DOSES TOXIQUES MOYENNES
par kilog. du poids du corps de l'animal.
à l'état pur.
à l'état de dilution
la
Quant aux eaux-de-vie du commerce, voici les conclusions de Dujardin-Beaumetz et Audigé :
Toutes les eaux-de-vie et alcools du commerce sont toxiques et leur action nocive est en rapport: i" avec l'origine de ces alcools ;'^° avec leur degré de pureté.
1° Origine des eaux-de-vie du commerce. — L'origine des eaux-de-vie
joue un rôle prépondérant au point de vue de leur action toxique, et voici dans quel ordre nous sommes portés à classer les différents produits que nous avons expérimentés :
1° alcools et eaux-de-vie de vin ; 2° eaux-de-vie de cidre et de poiré ; 3° eaux-de-vie de marcs de raisin; 4° alcools et eaux-de-vie de grains ; 5° alcools et eaux-de-vie de betteraves
su LEÇONS DE CLINIQUE THERAPEUTIQUE.
vins de mauvaise qualité, et résultant d'une fabrication plus ou moins interlope, vous verrez alors, sous l'influence de ces boissons, même prises modérément, se produire pendant a nuit, des contractions, de la chaleur du côté de l'estomac et des renvois acides plus ou moins fréquents; si, au contraire, vous avez bu la même quantité de vin, mais de bonne nature, de bonne qualité, des vins exempts de fraude, jamais de pareils accidents ne se produiront.
Aussi, messieurs, nous devons faire entrerpour une grande part, dans la dyspepsie de la population ouvrière de nos
et de mélasse de betteraves ; 6" alcools et eaux-de-vie de pommes de terre.
Cette classificatiou est en rapport aTce les récentes découvertes de Isidore Pierre qui a montré que les eaux-de-vie du commerce contiennent, en proportions variables, un certain nombre d'alcools. Si l'alcool de vin est le moins nocif de tous les alcools commerciaux, c'est qu'il renferme presque exclusivement l'alcool éthylique qui est le moins toxique de la série. Il doit exister, même dans les eaux-de-vie de vin, quelques poisons autres que l'alcool éthylique, car elles sont un peu plus toxiques que cet alcool chimiquement pur.
L'existence d'une certaine quantité d'alcools propylique, œnanthylique et caprylique, et de leurs produits d'oxydation dans les eaux-de-vie de marcs de raisin, de cidre et de poiré, nous explique la puissance toxique supérieure de ces boissons alcooliques comparées aux eaux-de-vie de vin.
C'est particulièrement dans les eaux-de-vie de grains et de betteraves que Isidore Pierre a constaté l'existence des alcools propylique, butylique et amylique ; on comprend par là leur grande nocivité.
Enfin, si les alcools et eaux-de-vie
de pommes de terre nous ont paru les plus toxiques des eaux-de-vie du commerce que nous ayons expérimentées, c'est qu'ils contiennent en proportions variables des huiles essentielles, qui sont, comme on le sait, composées d'alcool butylique et amylique.
îl°Pureté des eaux-de-vie du commerce.— Ce que nous venons de dire nous est une preuve que, pour rendre moins toxique une eau-de-vie du commerce, il faut la débarrasser des produits impurs qu'elle contient , ainsi que des alcools autres que l'alcool éthylique. Nous avons vu, en effet, dans nos expériences, qu'il existe, au point de vue toxique, des différences entre les alcools rectifiés et les produits qui, sous le nom de flegmes, résultent de la distillation brute des matières fermentées.
Est-il possible de rectifier des eaux-de-vie de commerce autres que celles de vin, de façon à ce qu'elles ne renferment que de l'alcool éthylique? C'est là une question que nous ne pouvons résoudre; mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'il serait très important d'arriver à ce résultat. II y aurait aussi le plus grand intérêt à trouver des réactions
villes, d'un côté, la falsification éhoDtée des boissons senies sous le nom de vin, et, de l'autre, l'habitude déplorable de prendre ces boissons alcooliques, et surtout le vin blanc, à jeun, et de mettre ainsi directement et sans l'intermédiaire des aliments, les alcools en contact avec la surface mu fjueuse de l'estomac.
Les bières et les cidres produiraient les mêmes effets que ^"- ^^-
'^ '■ tl des ci:
le vin, et, dans ces derniers temps, Bœns signalait, à l'Académie de Belgique l'action désastreuse de l'abus des bières (i ) dites de Bavière.
physiques et chimiques pratiques qui permissent de reconuaitre dans les boissons alcooliques la présence des divers alcools qui les composent.
Mais, jusqu'à ce que ces procédés soient entrés dans le domaine public, noQs pensons que, dans les cas où la consommation des alcools sera reconnue nécessaire, il faudra, pour satisfaire à ce besoin, n'user que des eaux-de-vie de vin ; dans les contrées où ces eaux-de-vie ne peuvent être obtenues, on doit s'efforcer, par des rectifications successives, de débarrasser les alcools des produits impurs qu'ils renferment et essayer ainsi, s'il est possible, de les ramener à l'état d'alcool éthylique. Xos recherches nous ont également montré qu'il serait nécessaire de s'opposer, le plus activement possible, par des mesures législatives et fiscales appropriées, aux falsifications des eauxde-vie dites de vin, ainsi qu'à l'introduction dans les boissons, le vin, par exemple, d'alcool ayant une autre origine que celle de la fermentation vinique.
Toutes ces conclusions sont une confirmation éWdente des recherches statistiques qui ont été entreprises pour apprécier les ravages produits
par les boissons alcooliques. C'est dans les pays Scandinaves, où l'on fait une consommation exclusive d'eaux-de-vie de pommes de terre, que l'alcoolisme atteint son summum d'intensité ; c'est même là ijue Magnus Huss a décrit, pour la première fois, l'ensemble pathologique déterminé par l'usage etFabus des alcools. Si dans les autres pays du Xord l'acoolisme fait aussi de nombreuses victimes, cela tient aux eaux-de-vie de grains et de betterave dont on y fait usage.
Mais cette question se précise bien davantage lorsqu'on la limite à la France, comme l'a fait M. Lunier, qui nous a montré, par ses cartes si remarquablement établies, qpie les délits et les crimes qui résultent de l'abus des boissons alcooliijues sont en rapport direct avec l'usage des alcools autres que celui fourni par le vin. C'est, en effet, dans les départements non vinicoles que l'on voit se produire avec le plus de fréquence, l'alcoolisme : si, dans les contrées où l'on récolte le vin, il existe quelquefois des alcooliques, cela tient à la présence de grandes industries qui entraînent la consommation d'eaux-de-vie autres que celles du vin.
{Ij Le docteur Bœns a rassemblé un
Défendez donc aux dyspeptiques à tendance acide l'usage de l'eau-de-vie ou du vin en grande quantité. Vous permettrez, au contraire, ces boissons, ou tout au moins leur usage modéré, aux personnes atteintes de dyspepsie aLonique, dyspepsie dans laquelle font défaut la sécrétion du suc gastrique et l'acidité de ce liquide. C'est dans ces cas que vous pourrez autoriser le verre de liqueur après le repas, et ici encore vous donnerez la préférence à la bonne eau-de-vie de vin, qui est, comme je viens de vous le dire, la moins toxique.
Toutes les conclusions que je viens de formuler sont surtout basées sur nos recherches expérimentales sur l'action toxique des alcools, recherches aujourd'hui confirmées par celles qui viennent de se terminer à la porcherie que nous avions établie dans un des abattoirs de Paris. Pour répondre aux objections que l'on avait adressées à notre procédé d'expérimentation qui consistait, comme vous le savez, à tuer rapidement les chiens en leur injectant sous la peau des doses variables d'alcool, nous l'avons administré à des porcs par la voie buccale, cette fois à petite dose journalière, déterminant ainsi chez ces animaux de l'alcoolisme chronique. Là encore
certain nombre d'observations qui lui nerveux de la vie de relation et de la
ont permis d'admettre les conclusions vie végétative ;
suivantes: 4° Des mesures économiques, telles
1" La bière dite de Bavière pro- que l'établissement des droits de
voque tantôt une ivresse, tantôt une douane proportionnels ad valorem
indigestion, tout à fait spéciales chez sur les trois classes de vins, popu-
les sujets qui n'ont pas contracté laires, ordinaires et fms (4, 10 et
l'habitude de cette boisson; 20 centimes par exemple), etc., de-
2" Prise habituellement à doses vraient être édictées par le gouver-
modérées, elle précipite la digestion, nement belge pour arriver à faire à
pousse aux évacuations alvines et peu près rayer l'absinthe et la bière
occasionne, à la longue, des déran- de Bavière du cadre des boissons et
gements des voies intestinales, ainsi à substituer le vin à la bière, et la'
que des congestions actives des pou- bière aux liqueurs spiritueuses, dans
mons et du cœur; le régime et les habitudes de nos
3° L'abus prolongé de la bière de populations {Bull, de l'Acad. de
Bavière détermine, le plus souvent, Belgique, t. VI, p. 269). des affections srraves des centres
nous avons pu constater que plus on s'éloignait de l'alcool de vin, plus des phénomènes d'intoxication étaient marqués (1).
A côté des boissons alcooliques, il faut placer des boissons stimulantes, très employées de nos jours, le café et le thé.
Du café et du Ihé..
(1) Ces expériences ont porté sur dix-huit porcs qui, pendant trois ans ont reçu des rations journalières de différents alcools; la dose moyenne a été de la^ôO par kilogramme, de manière que les animaux prenaient de 100 à 150 grammes d'alcool par jour. Nous ne reproduisons ici que les conclusions de ce travail qui ont trait à l'action des différents alcools. Chacun de nos animaux, sauf un qui était destiné à nous servir de témoin, prenait un alcool différent, soit de l'alcool de pommes de terre, soit de l'alcool de grains, soit de l'alcool de betteraves, soit de l'alcool méthylique, soit de l'alcool éthylique, soit encore d'autres boissons, comme l'absinthe et l'essence d'absinthe. Quelquesuns de ces alcools, ceux qui provenaient des betteraves, des grains et des pommes de terre étaient administrés sous deux formes différentes, c'est-à-dire à l'état de flegme ou d'alcool brut et à l'état d'alcool rectifié. Parmi les alcools obtenus avec les pommes de terre, l'un de ceux que nous avons expérimentés était dit dix fois rectifié et nous avait été envoyé par Smith (de Stockholm).
Les résultats auxquels nous sommes arrivés avec nos dix-huit sujets qui, ainsi que nous l'avons indiqué, avaient été partagés en deux séries, ne présentent pas à beaucoup près la précision pour ainsi dire mathématique que nous avions obtenue dans nos premières recherches sur l'intoxication alcoolique aiguë.
Néanmoins, nous avons pu noter certains points qui offrent un réel intérêt. Nous avons constaté en particulier que pour chacun des alcools, les flegmes se sont toujours montrés plus nocifs que les alcools rectifiés.
C'est ainsi que le porc qui prenait des flegmes de grains a succombé aux suites de l'alcoolisme; c'est ainsi que celui auquel on donnait des flegmes de betteraves, et que nous avons sacrifié dans le cours de l'expérimentation, a présenté des congestions du tube digestif, du foie, des poumons et enfin des athéromes artériels. De même aussi, nous avons trouvé chez le cochon, qui était soumis aux flegmes de pommes de terre, et que nous avons également fait abattre, une congestion hépatique des plus accusées.
A côté de ces animaux, ceux auxquels on administrait de l'alcool éthylique, de l'alcool de pommes de terre ayant subi dix rectifications ou même d'autres alcools rectifiés, n'offraient que peu ou pas de lésions.
Ces faits, nous autorisent donc à croire que ces derniers alcools comparés aux précédents, dont l'action est l'econnue comme 1res nocive, jouissent d'une immunité relative.
Et s'il nous fallait classer ces différents alcools, nous dirions, en nous appuyant sur nos expériences, que les moins toxiques sont l'alcool éthylique et l'alcool de pommes de terre dix fois rectifié, qui n'est d'ailleurs que de l'alcool éthylique presque pur.
On a longuement discuté sur l'action réelle de ces deux substances (qui, avec l'alcool, constituent les aliments dits d'épargne) : les uns prétendent qu'elles sont nécessaires, les autres, qu'elles sont nuisibles à la santé. Les uns et les autres ont tort et raison tout à la fois; tout résulte, en effet, des habitudes des individus et des climats sous lesquels ils vivent.
Viendraient ensuite les alcools de betteraves, de grains et de pommes de terre.
Pour ne rien omettre, nous ferons remarquer que celui de nos animaux qui ne prenait aucun alcool a succombé dans le cours de notre expérimentation à une affection pulmonaire, contractée pendant le rigoureux hiver de 1879-80, et qui était caractérisée par une véritable sclérose du poumon.
Les porcs auxquels nous avons administi^é de l'absinthe et de la teinture d'absinthe, nous ont offert une série de phénomènes assez intéressants. Contrairement à ceux qui prenaient des alcools, ils ont manifesté, pendant leur ivresse, une certaine excitation. Le tremblement chez eux n'a pas été plus marqué que chez les porcs alcoolisés, mais ils ont présenté de la contracture des membres et une hypéresthésie assez curieuse de la peau. 11 suffisait, en effet, quelquefois de toucher légèrement la surface cutanée pour provoquer des contractions spasmodiques dans les muscles des membres. Nous n'avons cependant jamais observé chez eux quelque chose de comparable à l'épilepsie.
Ainsi donc, et pour en terminer, ces expériences qui ont été si coûteuses et qui nous ont demandé près
de trois années d'observation établissent :
1° Que les alcools, administrés d'une façon lente et continue, déterminent chez le porc, au bout d'un certain temps, des lésions anatomiques qui consistent en des congestions et des inflammations du tube digestif et du foie, sans atteindre cependant dans cet organe le degré d'hépatite interstitielle que l'on observe chez l'homme alcoolique; en des congestions du parenchyme pulmonaire, qui peuvent aller quelquefois jusqu'à l'apoplexie; en dégénérescences athéromateuses des gros vaisseaux et en particulier de l'aorte, et enfin en des suffusions sanguines dans l'épaisseur des muscles et dans le tissu cellulaire ;
2" Que ces lésions, inappréciables au bout de trente mois avec l'alcool éthylique et les alcools qui ont une autre origine que celle du vin, à la condition qu'ils aient été complètement rectifiés, sont au contraire très accusées lorsqu'elles sont produites parles alcools bruts ou mal rectifiés, provenant soit des betteraves, soit des grains, soit des pommes de terre;
3" Que la liqueur d'absinthe et l'essence d'absinthe donnent lieu chez les animaux à de l'excitation et finissent même par amener des phénomènes convulsifs (a).
(a) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Recherches expérimentales sur l'alcoolisme chronique. Paris, 1884..
Le thé, en particulier, est une boisson stimulante et excitante, fort employée dans les pays du Nord, où elle rend de grands services, tandis que, dans le Midi, son utilité est plus contestable (1). Pour le café, l'habitude joue un rôle considérable, et telle personne qui, après chaque repas, fait usage du café noir, verra sa digestion arrêtée ou ralentie si elle cesse de prendre cette infusion. Il faut reconnaître cependant que, si l'usage du café donne de bons résultats, l'abus, comme je vous l'ai montré en traitant des maladies de cœur, peut déterminer des palpitations qui doivent faire cesser l'usage de cette infusion.
Vous devez donc, au point de vue de la prescription ou de la proscription de ces boissons, prendre en considération l'habitude du malade et le climat sous lequel il vit. Ce que je puis vous affirmer, c'est que, dans nos campagnes, l'usage du café pendant les chaleurs de l'été et la fatigue des moissons rend des services considérables; et c'est au café que nos troupes, dans l'extrême Orient, exposées à une chaleur si intense doivent de conserver une énergie suffisante, énergie qui résulte de la stimulation par le café du système nerveux et des fonctions de l'économie comme l'ont montré les recherches de deux médecins de Rio-de-Janeiro, Fort et Guimaraes (2).
(1) Edward Smith a beaucoup insisté sur le thé comme un agent excito-respiratoire ; il le considère comme le meilleur moyen pour combattre l'insolation. Dans ces cas, il faudrait le donner froid, d'heure en heure, à la dose de 25 grammes en infusion concentrée. Le même auteur fait jouer au lait écrémé un rôle tout aussi important comme excitant la respiration (Edward Smith, Recherches expérimentales sur la respiration dans ses rapports avec l'alimentation,m Journal de physiologie de Brown-Séquard, t. III, p. 644).
(2) Les effets physiologiques du café au point de vue hygiénique ont été étudiés dans ces derniers (emps par deux médecins de Rio-Janeiro, Fort et Guimaraes.
Fort a soutenu que le café agissait sur les organes et les fonctions en excitant lés fonctions centrales cérébro-spinales. 11 pense que le café n'est pas un aliment d'épargne ni un aliment de dépense, cependant il augmenterait plutôt les dépenses de l'organisrae.
Cette opinion est aussi partagée par Guimaraes car il soutient aussi
Ducaféauiait. Je yeux m'élever surtout, messieurs, contre ce préjugé vulgaire, ne reposant sur aucune base sérieuse, et pour lequel vous serez souvent consultés par les mères de famille. Le café au lait est-il cause des ftueurs blanches chez les jeunes filles et chez les jeunes femmes? Non, messieurs, rien de cela n'est vrai. Le café au lait, bien préparé, est une excellente boisson, dont une grande partie de la population française, et étrangère surtout, fait usage sans le moindre inconvénient (i).
L'eau joue aussi un rôle important dans l'hygiène alimentaire. Je ne puis traiter ici cette question dans son ensemble, et je vous renvoie à cet égard aux traités d'hygiène; permettez-moi cependant d'appeler votre attention sur quelques points de cette étude concernant plus particulièrement l'hygiène des dyspeptiques. La nature des eaux a une influence notable sur le développement de certaines dyspepsies, et nous voyons quelquefois ces aff'ections provoquées
que les combustions augmentent par grande consommation d'aliments
l'ingestion du café. mixtes et surtout azotés, dont la
Voici les conclusions du travail viande est le type,
de Guimaraes fait, au laboratoire de En permettant à l'organisme de
Piio-de-Janeiro. consommer et d'user davantage en
Le café imprime à l'organisme des assurant sa réparation parfaite, le
modifications profondes manifestées café facilite le plus grand travail et
par la variation inverse des deux il doit être conseilli à tous ceux dont
ordres de phénomèmes chimiques la vie est active et utile (a).
nutritifs. (1) Caron a prétendu que l'asso-
Le café diminue les gaz du sang dation du café et du lait faisait
et il diminue aussi la consommation perdre à ce dernier ses qualités nu-
des aliments hydrocarbonés féculents tritives. D'après cet auteur, le café
ou graisseux. empêcherait la fermentation du lait,
Le café augmente la formation de mais ces expériences ne sont nullesucre et d'urée, et, en accélérant les ment démonstratives {Gazette médiprocessus de désassimilation, il rend cale et chirurgicale). possible secondairement la plus
fa) Fort, Des effets physiologiques du eafé (Bull, de Thérap., 1883, t. CIV, p. 550). — Guimaraes, Sur V action physiologique et hygiénique du café (Aich. de phys., oct. 188i, p. 252).
uniquement par l'usage d'une eau de mauvaise qualité.
Je dois aussi vous signaler les avantages et les inconvénients, au point de vue alimentaire, de l'usage des boissons froides et-glacées. Prises en petite quantité, elles sont agréables et peuvent stimuler les fonctions digestives; mais ces quelques avantages sont de beaucoup compensés par les inconvénients qui résultent de leur emploi. Le froid, en effet, fatigue les muqueuses stomacale et intestinale, et rapidement on voit survenir des symptômes dyspeptiques et de la diaiThée. Aux États-Unis, où l'on, fait un grand usage de l'eau glacée, où même on la prend en excès,* on voit, sous cette influence, naître des dyspepsies tout aussi profondes, tout aussi rebelles que celles qui résultent de l'usage immodéré des alcools.
Les eaux minérales ont un rôle prépondérant dans la cure des maladies de l'estomac, je vous signalerai plus tard, à propos des différentes variétés de ces affections, les eaux que le médecin peut utiliser et qui agissent comme de véritables médicaments.
Pour le moment, je désire, à propos de l'hygiène alimen- ^'^s
l' aux minérales
taire, VOUS entretenu^ des eaux minérales dites de table. Une de tabie. grande partie de ces eaux vient de France, une série nombreuse de sources dans lesquelles l'acide carbonique abonde : les eaux de Saint-Galmier, de ]Morny-Châteauneuf, de Gondillac, de Gouzan, etc., appartiennent à ce groupe; elles sont bicarbonatées sodiques, et sont surtout caractérisées par l'abondance de l'acide carbonique qu'elles renferment. En Allemagne, nous avons l'eau d'Apollinaris, dont on fait une si grande consommation en Angleterre et en Amérique, et l'eau de Seltz (1), dans le duché de Nassau.
(1) L'eau de Saint-Galmier (Loire), d'acide carbonique. Source froide,
contient 1 gramme enTiron de bi- Eau de Condillac (Drôme), la^oO
carbonate de chaux et de magnésie, de bicarbonate de chaux et de ma-
de l'oxygène et un volume et demi gnésie, plus de la moitié de son
Des eaux de artificiel
table les.
L'usage de toutes ces eaux se répand de plus en plus et donne de bons résultats ; la présence de l'acide carbonique stimule l'action de la muqueuse stomacale, et, par cela même, aide à la digestion. Il ne faudrait pas cependant en abuser, et particulièrement des eaux de Seltz artificielles. Du reste, la consommation de ces dernières, bien qu'encore très grande, tend à diminuer de jour en jour, à cause du prix minime auquel on peut donner certaines eaux minérales naturelles, et, je l'avoue, je vois à celte substitution de grands avantages.
Les eaux artificielles, en effet (1), ne présentent pas une union assez intime entre l'eau et l'acide carbonique introduit
volume d'acide carbonique, et des traces d'iode et de fer, Source froide 13 degrés.
Eau de Châteauneuf (Puy-de- Dôme), 3'J',70 de bicarbonate de soude. Sa température varie entre
15 et 38 degrés.
Eau de Chateldon (Puy-dë-Dôme), 45 centigrammes de bicarbonate de magnésie, 1 à2 volumes d'acide carbonique. Température, 13 degrés.
Eau de Seltz (duché de Nassau), deux fois son volume d'acide carbonique, 4. grammes environ de sels par litre. La température varie entre
16 et 17 degrés.
Eau d'Appollinaris.
Quoique cette eau soit une eau presque exclusivement consommée en Angleterre et aux États-Unis, cette eau provient de la vallée de l'Alir, près du Pdiin, et jaillit à Neuenahr. Voici sa composition, d'après l'analyse de Wanklyn :
Carbonate de soude 12.52
Chlorure de sodium 14.66
Sulfate de soude. 3.05
Phosphate de soude traces
Sels de potasse traces
Carbonate de magnésie... 4.42
— de chaux 0.59
Oxyde de fer et d'alumine. 0.20
Acide silicique 0.08
Acide carbonique libre et à
demi combiné 27.76
Acide carbonique libre..., 8.07
Cette eau ne serait pas une eau véritablement naturelle. II a été reconnu, en effet, qu'on la chargeait d'acide carbonique et qu'on y ajoutait un gramme de chlorure de sodium par litre.
(1) A. Gautier a montré que les eaux de Seltz renfermées dans des siphons contenaient, dans l'immense majorité des cas, une certaine quantité de plomb qui provient de l'alliage imparfait qui sert à fermer ces bouteilles. C'est là un inconvénient qu'il faut ajouter à ceux que j'ai déjà signalés (a).
(a) Gautier, Sur l'absorption continue du plomb par les aliments et les boissons {Académie de médecine, novembre 1881).
artificiellement, de sorte que l'acide carbonique, au lieu de se dégager lentement et progressivement, comme dans les eaux naturelles, se produit à l'état gazeux très rapidement et détermine ainsi, par la brutalité même du dégagement, une action plutôt nuisible que favorable sur la muqueuse de l'estomac. Aussi, devrez-vous, chez certains dyspeptiques, défendre l'emploi de ces eaux; vous ne devez, du reste, pas non plus continuer trop longtemps l'usage des eaux de table naturelles ou artificielles, car l'estomac s'y habitue facilement, et si elles viennent à manquer, la stimulation habituelle de la muqueuse fait défaut et la digestion se trouve plus ou moins entravée. C'est là un inconvénient réel pour le malade, qui ne peut plus alors manger sans avoir son eau minérale; ce qui est un assujettissement qu'il faut éviter. Je dois encore, au point de vue de l'hygiène alimentaire, oo^
. condiments
VOUS parler des condiments et du tabac. Les condiments jouent un rôle notable dans la préparation de nos aliments ; mais il ne faut pas oublier que, pris trop longtemps ou en trop grande quantité, ils déterminent une irritation de l'estomac et une inflammation de la muqueuse de cet organe. Aussi, tout en reconnaissant leur utilité, je vous conseille d'être ménagers dans leur emploi. C'est surtout dans les pays chauds où les Européens, par suite des chaleurs torrides, voient leur appétit décroître de jour en jour, qu'on fait usage des excitants les plus énergiques. Mais, au lieu d'améhorer l'état de l'estomac, on ne fait ainsi qu'aggraver la situation par l'irritation que l'on produit.
