médication, on peut encore constater une diminution dans les battements du cœur.
^^' Cette accumulation d'action, selon l'expression du prode fesseur Giibler, produit chez les individus trop longtemps
la digitale. • % i a* • i n • » r ^
soumis a la digitale une fatigue exagérée du cœur, qui amène une véritable asyslolie thérapeutique. Le traitement mal fait, loin de soulager le malade, comme vous le voyez, aggrave son état. Pour ma part, messieurs, j'ai pu observer, soit en ville, soit à l'hôpital, des individus pour lesquels il suffisait de faire interrompre l'emploi trop prolongé de ce médicament pour produire une amélioration immédiate et des plus notables.
Cela se comprend facilement, lorsqu'on se reporte aux expériences faites par Rabulcau et Mégerand (a), qui ont
digitale pourprée. Thèse de Paris, 1878. — Guide Cavazzini, Annales (VOmodei, 1878, t. CCXLV, p. 115. — G. Sec, Diagnostic et traitement des maladies du cmur^ Paris, 1879. — Perney, De la digitale dans les maladies du cœur {Bull, et Mém. de la Société de thérap., 15 mai 1882, p. 109). — G. Paul, Maladies du cœur y p. 683. — Dujardin-Beaumetz, Dict. de ihérap.y t. H, article Digitale. — Pour les autres indications bibliographiques, consultez l'excellente thèse de A. -G. Legroux, Essai sur la digitale et son mode d'action, 1867. — Alfred Fagast, De la digitale pourprée. Thèse de Paris, 1878.
(fl) Mégerand, Thèse de Paris, 1872. — Rabulcau, Société de biologie. — Durozier, Gazette hebd., 1871.
DES TONIQUES DU CŒUR. 8i
démontré que, chez les animaux auxquels on administre longtemps la digitale, on voit se produire une dégénérescence granulo-graisseuse du muscle cardiaque. Il y a même plus, Durozier et récemment Cloctla ont fait voir qu'il existait un vrai délire produit par la digitale, lorsqu'elle est donnée d'une manière trop prolongée (1).
Frappés par ces faits, certains observateurs ont été amenés à considérer la digitale comme un médicament dangereux et souvent inefficace. Oui, la digitale est dangereuse loi^squ'elle est maniée par des mains inhabiles et inexpérimentées; mais je vous montrerai qu'en surveillant avec soin son emploi, en suivant certaines règles, on peut tirer des résultats merveilleux de ce médicament véritablement héroïque.
Ces règles, messieurs, découlent des faits cités plus haut : De ladmi-