‹ Leçons de clinique thérapeutique; (volume 2)Chapitre 7 sur 48 · i*.-.. , • • pf» . nistralion · texte numérisé non relu

i*.-.. , • • pf» . nistralion

la digitale, ai-je dit, a, dans certaines circonstances, uneilet do éméto-calhartique; pour obvier à cet inconvénient, tâchez '*^'^*"'''d'obtenir la tolérance en donnant des doses modérées. N'oubliez pas surtout d'interrompre le traitement pendant quelque temps; ainsi faites prendre, pendant quatre, cinq, six jours, des doses modérées de digitale, puis cessez pour recommencer ensuite. Par ce moyen, vous éviterez l'accumulation d'action et l'effet éméto-cathartique, tout en obtenant à son maximum l'action tonique sur le cœur.

Ne laissez jamais le malade libre de continuer lui-même sa médication, surveillez attentivement les effets obtenus et ne dites pas, comme certains médecins : « Prenezde la digi-

(1) CloeUa a signalé quatre exem- logue au délire alcoolique. Simon et pies des effets accumulés de la digi- Berg avaient déjà obsorvé des cas laie, qui produirait un délire ana- analogues (a).

(a) Dnrozier, Du délire digitalique. — Cloctla, Délire de la digitale {Soc. de méd. de Zurich, i875) et Correspondemblatt f, Schweii. AenUy 1875, n« 10. — Simon, Casper's Wochemchrift, 1842. — Bcrg, Wurlemberg. Correspondemblalt,

CLIXIQIE THÉRAP., 6* édit. I. — 0

taie i>, sans indiquer quand, comment et pendant combien de temps, en un mot, sans surveiller vous-mêmes votre thérapeutique.

Des piépa- ]^ais ce n'est pas tout de savoir les règles générales d'addedigiuie. ministration de la digitale, règles que Pfaff (a), du reste, a tracées de main de maître; il faut encore que j'entre dans les détails et que je vous indique tout d'abord les préparations que vous devrez choisir.

1)08 Prendrez-vous la digitale ou la digitaline? Cette question, messieurs, nous fait aborder un des problèmes de la thérapeutique récemment agités, à savoir la substitution des alcaloïdes aux médicaments d'origine végétale (1). Substituer à une plante dont la puissance est variable selon le lieu, suivant le moment de la récolte, suivant les variétés, suivant les espèces végétales, suivant les moyens de conservation employés, substituer, dis-je, à ces plantes un corps réunissant les propriétés thérapeutiques de ces dernières, ayant, grâce à sa composition identique, toujours une même puissance et une même action , est un fait qu i a dû séduire bien des esprits, et nous voyons de nos jours, Burggraeve.(ft) baser

(i) Ce n'est qu'après les premiers principe n'est pas- encore très nettetravaux de PelletieretCaventou (1816- ment défini, c'est-à-dire qu'on n'est 1820) sur les alcaloïdes organiques pas fixé sur sa composition élémenq ne fut recherché le principe actif taire, ni sur sa constitution chimique, (le la digitiile, et malgré les travaux et que peut-être on découvrira endcPauquy(d'Amiens)(18:2i);Leroyer core d'autres digitalines, (de Genève) (18ii); Dulong d'Astaf- Outre l'alcaloïde on trouverait dans fort, \Vatson,\Vedling (183 i),Rollier la digitale les principes suivants: (18:{i), Lancelot(1833), Morel (18ii), digitalose, digitalin, digitalide, acide Walz (18i(>-18r>8), Kosmann (1856- digitalique (Morin), acide antirrhi- KM 860) llomolle et Quévenne (18i5- nique, acide digitaléique (Kosmann), 1861), Nativelle (1874), Schmiede- acide tannique, amidon, sucre, pechorg (187 i), Baudrimont (1877), ce ti ne, matière azotée alhuminoïde;ma-

(«) Pfafr, De Vemplol el de la valeur de la digitale et de ses diverses préparatiom dans le traitement des affections organiques du cœur (Dulletin de Ihérap.y t. LX).

ib) Burggracvc, Médecine dosimétrique.

sur cette substitution une nouvelle méthode thérapeutique.

En thérapeutique, comme en bien d'autres choses, les

méthodes exclusives sont toujours mauvaises. A coup sûr,

la connaissance de nouveaux alcaloïdes et leur introduc-

tiére colorante rouge orangé cristallisable, chlorophylle, huile volatile, sels, ligneux (Homolle et Quévenne).

Schraiedeberg (de Strasbourg), étudiant les semences et les feuilles de digitale, a distingué quatre corps principaux : i" la digitosinc, corps amorphe dont les dérivés sont : la digilo-résine, paradigitogénine ; 2« la digitaline; 3* la digitaléine; 5* la digitoxine.

Walz (i8i0-1858) a extrait une substance amorphe, la digitalosine, soluble dans Talcool, peu dans Teau froide, un peu plus dans Teau chaude et qui est décomposée par les acides dilués en digitalirésine, paradigitalésine et en sucre.

Marmé a retiré des feuilles de digitale Finosite el, dans ses dernières recherches (Bordeaux méd,), E. Baudnmont a trouvé, dans la digitale, de la méthylamiue. A ce propos, notons que Tamylamine et la méthylaminc auraient une action notable sur la circulation (Dujardin-l)eauraetz).

Les digitalines les plus connues sont !• la digitaline amorphe, française, ou d*Uomolle et Quévenne; ir la digitaline cristallisée, digitaline de Nalivelle; 3* la digitaline allemande, de Kosmann, de Merk.

La digitaline d*Homolle et Quévenne est une poudre blanche, amorphe, d*apparence résineuse, inodore, d'une amertume excessive, à peine soluble dans Teau froide, un peu dans Peau chaude, soluble en toutes proportions dans Talcool et le chloroforme, mais à peine dans Féther. L*acide chlorhydrique lui donne une couleur

vert émeraude, Pacidc sulfurique concentré la colore en rouge hyacinthe et Tacide azotique la jaunit.

Cette digitaline est fournie par les feuilles de la plante, tandis que la digitaline allemande est extraite des semences.

La digitaline de Nativellc se présente en masses d^apparence cristalline, et possède les mêmes réactions chimiques que celle d'Homolle el Quévenne; par le chloral anhydre, qui la dissout, elle prend une teinte rosée, puis vineuse, puis vert foncé.

Plus puissant que la digitaline amorphe, cet alcaloïde doit être manié avec une très grande circonspection.

Gùblerl'avu,àladose de 1 milligramme et demi en trois prises dans les vingt-quatre heures, donner lieu a des symptômes d'intolérance et à des phénomènes toxiques qui ont ensuite persisté pendant une semaine.

Roucher a trouvé une digitaline pour ainsi dire intermédiaire entre la digitaline amorphe et la digitaline cristallisée. Ce nouveau produit, dit digitaline globulaire, encore peu connu, se rapprocherait du corps découvert par Homolle et Quévenne.

La digitaline allemande de Kosmann, de Merk, soluble dans Feau, ne verdit que par Facide chlorhydrique, est colorée en brun foncé par Facide chlorhydrique gazeux, et est aussi moins active que la digitaline amorphe.

La digitaline cristallisée est sans action sur la lumière i>olarisèe, tandis que la digitaline amorphe possède le pouvoir rotatoire (G. HouchardalU

Si LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE,

tion en médecine ont été un grand progrès; mais, vouloir les substituer, en toutes circonstances, aux plantes dont ils sont tirés, est une erreur. En effet, dans la plante employée, il n'y a pas que Talcaloïde, il y a d'autres corps qui ont une action importante et, le plus souvent, lorsque nous donnons cette plante, nous obtenons une résultante thérapeutique de tous ses principes constituants. Ainsi, par exemple, l'opium n'a pas la même action absolue que la morphine et les autres alcaloïdes contenus dans cette substance expliquent bien ce fait. De même, lu quinine n'a pas la même action que le quinquina; l'atropine, la même action que la belladone. Si, dans certains cas, on recherche l'effet de l'alcaloïde, dans d'autres on doit chercher celui de la plante tout entière.