Lorsque vous aurez à traiter de ces estomacs fatigués par l'usage trop prolongé d'une cuisine épicée, ayez soin de ne pas proscrire immédiatement et d'une façon rigoureuse l'emploi des condiments; l'estomac, en effet, habitué à cet excitant journalier, ne digérerait plus; aussi ne faut-il aller que graduellement et diminuer peu à peu chaque jour leur
CLINIQUE THÉRAP., 4."= édit. • I. — 23
quantité, pour amener petit à petit l'organe à l'usage des aliments non épicés. Dans les dyspepsies atoniques, vous pourrez, par contre, recommander l'usage de ces condiments pris en petite quantité.
Permettez-moi de terminer ce chapitre par quelques mots sur l'influence du tabac sur la digestion, et en particulier sur l'estomac. Je sais bien que l'usage de cette plante ne se rattache qu'indirectement à l'alimentation; mais l'habitude de fumer est tellement répandue et l'on termine ainsi si souvent les repas que je crois devoir vous en dire quelques mots. i)n tabac. Déjà, daus les leçons précédentes, lorsque je vous parlais des maladies du cœur, je vous ai montré que l'abus du tabac détermine chez quelques individus des accès angineux; ce même abus peut provoquer du côté de l'estomac des troubles dyspepsiques en quelque sorte comparables à ceux que déterminent les boissons alcoohques. De là les dyspepsies des fumeurs, analogues à la dyspepsie des buveurs. Révillout, qui a signalé ces faits, a montré que l'usage immodéré du tabac produit une atonie spéciale des fonctions digestives.
Telles sont, messieurs, les considérations que je désirais vous exposer au point de vue de l'hygiène alimentaire. Dans la prochaine leçon nous étudierons les aliments dans leur ensemble, et je vous exposerai ce qu'on appelle le régime alimentaire ou Y alimentation.
QUATRIÈME LEÇON
Sommaire. — Du régime et de l'alimentation — Des aliments plastiques et respiratoires. — Théorie de Liebig. — Base de l'alimentation. — Régimes exclusifs. — Régime herbacé. — Régime azoté. — Inconvénients des régimes exclusifs. — Régime mixte. —Equivalents nutritifs. — Quantité des aliments. — Alimentation insuffisante. — ■ Alimentation excessive. — Matières peptogènes. — Indigestion. — Dyspepsie des gros mangeurs. — Qualité des aliments. — Digestion du suc gastrique. — Sens digestif de Blondlot. — Falsification des aliments. — Intervalle des repas. — Durée de la digestion stomacale. — Régularité des repas. — ■ Des aliments indigestes. — De la rigueur dans les prescriptions diététiques.
Pris dans sa plus grande acception, le mot régime ne signifie pas seulement alimentation ou régime alimentaire, il comprend.encore tous les moyens diététiques dont le médecin peut user, soit pour conserver la santé, soit pour combattre la maladie. C'est ainsi, messieurs, que j'interpréterai le mot régime au point de vue de la thérapeutique des affections de l'estomac.
Nous allons passer en revue les moyens hygiéniques qui "'> 'égime
. ^ 1 T f 1 1 PO • alimentaire,
peuvent soit influencer le développement des affections stomacales, soit permettre de les guérir. En première ligne, il faut placer l'alimentation ou le régime alimentaire.
Dans les leçons précédentes, j'ai examiné la digestion non seulement des principes alimentaires immédiats, mais encore celle des aliments qui, administrés, constituent l'alimentation. Celle-ci a pour but de suffire à la nutrition et de réparer les pertes incessantes de l'économie. Ces pertes sont de deux ordres : les unes portent sur les substances azotées, les autres sur les matières carbonées.
Des alimenls
pilastiques
et
respiratoires.
C'est Liebig qui, le premier, en comparant l'organisme à une véritable machine, a établi cette division dichotomique des aliments en alimenls plastiques, c'est-à-dire chargés de réparer les pertes musculaires, et en aliments respiratoires, qui ont pour fonction de suffire à la respiration. Cette théorie de Liebig a depuis été modifiée, et les travaux de Cl. Bernard Seyler, Voit, Pettenkoffer, Traube, etc., ont montré qu'il ne faut pas assimiler d'une façon absolue les phénomènes de nutrition qui se passent dans l'organisme à ceux qui se produisent dans un foyer en combustion. Mais, malgré toutes les réserves faites à la doctrine de Liebig, il n'en est pas moins vrai que c'est à elle que nous devons de pouvoir établir l'alimentation sur des bases scientifiques.
Les pertes incessantes de l'économie, pertes azotées, parles urines et les matières fécales, pertes carbonées, par la respiration, sont variables selon bien des circonstances, selon l'état de repos, de fatigue, de travail, selon l'âge elle sexe, variables aussi selon les climats ; vous comprendrez donc facilement que le régime alimentaire chargé de réparer ces pertes doit varier, lui aussi, selon toutes ces circonstances. Je ne puis ici vous donner qu'une moyenne et indiquer simplement les bases qui peuvent nous guider dans l'alimentation (-1).
(1) En vingt-quatre heures, un L'association la plus simple qui lui homme adulte perd SO^'ylS d'azote, permet de réparer ces pertes est la SiOs^eS de carbone et 30 gr. de sels. suivante :
Azote. Carbone.
Viande 300 gr., ce qui équivaut à lOa". + 44!".
. Pain 600— — à 6.48 4- 177.50
Beurre et graisse 60— — à 0.35 + 50.08
Haricots 50— — à 2.00 + 21.50
Mais ce n'est là qu'une ration ces doses, et voici, d'après A. Gautier d'entretien, et si l'homme doit se quelle devrait être la ration de tralivrer au travail, il faut augmenter vail :
Azote. Carbone.
Viande. 544^'''. )
Pain 1190 [ ce qui équivaut à 28.74 459.00
Graisse 93 )
Voici ces bases : l'homme perd en moyenne par jour 20 grammes d'azote et consomme 250 grammes de carbone ; il faut donc que les aliments azotés ou carbonés fournissent cette quantité d'azote et de carbone. On peut les trouver exclusivement dans le règne végétal ou bien exclusivement dans le règne animal. En effet, comme nous l'avons vu précédemment, les farines contiennent une certaine quantité de matière protéique, de même les viandes et les matières azotées renferment une certaine quantité de graisse. Mais on comprend que ce régime exclusivement herbacé d'une part ou exclusivement azoté de l'autre, s'il peut suffire à la nutrition, présente cependant de sérieux inconvénients.
Par le régime exclusivement herbacé, l'homme devra, pour
Bases de l'alimentation.
Régime exclusif.
Régime herbacé.
Voici d'ailleurs, suivant de La Porte, quelles seraient les rations alimentaires de nos paysans français : — Nourriture annuelle dhin laboureur des fermes de Vaticluse : pain, 390 kil.; pommes de terre, 90 kil. ; haricots ou fèves, 88 kiL ; lard, 19 kil.; huile, 10 kil.; vin, 123 kil.; total : 720 kil., donnant par jour : 1 kil. 972 grammes, ou 22 grammes d'azote, 502 grammes de carbone et 80 grammes de graisse. — Nourriture annuelle d'un laboureur de la Corrèze :
froment, méteil, seigle, 219 kil.; pommes de terre, 369 kil.; châtaignes, 248 kil.; viande, 12 kil.; lard, 10 kil.; lait, 120 litres; total 978 kiL, donnant par jour : 2 kil. 680 grammes, soit : 24 grammes d'azote, 710.
grammes de carbone et 86 grammes de graisse. — Nourriture annuelle d'un laboureur du Nord : farine de seigle, froment, orge, 400 kil. ; pois, 20 kil. ; pommes de terre, 350 kil. ; viande de bœuf, 30 kil. ; lard, 1 0 kil. ;
lait, 160 litres; beurre, 20 kil.; bière, 365 kil. ; total: 1,367 kil., donnant par jour : 3 kil. 74 grammes, ou 31 grammes d'azote, 710 grammes de carbone et 108 grammes de graisse. — • Nourriture annuelle du soldat français : pain de froment, 365 kil.; viande, 92 kil.; légumes farineux et autres, 73 kil. ; total :
531 kil., donnant par jour : 1 kil.
427 grammes, ou 22 grammes d'azote, 328 grammes de carbone et 25 grammes de graisse. — Nourriture annuelle du marin français : pain, ou équivalent en biscuit, 587 kil.; viandes divei'ses, 108 kil. ; légumes secs, 117 kil.; graisse ou beurre, 6 kil, 205 grammes ; vin de campagne, 91 litres, ou eau-de-vie, rhum ou tafia, 21 litres; café, 7 kil. 300 grammes; total : 916 kil, 500 grammes, donnant par jour : 2 kil. 500 grammes, ou 28 grammes d'azote, 409 grammes de carbone et 41 grammes de graisse (a).
(«) De La Porte, Hygiène de la table, Paris, 1870, p. 41. — Voir aussi Dujardin- Beaumetz, Dictionnaire de thérapeutique, art. Aliment.
atteindre le chiffre d'azote dont il a besoin, l'homme devra, dis-je, absorber une très grande quantité d'aliments, et par cela même (l)il imposera à certaines parties du tube digestif un travail inutile; tandis que par un régime exclusivement azoté le même individu, pour trouver la quantité de carbone qui doit entretenir sa respiration et sa circulation, devra prendre une quantité anormale de viande, qui sera aussi, pour la digestion stomacale, en particulier, un objet de fatigue très
grande.
L'alimentation purement azotée amène d'ailleurs assez ra-
(I) Les aliments végétaux ne se comportent pas de la même façon que les matières animales dans la digestion et la nutrition, comme le démontre Voit. Ainsi, tandis que chez le carnassier, les matières absorbées arrivent au rectum dix-huit heures au plus après le repas, chez l'herbivore les matières végétales restent dans l'intestin souvent pendant huit jours et une grande partie n'est pas utilisée. Le carnassier expulse peu d'excréments, l'herbivore en expulse beaucoup.
Voit nous montre que, pour un kilogramme de chien nourri de viande, il y a environ 30 grammes d'excréments solides par jour; pour 100 kilogrammes d'homme, avec une nourriture mixte, 50 grammes ; pour 100 kilogrammes de bœuf, 600 gr.
L'enveloppe des substances végétales, la cellulose, ne se dissocie pas facilement et est peu digérée; c'est ce qui rend les végétaux moins digestibles. Il est assez intéressant de rapporter les expériences suivantes d'Adolphe Meyer; il prit un chien, lui donna pendant neuf jours 1000 grammes de pain par jour (536 de matièi'e sèche); il fut expulsé 70 grammes d'excréments secs. L'équivalent
de l'albumine de pain a ensuite été donné sous forme de viande, et l'amidon était remplacé par l'équivalent respiratoire en graisse (2,4 : 1); il devait y avoir dans laration 377 grammes de viande et 134 de graisse. On n'a obtenu alors par jourque 20 grammes d'excréments secs avec 184 de graisse.
Les expériences de Meyer ont aussi démontré que c'est l'amidon qui fournit la plus grande masse d'excréments ou résidus laissés par les éléments nutritifs simples.
Franz Hoffmann a remarqué que si on ajoute de la cellulose aux aliments d'un homme, à de la viande par exemple, l'homme expulse plus d'ex-' créments que s'il ne prenait que la viande seule. Et, d'après Meyer, du pain de son qui contient tous les éléments du froment détermine une plus prompte évacuation par le fait même de la cellulose indigeste qui s'y trouve. Il n'en est plus de même avec le pain blanc de froment. ,
Comme on le voit par ces exem- ' pies, on pourrait, pour ainsi dire, par l'inspection des excréments, par leur plus ou moins grande quantité, reconnaître le genre de nourriture de l'homme.
pidement, vous le savez, l'amaigrissement, et c'est sur ces données que Brillât-Savarin et Banting ont établi le régime qu'on fait suivre aux gans obèses.
Au point de vue des afFections de l'estomac, ces régimes exclusifs présentent de grands inconvénients; en effet, tandis que les mangeurs de viandes voient se développer des dyspepsies soit acides, soit atoniques, ceux qui ne prennent qu'une alimentation végétale éprouvent surtout des troubles intestinaux graves (1). Mais, je ne saurais trop le répéter l'habitude et le climat jouent à cet égard un rôle prépondérant, et selon que l'homme doit lutter contre les grands froids ou bien contre des chaleurs très élevées, le régime alimentaire devra être modifié. Les peuples du Nord sont forcés de prendre les aliments azotés et beaucoup de graisses. Les peuples du Midi, au contraire, suffiront à leur nutrition par une alimentation herbacée des plus minimes.
Il faut pour nos climats tempérés un régime mixte, c'està-dire que l'homme doit, pour répondre aux besoins de l'économie, puiser dans un aliment respiratoire et dans un aliment plastique les principes nécessaires à sa nutrition. Ce régime mixte a été l'objet de travaux importants; BoussingauU et Payen, en se fondant sur les données physiologiques, ont étabh pour l'homme et les animaux les équivalents nutritifs, c'est-à-dire la quantité des différents aliments à prendre pour suffire à la nutrition, soit pendant le repos, soit pendant le
(1) Barwel a observé que, chez pagner d'accidents graves ; la cicatri-
les individus qui se livrent exclusi- sation se fait chez eux lentement et
vement au régime herbacé et qu'il il survient souvent, soit d'abondantes
décrit sous le nom de végétariens suppurations, soit des hémorrhagies
(vegetarian)^ la vitalité des tissus est secondaires d'une certaine inten-
très faible, et que les opérations site (a), pratiquées sur eux peuvent s'accom-
(rt) Petit, Végétarisme et traumatisme {Bulletin de Thérapeutique, t. XCVI, 1879, p. 554).
travail. Pour que vous puissiez vous-même juger et apprécier exactement les règles qui doivent servir de base à la constitution du régime alimentaire, je mets sous vos yeux un tableau qui traduit sous une forme schématique déjà mise en usage par un médecin russe, le docteur de Nedats ((*), les données fournies par Payen, et qui vous permettra ainsi de juger rapidement la constitution en carbone, azote et eau des différents aliments.
En consultant ce tableau, que j'ai établi avec grand soin il vous sera facile, je le répète, de fixer, selon les circonstances, un régime suffisant. L'alimentation, en effet, peut être insuffisante, suffisante ou excessive; cela dépend de deux circonstances : de la quantité de la masse alimentaire et de la qualité nutritive des aliments : car, comme le dit le professeur Bouchardat, « ce n'est pas ce qu'on mange qui donne des forces, mais ce qu'on utilise ». Étudions donc cette question sous ces deux faces : quantité, qualité. Quantité Nous devons prendre pour guide la physiologie expéri-
mentale; vous savez déjà qu'au point de vue de la nourriture insuffisante elle nous a fourni des données précieuses ; aussi ne citerai-je ici que les travaux de Chossat et de Bouchardat (1), pour appeler votre attention sur les effets de l'inani-
(1) D'après le professeur Bouchar- à l'accroissemeul des organes, en
dat (thèse sur YAlimontation insuf- ajoutant, à leur substance ou en ré-
fisante), « l'alimentation sera suffi- parant leurs pertes, santé lorsqu'elle sera réglée de telle « On peut le dire a priori, d'une
façon, que toutes les fonctions de l'é- façon absolue, que dans les condi-
conomie s'exécutant régulièrement, lions ordinaires une alimentation est
les attributs de la santé seront con- insuffisante quand l'aliment digéré
serves, qu'aucun dépérissement ne et utilisé n'est pas proportionnel à
sera noté ; les aliments étant utile- la dépense.
ment employés au renouvellement et, « L'alimentation peut être insuffi-
s'il en est besoin, au développement, santé : i" par diminution dans la
(a) De Nedats, Tableau comparatif de la composilion des aliments et des tisanes, Bruxelles, 1870.
des aliments.
Leçons de clinique thérapeutique TABLEAU SCHÉMATIO^^
DE LA COMPOSITION DES PRINCIPAUX ALIMENTS ^^^ ^^ Docteur.Dujardm-Beauxn-.z.
O.Dom Editeur
tion, si bien établis par ces deux auteurs. L'alimentation insuffisante entraîne des troubles qui frappent les différents points de l'économie et finissent par entraîner la mort.
Cette alimentation insuffisante a particulièrement des con- Alimentation
, . insuffisante.
séquences fâcheuses pour 1 estomac : elle determme souvent chez les faméliques des douleurs vives du côté de l'organe, de véritables dyspepsies gastralgiques très douloureuses. Je
quantité; 2° par insuffisance dans la qualité; 3° elle peut être suffisante en apparence pour la quantité et la qualité, mais devenir insuffisante pour des raisons particulières (incontinence morbide, maladie, convalescence, âge, sexe, climat, saison, exercice, etc.). »
D'une façon générale, les effets de l'alimentation insuffisante, bien décrite par Chossat et Bouchardat, sont les suivants : on note la diminution du poids du corps; pour Chossat, la mort arrive lorsque le poids du corps est arrivé de 1 à 0,4 de son poids normal. Tout d'abord les animaux maigrissent, les muscles perdent leur puissance et se décolorent, les sécrétions se tarissent plus ou moins rapidement.
Chez quelques-uns, la faim se fait vivement sentir; chez d'autres, au contraire, elle est totalement abolie.
On note en même temps des troubles circulatoires et respiratoires :
les battements du cœur s'affaiblissent et les mouvements respiratoires diminuent. La température du corps s'abaisse, elle peut s'abaisser jusqu'à 16 degrés (Chossat).
Les modifications que subitlesang,
d'après Becquerel et Rodier, sont les suivantes : 1" la quantité d'eau augmente considérablement, en même temps que diminuent les matières solides que le sang tient en dissolution ; 2° diminution dans la quantité des globules (120 grammes, 110, 100 et au-dessous): 3° diminution de l'albumine, elle descend de 80 grammes à 60 et même 50 ; i° la fibrine diminue rarement; 5° les sels inorganiques diminuent aussi. Ces différentes modifications rendent compte des hydropisies, des hémorrhagies, de l'anémie que l'on observe si souvent à la suite d'alimentation insuffisante.
On constate parfois du délire, de l'agitation, des hallucinations, avant que l'individu tombe dans le collapsus, ou soit emporté par une maladie intercurrente; une gastro-entérite aiguë est souvent la cause de la terminaison fatale.
Les effets de l'alimentation insuffisante se font plus ou moins rapidement sentir selon l'âge, le sexe et les habitudes du patient. Ainsi les enfants succombent d'abord, puis les vieillards, puis les adultes (a),
(a) riOllard de Martigny, Recherches expérimentales sur les effets de l'abstinence {Journ. de phys. de Magendie, 1828, t. VUI). — Hebray, De l'influence de l'alimentation insuffisante sur l'économie animale (Thèse de Paris, 1829). — Piorry, De V abstinence, de l'alimentation insuffisante et de leurs dangers {Journ. hebd., 1830). — Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition. Paris, 1844. — Bouchardat, Alimentation insuffisante. /Paris, 1852 (thèse d'agrégation).
Alimentation excessive.
pense qu'il faut chercher la cause de ces dyspepsies dans le fait signalé par Schiff. Ce dernier, en effet, contrairement à l'opinion admise par les physiologistes qui veulent que le suc gastrique soit sécrété seulement si l'aliment pénètre dans l'estomac, soutient que, s'il est vrai que chez un animal à jeun le suc gastrique ne se montre pas dans les premières heures d'abstinence, il n'en est pas moins vrai aussi qu'après un certain temps (1) il apparaît cependant à la surface de la muqueuse. Or, c'est probablement à la présence de ce suc gastrique non absorbé par l'aliment qu'est due la sensation douloureuse éprouvée par le malade soumis à une alimentation insuffisante.
Lorsque les aliments sont pris en trop grande quantité, il survient des troubles de deux ordres : d'abord des accidents aigus, c'est l'indigestion vulgaire ou dyspepsie aiguë; puis des accidents plus lents et survenant à la longue à la suite d'alimentation trop copieuse. Schiff a donné de ces faits une explication nette et précise ; il a démontré, en effet, que la sécrétion du suc gastrique n'est pas toujours proportionnelle à la quantité d'aliments ingérés. S'il est vrai que la sécrétion de ce suc augmente au moment du repas, il est certain aussi que lorsqu'il y a dans l'estomac une masse alimentaire trop
(1) Schiff a vu, après de nom- chez des chiens morts d'inanition,
breuses expériences, que c'est de l'estomac était aussi gorgé de pep-
neuf à seize heures après une bonne sine que si les chiens avaient été
digestion que les parois gastriques tués en pleine digestion.
contiennent leur minimum de pep- Pour Schiff, l'estomac se sature de
sine. Chez des chiens qu'on soumet pepsine aux dépens du corps même
au jeûne, ce n'est qu'au bout de de l'animal, et lorsqu'après un jeûne
vingt-quatre heures qu'apparaît une prolongé les animaux entrent, pour
quantité appréciable de pepsine. Mais ainsi dire, en autodigestion d'eux-
après quarante-huit heures il est pos- mêmes, les éléments résorbés des
sible de reconnaître la pepsine, même tissus agissent à la manière de vrais
chez un chien vivant, et l'on n'a pas peptogènes et chargent l'estomac de
besoin de recourir à l'infusion sto- pepsine. macale. Corvisart a constaté que,
considérable, la sécrétion se tarit, el il faut, pour la reproduire, introduire artificiellement, soit par le rectum, soit par les veines, certaines substances, dites peptogènes, qui jouissent de la propriété de ramener la sécrétion du suc gastrique.
Qu'arrive-t-il chez les individus qui prennent trop d'ali- l'HUgcstion ments azotés? Ceci : le suc gastrique ne pouvant les digérer toutes, ces substances jouent le rôle de véritables corps étrangers, et, selon que l'estomac sera complaisant ou non, elles seront rejetées par le vomissement ou bien elles passeront dans le tube digestif en provoquant des coliques vives et tous les phénomènes qui accompagnent l'indigestion.
A propos de ce fait : indigestion par suite de l'introduction dans l'estomac d'une trop grande abondance d'aliments azotés, permettez-moi une remarque et une courte digression. Lorsqu'on mange une grande quantité de viande, il faut favoriser le plus possible [la sécrétion du suc gastrique et faire en sorte d'augmenter son acidité. Nous avons vu que les matières peptogènes excellent pour cette sécrétion ; de là cette conséquence que les gros mangeurs doivent, au début des repas, prendre une grande quantité de soupe. De là aussi l'explication physiologique de cette coutume, que vous connaissez probablement tous, de prendre, après des repas plantureux, une soupe à l'oignon. De là aussi cet autre précepte, au point de vue de l'acidité du suc gastrique : lorsqu'on mange beaucoup de viande, il faut boire du vin en certaine quantité. Vous savez, en effet, que les boissons alcooliques augmentent l'acidité du suc gastrique : ainsi, logiquement et par enchaînement physiologique de la digestion, les gros mangeurs sont fatalement de grands buveurs.
Au contraire, les individus qui prennent une alimentation non azotée et peu abondante peuvent sans inconvénient supprimer l'usage des alcools. Et ceci, messieurs, donne
raison à la secte de Lenipérance américaine dite des légumistes, qui, en supprimant de son alimentation les boissons alcooliques, en a aussi supprimé les viandes. Dyspepsie ^{^[g rcvcnons à la question. Je vous ai donné l'explication
des gros '- ^
mangeurs, de l'indigestiou a crapuld; cette même explication nous donnera la clef de la dyspepsie des gros mangeurs. Elle résulte de deux faits : d'une part, fatigue excessive des tuniques muqueuse et musculaire; d'autre part, irritation de la muqueuse stomacale et intestinale par la présence de substances non peptonisées. Ce qui se traduit par la dyspepsie soit atonique, soit irritative, fréquente chez les personnes qui font des excès de table.
Il est une autre cause, indirecte, c'est vrai, mais réelle cependant, de la dyspepsie par l'alimentation surabondante : c'est la présence dans le sang d'un excès d'acide urique. En effet, la diathèse urique, conséquence d'une alimentation azotée exagérée, détermine, vous le verrez, des dyspepsies goutteuses on arthritiques chez les malades atteints de cette diathèse. Ainsi donc, au point de vue des affections de l'estomac, il faut recommander la sobriété, et sans aller jusqu'à ordonner le régime si sévère de Gornaro (1), il faut cependant
(l)Cornaro (146^-1566), après avoir mène n'est pas une vie morte et lan-
atteint l'âge de quarante ans et avoir guissante, mais une vie aussi heu-
fait de nombreux excès, se soumit à reuse qu'on puisse la souhaiter en
une hygiène très sévère : il prenait ce monde. Ils diront que ma vigueur
12 onces d'aliments solides par jour est encore assez grande, à quatre-
et 14 onces de vin. Il vécut ainsi vingt-trois ans, pour monter seul à
plus que centenaire, et fit paraître, cheval; que non seulement je des-
à l'âge de quatre-vingt-trois ans, un cends hardiment un escalier, mais
livre sur la sobriété {Discorsi délia encore une montagne, tout entière
vita sobria, Parme, 1558). Ce livre de mon pied; que je suis toujours
a été traduit en français par La Bo- gai, toujours content, toujours de
nardière (1701). belle humeur; que rien ne m'empêche
Voici comment il s'exprime lui- de passer agréablement mon temps
même sur l'état de sa santé : et de goûter tous les plaisirs d'une
« Tous ceux qui me connaissent, société honnête. Je me promène dans
dit-il, certifieront que la vie que je mes jardins, le long de mes canaux
régler d'une façon sage et modérée la quantité d'aliments que l'on doit prendre chaque jour.
Je me suis, jusqu'ici, occupé de la quantité des aliments; voyons un peu la qualité. Il ne suffit pas d'introduire des substances dans l'estomac pour que celles-ci deviennent des aliments pouvant servir à la nutrition. Il est nécessaire que les substances ingérées présentent des qualités nutritives, et il ne faut pas croire que, parce qu'on a rempli son estomac de corps étrangers et qu'on a, comme on dit, trompé sa faim, on a suffi pour cela à sa nutrition. Or, c'est ce qui arrive malheureusemen^très souvent dans la population ouvrière, où l'on voit, en effet, des hommes et des femmes, des femmes
Qualité des aliments.
et de mes espaliers, où je trouve toujours quelque petite chose à faire quim'occupe et me divertit. Je prends quelquefois le divertissement de la chasse, mais d'une chasse qui convient à mon âge, comme celle du chien couchant et du basset.
« Je vais quelquefois rendre visite à mes amis dans les villes voisines.
Je visite les édifices publics, les palais, les jardins, les antiquités, les places, les églises, les fortifications, n'oubliant aucun endroit où je puisse contenter ma curiosité ou acquérir quelque nouvelle connaissance.
« Enfin les plaisirs que je prends ne sont pas imparfaits pour la faiblesse des organes. Je vois et j'entends aussi bien que j'aie jamais fait ; tous mes sens sont aussi libres et aussi complets qu'ils aient jamais été, particulièrement le goût, que j'ai meilleur, avec le peu que je mange à présent, que je ne l'avais lorsque j'étais esclave des voluptés de la table. J'ai conservé toutes mes dents.
Le changement de lit ne m'empêche pas de dormir; je dors partout tranquillement, et, si je rêve, je ne fais
que des songes agréables. S'il m'est permis de citer des bagatelles en traitant un sujet comme celui-ci, je dirai qu'à l'âge de quatre-vingt-trois ans, la vie sobre m'a conservé assez de liberté d'esprit et de gaieté pour composer une comédie qui, sans choquer les bonnes mœurs, est fort divertissante.
« Pour comble de bonheur, j'ai onze petits -enfants. Je m'amuse à badiner avec les cadets, les enfants à trois à cinq ans étant ordinairement de petits bouffons assez divertissants.
Ceux qui sont plus âgés me tiennent meilleure vompagnie, je les fais souvent chanter et jouer des instruments; je me mêle quelquefois àleurs concerts, et j'ose dire que je chante et que je soutiens ma voix mieux que je n'ai jamais fait. Ma mémoire et mon cœur sont à présent ce qu'ils étaient dans les plus belles années de mon adolescence, et mon jugement n'a rien perdu de sa netteté et de sa force. Je suis persuadé que cela vient de la diminution que j'ai fait des aliments à mesure que je vieillis. »
Sécrétion
dusuc ijastrique.
surtout, qui, ne pouvant consacrer à leur nourriture qu'une somme minime, recherchent plutôt dans la quantité que dans la qualité la base de leur alimentation.
Ici encore, la physiologie nous donne une explication de ces faits : Schiff a montré l'erreur de ses devanciers, et de Beaumont en particulier, qui pensaient qu'il suffisait de toucher ou d'irriter localement la muqueuse de l'estomac pour voir sous cette influence se produire la sécrétion du suc gastrique; il a prouvé que, s'il se fait une sécrétion dans ce cas, ce n'est pas de suc gastrique, mais de mucus (i). Pour rétablir la sécrétion régulière du suc gastrique, il faut donner des aliments digestibles, et Schiff, en faisant absorber à des chiens des bols alimentaires contenant seulement de la silice, n'obtenait pas la sécrétion du suc gastrique.
(1) Schifï prit des chiens auxquels il lia le pylore pour empêcher le liquide sécrété de passer dans l'intestin; puis, après les avoir éthérisés, douze à quinze heures après un repas abondant, il introduisit par l'œsophage de ces chiens soit du sable, soit de petites pierres calcaires en quantité suffisante pour distendre l'estomac plus ou moins complètement. L'œsophage fut lié ensuite et les animaux tués six heures plus tard.
Il fut quelquefois possible d'obtenir, dans l'estomac, 12 grammes de liquide acide et muqueux, mais il n'était pas possible de faire digérer, c'est-à-dire défaire transformer en peptone par ce liquide une quantité appréciable d'albumine.
Schiff admet que dans certains cas il est possible de faire sécréter du suc gastrique même à l'estomac vide, mais ce n'est pas de la pepsine de
nouvelle formation qu'on obtient, c'est de la pepsine dont étaient chargées les parois de l'estomac et qu'une sécrétion acide provoquée par un irritant externe a pu dissoudre et entraîner au dehors, formant ainsi un peu de suc gastrique.
En faisantses expériences, Blondlot n'avait pu obtenir par l'irritation mécanique de l'estomac que de 8 à 12 grammes de liquide mélangé de matière muqueuse, lorsqu'il opérait sur l'estomac vide; mais il obtenait quelquefois jusqu'à 100 grammes de suc gastrique lorsqu'il opérait sur un estomac rempli d'aliments.
L. Corvisart a fait les mêmes expériences, et pour lui le liquide recueilli dans l'estomac, après les irritations mécaniques les plus variées, ne présente que des traces du pouvoir digestif (a).
(a) Schiff, Physiologie de la digestion, t. II. — Bidder et Schmidt, Die Verdauungssœfte und der Stoffwechsel, 1852. — Tiedeman et Gmelin, Expériences sur la digestion. — Blondlot, Traité analytique de la digestion.
Nous avons vu aussi, à cet égard, qu'il ne fallait pas admettre l'opinion de Blondlot, qui attribuait à l'estomac un sens particulier, le sens digestif, qui permettait à cet organe de sécréter le suc gastrique proportionnellement à la valeur nutritive des aliments introduits, mais qu'il fallait revenir à cette pénétration de substance peptogène fournie par l'aliment lui-même pour avoir l'explication de ce fait. Il est donc facile de comprendre comment des individus qui prennent une grande quantité de substances non alimentaires déterminent, par cela même, une irritation profonde de la muqueuse stomacale et éprouvent alors les symptômes de la dyspepsie irritative. Tous, les jours, messieurs, vous serez témoins de ces faits dans notre salle de nourrices et dans notre salle de femmes.
Mais il ne suffit pas que la substance alimentaire présente Falsifications une qualité nutritive suffisante, il faut encore qu'elle soit saine, c'est-à-dire qu'elle n'ait pas subi une altération trop profonde ou une falsification trop éhontée. Je ne puis entrer ici dans les détails de cette question de la qualité des aliments et de leurs falsifications, je vous renvoie, pour cela, aux traités spéciaux et aux traités d'hygiène.
Ce n'est pas tout, messieurs, d'avoir fixé la qualité et la intervalle quantité des aliments, il faut encore régler d'une façon pré- '"' '^^^^^' cise l'heure et l'intervalle des repas. Voyons un peu ce point de la question.
La durée de la digestion stomacale dépend de plusieurs Durée
. . . de la digestion
Circonstances et surtout de la nature des aliments introduits stomacale. dans l'estomac. Nous avons montré déjà que, pour la digestion de la viande, le bol alimentaire ne pouvait franchir le pylore que lorsqu'il était à l'état de pulpe sous l'influence de l'action chimique et mécanique de l'estomac. Lorsqu'on administre au contraire des substances qui ne sont pas attaquées par les sucs de l'estomac, comme les matières végétales
et les graisses, leur séjour dans la cavité stomacale est plus long. Le pylore, en un mot, ne laisse passer que les substances quisontréduitesàunétat semi-liquide par l'estomac. Le plus souvent ces aliments restent deux à trois heures dans la cavité stomacale. A ce moment, les contractions de l'estomac augmentent d'intensité et les poussent avec énergie dans l'intestin. 11 faut donc mettre entre les repas un intervalle d'au moins trois à quatre heures. Mais, du reste, je le reconnais, l'habitude joue, à cet égard, un rôle considérable, et on peut voir des personnes qui ne se sont jamais plaintes de l'estomac et qui, cependant, ne font par jour qu'un seul repas.
Et, à ce propos, messieurs, permettez-moi de regretter que les exigences de la vie moderne nous aient obligés à abandonner la coutume de nos père, coutume suivie encore aujourd'hui en Allemagne, en Suisse, et qui consiste à fixer au milieu de la journée l'heure du repas le plus abondant. Régularité II est un point sur lequel vous devez beaucoup insister des^repas. r^^p^^g (jgg dyspcptiques, c'est sur la régularité des repas. C'est là un fait important, et on peut dire que, dans notre profession, la plupart des dyspepsies dont souffrent les médecins résultent de ces deux circonstances : l'irrégularité dans l'heure des repas et le peu de temps que nous y consacrons. Ce n'est pas tout, en effet, d'avoir des heures régulières, pour que la digestion s'effectue bien : il faut encore que les aliments soient bien et lentement mastiqués. Déjà, du reste, je vous ai signalé la nécessité de la mastication, au point de vue de la digestion des matières amylacées qui doivent subir l'action de la salive.
Aussi, messieurs, lorsque, soit par profession, soit pour tout autre motif, les individus ne peuvent consacrer au repas qu'un temps très limité, recommandez-leur essentiellement de prendre des aliments azotés ou graisseux, qui n'ont pas besoin, pour être digérés, de l'imprégnation salivaire.
Recommandez surtout la mastication complète des aliments. Que de dyspeptiques qui ne peuvent invoquer d'autre origine à leur mal qu'une mastication insuffisante ! Chez les vieillards surtout qui sont privés de dents, c'est là une cause fréquente du trouble des fonctions digestives. Vous ordonnerez donc h vos malades dont la mâchoire est dégarnie, de porter des pièces artificielles, qui, lorsqu'elles sont bien faites, permettent une mastication relativement satisfaisante, et, dans le cas où ces pièces ne peuvent être supportées, ayez soin de faire prendre les aliments à l'état de hachis ou de purée.
Si la distribution des repas, lorsqu'elle est mal comprise, est souvent la cause unique des dyspepsies, il faut reconnaître aussi que, bien ordonnée, elle peut à elle seule amener la guérison de la maladie. Brown-Séquard considère même la fixation des repas comme le meilleur traitement des dyspepsies et, dans tous les cas de troubles fonctionnels de l'estomac, ordonne aux malades, non de manger aux heures habituelles, mais de prendre à chaque heure du jour une petite quantité d'aliments; il prétend, par ce moyen, pouvoir guérir le plus grand nombre des dyspepsies (1).
Telles sont les règles qu'on peut fixer à propos du régime alimentaire. Maisn'oubliezpas, messieurs, que lesloisbromatologiques que je viens de formuler ne peuvent jamais s'appliquer dans toute leur rigueur, et que l'estomac, comme le ditFonssagrives, se révolte souvent contre les arrêts que le médecin a décrétés contre lui. Rien de plus bizarre, rien de plus personnel que les fonctions digestives; ce qui convient à l'un déplaît à l'autre, et tel aliment réputé indigeste est quelquefois supporté avec la plus grande facilité par un estomac très délicat; aussi l'axiome si naïf qui veutque l'aliment le plus digestif soit
(1) Brown-Séquard reconimande est applicable d'après lui à toutes les aux dyspeptiques de faire jusqu'à variétés de dyspepsies (Bull, de soixante repas par jour. Ce procédé Thérap., t. LXXXIV, p. 73).
CLINIQUE THÉRAP., 4* édit. ■ I, 24
De
la mastication.
Dos aliments indigestes.
celui qu'on digère bien, est-il plus profond qu'on ne le pense. A chaque pas, vous rencontrez les irrégularités les plus curieuses au point de vue de la digestion ; il vous faudra donc suivre l'estomac pour ainsi dire pas à pas, étudier ses tendances, examiner ses goûts et ses préférences, et tâcher de faire concorder vos prescriptions avec les prédispositions individuelles du malade.
Toutes ces restrictions que je vous signale ne doivent pas, messieurs, vous empêcher de mettre dans vos prescriptions diététiques et hygiéniques une grande rigueur, et je partage complètement l'avis d'Hamelin, qui veut que tout soit formulé et rigoureusement observé. Ne cédez pas au caprice du malade; efforcez-vous, au contraire par votre ténacité, par votre énergie à prescrire ces règles brom.atologiques, de faire comprendre au malade l'importance capitale que vous attachez à ce que vous venez de formuler. « Ce que nous prenons par onces et livres doit nous affecter autant De la rigueur quc cc quc uous preuous par grains et par scrupules, y> presTiptions disait Huxliaui. Ces paroles, messieurs, le médecin doit diétcticiues. [oujours les avoir en vue et ne jamais les oublier lorsqu'il fixe les bases du régime alimentaire. Nous reparlerons, du reste, de ces faits, lorsque nous traiterons en particulier du traitement des diverses affections de l'estomac.
CINQUIEME LEÇON
Sommaire. — De l'exercice. — Son utilité. — La gymnastique. — Ses variétés. — Gymnastique suédoise. — Gymnastique abdominale. — De l'entraînement. — De la pratique des oeuvres de charité. — De l'influence de l'air. — ■ Air de la ville et de la campagne. — Air marin. — Des influences morales. — De l'inaction. — Du coït et de la masturbation. — Des vêtements. — Du corset et des bretelles. — De l'hydrothérapie. — Des bains de mer. — Des bains. — Des excréta.
Je VOUS ai dit que sous le nom de régime on comprenait du régime. non seulement l'alimentation et les règles qui y président, mais encore tous les autres moyens hygiéniques qu'on peut employer dans la cure des maladies. C'est l'étude de ces moyens que nous allons aborder dans cette leçon.
Et tout d'abord, voyons quelle est l'influence de l'exercice? De rexereice. Elle est capitale, et, comme le disait avec raison Chomel : (c On digère autant avec ses jambes qu'avec son estomac. » Aussi, c'est parce qu'elles ne se livrent pas à un exercice suffisant, malgré une alimentation surabondante, que nous voyons tant de personnes, jouissant d'une certaine fortune, atteintes si fréquemment de dyspepsie.
En effet, un grand nombre d'individus, tout en faisant usage d'une alimentation azotée, ne produisent pas un travail physique suffisant ; cette disproportion entre l'alimentation exagérée et le défaut de travail détermine l'apparition de la maladie. Dans ces cas, il vous suffira de prescrire un exercice régulier, méthodique, pour voir disparaître tous les accidents.
Rappelez-vous ce malade qui vint récemment dans nos
salles nous consulter pour une dyspepsie atonique des plus intenses; lorsque nous avons interrogé cet homme sur les causes probables de son mal, il nous a expliqué, qu'employé dans un bureau de chemin de fer, il ne pouvait prendre d'exercice pendant la journée, et que le soir, forcé de tenir une comptabilité, il était obligé de rester assis. C'est, messieurs, ce qu'on observe souvent chez les bureaucrates, et vous devrez avoir votre attention fixée sur ce point, lorsque vous aurez à traiter de ces malades.
Mais entrons plus avant dans la question et voyons ce que nous donne l'expérimentation physiologique . Elle nous montre ce fait intéressant, c'est que le repos absolu, immédiatement après le repas, chez les animaux, les chiens, par exemple, atténue l'activité de la digestion, mais sans l'entraver, tandis qu'un exercice exagéré paraît, au contraire, arrêter brusquement le travail digestif. Ainsi, après avoir fait manger copieusement un chien, si on l'emmène à une chasse à courre, on peut, longtemps après le repas, constater, en ouvrant l'ani mal, que le travail digestif ne s'est accompli. Ce fait a une importance réelle; il démontre, en effet, qu'après le repas il ne faut ni un exercice exagéré, ni une inaction absolue, et, à cet égard, le sommeil qui suit les repas, chez certaines personnes, est tout aussi nuisible, tout aussi dangereux que le travail forcé qu'on ferait exécuter à un homme après qu'il a mangé abondamment.
De la Pour combattre les dyspepsies causées par la non équili-
bration entre la quantité alimentaire introduite et le travail de l'économie, vous avez divers moyens : en première ligne, la gymnastique bien comprise, méthodiquement pratiquée, rend de grands services dans la cure des dyspepsies, surtout" s'il s'agit de jeunes gens, qui sont, vous le verrez, très sujets aux troubles fonctionnels de l'estomac.
Il ne m'est pas possible d'entrer ici dans les détails de la
gymnastique.
gymnastique; vous les trouverez dans les ouvrages spéciaux de Daily, de Leblond, de Bouvier, d'Hillairet. Je ne puis que vous fixer les grandes lignes qui présideront aux prescriptions de ces mouvements.
11 y a trois grandes variétés de gymnastique. L'une se fait avec des appareils spéciaux; elle est assez compliquée : c'est la gymnastique avec appareils et c'est elle qu'on pratiquait dans nos collèges et lycées jusque dans ces dernières années; elle est constituée par les trapèzes, les barres parallèles, les portiques, etc. Ces exercices, développent une certaine agilité (1) chez les individus, mais ils peuvent devenir dange-
Variétés des exercices gymnastiques.
(1) On divise 1^ exercices gymnastiques en trois groupes : 1° les exercices actifs dans lesquels les mouvements sont spontanés et s'exécutent sous l'influence de la volonté; 2° les exercices passifs; 3" les exercices mixtes, pour lesquels agissent la volonté et une force extérieure.
Les exercices actifs peuvent être divisés (Leblond) en mouvements libres, en mouvements liés et en mouvements demi-liés.
Les mouvements libres qui se font sous l'influence de la volonté, sans le secours d'appareils, peuvent être exécutés isolément ou par plusieurs personnes à la fois; dans ce dernier cas, ils constituent la gymnastique d'ensemble.
Ils consistent en mouvements de la tète (flexion, extension, rotâ.tion, inclinaison latérale); mouvements du tronc (flexion en avant et en arrièi'e, rotation); mouvements des membres supérieurs : bras (adduction, abduction, rotation, projection en avant et en arrière), avant-bras et main (pronation, supination, etc.) ; mouvements desmembresinférieurs : cuisse (flexion, extension, abduction, adduction, rotation en dedans, rotation en
dehors), jambe (flexion, extension)^ pied (flexion, extension, abduction). .„ enfin divers mouvements d'ensemble :
la marche, la course, le saut, la danse, la natation, la lutte (avec toutes ses variétés, pugilat, boxe, lutte des phalanges, des poignets, des avantbras, etc.). Les mouvements rfewi-iie's sont exécutés avec l'aide d'appareils mobiles, portatifs (mils, haltères, barres à sphères, exercices de projection, sauts avec instruments, escrime, etc.) ou non portatifs (exercices du portique : échelle de cordes, trapèze, bascule brachiale, vindas).
Les mouvements liés sont exécutés à l'aide d'appareils fixes (barres de suspension, échelles fixes, barres parallèles, planches à rainures, chevaux de bois).
Parmi les exercices passifs, il faut ranger la vectation, la navigation, le massage, la faradisation.
Enfin, les exercices mixtes consistent en des mouvements volontaires et en des mouvements involontaires, ce sont : l'équitation, la natation (Michel Lévy), le vélocipède et la gymnastique suédoise.
Tous les moments ne sont pas bons pour faire de la gymnastique- en effet,
reux, et ils n'exercent qu'un nombre limité de muscles; aussi cette méthode tend-elle à être abandonnée, pour faire place à cette gymnastique dite de mouvements que Laisné, depuis longtemps déjà, a mise en pratique à l'hôpital des Enfants, et qui s'est répandue surtout dans les pays allemands.
Cette gymnastique se fait pour ainsi dire sur place, et elle consiste en des mouvements pratiqués méthodiquement et d'une façon cadencée, mouvements qui permettent de faire fonctionner presque tous les groupes musculaires de l'éco-
s'il est utile de faire un exercice modéré après le repas, il faut proscrire totalement les exercices très actifs, après le repas, et ne les exécuter par exemple que le matin, ou le soir, plusieurs heures après avoir mangé.
L'usage de la gymnastique comme traitement des maladies nerveuses, chorée, hystérie, épilepsie, scrofule, etc., est introduit depuis longtemps dans les hôpitaux, et c'est en 1847 que M. Laisné a installé son premier gymnase médical à l'hôpital des Enfants, d'abord, puis à la Salpêtrière.
On fait faire aux enfants, aux malades, des marches, des courses, des manœuvres et les mouvements divers qu'indique le professeur, et, pendant leur exécution, tous chantent un air dont le rhythrae s'accorde avec les mouvements ordonnés. Parce moyen, on améliore rapidement la santé générale et on peut arriver à guérir certaines affections nerveuses : la chorée, etc., comme le démontre le rapport de Blache sur ce mode de traitement. Voici, en effet, les conclusions de ce rapport {Mém. de VAcad. de méd., t. XIX) :
1° Aucun des modes de traitement appliqués à la danse de Saint-Guy n'a donné un nombre de guérisons aussi
considérable que la gymnastique, soit seule, soit associée aux bains sulfureux ;
2° La gymnastique peut être employée dans presque tous les cas sans qu'on soit arrêté par les contre-indications qui se présentent à chaque pas dans l'usage des autres médications ;
3° La guérison est obtenue dans un nombre moyen de jours à peu près égal à celui que réclame l'emploi des bains sulfureux; mais elle semble plus durable et la sédation se montre dés les premiers jours ;
4" En même temps que le désordre des mouvements disparaît, la constitution des enfants s'améliore d'une manière très sensible,, et les malades sortent guéris, non seulement de la chorée, mais encore de l'anémie qui l'accompagne le plus souvent ;
5° Les exercices gymnastiques, que l'on pourrait du premier abord croire périlleux, surtout eu égard à l'état des enfants qui s'y livrent, n'offrent aucune espèce de danger, et, de plus, ils peuvent être mis en œuvre sans inconvénient dans toute saison, avantage que n'ont pas les bains ;
6° 11 est fort important de diviser les exercices en deux catégories : 1°les exercices dits passifs, qui peuvent être seuls employés dans la
noiïiie. Cette méthode, de beaucoup la meilleure, ne réclame pas d'appareils spéciaux, et peut être pratiquée sans inconvénients et par les grandes personnes et par les enfants. Elle est en usage aujourd'hui dans les pensionnats et dans l'armée; elle vous suffira dans le plus grand nombre des cas.
Il y a encore une autre gymnastique, dite gymnastique suédoise. La Suède occupe, vous le savez, au point de vue ^^""ftiqu
■"• ' ' ^ suédoise.
gymnastique, le premier rang parmi les nations ; sous l'inspiration de Ling (1), elle a institué de véritables facultés de
période de l'affection où la volonté ont été Liedbeck et Géorgie en Suède,
n'a pas de prise sur les puissances Branting et Indebeton en Angleterre,
musculaires; 2'^ les exercices actifs Rothstein et Neumanu en Allemagne,
que les enfants exécutent d'eux- Voici, en résumé, la doctrine de
mêmes, avec ou sans l'aide de ma- Ling :
chine (a). 1" Le mouvement musculaire ac-
(1) Pierre-Henri Ling est né le tive la circulation artérielle ou cen-
15 novembre 1776 et est mort le trifuge, en même temps qu'il active
3 mai 1839. Ses principaux élèves la nutrition des parties qui exécutent
{a) Mercuriali, De arte gijmnastica, Venetiis, 15ô9. — F. Fuller, Medicina gymnastica or treatise of the power of exercice rith respect to the animal economy. London, 1704 — Tissot, Gymnastique médicale et chirurgicale, ou essai sur Vutilité du mouvement et des différents exercices du corps dans la cure des maladies. Paris, 1780. — Londe, Gymnastique médicale ou l'exercice appliqué aux organes de Vhomme, d'après les lois de la physiologie, de l'hygiène et de la thérapeutique. Paris, 1821. — Amoros, Traité d'éducation physique, gymnastique et morale. — F. Egan, Boxiana, ou esquisses du pugilat ancien et moderne. London, 1820-24; Manuel de gymnastique, 1847. — Daily, Cinésiologie ou science du mouvement dans ses rapports avec l'éducation, l'hygiène et la thérapeutique. Paris, 1857. — Legrand (Max), Thèse de Paris, 1848. — Vilain, Thèse de Paris, 1849. — Laisné, Gymnastique pratique, 1850; Gymnastique des demoiselles, Paris, 1854; Traité élémentaire de la gymnastique classique, avec chants notés à l'usage des enfants des deux sexes. Paris, 1867. — Blache, Du traitement de la chorée par la gymnastique {Mém. de l'Acad. de mvd., 1855). — Schreber, Système de gymnastique de chambre médicale et hygiénique, trad. par van Oordt. Paris, 2c édit., 1867. — Daily fils, Plan d'une thérapeutique par le mouvement fonctionnel. Paris, 1859. — Meding, De la gymnastique suédoise. Paris, 1862 (Rapport annuel à l'institut médico-gymnastique suédois). — Theis, Programme de gymnastique systématique et raisonné. Bruxelles, 1861. — Carue, Traité pratique de gymnastique de chambre hygiénique et médicale. Paris, 1868. — Gigot, De la propagation de la gymnastique dans l'armée, les villes et les écoles. Paris, 1868. — E. Hillairet, Rapport sur l'enseignement de la gymnastique. Paris, 1868. — Gallard, La gymnastique et les exercices corporels dans les lycées {Bull, de l'Acad. de méd., 1868). — Dumesnil, article Gymnastique, Dict. de méd. et de chirurg. pratiques. — Pichery, Gymnastique de l'opposant, etc., Paris, 1870. — Nycander, Gymnastique rationnelle suédoise. Paris, 1874. — N.-A. Le Blond, Manuel de gymnastique hygiénique et médicale. Paris, 1874.
gymnastique, dans lesquelles des professeurs démontrent méthodiquement tout ce qui peut se rapporter à l'exercice du corps humain. Les exercices sont basés sur le fait suivant : lorsqu'on veut effectuer des mouvements, si on s'oppose à leur exécution, il se produit, dans le groupe musculaire qui veut vaincre l'obstacle, des contractions plus ou moins énergiques. Les Suédois font donc exécuter au malade certains mouvements, tout en s'opposant, dans une certaine mesure, à leur exécution, et c'est par l'application multipliée et variée de ce moyen qu'ils développent tous les muscles de l'économie.