Ce que je viens de vous dire de ces substances s'applique absolument à la digitale. L'analyse nous montre, en effet, qu'au milieu des divers principes contenus dans les feuilles de cette plante, il existe plusieurs corps actifs. Or, malgré les recherches si nombreuses faites sur ce sujet, nous n'avons pas encore une solution complète du problème. Les découvertes chimiques nous ontpermis, il est vrai, de reconnaître un corps paraissant réunir les propriétés caractéristiques de la digitale, la digitaline, qui n'est pas, au point de vue chimique, un alcaloïde, puisqu'elle ne donne pas avec les acides des sels définis, mais bien un glucoside (1); successivement sont nées des digitalines différentes, tant au point de vue chimique qu'au point de vue de leur énergie thérapeutique. La digitaline allemande n'est pas la digitaline amorphe d'Homolle et Quévenne, et cette dernière n'est pas

(i ) On donne le nom de glucosides que la digitale se transforme, d'après

c\ des produits naturels du règne vé- Cosmann, en digitalirétine et en sucre

gétal qui, mis en présence d'un acide d'après la formule suivante :

minéral faible ou d'un ferment, don- c2'H^5oi5 + 2H.0 = Cs.Hs. 4. 2C6H».06. nenl lieu h une glucose. C'est ainsi

la digitaline cristallisée. Malgré la découverte de Nalivellc, qui a fait faire un réel progrès à la question, il n'est pas dit qu'il n'y ait pas d'autres digitalines se séparant encore des précédentes.

Récemment, mon chef de laboratoire, le D' Bardet (1), a repris cette étude des principes actifs de la digitale, et il a exposé ici même, dans une intéressante leçon, le résultat de ses recherches, et je me contente de placer sous vos yeux un tableau où sont résumées les principales réactions et propriétés de ces divers produits (voir page 86).

D'après ces recherches, on voit qu'il existe surtout deux grandes variétés de digitalines, Tune soluble dans le chloroforme et insoluble dans Teau, l'autre insoluble dans le chloroforme et soluble dans l'eau. A la première, nous donnons le nom de digitaline française ou chloroformique; à la seconde, celui de digitaline allemande ou digitaléine. Ce qui rend la confusion encore plus grande, c'est que tandis qu'en France c'est aux seules digitalines solubles dans le chloroforme que nous attribuons ce nom de digitaline, en Allemagne les appellations sont différentes, et c'est à la digitaléine, c'est-à-dire au corps soluble dans Teau et insoluble dans le chloroforme, qu'on attribue le nom exclusif de digitaline, tandis qu'on appelle digitoxine notre digitaline chloroformique.

Au point de vue thérapeutique, le fait intéressant c'est ^''^

^ . ,. l digitalines

que, tandis que les digitalmes chloroformiques, qu'elles chioroforsoient amorphes ou cristallisées, ont une toxicité représentée ""T^L "* par le chiffre de 2 à 3 milligrammes par kilogramme de chien .î^^^""!!^ ou de lapin, la digitaléine ou digitaline allemande a une toxicité vingt fois moindre et représentée, par kilogramme des mêmes animaux, parles chiffres de 4à 6 centigrammes.

(1) Bardet, Def principes actils de la digitale et de leur prescription. Nouv. remèdes, 8 juiUet 1890, p. 303.

DICITINB

Insoluble Soluble

Insoluble Idem, Idem.

Idem.

Idem.

Idem,

Rien

Violet

Idem.

Rien Rien Rien

DiGlTALÉINE

(en Allemagne

digitaline)

Solublo Très soluble

Idem.

Idem.

Insoluble

Idem.

Intelable

Idem.

Rien

Rouge grenat

Passe au violet

Donne de la trlucose

Rien

Dévie à droite

In

es

Traces Très soluble Assez soluble Peu soluble Insoluble ' Idem, Soluble Très soluble

Vert pâle

Brun noir

Idem,

Rien

Vort bleu

Rien

1,4 à 2,5 mUligr.

2 à 3 milligr.

2,5 à 3 milligr.

Mélange

de

crisUUisable

et

IncrisUllisable

(codex)

Traces faibles Très soluble

Soluble

Peu 'soluble

Insoluble

Idem.

Soluble

Très solublo

Vert pèle

Brun noir

Idem,

Rien

Vert bleu

Rien

Pare cristallisée

Traces très fiiibles

Très soluble

Soluble

Très peu soluble

Insoluble

Idem.

Soluble

Très soluble

Vert émeraude

Brun noir

Idem,

Rien

Vert bleu

Rien

1,5 à 2.5 milligr.

2 à 3 mUligr.

2,5 k 3,5 milligr.

Ht

si

sia

blorhydrique con-

ulfurique concen-

ulfnrique + Eau

tendus

de Ufont

es

VA

ai

Iliilllll

6aaDiRiH9 SNOIXOVaH

Toxicité

par kilogr.

du poids de l'animal.

Donc les effets thérapeutiques ne sont nullement comparables. Aussi, quand vous voudrez vous servir de la digitaline, il faut toujours avoir soin de spécifier le mot chloroformiqùe, sans dire amorphe ou cristallisée, puisque Taclion thérapeutique est égale dans Tune et l'autre.

Potain, qui s*est fait le défenseur de Femploi de la digitaline, se sert d'une solution dont voici la formule : on dissout de la digitaline cristallisée dans un mélange de glycérine, d'alcool et d*eau, de telle sorte que par centimètre cube il y ait un milligramme de principe actif. Ce centimètre cube de solution doit peser un grammeàl5% etil donne cinquante gouttes au compte-gouttes officinal. On administre de dix à vingt gouttes, une à trois fois par jour, de cette solution. Cette solution est dite solution de Potain et est préparée par Petit.

Huchard, qui a adopté les idées de Potain, a proposé la formule suivante :

Tf. Digitaline amorphe chloroformiqùe. . • 0,10 centigr.

AJcool ) ^ ac

BaudisUUée ]''^^^'^

Dix gouttes de cette solution représentent i/2 milligr. de digitaline amorphe.

Malgré ces intéressants travaux et ceux de beaucoup d'autres auteurs, et malgré les résultats favorables qu'on peut dans certains cas obtenir des digitalines chloroformiques, je pense que, jusqu'à nouvel ordre tout au moins, la lumière n'étant pas faite, il ne faut employer ces corps qu'avec une grande réserve ; et pour ma part, sans repousser absolument les digitalines chloroformiques du traitement des maladies du cœur, je préfère m'en tenir à la feuille de digitale et à ses diverses préparations.

Je sais bien que ces feuilles peuvent ne pas avoir toujours

Des

pilules.

la même énergie d'action ; mais ce défaut, que Hepp(i) a d'ailleurs liriiité en indiquant d'une façon précise les règles qui doivent présider à la récolte et à la conservation des feuilles, est largement compensé par l'action physiologique, et surtout Taction diurétique qu'on obtient très facilement par la digitale et si difficilement, au contraire, par la digitaline. Vous verrez, messieurs, quel rôle puissant joue cette action diurétique dans la thérapeutique des affections mitraies non compensées.

A quelles préparations donnerez-vousla préférence? Prendrez-vous les pilules, les tisanes, les sirops, les teintures ? C'est lu une question importante et qui doit nous arrêter quelques instants.

De toutes les préparations de feuilles de digitale, la plus

( I ) Digitaley scrofulariacées, digitalées. — Outre la digitale pourprée, qui seule nous occupe ici, le genre digitale comprend les variétés suivantes : l*" Digitalis lutea {Unn.); 2" Digitalis grandiflora (Lam.); B"" Digitalis purpurescens (Roth.); 4" Digitalis epiglottis (Scannag).

Digitalis purpurea (Tourn.). C'est Fuchsius qui, le premier, a donné à cette plante le nom de digitaley et en a exposé les véritables caractères.