Tout en reconnaissant la grande utilité de cette méthode, je pense que si elle est appelée à donner de bons résultats
les mouvements, et cela dans une proportion déterminée par la quantité des exercices ;
2° On peut, par des exercices réglés, activer la nutrition dans des muscles déterminés ;
3° Pour régler ces sortes de mouvements, il faut déterminer d'avance les attitudes qui seront le point de départ des mouvements, comme celles qui représenteront le point d'arrivée;
4° Il faut que le gymnaste qui dirige ces mouvements, règle la portion et le mouvement de son corps sur la position et les mouvements du patient;
5° La vitesse d'un mouvement gymnastique quelconque doit toujours être isochrone, c'est-à-dire que le corps ou la partie du corps mise en mouvement doit parcourir des espaces égaux dans des temps égaux;
6° Tout organe qu'on met en action agit sur toutes les autres fonctions de l'économie. L'effort musculaire, par exemple, (ire la poitrine dans l'inspiration, ralentit la circulation de l'artère pulmonaire, et par
suite celle des grosses veines qui se rendent au cœur, augmente la tension veineuse, congestionne le cerveau, etc. De grandes inspirations suivies d'expiration ont l'effet opposé, etc. Les muscles, en comprimant les rameaux artériels au moment même et pendant la durée de leur contraction, font refluer vers les régions éloignées une masse de sang proportionnée à la capacité de leur système capillaire. De là les vertiges, les congestions cérébrales, les palpitations qu'éprouvent, au moindre mouvement actif, les personnes sujettes à ces sortes d'affections.
Quand la contraction cesse, le sang se porte, au contraire, dans le réseau capillaire des muscles;
7" Pour obtenir ces effets, Ling a institué trois ordres d'exercice. Dans le premier, les mouvements sont simplement actifs; ce sont les mouvements exécutés par le malade, seul : l'attilude, la marche, le saut, les exercices gymnastiques ordinaires et les mouvements partiels du corps.
Dans le second ordre, que Ling appelle ordre des mouvements actifs
pour les troubles musculaires, elle n'est pas, au point de vue qui nous occupe, supérieure à la gymnastique des mouvements; de plus, elle réclame la présence d'un maître auprès de chaque exécutant, ce qui constitue par cela même une complication qui rendra difficile sa généralisation.
Mais la avmnastique suédoise ne s'en est pas tenue là, elle Gymnastique
^J ^ ^ i ' viscérale.
a voulu faire davantage, on a inventé une gymnastique des viscères, et pour ce qui a trait plus particulièrement au sujet qui nou6' occupe, on a créé une gymnastique, ou plutôt une kinésithérapie abdominale, et Nycander (de Stockholm), a indiqué les principaux mouvements que l'on doit exécuter pour combattre la dyspepsie et la constipation (1).
passifs, le malade fait an mouvement auquel le gymnaste résiste, et, dans le troisième ordre, celui des mouvements passifs actifs, le gymnaste fait subir aux membres des déplacements contre lesquels le patient lutte en faisant contracter ses muscles (a).
(l)Voicilcs diverses manipulations que Nycander (de Stockholm), emprunte à la kinésithérapie suédoise pour combattre les affections des voies digestives et, en particulier, la constipation et la dyspepsie :
a. Glissement du côlon, soit dans toute son étendue, soit, suivant le cas, dans l'une ou l'autre de ses parties ; il se fait avec la face palmaire de la main dans une direction conforme à celle de la digestion. Pour ce mouvement ainsi que pour tous, ceux qui suivent, le sujet occupe généralement une position telle que tous les muscles de l'abdomen soient relâchés.
h. Glissement transversal de l'ab-
domen. Les deux mains de l'opérateur étant jointes sur la ligne médiane de l'abdomen et s'en écartant chaque fois en exerçant une pression plus ou moins forte suivant le cas.
Le mouvement se fait de haut en bas à partir du creux épigastrique jusqu'à l'os pubis.
c. Glissement cycloïde. 11 se fait d'après les mêmes principes.
cl. Feulement transversal de l'abdomen.
Dans cette opération les mains de l'opérateur, superposées sur l'abdomen du sujet, refoulent la masse intestinale, tantôt à droite, tantôt à gauche,
e. Feulement circulaire. Celui-ci s'opère dans une direction conforme à celle de la digestion.
f. Poussée en jet latéral de l'abdomen.
Les mains de l'opérateur, placées chacune sur un des flancs, poussent la masse intestinale alternativement à droite et à gauche.
(a) Trousseau et Pidoux, addition de Constantin Paul, Traité de Thérapeutique, 1877, t. H, p. 125.
Autant, messieurs, je me suis montré partisan de la gymnastique méthodiquement pratiquée pour combattre la dyspepsie, autant je serai réservé pour l'usage de cette gymnastique abdominale qui prétend agir directement sur l'estomac et l'intestin, et je vous conseille d'attendre, pour admettre ces glissements, ces tapotements et ces secouements qui caractérisent cette gymnastique abdominale, que cette méthode ait fourni des résultats scientifiquement constatés.
Vous prescrirez donc à vos malades un exercice gymnastique modéré. Vous le leur ferez faire surtout avant les repas, une ou deux fois par jour. Vous pourrez augmenter le travail musculaire en ajoutant aux exercices des mouvements l'usage de ces haltères qui, par leur poids plus ou moins considérable, vous permettront de graduer pour ainsi dire le travail musculaire.
Des exercices Gommc la gymuastlquc, messieurs, tout autre exercice du corps, ^^^g conduira au même but; ainsi l'escrime, la natation, le canotage même. Mais il faut reconnaître que ces exercices du corps développent presque exclusivement certains groupes musculaires au détriment des autres; aussi je leur préfère la gymnastique, et cependant, comme ils plaisent souvent plus au malade, vous serez obligés de les ordonner.
Les Anglais, qui sont de beaucoup nos maîtres d'ans l'édu-
g. Secouement de l'abdomen. La Le sujet étant debout les bras
main de l'opérateur placée sur l'ab- tendus en avant et fixés à un appui ;
domen, imprime à la masse intesti- quatre opérateurs l'entourent et
nale des secousses vives et régu- poussent son bassin tantôt en arriére,
lières. tantôt en avant, de sorte que les
h. On emploie aussi la pression muscles antérieurs de l'abdomen se.
des plexus solaires et sacrés. trouvent tantôt tendus, tantôt relâ-
Contre la constipation, voici les chés, pendant que les aides exercent
manœuvres que M. Nycander con- une pression faible et régulière sur
seille d'exécuter et qui auraient le l'abdomen [Société d'hydrologie,
même effet, d'après lui, que les séance du 22 décembre 1878.) douches rectales.
cation physique à donner à la jeunesse, nous ont montré depuis longtemps déjà la marche à suivre pour obtenir le développement régulier des forces corporelles. Ils ont institué sur des bases scientifiques et médicales tout un ensemble de mesures, décrit sous le nom dJ entraînement, qui a pour but i-eniraînlmeut. de substituer à la graisse, tissu inutile dans l'économie, la fibre musculaire et de donner ainsi avec le moins de volume possible, la force musculaire la plus énergique. Je ne puis malheureusement pas entrer dans les détails de cette question, que Bouchardat a fait connaître en étudiant avec soin l'entramement du pugiliste; je ne vais ici que vous en tracer les grandes indications (1).
(i) Dans sa thèse inaugurale, le docteur G. Bossion donne la prescription suivante du traitement indiqué par Coots, pour les sujets soumis à l'entraînement : « Six semaines sont ordinairement le délai accordé pour se préparer à un combat ou à une course. Commencez par prendre une pilule {blues ptls) le soir, et une médecine noire le lendemain matin, et cela deux fois pendant la première semaine. Quand vous êtes convenablement purgé, prenez vos quartiers d'entraînement, choisissez une habitation commode, à quelque distance des villes populeuses; que vos exercices soient modérés au début, pour les graduer de jour en jour sur l'accroissement de vos forces. Le sujet en train doit se lever de bonne heure (six heures), se laver avec soin, puis prendre un œuf cru en mélangeant le jaune dans un demi-verre de bon vin de Sherry, après quoi, il fera une promenade au pas d'environ deux milles, avant l'heure du déjeuner (dix heures).
L'exercice doit d'ailleurs être proportionné au degré de condition de
l'individu. Plus il est chargé d'embonpoint, plus longues seront les épreuves/. Après déjeuner, il fera une promenade de deux milles, entremêlée de petites échappées de 300 mètres à toute vitesse et terminée par une course d'un mille pour amener une suée que l'on séchera immédiatement en le frottant énergiquement avec une serviette. Puis il se rhabillera et marchera doucement pendant quelque temps: S'il a soif, il boira un peu de xérès coupé d'eau.
Vers onze heures, il pourra prendre un quart de pinte de porto aromatisé, ou une demi-pinte de vieille aie. 11 doit avoir constamment dans sa poche un ]3iscuit dur pour prévenir la faim.
Souvent même il préviendra la soif en mâchant du biscuit, plutôt que d'user trop fréquemment des liquides qui portent à la transpiration et nuisent à l'haleine. Il dînera vers une heure ou deux, si l'appétit n'est pas bien ouvert. Après dîner un exercice modéré, tel que bêcher la terre, lancer le disque ou mouvoir des dombsbelles, du poids de 4 livres chacun; enfin choisir le genre d'exercice qui
L'entraînement consiste dans l'administration, sous un petit volume, d'une alimentation azotée et nutritive, et dans des exercices du corps gradués et progressifs ; en même temps, on active les fonctions de la peau par des suées abondantes et par l'hydrothérapie, et l'on agit sur le tube digestif par des pui'gations souvent répétées. C'est après avoir subi cet entraînement que les x\nglais se portent à ces joutes qui, parleur ensemble, constituent le sport et qu'ils vont partout disputer les prix aux courses, soit à cheval, soit à pied, soit à la rame.
En France, nous sommes loin de ces exercices sportiques, et c'est à peine si de temps en temps nous voyons quelques individus se livrant avec ardeur à ces pratiques saines et utiles. Aussi ne serez-vous pas étonnés, lorsque vous parlerez de faire de la gymnastique, d'essayer un refus plus ou moins déguisé, et ce refus, messieurs, vous le rencontrerez surtout tenace parmi les jeunes filles. C'est là, en effet, un défaut
plait le plus, sans s'exposer à des est l'heure désirable) indiquera que eiforts outrés. Il faudra faire encore le corps fonctionne avec, régularité, dans la journée une nouvelle course Plus de fréquence procédera d'excès d'un mille. Si la fatigue cause de la d'exercices et alors on les diminuera, somnolence, on se permettra une ou du changement de régime, et heure de sommeil. Le dernier repas dans ce dernier cas on prendra l'aliaura lieu vers deux heures du soir, ment qui tentera le plus, mais en sept heures avant de se mettre au lit. petite quantité. Pesez-vous chaque On fera bien de s'abstenir de fumer. jour et, quand vous êtes au poids Proscrivez de votre régime les spiri- voulu, bornez vos exercices à des tueux, le lait, les soupes, tous les promenades légèrement prolongées, ragoûts et les aliments épicés. Les . sans oublier de continuer les petites repas se composeront de viandes courses rapides pour vous entretenir maigres, si, bien entendu, on a déjà l'haleine. Evitez de garder de la fial'habitude de ces sortes d'aliments, nelle humide; ayez bien soin de vous mais quel que soit votre mode d'ali- frotter ou faire frotter, ou de chanmentation, restreignez-le toujours ger aussitôt après les transpirations. au simple nécessaire. Une selle par Tous les exercices dangereux doijour (chaque matin, après déjeuner vent être interdits (a).
(a) Wortliington, 5m?' le traitement de l'obésité par V entraînement (Thèse de Paris, 1875). — G. Boisson, De l'entraînement (Thèse de Paris, 1877).
dans l'éducation de la femme de notre pays. Tandis que, en Angleterre, toute jeune fille appartenant à un certain monde se livre avec ardeur à l'équitation et aux exercices du corps; en France, au contraire, ces exercices sont abandonnés, même dans la vie à la campagne, et l'on considère le plus souvent la gymnastique comme pénible et ennuyeuse.
Nous devons donc, messieurs, encourager de tous nos efforts l'intrcduction de la gymnastique dans l'éducation de la jeunesse, et en particulier dans les classes primaires de garçons et surtout de filles. La jeune fille, autant, si ce n'est plus, que l'homme, a besoin de ces exercices; c'est elle qui, en effet, devenue femme, sera la mère de vos enfants, et autant que possible nous devons favoriser son développement physique. Pardonnez-moi cette digression, qui ne s'éloigne pas autant de notre sujet que vous pourriez le penser, puisque la dyspepsie, chez l'homme comme chez la femme, dépend bien souvent du défaut d'exercice.
Chomel, frappé de l'influence du défaut d'exercice muscu- Desœimes laire sur le développement des dyspepsies, frappé aussi de leur fréquence dans les classes libres et oisives, avait employé, pour combattre ces affections, un procédé ingénieux ; il conseillait aux riches de faire la charité, il leur disait : «Faites la charité, mais par vous-mêmes, allez visiter les malades, intéressez-vous à des familles nécessiteuses, montez dans les mansardes, et, tout en faisant une bonne action, vous vous guérirez, par cet exercice, des troubles dyspepsiques que vous éprouvez. » Ce conseil, messieurs, est parfait. Donnez-le donc le plus possible, mais n'oubliez pas, non plus, pour les jeunes gens, les exercices du corps et prescrivez-les aussi avec grand soin.
L'air a, dans le développement et la cure de la dyspepsie, intiuenc une influence aussi importante que l'exercice, et c'est un fait vulgaire d'observation que de voir la dyspepsie plus frè-
te charité.
de l'air.
quente à la ville qu'à la campagne. Pour le dyspeptique, vous le savez bien du reste, il suffit quelquefois du séjour au grand air pour qu'il voie disparaître tous les phénomènes morbides ; et déjà je vous ai démontré quelle influence on devait faire jouer à cet air de la campagne dans les cures de lait et de raisin, si favorables dans le traitement des dyspepsies.
Lorsqu'un habitant de la campagne vient dans nos villes, il subit un véritable acclimatement, qui porte surtout sur les fonctions digestives, et cela résulte non seulement des nouvelles conditions atmosphériques dans lesquelles il se trouve, mais encore des modifications dans le changement du régime alimentaire auquel il est soumis. •
Air des villes A la villc, avcc une alimentation plus azotée et meilleure descampagnes. Q^'à la campaguc, OU voit se développer un ensemble de troubles dyspeptiques qu'à la campagne, malgré une nourriture incomplète et souvent insuffisante, l'ouvrier n'éprouve presque jamais. Cette différence résulte de l'air respiré, air salubre à la campagne, vicié et malsain à la ville; et si dans les hôpitaux vous voyez les affections de l'estomac résiter à nos médications, bien que les malades soient soumis à une alimentation bien dirigée, cela tient surtout à l'air insalubre qu'ils y respirent. Au grand air, l'appétit est activé, les fonctions digestives se régularisent, et si vous y joignez l'exercice, dans bien des cas la dyspepsie se guérira sous cette double influence.
L'air de la mer a aussi une influence favorable. Lorsque les habitants des grandes villes vont au bord de la mer, ils voient leur appétit renaître rapidement, et il n'est pas rare alors qu'ils passent à un autre excès, c'est-à-dire qu'ils pren-. nent une alimentation beaucoup trop abondante. S'ils ne se surveillent pas, bientôt surviennent les troubles dyspeptiques, véritables indigestions dues à l'absorption d'une trop grande
quantité d'aliments souvent indigestes. Ces faits s'observent, messieurs, assez souvent dans nos ports de mer à l'époque où les étrangers y affluent, c'est-à-dire à l'époque des bains de mer.
Gomment expliquer cette action si favorable de l'air dans les fonctions digestives? C'est là une question que Ch. Richet a élucidée et qui réside toute entière dans l'action de l'oxygène sur la digestion stomacale.
La production de l'acidité du suc gastrique est un des oe laction
1 1 • r 1 1 r f • 1 , de l'oxygène
pomts les plus mteressants de la sécrétion de ce suc, et les sm- raddité phvsioloffistes se sont efî"orcés de saisir le mécanisme de „„ „w,„„,„ cette sécrétion. Cl. Bernard (1), par des expériences ingénieuses, a montré que l'acidité s'effectue surtout à la surface de l'estomac; analysant plus complètement ce phénomène, Ch. Richet (2) a constaté que ce fait d'acidité devait être rapporté à l'action générale de l'oxygène : ce serait une véritable oxydation des sucs sécrétés par les glandes stomacales. Ces glandes puiseraient dans le réseau sanguin si considérable
(1) Malgré les résultats contraires beaucoup d'eau, sépara l'infusion en obtenus par Frericks, on regarde deux parties, qu'il plaça ensuite l'expérience de Claude Bernard dans l'étuve à 40 degrés. Dans un comme indiscutable; cette expérience flacon, il fit passer de l'oxygène penconsiste dans l'injection, dans les dant deux heures. Au bout de ce veines d'un lapin, de lactate de fer temps, ayant mesuré l'acidité de l'un et de ferro-cyanure de potassium. et de l'autre liquide, il remarqua Ces deux sels ne peuvent donner, que le liquide dans lequel l'oxygène mis en contact, du bleu de Prusse avait passé avait une acidité totale que dans un milieu acide. Dans l'es- de 0,49, tandis que l'autre n'avait tomac des animaux en expérience, que 0;28.
la coloration bleue de la muqueuse Avec du suc gastrique d'autres
ne se produisait qu'à sa surface. Leç animaux, le résultat fut le même,
glandes tubulaires ne présentaient De plus, d'après Mathieu et Ur-
au contraire aucune coloration. bain, la quantité d'oxygène contenu
(2) Ch. Richet, ayant pris la mu- dans le sang diminuerait au moment queuse du caecum stomacal d'un con- de la digestion (a).
gre, l'ayant broyée et traitée par
(a) Mathieu et Urbain, Des gaz, du sang {Arch. de phijsiologie, 1874, p. 712). — Charles Richet, Du suc gastrique, p. 76,
de l'estomac, réseau turgide au moment des digestions, une quantité notable d'oxygène, et cet oxygène, pris dans le sang, servirait à l'oxydation du suc gastrique. C'est là, vous le voyez, un fait d'une grande importance; il vous montre l'influence directe de l'oxygène dans l'acidification du suc gastrique; il vous explique comment les gens qui n'absorbent pas par les poumons un air sain ni assez oxygéné, éprouvent tous les symptômes qui tiennent à un défaut de qualité du suc gastrique. Ces personnes ressentent, en elïet, tous ou presque tous les symptômes qui caractérisent la dyspepsie putride.
Exercice modéré et régulier, promenade au grand air, séjour à la campagne, si c'est possible, séjour dans les montagnes, au bord de la mer, voilà, messieurs, vous le voyez, des éléments importants de traitement pour la cure des dyspepsies.
Dcsinnucnces Lcs influenccs morales s'ajoutent aussi aux circonstances précédentes pour expliquer le développement des affections stomacales. Vous savez, en effet, combien les impressious morales retentissent du côté de l'estomac. Et pour cela, je m'en rapporte à vous, messieurs, rappelez-vous vos examens, vos concours et la perte d'appétit qui précède ces épreuves, perte qui, heureusement, n'est que passagère. Dos chagrins Lcs chagrius, les passions vives surtout, ont une influence des puassions, blcu plus graudc, et, sachez-le, dans beaucoup de cas, lorsque vous ne pourrez pas relever le moral du malade, lorsque vous ne dissiperez pas la peine qu'il éprouve, ou que vous ne parviendrez pas à chasser les chagrins qui le dévorent, vous ne pourrez rien sur son affection stomacale. Ce qu'il faut c'est une médecine morale qui varie avec les cas observés. Ici, . le médecin ne s'attardera pas à formuler, car tout l'arsenal pharmaceutique serait impuissant, il devra viser plus haut; puisant des conseils à une source plus élevée, il s'efforcera
iiitellectiielle.
d'agir sur l'esprit de son malade ; il mettra tous ses soins à écarter lentement et graduellement les souvenirs douloureux et à ramener ainsi peu à peu le calme dans cet esprit troublé.
Dans ces cas, les distractions, l'exercice au grand air, le changement des habitudes, les voyages, l'imprévu, toutes circonstances souvent si efficaces dans la cure de ces dyspepsies, vous seront encore d'un grand secours.
Ghomel, qui a tracé de main de maître ce chapitre des influences morales, signale un fait dont vous connaissez certainement des exemples. Il nous montre un homme qui, après être, par un travail incessant, par un labeur long ou pénible, parvenu, soit à rassembler une certaine fortune, soit à occu- °^ l'maction
physique
per un poste élevé dans l'armée, la magistrature et l'admi- et nistration, va enfin se livrer au repos qui a été le rêve de sa vie; il nous montre, dis-je, cet homme, qui, malgré ses travaux, avait toujours joui d'une bonne santé, dépérir alors peu à peu, devenir dyspeptique, morose, et ne guérir qu'en reprenant la vie active qu'il vient de quitter.
Maintes fois, certainement, vous avez été témoins de faits semblables. Le médecin lui-même n'est pas à l'abri de ces accidents, et je ne puis vous citer de meilleur exemple que celui d'Astley Cooper. Cet illustre médecin, après avoir conquis une situation unique dans la chirurgie anglaise, après avoir acquis une fortune considérable, fatigué des labeurs imposés par une clientèle nombreuse, s'était retiré dans une de ses propriétés croyant y trouver un repos bien gagné et une vie calme et tranquille. Erreur profonde ! Astley Cooper devint triste, morose, chagrin et, à ses amis qui le félicitaient de son nouveau genre de vie, il leur disait qu'en se promenant dans son parc, il cherchait, parmi les beaux arbres qui l'ornaient, celui auquel il pourrait bien se pendre. Astley Cooper voulut reprendre sa clientèle, mais il était trop tard, et il ne put recouvrer la santé.
CLINIQUE THÉRAP., 4» édit. . I. — 25
■sexuels.
Vous le voyez, messieurs, l'inaction intellectuelle, comme l'inaction physique sont deux conditions dont il faut tenir grand compte, et, lorsque vous soignerez des dyspeptiques, n'oubliez donc pas de prescrire un travail proportionné à la force et à l'activité intellectuelle de l'individu.
Des rapports Jc VOUS al parlé des passions et des impressions morales; je dois vous dire aussi quelques mots des rapports sexuels. Il est certain qu'ils ont une influence notable dans le développement des dyspepsies, et tous les jours on voit des jeunes gens devenir dyspeptiques parce qu'ils se livrent à des excès de coït. Mais, en dehors de l'excès, il y a aussi la pratique du coït immédiatement après le repas qu'il faut vous signaler comme funeste. Il y a, dans ce cas, un arrêt brusque dans la digestion, dans sa période d'activité, et des troubles graves peuvent survenir dans les fonctions stomacales. La masturbation produit les mêmes effets que le coït, et nombre de jeunes garçons ne doivent leurs dyspepsies qu'à cette cause; dans ces cas, on observe surtout une dyspepsie spéciale, à forme gastralgique, accompagnée de crampes d'estomac. Des Ce que l'hygiène comprend sous le nom d'applicata, les
vêtements, les bains, l'hydrothérapie, joue aussi un rôle important dans le développement des dyspepsies. Pour les vêtements, j'ai deux points à vous signaler : d'une part, l'usage du corset chez la femme, d'autre part, l'absence des bretelles chez l'homme. Je vous demande pardon d'entrer dans ces détails qui vous paraissent peut-être vulgaires, mais ils ont, je vous l'affirme, une réelle importance.
Di, corset. Pour Ic corsct, il suffit de se rendre compte de ce qui se passe pendant la digestion, pour comprendre quelle influence mauvaise peut avoir une ceinture rigide qui entoure la région stomacale. A l'état normal, après un repas abondant, l'estomac, qui est le siège d'une congestion extrêmement active et dont le volume est augmenté par les matières ahmentaires
vêtements.
qu'il renferme, soulève légèrement la région épigastrique; si, par une pression brutale, vous vous opposez à ce développement, vous pertuberez profondément la digestion stomacale; or, c'est ce que produit le corset lorsqu'il est trop serré. Aussi, messieurs, observez ce qui se passe dans ces grands dîners auxquels il est de règle que les femmes assistent en toilette décolletée; voyez vos voisines, elles mangent peu, à peine touchent-elles aux mets; ce n'est pas, certes, faute d'appétit, c'est par raison qu'elles agissent ainsi ; car, si elles mangeaient trop abondamment, vous les verriez bientôt rougir, étouffer, suffoquer môme, sous l'influence d'une digestion troublée par un corset trop serré.
Si vous le pouvez, exigez donc de vos clientes que ce corset, puisqu'il est nécessaire, n'exerce pas une constriction trop forte, et si elles doivent dîner en ville, par conséquent faire toilette, engagez-les à ne pas troubler leur digestion par l'excès d'une coquetterie mal entendue.
Chez l'homme, la question est un peu différente, mais Des bretciies. importante aussi. Les jeunes gens trouvent malséant de porter des bretelles; ils les laissent aux hommes mûrs, et quelqu(3s-uns même seraient très froissés si on leur disait qu'ils en portent. C'est là une mauvaise habitude, messieurs; elle a les mêmes conséquences qu'un corset trop serré. Pour soutenir le pantalon, en effet, il faut un lien qui comprime la partie supérieure de l'abdomen et la région épigastrique. Au repas, le lien ne cède pas, et l'estomac, coupé pour ainsi dire en deux, ne peut fonctionner normalement; de là une cause fréquente de dyspepsie; il faut donc conseiller à vos malades d'avoir des bretelles.
Les bains ont aussi une influence notable, non pas dans le Deihydrothédéveloppement, mais dans le traitement des dyspepsies. Vous le verrez, l'hydrothérapie, méthodiquement employée, et les bains froids, sont de puissants moyens dans la cure de ces
de mer,
affections, et, associés à la gymnastique, ils peuvent, dans bien des cas, provoquer la guérison (1). Des bains Lcs bains de mer ont aussi une heureuse influence ; mais je fais ici une réserve. D'une façon générale, dans nos grandes villes, on envoie la plupart des clients passer une partie de l'été aux bords de la mer; cette pratique, rendue facile par le chemin de fer, s'est rapidement généralisée, et on l'applique indistinctement aux enfants, aux adultes, aux gens nerveux ou non; eh bien, messieurs, cette pratique est mauvaise. Je reconnais les heureux effets des bains de mer dans le développement des jeunes enfants, surtout ceux de nos villes; les enfants strumeux ou lymphatiques s'en trouvent, en effet, extrêmement bien ; mais il n'en est pas de même pour les femmes nerveu&>es ou atteintes d'hystérie, de ncrvosisme, et qui présentent les troubles dyspeptiques àformegastralgique. J'ai vu bien des affections nerveuses aggravées par l'usage des bains de mer. L'action excitante de ces bains dépasse souvent le but, et les enfants qui étaient seulement turbu-
(1) L'hj'drothérapie peut jouer un ches tièdes, les maillots humides, de grand rôle dans le traitement des courte durée. La dyspepsie se prédyspepsies; mais, comme le fait re- sente-t-elle avec les signes qui démarquer Beni-Barde, il faut qu'elle notent l'épuisement des forces de tout soit employée d'une façon métho- l'organisme, on se trouvera bien des dique, il faut que les procédés mis applications toniques, de l'affusion en usage s'appliquent bien à la lésion froide, de la friction avec le drap qu'on veut combattre. Ainsi, dans les mouillé, de la douche en pluie ou en dyspepsies dues à la goutte, au rhu- jet, et surtout des bains de cercles, matisme, à la scrofule, il faut asso- qui constituent, pour Beni-Barde, le cier le calorique et le froid; dans ces procédé le plus énergique et le plus cas, on se trouve bien des étuves, efficace, quand il peut être faciledes maillots ou de l'eau chaude avant ment supporté par les malades, les applications froides. Dans les dys- Dans certains cas de dyspepsie doupepsies symptomaLiques, c'est contre loureuse, ou se trouve bien de l'apl'afïection primitive qu'on devra di- plication, sur l'épigastre, des sacs à riger le traitement hydrothérapique. eau chaude de Chapman. La dyspepsie est-elle accompagnée Comme on le voit, pour obtenir du de phénomènes d'excitabilité, on em- traitement hydrothérapique de bons ploiera les immersions tempérées, effets, il faut constamment varier les his lotions, les affusions et les dou- procédés selon la forme de la maladie.
leiils deviennent insupportables. Mais c'est surtout chez les femmes nerveuses que cette excitation est le plus accusée. Déjà, dans les leçons précédentes, je vous ai montré l'influence mauvaise de l'eau de mer sur les affections du cœur; rappelez-vous donc que ces deux faits, état nerveux très développé ou affection cardiaque, doivent vous faire repousser dans ces cas l'usage des bains de mer.
Il est un point, dans celle question, qui doit encore nous arrêter un instant : quelle est l'influence des bains pris immédiatement après les repas? peuvent-ils amener des accidents graves ou mortels, comme quelques personnes le soutiennent?
C'est là une question fort difficile à juger. On comprend qu'après un repas copieux et au moment où commence la digestion, l'immersion dans l'eau froide puisse déterminer une perturbation du côté de l'estomac et provoquer une indigestion qui, elle aussi, peut avoir des conséquences graves. On comprend aussi que le travail congestif, ainsi arrêté du côté de l'estomac, puisse déterminer dans les autres organes, dans l'encéphale en particulier, des congestions plus ou moins vives. Aussi je pense qu'il est prudent de ne pas se plonger dans l'eau immédiatement après avoir mangé.
On a dit aussi que, deux heures après le repas, l'eau froide n'avait plus d'influence sur le travail digestif. Cependant, à ce moment, la digestion n'est pas terminée, et, de plus, il est démontré qu'on peut manger sans inconvénient dans l'eau; les restaurants, dans les établissements de bains, sont là, du reste, pour prouver que cette habitude n'est pas dangereuse. Comme vous le voyez, messieurs, dans cette question obscure et difficile, les opinions sont contradictoires, il est difficile de se prononcer; je pense cependant, sans y attacher grande importance, qu'il est toujours plus prudent d'attendre deux heures après les repas avant d'aller au bain.
Les excréta^ enfin, ont aussi de l'inffuence sur les dyspep-
Des bains froids.
sies. Nous reviendrons plus longuement sur cette question, lorsque nous nous occuperons des dyspepsies symptomatiques. Je vous montrerai alors- que les perturbations apportées à la sécrétion des urines et à celle des sueurs, peuvent être une cause de dyspepsie. Je vous montrerai aussi que la paresse de l'intestin, l'accumulation des matières fécales, réagissent aussi sur l'estomac, et que l'existence de ces lésions aggrave celle du ventricule.
Telles sont, messieurs, les considérations générales que je voulais vous exposer dans l'hygiène thérapeutique des maladies de l'estomac. Vous me pardonnerez, j'espère, la longueur de ces leçons en songeant à l'importance capitale que joue la diététique dans le traitement de ces affections. Vous savez que je considère comme un point des plus utiles de la clinique thérapeutique, la possibilité de réunir, pour le traitement de la maladie, les considérations thérapeutiques aux considérations hygiéniques, et vous voyez ici quelle part considérable est faite à ces dernières.
Je suis peut-être entré dans des détails bien minutieux et qui ont dû vous paraître bien vulgaires; mais lorsque vous serez aux prises avec la clientèle, vous verrez combien ces petits riens ont une influence considérable dans le traitement des affections de l'estomac. Rien, en effet, ne doit échapper au médecin dans le traitement de ces maladies, et il doit mettre la même rigueur à prescrire les moindres conseils hygiéniques qu'à ordonner les substances médicamenteuses les plus actives.
Mais, avant d'aborder l'étude des dyspepsies proprement dites, il me paraît nécessaire de vous dire quelques mots de procédés mécaniques de traitement qui s'adresse à un trèsgrand nombre d'affections de l'estomac : je veux parler du lavage et du gavage. C'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.
SIXIÈME LEÇON
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC
Sommaire. — Du lavage de l'estomac. — Historique. — Du manuel opératoire. — Du siphon stomacal. — Son introduction. — Liquides à employer pour le lavage de l'estomac. • — Du pansement de la muqueuse stomacale. — Quantité de liquide. — -De la pompe stomacale. — Du gavage. — Des poudres alimentaires. — Des poudres de viande. — Des poudres féculentes.— Des gaveuses.
Messieurs, le lavage de l'estomac est une méthode qui du lavage donne, dans un grand nombre d'affections de l'estomac, de merveilleux résultats, et je suis aujourd'hui un des partisans les plus convaincus de ce procédé. Vous pouvez voir, d'ailleurs, chaque jour, dans mon service, les heureux résultats et quelquefois même les véritables résurrections que nous en obtenons. Si j'exprime aujourd'hui devant vous avec tant de netteté mon opinion, c'est qu'au début et après les quelques tentatives que j'avais faites à la suite des travaux de Kûssmaul, je n'avais pas été très satisfait de mes premiers essais, mais aujourd'hui, grâce à la découverte de Faucher, tous les inconvénients ont disparu, et nous ne pouvons tirer de cette méthode que des avantages.
On m'a vivement reproché ce changement d'opinion et même un de nos confrères espagnols {a) m'a attribué à cet égard les vues les plus étranges. La thérapeutique, Messieurs, n'est pas immuable, et toutes les fois que par des méthodes spéciales, on vient à faire progresser la cure de certaines maladies, et surtout lorsque le procédé que l'on est appelé à
(a) Revista de ciencias médicas, 25 juillet 1882 et Joiirn. de méd. de Paris, 30 septembre 1882, n"^ 11 et 13.
Historique.
juger a été longtemps soumis à une expérimentation approfondie, notre devoir est d'accueillir cette nouvelle pratique, quelque répugnance que nous ayons eu à le faire au début de l'expérimentation. J'ai donc en effet changé totalement d'opinion à l'égard du lavage de l'estomac; je vous ai exprimé les raisons de ce changement et je m'honore d'avoir agi ainsi. L'idée de retirer les liquides de l'estomac par un procédé mécanique est une idée toute française; j'ai montré dans ma première édition de mes Leçons de clinique thérapeutique que c'est à Casimir Renault que l'on doit l'attribuer (1); c'est encore un Français, Blatin, qui a eu, en 1832, la pensée du lavage de l'estomac, mais, je reconnais néanmoins que c'est Kiissmaul qui fit passer cette idée toute théorique dans le
(1) Boerhaave a consillé, le premier, d'injecter dans le ventricule, des liquides au moyen d'une sonde œsophagienne, mais il n'a pas parlé de l'extraction de ces liquides. C'est Casimir Renault (1802) qui, dans sa thèse, a conseillé le premier l'emploi de la déplétion mécanique de l'estomac contre les empoisonnements.
Voici ce qu'il dit h ce sujet : « Je ne sache point qu'il soit venu à l'esprit de personne de vider l'estomac mécaniquement et sans le secours d'aucune force vitale; cependant, rien n'était plus facile à imaginer, caries mêmes instruments mis en usage pour le remplir, peuvent servir à le désemplir. »
Quelques années plus tard (1810), Dupuytren fit un grand nombre d'expériences à ce sujet et montra l'innocuité et l'avantage de la déplétion mécanique de l'estomac. \'ers la même époque, un médecin anglais, Edv^'ard Jukes, renouvela ces essais et lit sur lui-même une expérience des plus intéressantes; il s'empoisonna avec l'opium, et pour éviter les effets de cet empoisonnement, il se
fit vider l'estomac par une pompe stomacale qu'il avait inventée.
D'ailleurs, les instruments employés à cet usage ont peu varié, et c'est une seringue plus ou moins modifiée que l'on a employée. Un des premiers appareils a été inventé par le docteur Physick (de Philadelphie) ; Read (de Londres), avait aussi inventé une pompe qu'Astley Cooper avait adoptée. Lafargue, en France (1837), avait imaginé une pipette analogue au siphon.
Arnold en 1829, Somerville à la même époque, puis Plosz, ont imaginé des tubes mous et appliqué la théorie du siphon à la sortie des liquides de l'estomac; mais tubes mous ou siphons étaient tombés dans l'oubli et ce n'est que depuis les travaux d'Oser et ceux de Faucher (1868) que le siphonage de l'estomac est devenu d'une pratique courante.
En 1832, Blatin écrivait ce qui suit, à propos de la gastrite. « 11 y aurait avantage à associer le lavage du viscère phlogosé et l'introduction de vapeurs simples ou médicamen-
DU LAVAGE ET DL! GAVAGE DE L'ESTOMAC. 393
domaine pratique et c'est à lui que revient l'honneur de cette nouvelle médication.
C'est en 4867, au Congrès des médecins allemands qui setenait àFrancfort-sur-le-Mein, que ce médecin a fait connaître le résultat de sa pratique. Il employait l'ancienne sonde œsophagienne, à laquelle on adaptait une seringue aspirante et foulante, et c'était par le jeu de cet instrument, qu'il décrivait sous le nom de pompe stomacale, que l'on pouvait introduire des liquides dans l'estomac ou bien en retirer. Cette méthode, si elle avait des avantages, présentait aussi des inconvénients; l'introduction du tube rigide était pénible; de plus, l'extrémité de cette sonde irritait, par sa présence, les parois de l'estomac (1) ; aussi, après avoir fait quelques tenta-
teuses aux moyens thérapeutiques bientôt par Wiemeyer, Bartels, Lieordinaires. » Blatin conseille d'em- bemeister et surtout par Reich (de ployer à cet effet une sonde dont Stuttgard) (a). l'extrémité servant d'entonnoir rece- (1) Les accidents déterminés parla vrait la canule d'une pompe aspi- pompe aspirante et foulante de Kûsrante. Jamais l'idée de Blatin n'a smaul, adaptée à une sonde œsophaété appliquée à cette époque. gienne rigide ont été souvent notés. G'est en 1867, lors de la quaran- Ainsi, Ziemsseii a vu la muqueuse tième réunion des uatureralistes et entraînée dans les yeux de la sonde médecins allemands à Francfort- sur- subir des déchirures; d'autres fois, le-Mein que Kûssmaul fit connaître les on a observé des hémorrliagies et résultats de sa méthode et il fut suivi Wiesner en a signalé un cas.
(a) Casimir Renault, Essai sur les contrepoi ons de Varsenic, I^aris, an X, n° 39, Thèse. — Lafargue, De la déplétion mécanique de l'estomac au moyen de la pompe stomacale (Bull, de Thérap., t. XXII, p. 507). — Blatin, Du lavage de restomac et de la médication atmedialrique interne dans quelques cas de gastrite aigué {Revue médicale française et étrangère, journal clinique de VHôtel Dieu et de la Charité, t. I, mars 1832, p. 367). — Kussnianl, Schmidts Jahrb'âch., vol. CXXXVI, p. 386. — Arch. gén. de méd., 1878. t. I, p. 415 et 557. — P. Reich (de Stuttgard), Die Anwendung derMagenpumpe bei chron. Erkrankungen des Magens, 30 juin 1868. — Faucher, Du siphon stomacal {Acad: de méd., 25 novembre, 1879; Journ. de Thérap., 1881 ; Thèse de Paris, 1881). — Dujardin-Beaumelz, Du lavage de l'estomac {Bull, de Thérap., t. XCIX, 1880, p. 337. - Germain Sce, Des dxjspepsies gastro-intestinales, Paris, 1881, p. 298. — bevestre. Du lavage de l'estomac {Progrès médical, 1881). — Debove et Broca, Du lavage de l'estomac et Valimentalion artificielle dans quelques affections chroniques de l'estomac {Progrès médical, 30 novemhre 1882, n" 39, p. 735). — Lafige, Traitement de la dilatation de l'estomac par le lavage. Thèse de Paris, 1881. — 0. Armangué (de Barcelone), Ajuntes historicos sobre et lavado gastrico y el extetensino del estomago. {Rev. del cien. med., 1882, n"^ 7 à 20).
tives avec la pompe de Kûssmaul, j'abandonnai cette méthode. Mais la découverte que fit Faucher, en 1879, et celle que fît presque en même temps, en Allemagne, Oser, vinrent modifier mon opinion.
Cette découverte consistait dans l'introduction d'un tube mou et flexible dans la cavité de l'estomac et dans l'application de la théorie physique du siphon à l'introduction et à la sortie des liquides contenus dans cet organe. A partir decejour, j'ai multiplié les applications du siphon stomacal, et l'un de mes élèves, le D"^ Joseph Lafage, a réuni, dans son excellente
Fiff. 8.
Manuel opératoire.
thèse, un grand nombre de ces observations; et depuis que je pratique si fréquemment le lavage de Festomac, je n'ai eu qu'à me louer de la détermination que j'avais prise.
Aujourd'hui je vois avec plaisir que cette méthode tend à se généraliser, et je serai heureux d'avoir contribué pour une faible part à ce résultat, tellement je suis convaincu de l'excellence de la méthode qne je préconise devant vous.
Gomment se pratique le lavage de l'estomac? et ici nous avons à nous occuper de l'instrument qu'il faut employer, de la manière de s'en servir et des liquides dont on doit user pour laver la cavité stomacale.
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC
Le siphon stomacal, comme vous pouvez le voir (fig. 8), est en caoutchouc souple, il présente une longueur de i™,50 ; un index saillant placé sur la paroi vous indique à quelle profondeur il doit pénétrer. Il existe dans le commerce trois dimensions de ces tubes que l'on dénomme sous le nom de tubes n° 1, n" 2, n° 3, le premier ayant un diamètre de 0'",008, le second un diamètre de 0%010 et le troisième un diamètre de 0"012 ; à ces tubes s'ajoute un entonnoir en verre.
Debove (1) a modifié fort heureusement (fig. 9) ce tube Faucher, en augmentant la résistance de ce tube dans lapor-
Siphon stomacal.
Fig. 9.
tion qui doit pénétrer dans l'estomac, dételle sorte que cette portion du tube, tout en conservant son élasticité, possède encore une résistance suffisante pour qu'on le fasse pénétrer par poussées successives dans i'intérieur de l'estomac. On a aussi proposé d'introduir dans l'estomac des sondes
(1) Galante a construit, sur les indications de Debove, un tube Faucher qui ne présente pas dans toute sa longueur des parois de même épaisseur. La partie inférieure, qui doit pénétrer dans Festomac, présente une épaisseur assez considérable et une surface extrêmement
lisse, ce qui permet de l'introduire facilement dans l'estomac, grâce à la rigidité relative que présente ce tube.
La partie supérieure, qui reste hors de la cavité buccale et qui ne sert qu'au siphon, est au contraire en caoutchouc beaucoup plus mince et beaucoup plus souple.
à double courant, pour permettre une irrigation continue dans la cavité stomacale; Audhoui a construit l'une de ces sondes (i) à double courant, sondes que le docteur Boisseau du Rocher (2) a perfectionnées dans ces derniers temps. Malgré tous ces perfectionnements, les sondes à double courant sont peu appliquées dans la cure des affections de l'estomac.
(d ) La sonde du docteur Audhoui est formée de deux tubes de caoutchouc anglais, de calibre inégal, l'un grand, l'autre petit, joints ensemble dans la partie qui doit pénétrer jusqu'à restomac, isolés dans la partie qui doit rester au dehors. Cette disposition donne à la sonde la forme d'un Y.
La longueur totale de la sonde est de 1™,45; la longueur de la partie soudée de O^jôO. Enfin, le petit tube ne va pas du côté stomacal jusqu'au bout de la sonde ; il s'ouvre par un orifice latéral à 12 centimètres de cette extrémité.
Le calibre du gros tube représente le n° 29 de la filière de Charriére (9 mm. 2/3). Son diamètre intérieur est de 6 mm. Le calibre du petit tube représente le n" 15 de cette filière, (4 mm.). Son diamètre intérieur est de 3 millimètres.
L'orifice stomacal du petit tube a 5 mm. de long sur 2 mm. de large.
De son côté, le gros tube présente trois ouvertures : celle de l'extrémité et deux latérales. Ces dernières, ovales, ont 1 centim. de longueur sur 5 mm. de largeur.
Pour faire jouer l'appareil, on introduit la sonde à la manière ordinaire et l'on fi.ve le conduit sur un réservoir capable de donner une grande masse d'eau sous une pression suffisante. La longue branche
du siphon tombe dans un bassin placé à côté du sujet.
L'appareil étant disposé de la sorte, on ouvre le robinet du réservoir. L'eau jaillitdans l'estomacet s'y accumule.
Un effort léger, une secousse de toux amorcent le siphon, et le courant, une fois établi, peut durer en quelque sorte indéfiniment.
Cette sonde à double courant a été placée à demeure à l'établissement de Chàtel-Guyon et, grâce à elle, on peut faire passer à travers l'estomac des malades un courant plus ou moins prolongé de cette eau (a).
(2) Voici surquellesbasesestconstruite la sonde à double courant de Boisseau du Piocher :
L'instrument se compose d'un tube en caoutchouc à double courant, sur les parties libres duquel se fixent un appareil à injection et un appareil d'aspiration.
Le tube, construit par un procédé de fabrication spécial, est fait de telle sorte que les deux courants aient le même diamètre, le diamètre total extérieur étant cependant inférieur à la somme des deux diamètres intérieurs. Par exemple, le tube ayant un diamètre extérieur de 11 millimètres, le diamètre de chacun des deux courants a 7 millimètres. Ce résultat est obtenu en façonnant le tube de telle manière que le courant d'aspiration ait dans l'un de ses dia-
(fl) Audhoui, Journal de Thérap. contemp., n" 38, 21 septembre 1881, et Traité du nettoiement des voies digestives, Paris, 1881.
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC
Lorsque chez un malade vous appliquerez pour la première i^t'-'^duction
^ , . du siphon.
fois le siphon stomacal, je suis d'avis que vous vous serviez d'un tube Debove de petit diamètre (tube n" 1), puis, lorsque le malade sera habitué à cette introduction, vous pourrez employer un tube d'un siphon ordinaire d'un diamètre beaucoup plus considérable.
mètres 8 millimètres, dans l'autre 6 millimètres. Les diamètres du courant d'injection ont 10 millimètres et 4 millimètres. La paroi du courant de sortie, épaisse de 2 millimètres, est assez forte pour résister à l'aspiration et pour empêcher que le tube ne s'aplatisse aux différentes courbures. La paroi d'injection, très faible , mais cependant suffisante poiir résister à une forte pression du du liquide injecté, est assez élastique pour ne pas s'affaisser dans les courbures. L'affaissement qui se produit par l'introduction du tube et en réduit la grosseur, tout en laissant à la colonne liquide un passage suffisant pour se mouvoir, distendre la paroi, et la ramener à ses dimensions normales, facilite l'introduction, et permet d'employer des tubes beaucoup plus gros que par le passé.
La partie libre du courant d'injection se fixe sur un robinet gradué qui fait suite à deux poires en caoutchouc, l'une dilatable et l'autre rétractile : le réservoir, l'autre destinée à puiser le liquide à injecter.
L'appareil d'aspiration, fixé sur l'autre partie libre du tube, est constitué, en haut, par un tube en métal à double courant (de courants inégaux) en forme d'Y ; en bas, par un autre tube de même disposition, ces deux tubes étant reliés entre eux par des tubes de caoutchouc et
séparés par une soupape contenue dans un ajutage en verre. Les deux branches de plus petit calibre de tubes en Y sont reliées entre elles par une poire en caoutchouc destinée à faire le vide depuis la soupape jusqu'à l'extrémité stomacale. La disposition intérieure des tubes en Y permet de faire l'aspiration sur la colonne liquide en mouvement, et dans le sens du courant, de sorte que la quantité de liquide qui s'écoule normalement et sans aspiration est augmentée de la quantité aspirée. La vitesse du courant de sortie est donc augmentée au gré de l'opérateur.
La quantité du liquide injecté varie au gré de l'opérateur, avec une pression variable voulue et déterminée par les indications.
En prenant la minute pour unité de temps, le tube de sortie débite :
sans aspiration, 2 litres ; avec aspiration, 2 litres et demi.
Le courant de sortie étant établi par la dilatation de la poire comprimée, le liquide s'écoule comme dans le siphon. Si l'on veut augmenter le débit et par conséquent la vitesse du courant de sortie, il suffit de faire des aspirations répétées. Et .plus grande est la vitesse du courant, plus vite sont entraînés les détritus à l'orifice du tube, plus est complet et rapide le lavage (a).
{a) Boisseau du Rocher, Nouvel appareil pour les lavages de l'estomac {Soc. de Thérap., séance du 28 mai 1884; Bull, et mém., 1881, p. 7).
L'introduction de cet instrument est le plus souvent des plus faciles. Vous vous placez en face du malade, auquel vous faites ouvrir la bouche et porter la langue en avant; vous enfoncez alors l'extrémité du tube dans l'arrière-bouche, et une fois que vous avez atteint la base de la langue, vous faites exécuter au malade des efforts de déglutition et à mesure que ces mouvements s'exécutent, vous poussez le tube dans l'œsophage. Une fois la première partie de l'œsophage franchi, vous pouvez activer beaucoup vos pressions et faire descendre alors le tube avec une certaine rapidité.