La digitale (dé de Notre-Dame, gant de Notre-Dame) est une plante herbacée bisannuelle, elle croit dans les terrains secs, sablonneux, élevés; on la trouve souvent aussi sur les bords des routes; elle parait manquer ordinairement dans les terrains calcaires; elle croît, en France, dans les environs de Paris, en Normandie, en Bretagne, en Picardie, en Allemagne, en Suisse, etc.

Description : racines fusiformes, fibreuses, tige droite, herbacée, d'un vert grisâtre, velue,cylindrique,haule de GO centimètres à ï mètre. Feuilles

alternes, oblongues, lancéolées, crénelées sur les bords, blanchâtres et poilues en dessous avec forte saillie des nervures, vertes et ridées en dessus avec dépressions répondant aux nervures. Fleurs grandes, purpurines, pédonculées, avec bractées à la base;- nombreuses et pendantes d'un seul côté; épi terminal. — Corolle campanulée, ventrue, ressemblant à un doigt de gant (d'où le nom de digitale) y tachetée de points gris noirâtres avec une auréole blanche, tigrée à l'intérieur, à quatre ou cinq lobes inégaux. — Calice quinquilobé, irrégulier; quatre élamincs didynames, plus courtes que la corolle ; anthères rapprochées par paires, style à stigmate bifide. — FVuits, capsule ovoïde, acuminée, bivalve, entourée à sa base par le calice persistant.

Parties usitées. — Les feuilles et les semences.

Récolte. — Hepp, pharmacien à Strasbourg, s'est beaucoup occupé de la digitale et procède, d'après Hirtz,

mauvaise, à coup sûr, c'est la pilule. En effet, comme Ta démontré Gûbler,,la poudre de feuilles de digitale est par ellemême irritante, et lorsqu'elle se trouve en contact avec la muqueuse stomacale, cette action se produit, et par cela même elle favorise Teffetéméto-cathartique du médicament; or c'est, vous lesavez, ce qu'il faut évitera toutprix.Ehbien, si vous donnez la pilule, ou celle-ci est bien faite, et alors elle s'ouvre dans l'estomac qu'elle irrite, ou elle est mal faite, trop résistante, et passe alors comme un corps étranger à travers le tube digestif. Si cependant, malgré ces considérations, vous ordonnez les pilules, que chacune contienne de 5 à iO centigrammes de poudre de feuilles.

Aussi ai-je été très étonné de voir au récent congrès de thérapeutique de 1889 nos confrères belges, en particulier leD^'Crocq, considérer la poudre de digitale comme supérieure à toutes les autres préparations. J'avoue qu'après de nouvelles recherches je continue à considérer la poudre de digitale comme une des préparations qui provoquent le plus facilement les vomissements. Aussi je la repousse de la thérapeutique des affections cardiaques.

de la façon suivante pourla récolte de cette plante, c Hepp ne prend que les feuilles de la deuxième année, récoltées un peu avantla floraison; il exclut aTcc soin les feuilles de la première année, qui sont plus belles et que le commerce admet de préférence, mais qui contiennent moins de principes actifs... Chaque année Hepp renouvelle sa provision, de sorte qu'il n'emploie jamais les feuilles ayant plus d*une année de conservation. Les feuilles sont d*abord séchées à Tombre, puis la dessiccation est achevée dans une étuve dont la température ne dépasse pas AO degrés. Loin de prendre la plante tout entière, on se borne â la feuille, dont le triage se fait u la

main, en rejetant toutes les feuilles altérées. La partie parenchymateuse est seule utilisée, on enlève avec soin les nervures médianes. Les feuilles ainsi préparées sont conservées dans des boites de fer-blanc ou dans des flacons de verre, à l'abri de la lumière et de rhumidité. Les feuilles sont ensuite réduites en poudre au fur et à mesure des besoins de la consommation. Hepp a évalué le titre de la digitale qu'il emploie à 5 grammes de digitaline par i,()00 grammes de feuilles; i gramme de poudre représenterait environ 5 milligrammes de principes actifs, sans vouloir afflrnier l'identité d'action. >

tisanes.

90 LEÇONS DE CLlNfQUE THÉRAPEUTIQUE.

Des Les tisanes sont de beaucoup préférables, et on peut dire que ce sont les meilleures préparations de digitale ; elles sont de deux sortes : Tinfusion et la macération.

Hirtz, qui était un des médecins maniant le mieux la digitale et qui, se fondant sur l'action antifébrile de cette substance, a généralisé son emploi à toutes les pyrexies, Hirtz préférait l'infusion, qu'il formulait ainsi :

^ Poudre de feuilles de digitale. . . . • 0,50 centigr.

Faire infuser pendant 30 minutes, dans : Eau 100 gr. à 70 degrés.

Jaccoud (a) a modifié cette formule en ajoutant le sirop de digitale.

^ Poudre de feuilles de digitale 0,50 centigr.

Eau chaude 120 grammes.

Sirop de digitale pour édulcorer 30 —

Quant à moi, messieurs, je préfère la macération à l'infusion et je me range à l'avis de Hérard, qui considère, à juste titre la macération comme une des meilleures préparations, surtout si l'on veut obtenir des effet diurétiques.

Cette macération se fait ainsi :

y Poudre de feuilles de digitale 0,25 centigr.

Eau froide. 120 grammes.

Faire macérer pendant 6 à 12 heures (Filtrez).

Il est important que la macération soit non seulement passée, mais encore filtrée avec soin ; en efîet, s'il restait quelque trace de poudre de feuilles, celte poudre, comme je viens de vous le dire, déterminerait sur la muqueuse de l'estomac une action nuisible favorisant le vomissement (1).

(1) Hérard emploie la macération feuilles en poudre pour 200 grammes de digitale (25 centigrammes de d'eau) qu'il fait prendre en cinq à

(a) S. Jaccoud, Leçons de clinique médicale^ i. V.

Le sirop de digitale est une préparation s'adressant sur- Dossiropi tout à rhydropisie : nous y reviendrons en nous occupant des diurétiques. Deux sirops sont principalement employés, celui du Codex et celui de Labélonye (1).

La teinture de digitale est une bonne préparation que je place comme action thérapeutique immédiatement après la macération; il y a deux teintures, la teinture éthérée ou éthérolé de digitale, que Ton ne doit pas employer, car c'est une préparation infidèle, et la teinture alcoolique ou alcoolé de digitale, dont vous pourrez user à la dose de 10 à 40 gouttes en vingt-quatre heures (2).

Dot teinture».

sept fois par jour, pendant huit à quinze jours.

Moutard-Martin use de la même dose, mais fait prendre cette macération plus souvent : par petites gorgées toutes les heures, sauf au moment des repas.

Blondeau et Labbé pensent cependant qne, dans certains cas, il est bon de faire prendre cette macération en même temps que les aliments.

G. Paul donne 30 à 50 centigrammes de feuilles dans un litre d*ean, à prendre dans la journée.

Bncquoy administre pendant cinq à six jours de 50 à 75 centigr, de poudre de feuilles dans 200 gr. d'eau.

Tous ces médecins considèrent la macération comme la préparation qui donne à son summum d'intensité l'action diurétique de ce médicament, et, sans nier toutefois l'action diurétique de la digitaline, pensent que cet alcaloïde donne des résultats incomplets dans la diurèse; ils considèrent également les teintures et rinfasion de digitale comme des préparations inférieures, au point de vue diurétique, à la macération.

Poar Gûbler, au contraire, toutes les préparations de digitale, même

la digitaline, possèdent une action diurétique ; cet auteur se sert de la macération et de la teinture de digitale à la dose de 30 gouttes dans les vingt-quatre heures {Société de thérapeutique, 1877-78).

(1) Préparution du sirop de digitale (Codex français) :

Alcoolé de digitale 1

Sirop de sucre 40

!20 grammes de ce sirop représentent 5 décigrammes d'alcoolé ou 33 milligrammes d'extrait alcoolique de digitale : on la donne à la dose de 28 à 120 grammes par doses progressives.