Pour rendre cette descente du tube dans l'estomac plus facile on a conseillé de l'enduire de substances grasses ; les uns ont proposé l'huile, d'autres la vaseline, d'autres enfin la glycérine. Il faut repousser absolument tous ces corps gras qui laissent souvent à leur suite un goût désagréable dans la bouche, et pour faire pénétrer votre tube, il vous suffira de le tremper dans l'eau de Vichy, soit encore, ce qui vaut mieux, dans le lait.
Une fois que le tube est ainsi introduit jusqu'à la marque saillante qui y est tracée, vous y ajouterez l'entonnoir, vous le remplissez de liquide puis, au moment où le liquide va disparaître à sa partie inférieure, vous l'abaissez rapidement, et les liquides contenus dans l'estomac vont s'écouler dans le seau que vous avez eu soin de placer entre les jambes du malade.
Pendant l'introduction du tube, il se produit certains phénomènes qu'il faut que vous connaissiez; l'un des plus importants, à coup sûr, est la dyspnée qu'éprouve le malade. Les yeux s'injectent, la figure devient rouge, et le malade prétend qu'il ne peut respirer. Aussi je ne saurais trop vous recommander, soit pendant l'introduction du tube, soit surtout lorsqu'il est en place dans l'estomac, défaire respirer largement le malade.
A cette dyspnée se joignent les nausées et les vomisse-
DV LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC. 399
ments qui résultent de cette introduction; ces accidents se produisent à deux périodes : lorsqu'on commence à faire franchir la première portion du pharynx, ou bien lorsque le tube arrive dans l'estomac. Chez certaines personnes très sensibles, on ne peut pénétrer dans l'arrière-bouche sans amener des vomissements ; mais on parvient à calmer très facilement ce réflexe par le bromure de potassium, aussi ai-je toujours soin d'administrer ce sel à l'intérieur et en applications locales sur le pharynx pendant les trois ou quatre jours qui précèdent le premier lavage de l'estomac , j'évite toujours ainsi ces premiers accidents.
Les seconds phénomènes, c'est-à-dire ceux que détermine la présence du tube dans l'estomac, sont plus difficiles à éviter; d'ailleurs ils sont beaucoup plus rares, et, le plus souvent, vous les ferez disparaître en introduisant de suite une certaine quantité d'eau dans l'estomac. Vous éloignerez ainsi les parois de ce dernier de l'extrémité du tube, et vous éviterez la révolte de l'organe.
D'ailleurs, la tolérance du pharynx, de l'œsophage et de l'estomac s'établit avec une extrême facilité, et je puis affirmer que, toujours, après trois à quatre séances, les malades supportent sans aucun inconvénient la présence de ce tube. A partir de ce moment ils peuvent eux-mêmes faire cette introduction, et chez la plupart de [mes clients, soit en ville, soità l'hôpital, je laisse le malade pratiquer lui-même, à partir de la quatrième séance, le lavage de l'estomac.
Cependant, il est deux circonstances qui présentent à l'introduction dn siphon un obstacle souvent insurmontable. Ce sont d'abord les spasmes œsophagiens chez certaines hystériques, spasmes qu'il est souvent difficile de vaincre, même avec un instrument rigide; puis les ulcérations de l'épiglotte et de la partie postérieure du larynx qui rendent souvent sa pénétration des plus douloureuses. En dehors de ces deux
iÛO LEÇONS DE CLIMQUE THÉRAPEITIQUE.
faits, et bien entendu des obstacles mécaniques, comme le cancer de l'œsopbage, je n'ai jamais trouvé de malade rebelle à l'introduction du tube Faucher,
Une fois ces premières questions vidées, il nous faut maintenant discuter deux autres points intéressants, la nature et la quantité du liquide qu'il faut introduire. Liquides à Lg p]ys ordinairement on se sert d'eau alcaline, soit d'eau
employer.
de Yichy ou de Yals, soit d'eau dans laquelle on met deux grammes de bicarbonate de soude par litre. Je me sers aussi souvent, suivant en cela la pratique allemande, d'eau contenant 6 grammes de sulfate de soude par litre : vous pouvez aussi vous servir de l'eau de Châtèi-Guyon, qui contient, comme vous le savez, du chlorure de magnésium.
Dans certains cas il est nécessaire, non seulement de laver l'estomac mais encore de le désinfecter ; dans d'autres, il faut calmer les crampes et les douleurs dont il est le siège ; dans d'autres, enfin, il est nécessaire de combattre des tendances hémorrhagiques : dans ces cas, les solutions à employer sont différentes (iV
Dans le premier, ce sont les liquides antiseptiques qu'il faut utiliser, et en particulier la résorcine et l'acide borique. Andeer s'est montré très partisan de la résorcine, et j'ai moimême fait avec le docteur Callias de nombreuses expériences avec ce médicament, dans les cas de gastrite chronique. Les
(1) Paul Scliliep emploie pour le 1° l'acide borique comme désinfec-
lavage de l'estomac : 1° le bicarbo- tant ; 5* la teinture de myrrhe, dans
nate de soude, quand il y a de la la dyspepsie atonique. dyspepsie acide ; 2" le permanganate J. Andeer a utilisé la résorcine
de potasse, dans la dyspepsie putride; pour les lavages désinfectants. Il se
3" l'acide pbénique, quand l'estomac sert de la pompe stomacale et em-
renferme des parasites végétaux; ploie des solutions à H p. 100 (a).
(a) Schliep, Deutsches Archiv. f. Min. MecL, vol. XHI, p. 455. — Andeer, Die Anwendung. des Resorcins bel Magenbden {Séparât. Abdruck aus der Zeitschrift fur klinische Medicin, Bd 11, Heft i). — Dujardin-Beaumetz et flippocrate Callias, De la lesorcme et de son emploi thérapeutique [Bull, de Thérap., 1881, t. CI, p. 59).
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC. 401
solutions de résorcine, même à 1 p. 100 sont irritantes, mais elles amènent une désinfection complète des liquides de l'estomac; aussi, lorsque j'emploie ce médicament, j'abaisse considérablement la dose et n'admets que 5 grammes par litre d'eau. L'acide borique, aux mêmes doses, est aussi un excellent désinfectant dont vous pouvez tirer un bon parti.
Contre les douleurs d'estomac, la meilleure solution à employer est le lait de bismuth. Yous placez 20 grammes de sous-nitrate de bismuth dans un demi-Htre d'eau : vous avez soin bien entendu d'agiter constamment la solution avant de l'introduire dans l'estomac et vous avez soin aussi, une fois qu'elle a pénétré dans le ventricule gastrique, de la laisser séjourner pendant quelques minutes pour permettre au bismuth de se déposer en couche mince sur la muqueuse stomacale. A ce lait de bismuth on peut ajouter, comme vous le verrez par la suite de ces leçons (a), l'eau chloroformée et l'eau sulfo-carbonée, mélange qui anesthésie d'une façon sensible la muqueuse stomacale.
Enfin, pour les hémorrhagies, ce qui réussit le mieux, ce sont les solutions très étendues de perchlorure de fer (une cuillerée à bouche, par exemple, dans un htre d'eau), Yoilà pour les diverses solutions dont vous pourrez vous servir pour les lavages et pour ce que l'on décrit sous le nom de pansement de la muqueuse stomacale.
Quant à la quantité de liquide à employer, elle est des plus Quantité variables et dépend du degré de dilatation de l'estomac et de la tolérance plus ou moins grande de cet organe. Il est des malades chez lesquels on peut impunément introduire 2, 3, 4 et même 5 litres de liquide; il en est d'autres, au contraire, chez lesquels 500 grammes amènent des efforts
(a) Voir Leçon sur la dyspepsie gastralgique et sur la dilatation de Vestomac.
CLiXIQLE THÉRAP., i= édif. 1. — '26
de liquide.
De l;i [lunipe stomauiili.'.
A02 LEÇONS DE CLIlNIQUE THÉRAPEUTIQUE.
de vomissement. C'est donc à vous de tâter, pour ainsi dire, la susceptibilité individuelle de chacun de vos malades. Mais quelle que soit cette susceptibilité, il faut, autant que possible, laver l'estomac jusqu'à ce que le liquide qui sort par le tube soit limpide et analogue à celui qui y est entré.
Cette sortie du liquide par le tube Faucher se fait généralement bien ; cependant il survient des circonstances qui s'opposent à son issue et que vous devez connaître. Dans certains cas, il arrive que tout d'un coup le jet de liquide cesse, ceci résulte de la présence de particules alimentaires qui ferment les yeux de la sonde, il vous suffit dans ce cas, de remiCttre un peu d'eau dans l'estomac pour repousser cet obstacle. D'autres fois, et cela vous arrivera surtout avec des estomacs très dilatés, ou lorsque vous aurez enfoncé trop profondément votre tube, dont l'extrémité en se courbant, gagne la partie supérieure de l'estomac, il vous arrivera que les yeux de la sonde ne seront plus en contact avec le liquide et le siphon cessera alors de fonctionner. Il vous suffira dans ces cas, d'avancer ou de retirer le tube dans la bouche du patient. Mais pour vider complètement l'estomac des liquides qui y ont été introduits, n'oubliez pas de vous servir des muscles abdominaux et du diaphragme, et ayez soin, soit par des efforts de toux, soit par des pressions sur le ventre, d'aider à la sortie du liquide.
Le siphon est-il suffisant dans toutes les dilatations de l'estomac? Oui, dans l'immense majorité des cas. Cependant il faut reconnaître que, lorsque la dilatation est énorme et lorsque l'estomac contient une grande quantité de liquide putride, comme cela arrive dans quelques cas de cancer du pylore, il faut, pour le nettoyer, employer alors la pompe stomacale qui, grâce à la force d'impulsion qu'elle imprime au liquide, permet d'atteindre tous les points de la cavité de restomac. La pompe dont je me sers le plus habituellement,
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC
dans ces cas, est celle de Collin, qui est de beaucoup la plus simple (1).
Laver l'estomac, désinfecter les liquides qui y sont contenus, panser la muqueuse stomacale, tels sont les résultats que vous obtiendrez avec le siphon, mais ce n'est pas tout! Vous pouvez aussi, par le même moyen, alimenter le patient et pratiquer ce que Debove a appelé la suralimentation, ce que Mesnet a dénommé V alimentation artificielle et que je décris sous le nom, vulgaire et peu français, de gavage.
C'est Debove (2) qui a eu le .premier l'idée, idée féconde, iJ" d'appliquer le tube Faucher à l'ahmentation des malades.
(1) Dans la seringue de Collin, le mouvement du manchon, qui permet de tenir immobile la seringue, permet aussi, lorsqu'on lui fait subir un mouvement de rotation, de faire communiquer la cavité du corps de pompe avec l'un ou l'autre des tubes en caoutchouc dont son extrémité est pourvue. L'un de ces tubes communique à un réservoir d'eau, tandis que l'autre est directement fixé au tube œsophagien.
Dans la seringue de Matthieu, la tige du piston est creuse, deux soupapes placées aux extrémités de cette tige règlent la sortie et l'entrée du liquide par ses orifices. Suivant que la seringue est adaptée à la canule du trocart par l'une ou l'autre de ses extrémités, elle agit comme pompe foulante ou comme pompe aspirante.
La seringue de Mathieu peut être employée avec un grand avantage dans le traitement des abcès par congestion et des kystes de l'ovaire, pour le lavage de l'estomac et les embaumements.
(2) C'est le 11 novembre 1881 que Debove a communiqué à la Société
médicale des hôpitaux les premiers résultats de sa pratique. Au début des expériences, il se servait d'un mélange de 200 grammes de viande incorporés dans 2 litres de lait auquel on ajoutait dix œufs frais, non cuits, jaune et blanc compris. Depuis, il a remplacé ce mélange alimentaire en y introduisant des poudres de viande, et, par ce moyen, il a obtenu chez les phthisiques une très notable augmentation de la nutrition, qui s'est traduite par un accroissement en poids et un accroissement très considérable de la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre heures.
Des résultats identiques ont été obtenus par Dujardin-Beaumetz, et son interne Pennel en a consigné les résultats dans le Bulletin de Thérapeutique.
Cette alimentation forcée n'a jamais produit entre les mains de Debove et de Dujardin-Beaumetz aucun accident. Cependant, dans un cas unique jusqu'ici, Desnos aurait observé le passage d'une partie du mélange alimentaire dans le larynx et les bronches du malade (a).
{a) Dujardin-Beaumetz, De F alimentât ion forcée cftes les phthisiques {Bull. gén.
Les résultats que nous obtenons, lui et moi, nous ont engagés à continuer nos premiers essais, et depuis la première communication de Debove, en novembre 1881, à la Société médicale des hôpitaux, cette méthode n'a cessé de se perfectionner et vous pourrez suivre la marche incessante de ces progrès en lisant l'excellent travail que Broca et Wins ont publié sur ce sujet (a).
C'est d'abord Debove qui, en introduisant les poudres de viande dans cette alimentation forcée, y a apporté les plus heureuses modifications. Nous nous servions autrefois d'un mélange de viande crue et d'œufs dans du lait; mais quelque soin que l'on mît à hacher cette viande crue, le mélange était loin d'être homogène, et bien souvent les particules en suspension, en oblitérant le tube, empêchaient la descente du mélange alimentaire. Il fallait de plus, dans ces cas, employer des tubes à diamètre considérable. Tous ces inconvénients disparaissent aujourd'hui par les poudres alimentaires.
Depuis tous les faits ont été résu- tation dans la tuberculose pulmo-
més dans un excellent travail de naire, mais encore dans d'autres
MM. Broca et Wins. Dans ce travail, affections telles que les états cachec-
on passe successivement en revue non tiques, l'albuminurie, les affections
seulement l'action de la suralimen- de l'estomac, etc..
de Thérap., 15 novembre 1881). — Dehove, Bu traitement de la phthisie pulmonaire par l'alimentation forcée {Bull. gén. de Thérap., 30 novembre 188 L — Desnos, De quelques inconvénients ou accidents de l'alimentation forcée chez les phtliisiques et des moyens de les conjurer {Bull. gén. de Thérap., 15 janvier 1882). — Pennel, De l'alimentation artifi.cielle chez, les phthlsiques {Bull, de Thérap., 15 mars 1882. — Dujardin-Beaumetz, Sur un nouveau procédé de gavage (Bull. gén. de Thérap., 15 juillet 1881). — Voir aussi les discussions de la Société médicale des hôpitaux de Paris (Séances des 28 octobre, 23 décembre et 14 avril 1882) ainsi que celles de la Société de Thérapeutique de Paris (Séances des 9 novembre, 14 décembre 1881 et 25 janvier 1882). — Mœller, De l'alimentation artificielle des phthisiques (Revue médicale de Louvain, août et septembre 1882, p. 382). — Debove et Broca, Du lavage de l'estomac et de l'alimentation artificielle dans quelques affections chroniques de l'estomac {Progrès médical, 30 septembre 1882. — Quinquaud, L'alimentation artificielle {Revue scientifique, 1882, p. 526). — Broca et Wins Recherches sur la suralimentation {Bull. gén. de Thérap., 1883, t. GV, p. 289, 350 363, 441, 495, 541).
{a) Broca et Wins, Recherches sur la suralimentation {Bull, de Thérap., 1883. t. GV, p. 289, 350, 363, 441, 495, 541).
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC. 405
Dans une des leçons précédentes je vous ai parlé des poudres alimentaires, et à coup sûr une de leurs plus utiles applications est celle qui consiste à s'en servir pour pratiquer l'alimentation artificielle ou le gavage. Gn comprend en effet facilement que, grâce à leur ténuité extrême, ces poudres puissent, incorporées dans un liquide, constituer un mélange assez homogène pour passer même par des tubes de petit diamètre; ce qui nous permettra de pratiquer facilement l'alimentation par le tube chez les personnes atteintes soit de rétrécissement de l'œsophage, soit de ces vésanies cérébrales qui, amenant un refus absolu de se nourrir, nécessitent l'introduction d'un tube œsophagien par les cavités nasales. De plus, leur puissance nutritive considérable, et, à cet égard les chiffres de Quinquaud sont des plus intéressants, permet de donner sous ce petit volume une quantité énorme de substances assimilables (1).
Un autre perfectionnement a consisté non seulement dans la meilleure préparation des poudres de viande mais surtout dans des améliorations très notables de leur mode d'administration, ce qui a permis dans bien des cas de supprimer le tube œsophagien. Aujourd'hui, en effet, un grand nombre de nos malades peuvent absorber sans dégoût les grogs à la poudre de viande et ce n'est que dans les cas de répugnance invin-
(1) Quinquaud a fait des recherches Poudre de viande 2^i^,\^
expérimentales sur la digestion arti- Albumine coagulée humide 5,40
ficielie des divers aliments. Il a Viande hachée et sèche 3,20
cherché à voir quel poids de ces Po"Jre de lait 7,98
substances était di^-éré en soixante ^, ^
, I . p' a' Il ne laut pas oublier que la poudre
heures par la pepsine purinee de , . , ^ , >
r, j 1, , -j^ X 1 j 1 de viande correspondant a quatre
Boudault; le poids total de la ma- „ . , j • , i
. , , ,. ^. ,, ., J lois son volume de viande crue, tes
ticre soumise a la diarestion était de rv.oixii ''i.-
^^ AT 1 • * 93%13 du tableau précèdent repon-
50 grammes. Nous lui empruntons ' / . -x- •
1 1 .™ . , ^ dent, comme valeur nutritive, a
les chiffres suivants : or. ^r> i • i / ^
369%52 de viande crue (a).
Viande hachée humide Ss^M
(a) Quinquaud, L'alimentation artificielle {Revue scientifique, 1882, p. 526).
cible ou bien de vomissements incoercibles ou bien d'anorexie complète ou bien encore d'obstacle mécanique que l'on doit avoir recours à l'emploi du siphon stomacal. Des gaveiises. Enfin, lorsqu'ou est forcé de pratiquer, à l'aide du tube œsophagien, l'alimentation forcée, j'ai songé à rendre cette opération moins pénible et j'y suis arrivé de la manière suivante. Après avoir vérifié le fait avancé par Ortille (de Lille), qui a montré le premier que pour introduire des substances liquides dans l'estomac il suffisait de les placer à la partie supérieure de l'œsophage, j'ai pu raccourcir de beaucoup le tube Faucher, et je ne lui ai donné qu'une longueur de O'^jSO. Puis, comme le mélange alimentaire fait avec les poudres permet de les faire passer par des tubes très étroits, j'ai diminué considérablement aussi le volume du tube qui n'a plus maintenant que le diamètre d'une sonde uréthrale. Enfin j'ai aplati l'extrémité pharyngienne de ce tube de manière à en rendre encore l'introduction plus facile. Un mandrin en baleine qui maintient ce tube courbé et un opercule placé à l'orifice buccal de l'appareil complètent la première partie de cet instrument. La seconde partie est constituée par un réservoir en verre dans lequel je place le mélange alimentaire à la surface duquel j'opère une pression avec de l'air lancé par une poire en caoutchouc (voir fig. 10) ; un long tube fait communiquer ces deux portions distinctes de l'instrument.
Voici maintenant comment on procède : la sonde pharyngienne étant munie de son mandrin, vous faites ouvrir largement la bouche au malade en tirant la langue en avant comme pour un examen laryngoscopique ; avec la main droite vous introduisez alors votre tube dans le pharynx du malade, puis vous lui faites faire des mouvements de déglutition et vous retirez votre mandrin, de telle sorte que le disque qui termine le tube vienne se placer devant la bouche; vous placez alors
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC
l'extrémiLé du tube libre qui correspond avec le réservoir dans la sonde pharyngienne. Puis, alors, vous exercez des pressions sur la poire en caoutchouc et le mélange alimentaire passe du réservoir dans l'œsophage du malade; vous priez celui-ci de faire quelques mouvements de dégluliLion et graduellement et progressivement vous faites pénétrer le liquide du réservoir dans l'estomac.
Vous m'avez vu maintes fois dans le service employer celle
Fig. 10.
méthode; vous avez vu avec quelle facilité elle était acceptée par les malades, qui la préfèrent de beaucoup à l'introduction du tube Faucher.
Grâce à cette méthode de. gavage, nous voyons l'appétit revenir, le poids du corps augmenter, les forces renaître et les faits signalés par Debove et ceux que j'ai obtenus moimême montrent le grand avenir réservé à cette médication qui s'adresse à tous les cas où la nutrition ne peut se faire et en particulier à la tuberculose; et lorsque je vous parlerai du
traitement de la phthisie pulmonaire, je vous montrerai alors tous les bénéfices que l'on peut attendre de celte méthode.
Telles sont les indications que je tenais à vous fournir sur le gavage et le lavage de l'estomac. Maintenant que vous connaissez les bases de la thérapeutique générale des affections stomacales, nous allons entrer dans l'étude du traitement de chacune d'elles et je consacrerai ma prochaine leçon à des considérations générales sur les dyspepsies.
SEPTIÈME LEÇON
DIVISION DES DYSPEPSIES
Sommaire. — Des maladies de l'estomac, — Des dyspepsies. — Définition. — Classification des dyspepsies. — Dyspepsie buccale. — Dyspepsie stomacale. — Dyspepsie intestinale. — Variétés des dyspepsies stomacales. — Base de la classification. — Troubles de la tunique musculeuse. — Dyspepsie atonique ou flatulente. — Vomissement. — Trouble de la tunique muqueuse. — Dyspepsie putride, acide, pituiteuse. — Troubles du système nerveux. — Sens de la faim et de la soif. — Dyspepsie gastralgique. — Anorexie. — Dysorexie. — Hétérophagie. — Variétés suivant la marche des symptômes. — Dyspepsie accidentelle. — Variétés suivant l'âge. — Dyspepsie des enfants et des vieillards. — Dyspepsies symptoraatiques. — Affections consécutives aux dyspepsies.
Maintenant, messieurs, que nous connaissons l'hygiène eL la thérapeutique générale applicables à la cure des affections de l'estomac, nous pouvons, continuant notre chemin, approfondir notre sujet et étudier le traitement des diverses maladies du ventricule gastrique et c'est ainsi que dans des leçons successives, je vais vous exposer le traitement des dyspepsies, de l'ulcère et du cancer de l'estomac.
La part la plus large sera certainement faite à la dyspepsie ; De je sais combien ce mot est vague et mal défini ; je sais aussi quels inconvénients il présente, et je partage complètement à ce sujet l'opinion de Brinton («), qui pense que, par les progrès de la clinique et de la physiologie pathologique, ce mot disparaîtra du cadre nosologique.
Rien n'est plus curieux, en effet, que devoir en parcourant Ddiinition. l'histoire des dyspspsies, comment le terme a servi à couvrir
(a) Brinton, Traité des maladies de l'estomac, trad. par Riant, 1870.
la dyspepsie
des doctrines différenles et opposées; mais, je ne saurais trop le répéter, je ne fais pas ici de la pathologie interne, et sur le terrain que j'ai choisi, sur le terrain de la clinique thérapeutique, ce mot peut encore nous rendre de grands services; il embrasse, cela est vrai, d'une façon trop confuse tous les troubles fonctionnels de l'estomac ; mais il permet, en revanche, de caractériser par un seul mot un état symptomatique complexe, qu'il nous serait difficile de dénommer autrement. Je garderai donc ce terme, malgré ces inconvénients, et je tâcherai, par une division aussi méthodique que possible, d'en bien définir les diverses applications.
Ne vous attendez pas à un grand rigorisme de ma part dans les limites que je vais imposer à mon sujet ; il m'arrivera souvent de franchir la faible séparation qui distingue le trouble fonctionnel de l'inflammation véritable de l'organe, et vous me verrez ainsi réunir dans un même chapitre la dyspepsie irritative avec l'inflammation de la muqueuse stomacale; vous m'entendrez parler aussi de la gastralgie en même temps que de la dyspepsie douloureuse, et vous me pardonnerez ces écarts, car je vous démontrerai que ces distinctions, que la pathologie interne a peut-être raison d'admettre, disparaissent devant le point le plus important de la clinique, c'est-à-dire devant le traitement.
Classification Gompreuaut un grand nombre d'affections diverses, la dyspepsies, dyspcpsic a dû être divisée en plusieurs chapitres, et vous verrez, dans les différents auteurs qui ont étudié cette question, des divisions plus ou moins complexes des dyspepsies (1). Je vais vous donner tout d'abord les bases de la clas-
(1) La dyspepsie, ce terme médical sie, imbecillitas ventriculi, intem-
si vague aujourd'hui encore, a servi peries ventriculi, concoctio lœsa,
à désignerbien des maladies diverses, concoctio debilis,debiiitasstoniachi,
et a eu des significations différentes, cruditas ventriculi , fermentatio
selonles époques et selon les auteurs. lœsa, chyleficatio lœsa, gastralgie,
Sous les noms de : a2)epsie,bradypep- gastro-entéralgie, névrose de l'esto-
DIVISION DES DYSPEPSIES
sification que je me propose d'adopter, et je vais m'efforcer de fixer sur quelles données physiologiques nous pourrons établir un classement méthodique des différents troubles fonctionnels qu'on décrit sous le nom générique de dyspepsie ; vous verrez d'ailleurs que, par la suite, les développements
mac, névrose gastro-intestinale, la dyspepsie a été étudiée de tout temps : par Hippocrate, qui la considère comme la conséquence d'un défaut d'équilibre entre l'alimentation et l'evercicc; par Arétée, Celse,Galien qui déci'ivent les intempéries sèches, humides, froides, chaudes de l'estomac; par J. de Goris, qui, à la bradypepsie et à l'apepsie de Galien, ajoute la dyspepsie; par Sauvages, Vogel, qui admettent des subdivisions nombreuses (pour eux, l'anorexie, la cardialgie sont autant de maladies diverses); par Cullen, pour qui la dyspepsie est causée par l'atonie de la couche musculaire de l'estomac. Vient ensuite Broussais, qui, rapportant toutes les maladies à l'irritation du canal digestif, substitue la gastro-entérite à la dyspepsie.