Préparation du sirop de digitale de Labélonye (Dorvault) :

Extrait hydro-alcoolique de

digitale 5

Sirop do sucre 3000

30 grammes de ce sirop représentent 2 décigrammes de poudre de digitale. On le donne à la dose de 30 à 60 grammes.

(2) Préparation de la teinture alcoolique (Codex) :

Feuilles do digitale pulvf^ri-

secs {Digitalis purpurea) 1 Alcool à 60 degrés 5

Desvoics Jusqu'ici, nous n'avons parlé que de la voie stomacale,

«on*'de"u c^W^ q^i ^st universellement adoptée ; on a fait cependant

digiuic. j^s tentatives pour se servir des autres modes d'introduction ,

on a peu utilisé la voie hypodermique (i), à coup sûr la plus

commode, et cela à cause de l'action irritante locale de la

digitale et de la digitaline ; cependant, après bien des essais,

D^g Gûbler est parvenu à introduire sans inconvénient la digi-

injcciions i^Hj^^ gQ^g la pcau, et Vimont (a) a signalé les bons effets

dermiques, obtcnus par cette méthode. Depuis que Albin-Meunier nous

a permis, grâce à l'emploi de la vaseline médicinale liquide,

d'introduire sous la peau les médicaments les plus irritants,

Faire macérer dix jours et filtrer. A la suite des injections, ce dernier

Se donne à la dose de 1 à i gram- a constaté des accidents locaux

mes dans une potion. graves, en particulier un phlegmon

Préparation de la teinture éthérée du bras, qui a nécessité de nom-

de digitale ou éthérolé de digitale breuses incisions (6).

(Codex) : Plus récemment, Gûbler, après de

Feuilles de dijçitale pul- nombreuses tentatives, est parvenu

vérist'cs {Digitalis pur-- û obtenir tous les effets de la digi-

purea) 1 laie sans produire d'accidents lo-

Ether alcoolisé 5 eaux, en administrant la digitaline

C'est une préparation infidèle ; on «" "Uections sous-cutanées. Il em-

la donne à la dose de 1 à 2 grammes P'^'!^ '^ ^^^"V^"* f'V^''^'';, '^'"^^" en potion. ^" cinq-centieme de digitaline amor-

ii\ t?u' ; '*• t t phe (Homolle et Quévcnne) dans un

(1) Elles ont ete employées par *^ ., . .. . , .. . ^.

r\.\ . iv*i If- mélange à parties égales d eau et

Otto et Witkowski. Le premier se j* i • j a^ i« «^i,.:««

.. , , , .. .'^ , d alcool; 1 gramme de la solution

servait de la solution suivante : ,. .\, .„. i ,. ..^

contient z milligrammes de digita-

Digitaline de Mcrk 1 li^g. jj ^^ injecte 1 milligramme,

Glycérine A . «n c'est-à-dire la moitié de la seringue.

^""^ *" " ^ Pour Gûbler, l'asystolie serait le

Il introduisait un trentième de résultat de deux états différents du

grain de digitaline, chez les aliénés, cœur : l'état ataxique (cardiataxie) et

Witkowski employait la solution Tétat d'affaiblissement des contrac-

suivante : lions (cardioplégie). C'est surtout

Digitaline de Mark.. 10 centigr. dans les cas d'ataxie du cœur, où la

Eau 29 cent, cub . struclure du muscle cardiaque est

Glycérine 5 — encore intacte, que les préparations

(a) Vimont, De remploi de la digilaline en injecliom hypodermiques {Journal de Ihérap., février 1879, p. 41).

(fc) Oito, Deutsche Arch. fïir hlin. Med., t. XVI, p. 310, 18"5. — Wilkowski, Id. {Deutsche Arch. pur klin. Med., t. XVII, p. 313, 1876).

j'ai employé de nouveau les injections sous-cutanées de digitale (1), *

Vous dissolvez la digitaline dans le chloroforme, et c'est ce chloroforme, chargé de digitaline, que vous incorporez dans la vaseline liquide médicinale. Vous injectez ainsi de un quart de milligramme à un milligramme de digitaline dans les cas où il y a intolérance de Tcstomac. Ces injections, malgré tout le soin qu'on met à les faire, sont toujours douloureuses, et elles offrent cet autre inconvénient, qu'elles doivent être préparées pour chaque injection, la solution s'altérant avec grande facilité. Aussi ai-je abandonné ces solutions. On pourrait peut-être se servir de la digitaléine ou digitaline allemande, puisqu'elle est soluble dans l'eau, mais l'action thérapeutique de cette digitaléine est très faible. Cependant quelques essais faits à l'hôpital doivent vous encourager dans cette nouvelle voie.

On a aussi conseillé les cataplasmes et les lavements de feuilles de digitale ; Brown et Reynols (2) ont vanté les

de digitale donneront les meilleurs résultats; mais comme chez certains sujets la digitale est détruite en partie dans les voies digestives, on devrait employer alors, suivant Gûbler, dans ces cas de cardiataxie, les injections sous-cutanées de digitaline.

(1) Les injections do digitaline dans la vaseline médicinale doivent être faites extern poranément, car Févaporation du chloroforme laisse déposer la digitaline. Voici comment on procède :

Digitaline cristallisée. 0.005 milligr.

Chloroforme Q. S.

pour dissoudre .

Vaseline liq. médic. . . 10 grammes.

On injecte une seringue de cette solution. Ces injections sont bien sup-

Des CItaplatmcs.

portées quand on a soin de les faire dans le sillon rétro- trochantérien.

Lorsqu'on dépasse 1 milligramme ou lorsqu'on rapproche ces injections trop souvent, elles déterminent des vomissements.

(i) Brown se sert de cataplasmes de digitale comme diurétique; ces cataplasmes sont faits soit avec des feuilles fraîches et de l'eau bouillante, soit avec de la farine de graine de lin et la teinture concentrée incorporée au cataplasme. Brown applique ces cataplasmes sur l'abdomen et il a toujours observé, par ce moyen, un abaissement considérable du pouls, lequel, en une heure, baisserait de 401) à 75 pulsations.

Le docteur Reynols a confirmé ces expériences. Moutard-Martin emploie la macération à la dose de 50 centi-

premiers ; mais les expériences que j'ai faites dans mon service prouvent que Faction des cataplasmes varie suivant l'état de la peau (i) ; celle-ci est-elle fine et délicate, l'action de la digitale se fait sentir; est-elle, au contraire, rugueuse et sèche, l'effet est nul : c'est donc là une méthode incertaine qu'il faut repousser.

Lavcmentf. Lcs lavcments au contraire sont un bon mode d'introduction de la digitale torsqu'elle ne peut être introduite par la bouche, et Moutard-Martin a eu raison de rappeler les avantages de cette méthode déjà mise en pratique parCazin (de Boulogne) et Chrestien (de Montpellier). Dans ce cas, vous

grammes de poudre de feuilles, il en a obtenu de bons effets chez des malades où la moindre dose de digitale déterminait des vomissements (Bull.

et Mém. de la Soc. de thérap,, avril 1884, p. 63) (a).

(1) Dujardin-Beaumetz a fait une série d'expériences sur Temploi de la digitale en cataplasmes, et voici les observations les plus importantes qu'il a recueillies à cet égard :

Observation L — Chez un homme de cinquante-sept ans, dont le pouls battait 95 pulsations à 1 1 heures du matin, on applique le soir, à 5 heures, un cataplasme de feuilles de digitale qu'on enlève le lendemain matin A 5 heures; à 8 heures, le sujet, après avoir mangé avait 108 pulsations : à 11 heures, 96 pulsations.

Obsei'vation IL — Chez un enfant de quatorze ans et demi, le pouls, à 9 heures et demie du matin, donne 72 pulsations. A H heures, après avoir mangé,le pouls s'élève à 100 pulsations (cet enfant était convalescent d'une fièvre typhoïde) ; à 7 heures du soir, on applique le cataplasme de feuilles de digitale, on Tenlève le len-

demain matin à 5 heures; à8 heures le malade, après avoir mangé, avait 100 pulsations; à 9 heures et demie, à jeun, on trouve 63 pulsations.