A la même époque Barras, Dalmas, Andral considèrent la dyspepsie comme une névrose. De nombreux travaux, des mémoires, des thèses ont été publiés depuis sur cette question. Pour ne citer que quelques auteurs, rappelons les noms de Valleix. Beau, Chomel, Nonat, Guipon, Willième, Brinton, Chambers, ,W.
Fox, Luton, etc., et récemment la thèse d'agrégation de Baymond etl'ouvrage du professeur Germain Sée.
Depuis Sauvages, qui admettait tant d'espèces de dyspepsies, de nombreuses divisions de la maladie ont été proposées. Nous n'en donnerons que quelques-unes.
Chomel étudie dans son livre un seul genre de dyspepsies, celles qu'il
appelle essentielles, et il limite son sujet aux troubles digestifs de l'estomac et des intestins (dyspepsies stomacales et dyspepsies intestinales).
Il divise les dyspepsies en dyspepsies accidentelles, passagères, ce sont les indigestions, et en dyspepsies habituelles. Parmi ces dernières, il admet les variétés suivantes ; 1" dyspepsie flatulente; 2° dyspepsie gastralgique el entéralgique; '6° dyspepsie boulimique ; 4° dyspepsie acide ; 5'' dyspepsie alcaline et dyspepsie des liquides.
Nonat, comme Chomel, divise les dyspepsies en dyspepsies accidentelles ou indigestions, et en dyspepsies chroniques ou habituelles ou dyspepsies proprement dites. Sous le nom de dyspepsie chronique, il décrit des dyspepsies gastriques : 1° dyspepsie gastrique simple ou atonique ;2° dyspepsie gastralgique ou nerveuse; 3° dyspepsie gastrique flatulente; 4° dyspepsie acide ; 5" dyspepsie par irritation. Dans les dyspep.sies intestinales, il reconnaît les variétés suivantes : 1° dyspepsie intestinale simple; 2" dyspepsie intestinale flatulente; i° dyspepsie intestinale par irritation; 5° dyspepsie duodénale.
Le professeur G. Sée a, dans ses leçons cliniques à l'Hôtel-Dieu, proposé la division suivante des dyspepsies : 1° dyspepsies glandulaires; 2° dyspepsies muqueuses; 3° dyspepsies névro-vasculaires ; 4" dyspepsies ab ingestis; 5° dyspepsies mixtes ou complexes, pouvant naître par des mécanismes très variés.
dans lesquels je vais entrer ne seront pas inutiles, et qu'ils nous permettront, au contraire, d'en tirer des conséquences importantes en thérapeutique.
Le tableau que je vais tracer sera peut-être théorique, car il est difficile de rencontrer un type absolu pour représenter chaque variété de dyspepsie ; le plus souvent, en effet, on observe un mélange des types ; des modifications se présentent
Pour le professeur Gubler (cours les diverses membranes de l'estode la Faculté en 1875), les modes mac. Germain Sée a voulu restreindre variés que présentent les dyspepsies aux simples troubles chimiques surdoivent, au point de vue étiologique venus dans les sécrétions gastroet thérapeutique, être classés de là intestinales, les dyspepsies. Pour lui, façon suivante : 1° dyspepsies dou- ces affections sont des opérations loureuses et spasmodiques; 2° dys- chimiques défectueuses, pepsie atonique; 3° dyspepsie ca- Cette altération chimique est la tarrhale et saburrale; 4" dyspepsie lésion primordiale et inéluctable; les inflammatoire. autres symptômes tels que la douleur,
C'est cette division qu'adopte Piay- la tympanite et les vomissements ne
mond dans sa thèse d'agrégation. sont que des phénomènes acciden-
Pour Leven, la dyspepsie n'est tels et épisodiques de la dyspepsie, point un trouble fonctionnel, mais Enfin, les troubles nerveux qui surrésulte d'irritation de la muqueuse, viennent n'en sont que des effets irritation qui peut grandir et affecter secondaires (a).
(a) Rivinus (A.-Q.), De dijspepsia. Ërfodia, 1669. — Sclielhammer (G.-C), De dyspepsia. léna, 169-i.. — Sauvage, Nosiologia methodica. Amstelodami, 1768. — Vogel, Apparatus ad nosologium metJiodicam. Amstelodami, 1775. — Cullen, Eléments de médecine pratique, trad. par Bosqnilloii, Paris, 1816. — Broussais, Examen des doctrines médicales. Paris, 1817. — Barras, Traite sur les gastralgies et les entéralgies ou maladies nerveuses de Vestomac et des intestins. Paris, 1829, 3^ édit. — • Dalmas, Dict. méd. en 30 vol., 1826. — Andral, Clinique médicale ou choix d'observation'^ recueillies à l'hôpital de la Charité, A" édit. Paris, 1869. — Beau, Leçons cliniques sur la dyspepsie {Gaz. des hôp., 1859). — Beau, Traité de la dyspepsie. Paris, 1866. — Chomel, Des dyspepsies, 1857. — Nonat, Traité des dyspepsies, 1862. — Guipon, Traité de la dyspepsie fondé sur Vétude physiologique et clinique. Paris, 1864. — Durand-Fardel, Traité thérapeutique des eaux minérales; Traité des 7naladies chroniques, t. II. Paris, 1868. — Willième (F.-J.), Des dyspepsies dites essentielles, leurs natures et leurs transformations. Paris, 1868. — Habershon (S.-C), Pathological and practical Observations on Diseuses of the Abdomen, etc., 2" édit. Londres, 1862. — Brinton (\V.), Lectures on the Diseuses of the Stomach, 2° édit. Londres, 1862. — Chambers, Sur le régime alimentaire de la dyspepsie, etc. (Braithivaite's Retrosp., V, 36," 1859). — Fox (W.), On the Diagnosis and Treatment of the varieties of Dyspepsia. London, 1867. — Luton, Dict. de méd. et de chir. pratiques, 1870. — Raymond, Des dyspepsies (Thèse d'agrégation. Paris, 1878). — Leven, Traité des maladies de l'estomac, 1879, p. 206. — Germain Sée, Des dyspepsies g astro- intestinale s. (Introduction. Paris, 1881).
DIVISION DES DYSPEPSIES
Al?j
dans le cours de la maladie, et tel qui, au début, présentait une forme de la dyspepsie, en présente une autre quelques mois plus tard. Mais, je vous le répète encore, ce qui vous expliquera ma persistance à m'étendre plus complètement que d'habitude sur ces divisions, c'est qu'elles doivent faciliter l'exposition des moyens thérapeutiques dont le médecin peut user dans le traitement des troubles fonctionnels de l'estomac.
Comme pour tout ensemble symptomatique, on doit étudier plusieurs points dans la dyspepsie : le siège du trouble fonctionnel, la. marche de la maladie, l'état de l'individu qui en est porteur, et les causes qui ont déterminé l'affection.
Examinons ces différents points :
L'acte digestif, en effet, n'est pas simple; il est fort compliqué, au contraire, et le trouble fonctionnel ne s'adresse pas qu'à un ?eul organe; il comprend les modifications apportées à l'ensemble de la digestion, et, comme cet ensemble comprend trois parties principales : l'acte buccal, l'acte stomacal et l'acte intestinal, vous voyez qu'à chaque partie peut correspondre un trouble fonctionnel auquel on est en droit de donner le nom de dyspepsie.
Nous aurons donc la dyspepsie buccale^ la dyspepsie stomacale^ la dyspepsie intestinale. La première se prête peu aux divisions; la dernière peut présenter quelques subdivisions importantes, et c'est ainsi que l'on a pu décrire une dyspepsie dtiodénale, une dyspepsie iléale, et une dyspepsie iléo-cœcale.
Quant au trouble fonctionnel de l'estomac, celui auquel s'applique le plus ordinairement le mot dyspepsie, il présente des divisions nombreuses et je suis forcé d'entrer ici dans des explications minutieuses.
Pour diviser méthodiquement les différents troubles fonctionnels que peut présenter l'estomac, il faut prendre pour base les différentes parties reconstituantes de l'organe et les
Bases de la classification.
Dyspepsie buccale.
Dyspepsies iiUcstinales.
Dyspepsies stomacales.
Variétés
des dyspepsies
slomacales.
TrouDlos de la t'uniquo musculeiise.
modifications apportées par la maladie au fonctionnement régulier des différents tissus.
L'estomac présente deux tuniques : la musculeuse et la muqueuse; de plus il reçoit des vaisseaux et des nerfs. Le jeu régulier de ces parties constituantes peut être modifié de trois façons différentes : ou bien il y a exagération dans la fonction, ou bien diminution, ou bien perversion de la fonction. C'est sur ces bases physiologiques que je vais établir les variétés que présentent des dyspepsies stomacales.
Commençons par la tunique musculeuse dont je vous décrirai le fonctionnement régulier quand je m'occuperai du traitement de ces sortes de dyspepsie. Cette tunique forme, vous le savez, une enveloppe continue à l'estomac, et si on en croit certains physiologistes, et surtout Leven, elle jouerait même un rôle prépondérant dans les fonctions de l'estomac. Ce muscle stomacal a pour action, en effet, d'imbiber de suc gastrique les aliments et de les promener successivement dans toutes les parties du ventricule, en exécutant ces mouvements réguliers appelés péristaltiques ; on peut observer dans les fonctions de cette tunique musculaire les modifications que nous venons de signaler, diminution, exagération, perversion.
Cette couche musculaire peut perdre son activité; alors la digestion devient lente, torpide, et peu à peu l'estomac se laissera distendre sous l'influence de la parésie momentanée de la couche musculaire ; c'est le type que je décrirai sous le nom de dyspepsie atonique et flatidente. Vomissements. j)r^jjg d'autrcs cas, Ic travall musculaire s'exagère, les contractions augmentent d'énergie, il se produit une véritable perversion; tantôt les mouvements péristaltiques changent de direction et le malade rejette les aliments, c'est le vomissement; tantôt c'est un simple renvoi des aliments dans la cavité buccale, véritable rumination de Fhomme, c'est le
Dyspepsie atonique.
DIVISION DES DYSPEPSIES. ^15
mérycisme. Vous voyez donc que, dans le trouble fonctionnel de la couche musculeuse,. des modifications peuvent se produire et qu'elles nous permettent d'établir deux variétés de dyspepsie.
Étudions maintenant à ce même point de vue, la tunique Troubles
^ de la tunique
muqueuse; c'est à elle que l'estomac doit son action diges- muqueuse. tive particulière, grâce à la présence du suc gastrique, qui a la propriété de transformer les substances albuminoïdes en peptones.
Au point de vue de notre classification, nous remarquons que la tunique muqueuse peut être considérée sous deux aspects ; elle renferme, en effet, des glandes à pepsine et des glandes muqueuses. Les glandes de l'estomac, vous le savez, tapissent la paroi interne du ventricule; mais si vous faites un examen attentif, vous voyez qu'au niveau du grand cul-desac de l'estomac siègent les glandes en tubes qui contiennent dans leur intérieur les corpuscules dits corpuscules à pepsine, tandis que, au contraire, au niveau du pylore, les glandes sont dépourvues de ces corpuscules particuliers; les premières sécrètent le suc gastrique, les secondes le mucus. On peut donc ici établir encore une division suivant que les troubles portent sur ces différentes glandes.
Pour le suc gastrique, on observe des cas dans lesquels il Dyspepsie y a diminution dans la sécrétion, d'où, vous le comprenez bien, diminution plus ou moins considérable dans l'activité de la digestion stomacale. Comme le suc gastrique a la propriété non seulement de convertir les matières albuminoïdes en peptones, mais encore, comme l'a montré Spallanzani, d'empêcher la putréfaction de ces substances, on comprend qu'un des premiers signes de ce trouble fonctionnel sera l'apparition d'une odeur infecte de l'haleine, qu'on observe dans certains cas de dyspepsie. Aussi donnerai-je à cette forme particulière de dyspepsie, qui correspond à
putride.
Dyspepsie acide-
Dyspepsie pituiteuse.
Sens de la faim et do la soif.
la diminution du suc gastrique, le nom de dyspepsie putride.
Dans d'autres cas, ce n'est plus une diminution, c'est une exagération de la sécrétion du suc gastrique, qui acquiert alors une acidité exagérée ; les malades éprouvent des renvois de matières alimentaires qui s'accompagnent d'une sensation de brûlure et de chaleur spéciale le long de l'œsophage. C'est ce symptôme auquel on a donné le nom de pyrosis. Je décrirai cette variété sous le nom de dyspepsie acide.
Quant aux troubles dus à la perversion dans la sécrétion, nos connaissances chimiques et cliniques sur le suc gastrique ne sont pas assez avancées pour que nous puissions connaître actuellement les modifications spéciales et intimes qu'apportent les maladies à la nature même de ce liquide. Nous rapprochons des deux variétés précédentes, dyspepsie putride et dyspepsie acide, les modifications apportées dans la constitution même du suc gastrique.
Au point de vue de la sécrétion des glandes muqueuses, nous ne connaissons à présent qu'une seule modification apportée à cette sécrétion, et qui consiste dans une plus grande production du flux muqueux; exagération qui se traduit par des pituites et des vomissements glaireux, qu'on observe très fréquemment à la suite des dyspepsies alcooliques. Nous pourrons donner à ce groupe spécial le nom de dyspepsie pituiteuse.
Je vous ai parlé des vaisseaux et des nerfs ; les vaisseaux sont si intimement liés à la sécrétion du suc gastrique, que nous ne pouvons pas séparer les modifications apportées à la circulation de festomac des troubles présentés par les fonctions de la muqueuse; aussi ne nous occuperons-nous que. des nerfs.
Au point de vue de son système nerveux, festomac se présente sous deux aspects : d'abord comme organe recevant
DIVISION DES DYSPEPSIES
des nerfs importants, ensuite comme siège d'un sens spécial, celui de la faim et de la soif. Je sais bien qu'à cet égard Schifr(«f.) a fourni des arguments sérieux contre cette opinion et qu'il s'est efforcé, dans ses leçons, de démontrer, par des expériences habilement conduites, que cette sensation ne devait pas être rapportée exclusivement à l'estomac, mais à l'économie tout entière. Malgré l'opinion de ce savant physiologiste, je ne suis pas encore convaincu, et je continue à penser, sans entrer plus avant dans la question, que l'estomac joue un rôle prédominant dans la production de celte sensation particulière dite sens de la faim et de la soif([), et je
(1) Pour Longet, la faim est l'expression d'un état général qui se traduit par une impression spéciale que nous rapportons à l'endroit où elle se fait sentir, bien qu'en réalité elle ne siège pas uniquement en cet endroit. Pour ce physiologiste, la faim est produite par une modification dans la sensibilité gastrique, et on peut supposer que cette sensation part de la muqueuse de l'estomac, puisque l'introduction de corps inertes dans ce viscère suffit pour la calmer.
Dans ses leçons sur la digestion, Schiff passe en revue et réfute les diverses opinions émises sur le sens de la faim et sur les manifestations diverses de ce phénomène. D'après ce physiologiste, la faim ne dépend pas de l'état de vacuité de l'estomac, puisqu'on voit journellement des animaux, le cochon d'Inde et le lapin, par exemple, accuser le besoin de manger, alors que leur estomac est loin d'être vide; elle ne dépend pas non plus des contractions de l'estomac vide, car cette contraction est
impossible dans l'estomac vide, puisqu'il manque la masse alimentaire pour l'effectuer et que les mouvements de l'estomac vide sont rares et bien moins énergiques que pendant la digestion. Schiff n'admet pas non plus l'hypothèse qui attribue la faim à une compression de nerfs sensibles des parois stomacales, produite par la rétraction de l'estomac vide; il nie aussi que le frottement, cette sorte de trituration des parois de l'estomac vide entre elles, puisse être la cause du phénomène de la faim, et il cite à ce propos l'exemple de certains animaux dans l'estomac desquels on trouve des cailloux et autres corps étrangers qui ne paraissent pas causer de sensation pénible.
Beaumont pensait que dans l'estomac à jeun, les glandes ne pouvant vei"ser au dehors les produits de leur sécrétion, la muqueuse se boursouflait consécutivement, et que de là naissait la faim ; Schiff repousse cette explication, qui ne lui paraît pas soutenable, puisque par une irritation mécanique de la muqueuse, on
(a) Schiff, Leçons sur ta physiologie de la digestion, 2= leçon, p. 31 et suiv.
CLINIQUE THÉRAP., 4"= écUt. î. —27
rapporterai, au point de vue de l'étude des dyspepsies, les troubles apportés à cette sensation particulière à une modification fonctionnelle de l'estomac.
Par rapport au système nerveux, la digestion présente ce
fait sécréter aux glandes un liquide abondant et que la faim ne cesse pas.
Les expériences de Sédillot, faites en sectionnant le pneumogastrique sur le cheval que l'on fait manger immédiatement après l'opération, prouvent que la section des nerfs pneumogastriques n'abolit pas la faim. De même, on ne doit pas considérer les ganglions du grand sympathique comme la voie de transmission de la sensation de la faim aux centres nerveux, puisque Brunner et Hensen ont fait la section des nerfs splanchniques, ce qui n'a pas empêché les animaux opérés de continuer à manger avec appétit. Il en a été de même pour des lapins auxquels Schiff a pratiqué la section des deux pneumogastriques, des deux sympathiques et l'extirpation des ganglions cœliaques. Des fœtus anencéphales ont vécu plusieurs jours en donnant des signes indubitables de la faim; on ne peut donc placer le centre de la sensation de la faim dans une partie déterminée des circonvolutions des hémisphères. (Combes, Spurzheim, Hopré, Broussais, admettaient qu'il y avait un organe de l'alimentivité, situé dans les fosses latérales et moyennes de la base du crâne et appartenant au cerveau proprement dit.)
De ses expériences, Schiff a conclu que : la sensation de la faim est indépendante de l'état local de l'estomac; l'accomplissement normal de la digestion stomacale et intestinale ne suffit pas à la faire disparaître et elle ne cède qu'à l'absorption des
matières digérées. Cela explique comment, dans les cas de longueur insuffisante de l'intestin (cités par Cabrol, Dionis, Pozzio, Albin), le travail normal de la digestion n'était pas entravé, mais, les matières digérées n'ayant pas le temps d'être absorbées en suffisante quantité, leur passage s'effectuait trop vite, il s'en perdait une certaine partie avec les excréments, et les malades étaient tourmentés par la faim, etc.; de plus, Schiff a montré que si, chez des animaux affamés, on injecte dans les veines des nutriments, on calme la faim de ces animaux, qui sont nourris sans qu'il y ait des aliments ingérés par la cavité stomacale.
Il en est de même pour la soif. Le sentiment de la soif ne siège pas à l'arrière-gorge, puisque l'anesthésie complète du pharynx laisse subsister cette manifestation chez les animaux.
La section des nerfs glosso-pharyngien et lingual pratiquée de chaque côlè par Longet n'a pas empêché les chiens opérés de boire comme d'habitude et la résection des pneumogastriques dans la région cervicale chez des chiens n'a pas non plus provoqué la cessation de la soif.
La soif, comme la faim, est pour Schiff avant tout, une sensation générale. Elle n'est calmée que par l'absorption de l'eau, et Dupuytren a constaté que, en injectant de l'eau dans les veines de chiens altérés par" une longue course au soleil, on pouvait complètement désaltérer ces animaux.
DIVISION DES DYSPEPSIES. 419
fait important qu'elle n'est point accompagnée de douleur et que, pour que la digestion soit normale, il faut qu'elle soit inconsciente. Lasègue («), qui a longuement insisté sur ce fait, a dit avec raison que au point de vue clinique, il ne suffit point, pour qu'il y ait dyspepsie, qu'il se présente des troubles fonctionnels de l'estomac, il faut encore que le malade ait conscience de ces troubles. Ce qui a fait dire à ,,,"^^,^11^!'',^^ Pidoux que la dyspepsie était une névrose. Mais, dans certaines circonstances, cette névrose acquiert une acuité spéciale : le malade éprouve pendant la digestion des douleurs plus ou moins vives et des crampes. C'est à cet ensemble qu'on a donné le nom de dyspepsie gastralgique.
Quant au sens de la faim, il peut être augmenté, diminué Aaoïexic: ou perverti. La diminution du sens de l'appétit est un phénomène fréquent; vous le voyez se produire dans la plupart des maladies aiguës ou chroniques ; on l'appelle anorexie.
Dans d'autres circonstances, il y a exagération morbide du Hétéiopiiagît sens de la faim, qui n'est jamais apaisée; le malade mange toujours; c'est ce que Lebert [h) a décrit sous le nom de dysorexie et que l'on connaît sous le nom de hoidimie.
Enfin, la perversion ou Yhétérophagie se traduit de différentes façons, décrites sous le nom de pica., de malacia. La géophagie, que Heusinger (i) a si bien observée chez les
(1) Pendant les temps de disette, galette, parfois un peu de grains, et
ou même parfois dans de longs v-oya- le font frire dans de l'huile de pal-
ges, certaines peuplades indiennes mier. Ce n'est pas de ce genre
mangent de la terre argileuse con-- d'hétérophagie passagère dont nous
tenant de l'oxyde de fer; elles incor- voulons parler, mais bien de cette
porent dans cette terre, mise en maladie observée chez le nègre, et
(a) Lasègue, Introduction au Traité des maladies de Vestomac de Brinton, traduit par Riant. Paris, 1870.
[b] Lebert, Des névroses de Vestomac (Arcliives générales de méd., 1877). — C. Heusinger, Cassel, 1852. — Hirsch, Ilandbuch der historisch-geographischen Pathologie. Erlangen, 1853.
Dyspepsie accidentelle .
Dyspepsie lu jeune âge.
nègres anémiques qui mangent de la terre, rentre dans ce groupe.
Telles sont les différentes variétés que présentent les dyspepsies stomacales; nous les étudierons successivement quand nous traiterons des moyens thérapeutiques que nous pourrons opposer à ces différents troubles symptomatiques.
J'ai dit que les dyspepsies pouvaient aussi se diviser suivant la marche de l'affection, et, en effet, vous verrez certains auteurs, Chomel etNonat en particulier, ranger dans ce groupe des dyspepsies une affection aiguë qui s'en rapproche par des symptômes, c'est la dyspepsie accidentelle ou indigestion, tandis qu'ils réservent le nom de dyspepsie habituelle à celle que nous étudierons plus particulièrement dans la suite de ces leçons.
L'âge a aussi une influence notable sur le développement des dyspepsies ; nous trouverons là encore une base de clas-
que Heusinger attribue aux effluves (les marais, tandis que Hirsch, niant complètement cette influence paludéenne et l'influence de la mal'aria, trouve sa cause principale dans une mauvaise hygiène, dans une alimentation insuffisante, dans une inanition progressive.
La géophagie, qui a été observée surtout dans les Indes occidentales, au Brésil, aux Antilles, dans la Louisiane, en Egypte, réduit peu à peu le malade à la mort, dans un délai de quelques semaines à quelques mois; rarement la maladie dure plus d'une année; très rarement aussi on a constaté des guérisons.
La maladie est précédée d'une période de faiblesse générale, de lassitude, d'accablement, d'anémie progressive.
Les muqueuses se décolorent, la face devient terreuse; les palpitations apparaissent au moindre elîort.
Le malade offre alors des troubles, des douleurs du côté de l'estomac, et il mange de la terre, recherchant de préférence la terre ai%ileuse, marneuse. Avec ce régime, on constate bientôt des vomissements, des troubles gasiro-intestinaux. Les malades s'affaiblissent de plus en plus; l'anémie fait des progrès effi-ayants et rapides : l'œdème, l'hydropisie apparaissent, et le malade succombe, soit aux progrès du mal, soit à une maladie intercurrente.
D'après Levacher et Craigie, il n'est pas rare, dans les derniers temps, de constater des ulcères aux membres.
L'autopsie montre une décoloration de tous les tissus, une inliltration des organes; la muqueuse gastro-intestinale est pâle ; les glandes mésentériques sont ordinairement tuméfiées ; la rate est petite, ratatinée; le foie et le cœur sont gros.
DIVISION DES DYSPEPSIES
sification, et nous aurons à étudier la dyspepsie du jeune âge et la dyspepsie des vieillards : je me propose même de consacrer une leçon tout entière à la dyspepsie des nouveau-nés, dyspepsie qui constitue un des ^accidents les plus fréquents de la première enfance et sur le traitement de laquelle vous devez avoir les indications les plus précises.