Observation HL — Garçon de seize ans. A 10 heures et demie, pouls à 7:2 pulsations. Application à 7 heures du soir d'un cataplasme de feuilles de digitale qui reste appliqué jusqu*à 4 heures du matin. A 10 heures et demie du matin, le pouls est à 60 pulsations ; et le lendemain matin à la même heure,il s'élève à 73 pulsations.

Comme on le voit par cts observations, l'âge a une influence notable sur l'action de ces cataplasmes de digitale. En effet, tandis que dans la première observation, où il s'agit d'un homme de cinquante-sept ans, ces cataplasmes n'ont aucune influence sur le pouls ; au contraire, dans les observations 11 et III, où on a affaire à des jeunes gens dont la peau est fine et délicate, on observe une action réelle de la digitale, action qui se traduit dans l'observation II par une diminution de 8 pulsations, et dans l'observation 111, de i^i pulsations.

(a) Brown, 3fedical Times and Gai., 1868. — Reynolds, The Lancet, 1869.

emploierez la macération à la dose de 50 centigrammes de poudre de feuilles dans 420 grammes d'eau et vous administrerez le tout en un quart de lavement que le malade devra garder (1).

Quant aux frictions avec la teinture, leur action sur la cir- FricUons. culalion est des plus problématiques, et le plus souvent elles n'agissent que comme moyen local.

Je vous ai dit, en parlant de l'action physiologique de la ^oses. digitale, quelles étaient les conséquences thérapeutiques qui en découlaient, je vous ai montré combien il est nécessaire d'interrompre la médication, et combien il est important de donner dés doses modérées; il me reste à fixer ces doses.

Lorsque vous employez les tisanes, macération ou infusion, vous pouvez donner 25 centigrammes de poudre de feuilles; cette dose peut être portée à 50 centigrammes lorsqu'il est nécessaire d'agir très activement; mais comme il vous serait impossible de maintenir cette dose pendant plusieurs jours, vous devrez en abaisser le chiffre graduellement pendant les jours suivants; mais que vous employiez des doses modérées ou des doses décroissantes, ayez soin de ne pas prolonger l'administration delà digitale au delà de quatre à cinq jours, puis cessez pendant un même laps de temps après lequel vous reprendrez la digitale, de manière à faire ainsi des périodes alternatives égales de traitement avec la digitale et de repos.

La digitale ainsi employée vous donnera des effets souvent merveilleux. Mais il ne suffit pas de savoir manier ce médi-

(1) Cazin dit avoir employé avec pour 1-25 grammes d'eau, la seconde

succès la digitale en lavement, et de l!â grammes et la troisième de 15

Tibrestien (de Montpellier) cite une grammes, toujours pour 125 gram-

observation du docteur Mejean, qui mes d'eau. Le malade, atteint d'ana-

fit prendre, en trois fois, dans la sarque et d'ascite, fut guéri momen-

journée, un lavement de digitale ; la tanément par ce traitement.

première dose était de 8 grammes

Des Indicaltons

cament, il faut encore savoir à quels signes on reconnaîtra Tutilité de son emploi.

Je vous ai dit, dans la leçon précédente, que si le cœur de suffit à sa tâche, la digitale est nuisible, dangereuse même, tandis que, si le cœur n'est pas suffisant, l'indication du médicament apparaît et les résultats thérapeutiques sont des plus favorables. Or, à quels caractères reconnaître, dans la longue évolution des maladies mitrales, le moment où le cœur devient insuffisant?

Du pouu. Pour vous guider dans cette étude, n'oubliez jamais, comme l'a montré Peter (a), que le pouls traduit à la main de l'observateur d'une façon fort fidèle, l'état du muscle cardiaque. L'irrégularité du pouls ne dépend pas de la lésion, mais de l'état du cœur, et cela est si vrai, que, la lésion restant toujours la même, nous pouvons par des agents thérapeutiques ramener le pouls à son type normal.

Donc, messieurs, examinez attentivement le pouls, examinez aussi les battements du cœur, interrogez les fonctions respiratoires, voyez s'il se produit de la dyspnée cardiaque, recherchez l'œdème aux malléoles, percutez la région du foie, et, en poussant ainsi vos investigations de tous côtés, vous saisirez les signes vous indiquant que le cœur est insuffisant à sa tâche et qu'il est nécessaire au médecin d'intervenir pour augmenter la force contractile de l'organe.

conire-in- Mais cetlc puissancc sur la fibre musculaire est limitée,

. bien entendu, à l'intégrité de celte dernière, et lorsque, dans

certaines affections, la fibre a subi la dégénérescence gra-

nulo-graisseuse, vous comprenez facilement que la digitale

ne peut avoir d'action. Bemheim (b) a même montré que

Du cœur ^qhq dégénéresceuce graisseuse était une contre-indication formelle à l'emploi de la digitale. Or, lorsque la digitale n'est

(a) Peler, Leçons de clinique médicale, t. 1*% 1873. (6) Bcrnhcini, Hevue médicale de VEity 1875.

pas nécessaire, elle est, vous le savez, toujours dangereuse. Mais, me direz-vous, comment reconnaître que le cœur est scléreux ou graisseux? Je vous le montrerai, messieurs, par la non efBcacité même de la digitale, qui agit là comme un véritable réactif thérapeutique.

Lorsque, chez un malade, la digitale administrée métho* diquement, maniée avec soin, ne produira aucune amélioration du côté du cœur ou du pouls, lorsque surtout la quan^^ lilé d'urine n'aura pas été augmentée — et ce fait a été mis en lumière par Jaccoud et Bucquoy — soyez persuadés qu'il existe une altération graisseuse du cœur, et cessez de suite remploi du médicament.

Vous vous rappelez cet homme couché au numéro 5 de la salle Saint-Charles. 11 entrait avec tous les signes d'une aifection cardiaque : cœur volumineux, dyspnée très intense; œdème manifeste des extrémités, urine rare (200 grammes à peine); nous lui administrons la digitale, et malgré nos soins dans l'emploi du médicament, nous n'avons obtenu aucune amélioration. Le malade meurt et l'autopsie nous révèle nettement la cause de l'insuccès ; cet homme présentait un beau type d'aortite aiguë, avec une dégénérescence graisseuse presque complète du muscle cardiaque.

Ainsi donc, observez avec attention l'action sur le pouls; examinez les urines, voyez si elles augmentent par l'administration de la digitale; si vous ne constatez ni amélioration du côté du cœur ni augmentation des urines, cessez celte médication : elle est inutile, elle peut être dangereuse.

Telles sont, messieurs, les principales règles applicables à l'emploi de la digitale dans les affections mitrales non compensées. Elles vous montrent que ce médicament, comme du reste presque tous les agents thérapeutiques, demande, pour donner de bons effets, à être manié d'une façon habile, et qu'il ne suffit pas de connaître les effets physiologiques et

CLINIQUE THÉKAP., ($« édil. I. — 7

Du convalla-

thérapeutiques d'un médicament, d'en posséder les indications et les contre-indications, mais qu'il faut encore, pour en obtenir des résultats favorables, savoir quelles sont les préparations les mieux appropriées, les moyens de les administrer et le moment qu'il faut choisir pour en commencer et en cesser l'usage.

La digitale, messieurs, n'est pas le seul tonique du cœur; il existe, en effet, d'autres médicaments qui, s'ils ont une action moindre, n'en sont pas moins aptes, dans une certaine mesure, à augmenter les contractions du muscle cardiaque ; je veux parler du convallaria, de la caféine et surtout du strophantus.

Quoique Ton trouve dans les auteurs anciens, et en particulier dans Matthiole (1580), dans Gartheuser (1745), dans Ferrein (1771) le convallaria mentionné comme médicament agissant dans les maladies du cœur, c'est à l'école russe (1) que l'on doit les premières données scientifiques sur l'action diurétique et tonique de cette substance sur le

(1) Dans les Commentaires de Dioscoride, Matthiole (1583) dît que les Allemands affirment que le muguet fortiiie le cœur et qu*il est bon pour les épileptiques, les paralytiques, et ceux qui ont des battements de coBur. En 1745, Gartheuser signale parmi les nombreuses propriétés qu*il reconnaît au muguet celle de calmer les palpitations du cœur et d*agir dans les affections cardiaques. Ferrein, en 1770, insiste aussi sur les propriétés diurétiques du muguet. Tous ces faits étaient à peu près oubliés lorsque les médecins russes, sous la direction de Bot^ kin, reprirent Tétude de Faction physiologique de ce médicament, et nous voyons successivement paraître les travaux de Bojojawlenski, d'isaïeff et Kalmikoff qui montrèrent

son action tonique sur le cœur. En 188!2, G. Gée communiqua à TAcadémie de médecine le résultat de ses expériences. Coze (de Nancy) et Simon ont complété plus récemment ces recherches. Voici les résultats auxquels sont arrivés ces différents expérimentateurs.

Troïtzki et Bojojawlenski, sur les conseils de Botkin (de Saint-Pétersbourg;, ont étudié Faction physiologique du muguet, ils ont démontré que chez la grenouille, comme chez les animaux à sang chaud, il y avait, sous rinftuence de ce médicament, diminution du nombre des contractions du cœur et élévation de la près* sion artérielle, ils constatèrent aussi chez l'homme une action diurétique des plus marquées.

D*Ary a observé la même action

cœur, et nous devons signaler ici tout particulièrement les travaux faits sous l'inspiration de Botkin, de Bojojawlenski, deTroïtzki, d'Isaïeff, de Kalmikoff.

En France c'est surtout depuis la communication de Germain Sée que le muguet est entré dans le domaine delà thérapeutique et, plus récemment, Coze (de Nancy) et Simon nous ont montré, par des tracés sphygmographiques, l'analogie qui existerait entre l'action de la digitale et celle du convallaria. Le muguet serait donc un médicament diurétique par Taclion tonique sur le cœur dont il augmenterait la contraction musculaire et régulariserait les battements. Cependant son action serait incertaine et les résultats que j'ai obtenus vierment confirmer entièrement l'opinion émise par Stiller en Allemagne, et en France par Constantin Paul, Peter et Humbert MoUière.

Les préparations de muguet ne développent pas de

tonique sur le cœur et les effets diurétiques du muguet. De plus, il le considère comme un sédatif du système neireux et Ta employé comme Ta fait Botkin, dans le traitement de certaines névralgies.

Alfayef, médecin militaire russe, a aussi expérimenté le muguet, et il conseille d'employer le Convallaria partout où la digitale est indiquée ; il a essayé de traiter, mais sans succès, la fièvre intermittente par ce médicament.

Germain Sée a repris toutes ces expériences soit sur Thomme, soit sur les animaux ; chez la grenouille, une gouttelette d'extrait de muguet, mise directement en contact avec le cœur, arrête ce dernier en systole; chez le chien il suffit d'injecter dans une veine 4 gouttes d'extrait de convallaria pour déterminer, au bout d*Qoe dizaine de minutes, la mort par arrêt du cœur ; chez l'homme.

l'extrait de convallaria parait faire disparaître l'arythmie du cœur, môme lorsqu'elle est indépendante des lésions d'orifice. Il agit ainsi avec une extrême rapidité sur les palpi** tations. 11 diminue l'accélération du cœur, mais moins énergiquement que ne le fait la digitale, — mais il augmente d'une façon très notable la pression vasculaire et l'énergie du muscle cardiaque ; il agirait enfin sur la respiration et calmerait d'une façon notable la dyspnée.

Les effets diurétiques du Conval-* laria maialissowi des plus considérables et dépasseraient dé beaucoup les autres diurétiques, y compris même la digitale, aussi ce médica> ment s'appliquerait-il à toutes les affections cardiaques avec infiltration des membres. Il n'aurait aucune action nuisible sur le tube digestif.

Coze et Simon ont démontré par des expériences sur les animaux à

phénomènes toxiques chez l'homme, et méritent d'être gardées à titre d'adjuvant des autres toniques du cœur. J'ai dit plus haut que l'usage de la digitale ne pouvait être continué que pendant un laps de temps fort court, et qu'il était nécessaire d'interrompre de temps en temps la médication pour la reprendre ensuite de nouveau. C'est pendant ces temps d'arrêt obligatoires que vous pourrez mettre à profit les propriétés diurétiques et régulatrices du convallaria ; il faudra cependant se garder dans ce cas d'attribuer au muguet seul tous les bons effets qu'on verra se produire, et il faut savoir que l'action de la digitale se prolonge longtemps après la cessation du médicament (1).

sang froid, grenouille et tortue, que tandis qu'en Amérique Hard (de

le muguet ralentissait le pouls en Newburyport), Taylor, Smith ont ob-

augmentant son amplitude, et ils ont tenu des résultats comparables à

donné \e nom de période utile d celle ceux do Germain Sée, Stiller, sur

phase de Faction du médicament. vingt et un cas d'affections du cœur,

iCn comparant la digitale au mugiiet, n'a eu de résultats positifs que dans

ils ont trouvé que la durée de la pé- deux cas. Constantin Paul et Peter

riode utile était à peu prés la même en France, le considèrent comme

pour ces deux médicaments, cepen ayant une action diurétique très

dant l'augmentation d'amplitude du certaine. A Lyon, Soulier, Aubert,

pouls a toujours été à l'avantage du Icart et Humbert Mollière consi-

muguet. Cette action cardiaque et dèrent le convallaria comme un bien

diurétique du muguot n'a pas été médiocre diurétique (a),

admise par tous les observateurs, et (1) Le muguet, Convallaria mata"

(a) Matthiolc, Commentaires de Dioscoridej édit. française de du Piiiet, 1850.. — Carthcuser, Matière médicaley édit. 1745. — Ferrein, Matière médicaUy 1871. — Bojojûwlenski, Vber den pharmakologischen und kliniichen Einfltus der Bluthen des menbluchen auf der Heriy Saiot-Pélcrshourg, 1880 (en russe). — Troïtzki, Wratch.y n« 15, 1880, n« 18, 40, 41, 1882. — Isaïeflf, W'ratches. Wedom.y n» 456, 1851. — Koluiykoff, Jtull. de la Soc. méd. de CliarkoWy n» 1, 1881.— D'Ary, Therap. Gai. {de Détroit) {Du convallaria niaialispar Ruysh). —Journ. de thérap. de CMlery 25 déc. 1881. — G. Sée, Sur un nouveau médicament cardiaque. Recherches expérimentales sur le convallaria maialis {Bull. gén. de thérap., t. ClU, p. 49, 30 juillet 1882). — Fillioud-Lavergne, Sur le convallaria. Thèse de Paris, 1883. — Noguès, Essai sur le convallaria. Thèse de Paris, 1883, n** 224. — Ë. Labbé, Du convallaria maialis et de la convallamarine (Gai. hebd.y 13 juin 1884, p. 394). — Coze et Simon, Recherches comparatives sur faction du muguet et de la digitale {Bull, de t/i drap., 1883, t. CV, p. 489). — Stiller, Versuche uber Convallaria maialis bel flenkrankheiten {W'ien. W'och.y n" 44, 1882). — Constantin Paul, Traité des maladies du cœur^ p. 712. — Peter, Traité des maladies du cœur. — Humbert Mollière, Sur le convallaria maialis {Lyon médical, 1882).

On a utilisé les fleurs, les feuilles et les rhizomes de la plante; les parties les plus actives sont les fleurs, puis les feuilles. L'infusion doit être rejelée, et on aura recours à l'extrait de fleurs et de feuilles d'après la formule suivante :

if Extrait de fleurs et de feuilles de convallaria, 7 grammes «

Sirop d'écorces d*oranges 120 —

Sirop des cinq racines 130 —

Vous donnerez de cette préparation une cuillerée à bouche le matin, à midi et le soir.

U$ (Asparagées), que Ton appelle oncore lis des vallées, muguet de mai, muguet des bois est une plante vivace qui croît spontanément dans les bois, cette plante est surtout abondante dans le bois de Coropiègne. En Chine, on sert comme comestible de jeunes pousses d'un muguet, \%Polygonatum japonicum. En Russie, on utilise beaucoup comme diurétique une Tariété de convallaria, le Convallaria polygonatum, si connu dans nos bois sous le nom de sceau de Salomon, et il est probable que c*est cette indication qui a porté les médecins russes à utiliser le muguet dans les affections cardiaques.

Stanislas Martin a analysé, en 1865, le Convallaria maialis. 11 y a trouvé un alcaloïde auquel il a donné le nom de maïalinef un acide auquel il a donné le nom d'acide maïalique, ane huile essentielle, un principe colorant jaune, de la cire, du mucilage, de l'extrait actif et enfin de la fibre végétale.

Auparavant, en 1858, Walz avait tiré du muguet deux glucosides, la convallamarine et la convallarine.

En 1867, Marmé a expérimenté

ces deux glucosides et a établi leur pouvoir toxique : la convallarine serait purgative et non toxique, la convallamarine, au contraire, agirait sur le cœur et amènerait la mort à la dose dq 15 à 30 milligrammes chez le chien.

Ernest Hardy a repris ces recherches et a isolé la convallamarine en suivant le procédé de Draggendorf ; Tanret a perfectionné le procédé d'extraction de la convallamarine et obtient un produit ayant l'aspect de la digitale ordinaire.

Adolphe Langlebert a étudié les différents modes de préparation, et après avoir reconnu que les alcaloïdes et les teintures avaient peu d'action, il a conseillé les extraits aqueux préparés avec les fleurs et les tiges du Convallaria maialis auxquelles on ajoute un tiers de leur poids de racines et de feuilles.

Cet extrait, privé en partie de son principe résineux et purgatif, est de consistance solide, noir brillant, de saveur amére et d'une odeur agréable et persistante : il sert à la préparation d'un sirop qui renferme par cuillerée à potage 50 centigr. d'extrait (aj.

(a) Stanislas Martin, Composition chimique de la Heur du muguet des bois {Bull. gén. de thérap., 1865, t. LXIX, p. 128). — Marmé, Nachrichten von der Geselltckûp der Wissens. (Gœttingen, 1867, p. 160-164). — Langlebert, Note sur le conrûUaria maialis {Bull. gén. de thérap., t. ClU, 30 Juillcl 1882, p. 74). — Taiircl, ^ur la convallamarine (Bull, de thérap,, 30 août 1882, p. 179).

On peut aussi prescrire le sirop préparé par Langlebert, sirop qui contient 50 centigrammes d'extrait par cuillerée à bouche : vous donnerez i^' 50 à 2 grammes d'extrait par jour, c'est-à-dire de trois à quatre cuillerées à bouche de Tune ou l'autre de ces préparations. On peut aussi se servir de teinture de fleurs de muguet à la dose de 2 à 4 grammes par jour. Oc u On a proposé de substituer au muguet les glucosides qui roaJTnlT ^^^ été trouvés dans la plante par Walz en 1858. Ces corps, bien étudiés par Marmé, sont au nombre de deux : la convallarine et la convallamarine. L'action de ces deux substances est loin d'être identique : d'après les expériences du professeur Germain Sée, la convallarine serait purgative tandis que la convallamarine seule serait diurétique et tonique du cœur.

Ernest Hardy et Tanret nous ont donné les moyens d'obtenir cette convallamarine à l'état parfaitement pur, et les expériences de Marmé, en 1867, qui nous a montré l'identité d'action de la convallamarine et du muguet, nous permettent d'employer la convallamarine que vous donnez sous forme pilulaire à la dose de 5 à 10 centigrammes. Cependant pour ma part, j'ai plus de confiance dans l'extrait de feuilles et de fleurs de muguet, mais de toute façon, ne vous étonnez pas des échecs nombreux que vous essuierez par l'usage du muguet, et n'attendez pas des préparations de cette plante des effets constants et certains. Do la Si le muguet employé en nature et les principes actifs qu'on en retire ont une action incertaine et infidèle, il n'en est pas de même de la caféine qui nous rend des services importants dans les affections du cœur.

C'est surtout à la période ultime de la maladie, à la période asystolique* et lorsque les autres toniques du cœur auront épuisé leurs effets, que la caféine vous rendra de signalés services.

caféine.

Je n'ai pas à vous faire ici l*histoire de Taction physiologique de la caféine sur la circulation (1). Lorsqu'on embrasse d'un coup d'œil général tout ce qui a été écrit sur Tefifet du café et de la caféine sur le cœur, on voit qu'on peut ranger les opinions qui ont été émises à ce sujet en trois

(1) Voici comment Leblond résume ropinion des physiologistes sur Faction de la caféine sur le cœur et la circulation.

Londe, Nysten, Murray, A. Richard, etc., affirment que le café excite Taction du cœur. D'après Prompt, il accélère le pouls.

Pour Trousseau, Tinfusion de café augmente le nombre des battements du cœur.

Rognetta dit que le pouls ne s^aceélère pas sous l'influence du café, ou s'U s'accélère, cela tient à Faction du calorique. Le pouls, pour lui, deWent plus lent, plus ample et plus mou, ce qui dénote une hyposthénie dans l'arbre circulatoire : il ajoute encore que le café a une action élec- Utc sur les vaisseaux du cerveau qu'il tendrait à désemplir.

c L'état tétanique provoqué parla caféine, dit Albers, ne se borne pas aux parties externes, aux muscles périphériques, mais envahit aussi bien le cœur, car aussitôt que les contractions se manifestent aux membres, le cœur se spasmodise, pâlit et diminue de volume. C'est en cela que la théine diffère des narco- Uqnes les plus toxiques : avec quelcfue violence et quelque rapidité qu'agisse la nicotine sur le cœur d'un animal, celui-ci conserve la régularité de ses mouvements, une heure et même plus après l'appari- Uon de la paralysie ou de la contraction des membres ; cette action sur le cœur est tout à fait propre à la

caféine, aucune substance médicamenteuse ne la possède au môme degré, i

Pénilleau et Deltel attribuent au café une action accélératrice.

Caron, qui s'est administré 50 centigrammes de caféine dans une matinée après avoir déjeuné, éprouva, au bout de deux heures, d'abord une prostration générale des forces, une sorte de concentration vitale, une céphalalgie vague avec tremblement des jambes qui étaient plus faibles que de coutume; incertitude dans la marche; plus tard, il se manifesta un état nauséeux tout particulier, une plénitude de Festomac, une somnolence continuelle avec inappétence prolongée, puisqu'il put rester jusqu'à onze heures du soir sans manger. Son pouls descendit graduellement de 80 à 56 pulsations.

Méplain, après avoir absorbé 50 centigrammes de caféine, a vu également son pouls tomber de 61 à 56 pulsations. Pour Jomand, Faction de la caféine sur le cœur est le ralentissement ; Sabarthez, au contraire, a rarement constaté que l'infusion de café produisait une accélération des contractions cardiaques, qu'elle fût prise à chaud ou à froid, ou à jeun ou pendant le travail de la digestion.

f 11 faut observer, dit M. Leven, qu'à dose toxique, la caféine commence toujours par augmenter le nombre des battements du cœur; ce n'est que dans la seconde phase de

104 LEÇONS DK CLINIQl'E THÉIUPEUTIQUE.

groupes distincts : les uns comme Gentilhomme (de Reims) ont soutenu que la caféine n'avait aucune action sur le cœur; les autres, comme Trousseau, Rognetta, Pénilleau, Deltel, Sabarthez, etc., admettent qu'elle accélère les battements du cœur; d'autres enfin comme Caron, Méplain, Fonssagrives soutiennent qu'elle les ralentit.

son action qu*ellc les ralentit. > Voight, Stuhlman et Falk sont arrivés aux mêmes résultats.

D*après Binz, la caféine à dose modérée augmente Faction du cœur en agissant directement sur l'organe et en excitant la contractilité artérielle. La pression sanguine et la fréquence du pouls sont augmentées ; il y a une augmentation de température qui peut aller chez les animaux jusqu'à 1** 5; et, plus d'urée et d'acide carbonique sont éliminés qu'à l'état normal. Tous ces symptômes sont d'une durée relativement courte, car une partie de la caféine est éliminée par les urines presque immédiatement après son introduction dans l'économie.

Gentilhomme, dans ses recherches, afûrme que la caféine est sans action sur le cœur. Hoppe, Schmiedeberg, Johannsen et autres passent complètement sous silence l'action que la caféine peut avoir sur cet organe.

Henneguy, au contraire, a observé que la caféine ralentit, affaiblit les mouvements du cœur qui s'arrête en systole.

Pour Fonssagiives, le café augmente la tension artérielle et avec elle la fréquence du pouls diminue :

il y a excitation des vaso-moteurs et augmentation de la contractilité; une excitation spéciale du cœur dont les mouvements deviennent plus énergiques contribue aussi à augmenter la tension artérielle.

Bennet, dans ses expériences, a toujours observé la contraction, puis la dilatation des capillaires avec stase sanguine.

L'augmentation de tension vasculaire avait déjà été observée par Magendie qui, injectants grammes d'infusion de café dans la veine jugulaire d'un chien, vit le liquide monter dans rhémodynamomètre do Poiseuille de 30 à 70.

D'après Aubert et Dehn, à fortes doses, la caféine serait sans action sur le cœur de la grenouille, tandis que chez le chien et le chat on remarquerait une fréquence extrême du pouls et une diminution de la pression sanguine, suivie d'une augmentation avec ralentissement des pulsations. Méplain, dans ses expériences sur l'homme, arrive à conclure «qu'il y a augmentation de la tension artérielle : des tracés sphygmographiques recueillis sur la radiale droite lui ont montré que, sous l'influence du café, la montée était moins verticale et moins haute, l'amplitude des rebondissements beaucoup plus faible, le sommet de la pulsation moins aigu et transformé même dans quelques cas en un véritable plateau.

Le D' Giraud, étudiant sur luimême les effets des infusions de café et de thé, arrive aux conclusions suivantes.

A doses thérapeutiques, la caféine :

1** Diminue la fréquence du pouls;

D*où proviennent ces divergences? de ce fait que les effets toxiques dans le groupe des toniques du cœur sont opposés aux effets thérapeutiques et, tandis que la caféine à dose modérée, comme l'ont bien mis en évidence les travaux de Girard et les belles recherches de Leblond (a), diminue les pulsations en augmentant la tension vasculaire, c'est-à-dire en agissant comme tonique du cœur, à dose plus élevée, elle augmente les battements du cœur et les per-

2* Augmente la tension artérielle ainsi que l'énergie des battements du cœur;

3» Le café et le thé ne paraissent agir que par la caféine qu'ils contiennent.

D'après ses expériences sur les animaux, à doses toxiques :

!• Elle accélère puis ralentit la respiration et la circulation par épuisement nerveux;

t* Elle diminue considérablement la pression sanguine ;

3* Elle paralyse complètement les Ta$o*moteurs.

Pour Steward, la caféine produit d'abord sur le cœur une action stimulante, et augmente la tension artérielle, mais consécutivement elle détermine un affaiblissement de la puissance musculaire cardiaque et une diminution de la pression sanguine : elle agit probablement sur l<*s ganglions cardiaques qu'elle paralyse.

Chez les animaux empoisonnés par la caféine, la respiration cesse avant Tarrét du cœur.

Leblond a fait lui-même un grand nombre d'expériences sur Faction de la caféine sur la circulation et

voici quelles sont ses conclusions.

A dose physiologique :

1*" La caféine est un excitant du système nerveux et musculaire;

2* Elle diminue la fréquence du pouls en augmentant Ténergiedes battements cardiaques, et la pression sanguine par constriction vaso-motrice ;

S*" Elle fait tomber la température périphérique;

i" Elle n'influe en rien sur la formation et l'excrétion de l'urée.

A dose toxique :

i« La caféine exagère le pouvoir excito-moteur de la moelle, paralyse les nerfs sensitifs périphériques et agit aussi sur le pneumogastrique dont elle diminue l'excitabilité;

!â' Elle fait rapidement baisser la pression sanguine par paralysie des vaso-moteurs ;

2* Le cœur, chez les animaux à sang froid, se ralentit de plus en plus et s'arrête en systole : chez les animaux à sang chaud, il s'accélère sur la lin de l'empoisonnement et s'arrête en diastole;

^<» Elle produit une action tétanisante sur les muscles ;

5" Elle fait rapidement baisser la température;

G" Elle augmente la dénutrition.

(i) Giraud, Contribution à V étude physiologique thérapeutique de la caféine. Thès« de Lyon, 1883. — Leblond, Etuie phtjùologique et thérapeutique de la caféine. Thèse de Paris, 1883.

turbe. Vous comprenez alors facilement comment, suivant les animaux en expérience et suivant les doses employées, on ait obtenu des résultats absolument opposés.

C'est en 4839 qu'un inconnu, M. S..., a signalé pour la première fois, dans le Bulletin de thérapeutique y l'action diurétique du café et son application à la cure de l'hydropisie. Notons cependant qu'en 1825 un médecin hollandais avait déjà précédé M. S... dans cette voie, en signalant ce remède comme applicable à la cure des épanchements séreux. En 1846, Honoré, médecin de l'Hôtel-Dieu, signale les heureux effets qu'il a obtenus de l'infusion de café dans l'albuminurie et l'hydropisie.

Mais c'est en 1863 que paraît le premier travail important sur l'action thérapeutique de la caféine dans les maladies du cœur; il est dû à un assistant de Botkin (de Saint-Pétersbourg), Koschlakofï. En 1866, Jaccoud introduisit en France la caféine dans le traitement des maladies du cœur et, en 1877,Gûbler la considère comme le diurétique idéal. Cependant, malgré un travail fort important de Brakenrigde, on n'administrait la caféine jusque-là qu'à des doses faibles, à peine 50 centigrammes par jour.

Les travaux simultanément faits à Lyon par Lépine, à Paris par Huchard, montrèrent que ces doses étaient insuffisantes, et qu'il ne fallait pas hésiter à donner par jour 2 grammes de ce médicament pour en obtenir des effets utiles. C'est cette règle que vous devrez suivre, et, lorsque vous ordonnerez la caféine, vous devrez vous servir d'une des solutions les plus stables de cet alcaloïde (1) qui consiste

(1 ) La caféine a pour formule sition que la caféine. La guaranine,

C'H*sAz*02. Elle a été trouvée dans découverte par Martin en 1840, serait

le café par Runge en 1820, Jobat et encore identique à la caféine ; enfin

Mulder, en 1868, montrèrent que la il en serait de même de la matéine

théine, que Oudry avait retirée en retirée en 1843 du thé du Paraguay.

1827 du thé, avait la même compo- La caféine cristallise en fines aiguilles

à le dissoudre avec le benzoate de soude, comme le préconise Tanret, et vous formulerez ainsi vos préparations. S'agit-il d'une simple potion vous la composerez ainsi :

2C Caféine | ^ .

Beiwoale de soude i^ 1 gramme.

Eau de tilleul

Eau de laitue { aà 30 grammes.

Sirop des cinq racines ,

soyeuses, elle a une saveur très amère, elle est soluble dans 80 parties d*eau à froid et dans 60 parties de suc gastrique. Elle est renfermée en plus ou moins grande quantité dans les différents cafés. Le tableau suivant permet de juger la richesse des thés et des cafés en caféine et en théine :

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