Enfin, les causes des dyspepsies jouent un rôle considérable au point de vue de leur thérapeutique, et nous verrons que, dans bien des circonstances, il suffit d'atteindre la cause pour faire disparaître la maladie. Vous ne serez donc pas étonnés si j'insiste aussi longuement sur cette thérapeutique particulière, que le professeur Bouchardat a si bien caractérisée par le mot de thérapeutique étiologique. Le trouble fonctionnel de la digestion résulte en effet de mille causes; tantôt il a pour origine les lésions des organes contenus dans l'abdomen : le foie, la vessie, l'utérus jouent à cet égard un rôle prépondérant, et on a décrit une dyspepsie hépatique, une dyspepsie urineuse, une dyspepsie îttérine; tantôt ce trouble provient d'une altération du sang : les maladies générales, les diathèses, la goutte, l'anémie, la chlorose, provoquent des dyspepsies, ce sont les dyspepsies dyshémiques et dyscrasiques de Spring (a). J'aurai, d'ailleurs, à revenir sur tous ces points lorsque j'aborderai l'étude thérapeutique des variétés de ces dyspepsies.
Enfin, nous aurons de plus à nous occuper des accidents consécutifs aux dyspepsies, et que Beau (b) décrivait sous les noms de troubles secondaires et tertiaires de la dyspepsie.
Tel est le vaste sujet que je vais aborder, il était très utile, vous le voyez, d'établir une division permettant d'exposer méthodiquement les différents moyens que le médecin possède pour combattre des phénomènes aussi multiples.
ia) Spring, Symptomatologle, t. I, p. 120. {b) Beau, Traité de la dyspepsie. Paris, 1866.
Dyspepsies
symptomati-
ques.
Accidents consécutifs aux dyspepsies
Je vais entrer maintenant dans le traitement de chacune des variétés de dyspepsies que je viens d'établir et je commencerai dès la première leçon à vous parler de la dyspepsie putride.
HUITIEME LEÇON
Sommaire. — De la dyspepsie putride. — Ses symptômes. — Des fermentations putrides stomacales. — Des alcaloïdes organiques. ■ — Leucomaïnes et ptomaïnes, leur action toxique: — Procédés cliniques pour apprécier l'état de sécrétion du suc gastriques. — Des explorateurs gastriques.
— des éponges, du lavage. — Essais de l'acidité du suc gastrique
— Réactifs. — Essais du pouvoir digestif. — méthode .de Leube. — Indications thérapeutiques. — De la pepsine. — Mode de préparation. — Pepsine amylacée. — Elixir de pepsine. — Glycérolé de pepsine. — Des substances peptogènes. — Médication acide. — Des tisanes. — Des plantes tement — Règles diététiques de l'alimentation. — Du régime. — Traicarnivores hydro-thermal.
Vous VOUS rappelez, messieurs, que dans la leçon précédente j'ai établi ma division des dyspepsies sur les troubles apportés aux différentes fonctions de l'estomac, et je vous ai montré que la muqueuse, comme la tunique musculeuse, pouvait être atteinte par trois ordres de modifications : abolition de la fonction, exagération ou bien perversion de cette fonction.
Structure
Sans m'arrêter à la description de la structure de la mu- de queuse stomacale, structure que vous connaissez tous, je passerai immédiatement a l'étude des troubles fonctionnels (1)
(1) La muqueuse de l'estomac, à une congestion active qui précède d'une épaisseur de 6 millimètres et la sécrétion du suc gastrique. On redemi, est assez consistante à l'état marque, à la surface delà muqueuse, sain, mais se ramollit facilement de nombreux plis qui, dus au resseraprès la mort; elle a une coloi*ation rement de l'estomac, disparaissent blanc cendré lorsque l'individu est à avec l'ampliation de l'organe ; des jeun, rouge intense pendant le tra- sillons plus ou moins apparents, des vail digestif. Cette coloration est due mamelons et des orifices extrêmement
la muqueuse
Dyspepsie putride.
/i24 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
que celle muqueuse, considérée comme sécrélanldu suc gas- Irique, peut présenler. Ces Iroubles sonl de deux ordres : diminulion ou exagéralion de la fonclion; quanlà la perversion, bien qu'elle exisle cependanl, nos connaissances chimiques el cliniques sur le suc gastrique ne nous permellent pas d'en faire un groupe spécial.
Je donne le nom de dyspepsie putride au Irouble fonclionnel résultanl de la pulréfaction des substances introduites dans l'estomac. Celle putréfaction a pour origine deux causes: ou bien elle provient de la diminution delà sécrétion ou du pouvoir digestif du suc gastrique, ou bien du séjour trop prolongé des substances dans l'estomac.
nombreux. Ces orifices circulaires représentent les embouchures des glandes.
On ne trouve, sur la muqueuse stomacale, ni papilles ni villosités (Sappey). Cette muqueuse est composée de trois couches : épithéliale, glanduleuse, musculaire.
L'épithélium, peu adhérent à la couche sous-jacente, est formé de cellules cylindriques juxtaposées, à noyau arrondi recouvert de granulations. La couche musculeuse, mince, résistante, formée de faisceaux voisins, adhère à la tunique celluleuse de l'estomac et à la couche glanduleuse; elle est traversée par les vaisseaux qui se distribuent à la muqueuse.
La couche glanduleuse, plus épaisse que les deux autres, est formée de deux sortes de glandes : les glandes à pepsine, et les glandes à mucus.
Ces glandes adhèrent à la couche musculeuse et sont longues de 1 millimètre et demi, extrêmement nombreuses ; elles atteindraient, pour Sappey, presque le chiffre de 5 millions. Les glandes muqueuses entou-
rent le pylore, et se trouvent aussi dans le petit cul-de-sac de la petite tubérosité; les glandes pepsinifères occupent le reste de l'organe.- Ces dernières sont ramifiées, se présentent sous l'aspect d'une racine chevelue. Les glandes muqueuses, à peu près aussi longues, ont l'aspect de glandes en grappe; elles diffèrent des glandes pepsinifères (Sappey) :
1° par le nombre de leurs divisions, qui est moins considérable ; 2" par la situations des culs-de-sac glanduleux, qui sont rejetés, à l'extrémité terminale Se la glande, sur les glandes pepsinifères, tandis que, pour les glandes à mucus, ils sont irrégulièrement échelonnés sur leurs' divisions.
Les glandes pepsinifères renferment des cellules polyédriques plus ou moins volumineuses, cellules à pepsine, qui n'existent pas dans les autres glandes. Le conduit excréteur de ces glandes stomacales est d'une longueur variable, et tapissé à l'intérieur par un épithelium cylindrique, qui est le prolongement de l'épithélium de la muqueuse.
Examinons la première de ces causes :
La diminution de sécrétion du suc gastrique se traduit par des symptômes dépendant de tous l'absence de ce liquide, qui, ne produisant pas une peptonisation suffisante des aliments introduits dans l'estomac, permet ainsi la putréfaction des substances albuminoïdes. Que ce soit l'acide du suc gastrique plutôt que la pepsine, comme le veut Charles Richet (i), qui s'oppose à la putréfaction, il n'en est pas moins , vrai que le fait signalé par Spallanzani est exact et que le suc gastrique empêche la fermentation putride des substances albuminoïdes. Voici, d'ailleurs, les principaux symptômes de cette dyspepsie putride.
Après avoir mangé, surtout si le repas est composé de sub- symptAmes, stances azotées, le malade éprouve une sensation de barre, de gêne dans la région épigastrique, son repas ne passe pas, c'est-à-dire, en un mot, qu'il éprouve la sensation pénible d'un corps étranger; Longtemps après l'ingestion des aliments se font sentir quelques coliques, plus ou moins vives, qui indiquent que les matières alimentaires ont enfm franchi le pylore et passé dans l'intestin. Durant toute la période de la digestion stomacale, l'haleine exhale une odeur plus ou moins repoussante, il se produit des éructations sulfhydriques, d'où
(1) Albertoni avait déjà montré, De la fibrine de sang fraîche est pla- (ju'en chauffant du suc gastrique à cèe dans deux flacons, contenant l'un 100 degrés, ce qui détruit la pepsine, de la pepsine et l'autre de l'acide on ne prive pas cependant ainsi ce chlorhydrique. On place le tout dans suc de ces propriétés antiputrides. une étuve, et au bout de quinze à Charles Piichet a démontré que la ■ vingt heures on remarque que la pepsine ne jouit d'aucune propriété fibriae non acidifiée est complèteantiputride, et que Facide du suc ment putréfiée, tandis que la fibrine gastrique seul les possède. Voici à ce acidifiée ne possède aucune odeur (a). sujet les expériences qu'il a faites :
(a) A. Aiberloni, Annotaûoni di resultanse sperimentali ottenute nel laboratorio di Padova, nel anno 1873 {Lo SperimentaLe, juin 1874). — Richet, Du suc gastrique, p. 112.
• le nom de dyspepsies sulfurées que Bouchardat a attribué à ces troubles fonctionnels de l'estomac.
Récemment, du reste, vous avez vu, dans nos salles, un malade qui présentait à un haut degré ce symptôme spécial; il s'agissait d'un homme atteint de dyspepsie atonique et putride avec dilatation de l'estomac. Nous lui donnions de la viande crue, et quelque temps après le repas son haleine reproduisait absolument l'odeur cadavérique des viandes en putréfaction.
A ces symptômes se joignent quelquefois des contractions énergiques de l'estomac, qui amènent des vomissements; dans d'autres cas, la tunique musculeuse se contracte moins énergiquement, et à l'ensemble des symptômes, auquel j'ai donné le nom de dyspepsie putride, s'ajoutent les signes qui caractérisent la diminution de la contraction de la couche musculaire de l'estomac. C'est ce dernier fait qui constitue le second groupe des dyspepsies putrides et dans lequel nous voyons les dilatations énormes de l'estomac, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, amener la fermentation des substances qui y sont trop longtemps contenues, et nous reviendrons sur la description de ces cas lorsque je vous parlerai de la cure des dilatations stomacales.
Qu'elle soit déterminée par la non sécrétion du suc gastrique ou bien par les fermentations anormales que subissent les aliments accumulés dans les estomacs dilatés, cette putridité a acquis dans ces derniers temps une importance considérable et vous verrez, par la suite de ces leçons, que Bouchard a basé, sur les fermentations putrides qui se passent dans le tube digestif, une nouvelle doctrine médicale. Des ptomaines. Dcpuls quc Scluil, cu 1876 (1), uous a montré qu'il existait
(1) En 1876 Selmi, en recherchant alcaloïde cristallisable auquel il a de l'arsenic dans un cadavre enterré donné le nom de ptomaïne. Auparadepuis trente jours, a découvert un vant Armand Gautier avait déjà signalé
des alcalis cadavériques auquel il a donné le nom de fjtomaïnes, depuis surtout quepar ses belles recherches Armand Gautier approfondissant le problème et le généralisant, a établi ce fait considérable que la cellule vivante ani-
les modifications que subit l'albumine en se putréfiant, Depuis il a démontré que toutes les substances animales de nature albumineuse pouvaient ponner lieu à des alcalis auxquels il a attribué le nom de leucomaine.
Ces alcalis sontabsolumentanalogues au point de vue de leur réaction chimique à ceux produits par les végétaux, aussi A. Gautier pense-t-il que la production des leucomaïnes n'est pas le fait exclusif de la cellule végétale, mais bien de toute cellule vivante végétale ou animale et que l'homme fait des alcaloïdes comme le fait la plante. Tandis que Selmi considérait les alcaloïdes comme un produit de la putréfaction, Gautier, au contraire, généralise le fait et en fait une fonction de la cellule vivante.
Brouardelet Boutmy avait prétendu que le cyanoferrite de potassium permettait de distinguer les alcaloïdes cadavériques des alcaloïdes végétaux, les ptomaïnes transformant seules les cyanoferrites en cyanoferrures.
Gautier a montré que cette réaction n'était pas aussi absolue que voulaient le soutenir les auteurs précédents et que l'analogie était complète entre
les alcalis végétaux et les alcalis animaux.
Quant à l'action de ces leucomaïnes, elle est très analogue à celle de la strychnine. Introduites chez les animaux, elles produiraient la dilatation puis le resserremenL des .pupilles, de la stupeur, des convulsions tétaniques, des irrégularités dans les pulsations cardiaques et la mort surviendrait par arrêt du cœur en systole.
Pour Gautier les leucomaïnes auraient la même action physiologique que la muscarine, ce qui est confirmé par les recherches de Brieger qui a tranformé la neurine, corps non toxique, en muscarine, corps très toxique, en la laissant exposée à l'air en solution aqueuse.
Maas a au contraire rapproché l'action des ptomaïnes de celle de la strychnine et de la morphine, puis.
Taure t en 1881 avait montré que l'on peut obtenir des alcaloïdes en mettant en contact des sels alcalins avec les peptones. Eriger a obtenu des alcoloïdes en 1883, en mettant en contact de la fibrine avec le suc gastrique (a).
(a) Selmi, Sur un alealoïde vénéneux- et cristallisable extrait des viscères de deux cadavres exhumés {Journ. de pharm. et de chim., t. XX.1X, p. 156, 1879); La Ptomaina o primo alcaloïde dei Cadaveri {Dollett. délie scienze mediche di medicina légale, 1876^. ■ — Brouardel et Boutmy, Sur un réactif propre à distinguer les ptomaïnes des alcaloïdes végétaux [Bull. Acad. de méd., 2*= série, t. X, n°19); Note sur les réactions des ptomaïnes et sur quelques-unes des conditions de leur formation, t. X, n° Si. — Gautier, Peut-on distinguer aujourd'hui les alcaloïdes cadavériques des alcaloïdes naturels ou artificiels (Bull. Acad. de méd., t. XX, n" 20). — Sur les matières vénéneuses produites par l'homme et les animaux supérieurs. — Brieger, Zur kenntniss der Faulnissalkaloide [Zeitschrift fur physio-
maie produisait des alcaloïdes an même titre que la cellule végétale; depuis que les travaux de Bouchard nous ont montré que l'économie produisait incessamment des alcaloïdes éliminés par divers émonctoires; depuis surtout que nous connaissons l'action toxique de ces divers alcaloïdes , il a paru de plus en plus urgent de s'opposer à ce travail de putridité et vous verrez que nous pouvons y parvenir par des agents thérapeutiques spéciaux.
Mais revenons à notre sujet et étudions d'abord la dyspepsie putride déterminée par la non-sécrétion du suc gastrique. Les symptômes qui la caractérisent n'ont pas besoin d'explication; ils résultent, vous le savez, de la présence des substances azotées, qui, non transformées en peptones, agissent à la façon de corps étrangers, et produisent ainsi cette sensation de barre, de poids dont se plaignent les dyspeptiques. Quant aux coliques et aux troubles intestinaux, ils s'expliquent facilement par le contact de ces substances azotées non digérées qui passent dans l'intestin et qui seront, plus tard, digérées par le liquide pancréatique, ou parcourront le tube digestif sans subir de modification.
A côté de cette dyspepsie putride, caractérisée par la nonsécrétion du suc gastrique, il faut placer les troubles fonctionnels dus à la modification apportée au suc gastrique lui-même. Alternions Daus Ics Icçons précédentes, j'ai longuement insisté sur *^" 4T r'' ^"^ nécessité de l'union de l'acide avec la pepsine pour déterminer la peptonisation, et je vous ai montré le rôle de ces deux agents, acide d'une part, pepsine de l'autre, dans la digestion des matières protéiques. Le suc gastrique peut perdre de son acidité, ce qui entraîne la diminution de l'activité du travail digestif. C'est cet état que Ghomel a voulu caractériser
logisclie Chemie, t. VIT, p. 274, 1883). — Maas, Ueber Taubiissalkaloïde (Verhand. der deutschen Gesellschaft f. Cliir. (XIl" Kongress, 1883, et Aixh. f. klin. Chir., Bd XXIX, p. 531). — Tanret, Peplones et alcaloïdes. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1881.
trique
par le mot assez étrange de dyspepsie alcaline et qu'on pourrait plutôt dénommer « dyspepsie due à l'insuffisance d'acidité du suc gastrique )). Elle a les mêmes symptômes que la dyspepsie putride; l'odeur de l'haleine est moindre cependant, et, le plus souvent, les symptômes locaux ou directs, comme dit Luton, se résument en une sensation de lourdeur et de pesanteur d'estomac pendant la digestion.
Cette diminution d'acidité du suc gastrique tiendrait à plusieurs causes : Bouchardat invoque surtout l'insuiïisance de l'excrétion de l'urée par les reijis, urée qui, sécrétée alors par la muqueuse de l'appareil digestif, se transforme en carbonate d'ammoniaque qui neutralise ainsi l'acidité du suc gastrique («).
Gallard fait jouer le rôle dominant aux troubles de la sudation ; pour lui, les sueurs très abondantes amèneraient une diminution d'acidité du suc gastrique, et, comme preuve, il invoque ce fait que la dyspepsie, par faute d'acidité du suc gastrique, atteint presque tous les individus qui sont forcés de vivre dans une atmosphère à température élevée. Ce médecin a généralisé cette observation, et c'est ainsi qu'il a expliqué les dyspepsies dont sont atteints les individus qui font des exercices violents après le repas, ceux qui vivent dans des endroits trop chauds et ceux qui se livrent à un travail forcé, comme les soldats en campagne, comme les paysans à la moisson.
Mais, me direz-vous, comment peut-on reconnaitre cette diminution dans l'acidité du suc gastrique? Grâce aux recherches des médecins allemands et en particulier à celles de Leube (è), nous pouvons aujourd'hui reconnaître par des procédés cliniques et la diminution d'acidité du suc gastrique
(a) Bouchardat, Traitement hygiénique des dyspepsies {Bull, de Thérap., 1879, t. XCVI, p. 152).
{b) Leube, Contribution au diagnostic des maladies de l'estomac {Deutsch. Arch. f. Klin., XXXlll, 20 mars 1883, p. 1-2.
et son activité digeslive, et ces procédés sont aujourd'hui assez répandus et assez en usage pour qu'aux eaux de Carlsbad, par exemple, tous les malades atteints d'affection de l'estomac sont soumis à ces examens avant de subir l'action des eaux. Procèdes ciini- Pour reconnaître soit l'acidité, soit le pouvoir digestif du suc -lues pour recoa- grastriquc, OU pcut uscr de trois moyens : du lavasfe de l'es-
naitre 1 acidité o , ^i ' i J o
du suc gastrique, touiac, dc l'épougc, enfin de l'explorateur stomacal. Quelques mots sur chacun de ces procédés.
De l'nponge. Pour Ic lavagc voici comment on procède : on introduit dans l'estomac un litre d'eau à 0^, on laisse cette eau séjourner pendant quelques minutes- dans l'estomac, puis on la retire et c'est cette eau qui sert à faire les réactions dont je vous parlerai tout à l'heure.
Le procédé à l'éponge est le plus employé, il est aussi le plus simple, une petite éponge, munie d'un long fil de soie est enveloppée d'une couche de gomme; vous faites avaler cette éponge au malade lorsqu'il est à jeun, vous la laissez séjourner une demi-heure dans l'estomac, puis vous la retirez vivement à l'aide du fil que le malade garde antre ses dents. Yous pourrez remplacer très heureusement les capsules à éponges employées en Allemagne par des capsules Lehuby que l'on trouve aujourd'hui dans toutes les pharmacies; vous attachez votre éponge et à l'aide d'une aiguille, vous faites passer le fil qui la tient à travers l'enveloppe résistante d'une des parties de la capsule et vous recouvrez le tout de l'autre partie de la capsule, c'est ainsi que nous procédons dans notre service.
De l'exjiorateur ^^^ ^ ^^^^ ^^^ procédé par l'épouge une objection fort ségasirique. Heuse, c'est de ne pouvoir affirmer que la capsule est bien descendue dans l'intérieur du ventricule gastrique; de plus ces petites éponges ne ramènent qu'une quantité très minime de suc gastrique ; aussi ai-je substitué au procédé par l'éponge celui par l'explorateur gastrique. Cet explorateur, que je
mets sous vos yeux, a été construit par Galante (voir fig. 11). Il comprend, comme vous le voyez, une sonde stomacale absolument analogue à celle du tube Debove, ayant une longueur de 0% 50; dans l'intérieur de ce tube se trouve une petite ampoule de verre dont l'extrémité inférieure est munie d'un petit tube en caoutchouc qui mettra en rapport le réservoir de verre avec la muqueuse de l'estomac; à l'extrémité supérieure de la même ampoule est adapté un autre tube de caout-
Fig-. H.
chouc beaucoup plus lo4ig, se terminant par un réservoir à air, enfin un fil résistant nous permet de sortir facilement ce réservoir de verre. Vous comprenez facilement le mécanisme d'un semblable appareil. On introduit le tube dans l'intérieur de l'estomac puis, grâce à la poire de caoutchouc, on fait le vide dans le réservoir de verre, on retire alors le tout et une fois le tube hors de l'estomac, on extrait par le fil le réservoir de verre que l'on vide sur un grand verre de
tropœoline.
montre par des pressions faite sur la poire de caoutchouc. Cet appareil est des plus simples, sa manœuvre est des plus faciles surtout chez les individus qui ont l'habitude du tube Fauché. De la Que le liquide retiré de l'estomac ait été retiré par le
lavage ou à l'aide de l'éponge ou par l'explorateur gastrique, vous lui faites subir les deux recherches suivantes. Pour reconnaître l'acidité, on se sert en Allemagne d'une solution au 100' de tropœoline double zéro; on donne le nom de tropœolines zéro, double zéro, triple zéro, à des matières tinctoriales provenant de la distillation du goudron de houille. Vous pouvez, en France, remplacer cette tropœoline par une substance fabriquée par la maison Poirier et à laquelle on donne le nom d'Orangé n° 4.
Sous l'influence des acides et en particulier de l'acide chlorhydrique, ces solutions qui sont jaunâtres prennent une teinte d'un rouge vif éclatant. Quand il s'agit d'acide lactique la teinte est d'un rouge orangé. Il suffit donc de comparer la teinte obtenue avec des solutions titrées pour connaître le degré d'acidité du suc gastrique. L'autre portion de liquide sert à pratiquer des digestions artificielles avec de petits cubes d'albumine cuite d'un poids donné et, ici encore, il vous suffira de comparer avec ce qui se passe au moyen d'une solution titrée de pepsine pour juger de la valeur digestive des liquides sécrétés par l'estomac. Je renverrai d'ailleurs ceux qui s'interresseraient à cet'e question à l'excellente thèse de mon élève, le docteur Deschamps («) (de Riom), qui expose dans tous ses détails les recherches dont je viens de vous parler.
Quelle est la véritable valeur de tous ces nouveaux procédés? 11 est bien difficile de se prononcer aujourd'hui. Car les recherches sont trop récentes pour donner à ces résultats
(a) Deschamps, Du diagnostic du cancer de Vestomac. Thèse de Paris, 1885.
une valeur définitive, mais il m'a para intéressant et même nécessaire de vous faire connaître la nouvelle voie dans laquelle on était entré pour l'étude des dyspepsies pour que vous puissiez à votre tour tirer parti de pareilles indications.
Mais revenons à la thérapeutique. Les indications à remplir dans le cas de dyspepsie putride, sont de remédier artificiellement à la non-sécrétion du suc gastrique et d'augmenter l'acidité de ce suc. Nous allons étudier successivement les moyens fournis par la thérapeutique propremont dite et ceux que nous donne l'hygiène thérapeutique. [Commençons par les médicaments.
La première indication serait remplie par l'emploi de la pepsine à l'intérieur. C'est là, messieurs, un médicament dont on a longtemps et longuement discuté la valeur, et, tandis que certains médecins le vantent outre mesure dans le traitement des dyspepsies, d'autres repoussent complètement son emploi.
Ces divergences d'opinion, messieurs, résultent de bien des causes ; d'abord de ce qu'on n'a pas fixé avec assez de soin les indications de ce médicament. En effet la pepsine (1),
(l)Découverteenl836parSchwanh, On a proposé divers procédés pour isolée en 1839 par Wasmann, par extraire la pepsine. Papenhein, la pepsine, appelée chy- D'après le Codex, cette substance mosine, par Deschamps et gastérase doitêtrepréparée de la façon suivante: par Payen, a été l'objet de bien des « Prenez des caillettes de moutons travaux, mais elle n'est véritable- très récemment tués, lavez-les rapiment entrée dans la thérapeutique dément à grande eau, déchirez et arque depuis les importants travaux de rachez la membrane interne avec L. Gorvisart. C'est une substance une brosse de chiendent. Faites maazotée quaternaire (Gubler). Dans cérer le détritus dans de l'eau à son plus grand état de pureté, la 45 degrés pendant deux heures; pepsine se présente sous la forme passez à travers une toile. Au liquide d'une poudre grisâtre, soluble, quoi- obtenu ajoutez un soluté d'acétate que difficilement, dansl'eau distillée ; de plomb jusqu'à cessation de précichauffée avec la potasse ou l'acide pité; décantez; lavez deux fois par nitrique, elle réagit comme les autres décantation ; délayez le précipité dans matières protéiques (Ricliet). Elle l'eau; faites passer un courant d'acide est précipitée par les sulfates, acé- sulfhydrique jusqu'à excès; distritates et chlorures métalliques, par buez le liquide et le précipité noir l'alcool et le tannin. de sulfure de plomb sur des filtres;
CLINIQUE THÉRAP., i^ édit. I. — 28
Prép
<lc lîl 1
a ratio 11 lepsine.
ne peut pas être prescrite indistinctement clans tous les cas ; elle ne peut donner des résultats favorables que dans une forme spéciale et particulière, dans la forme putride. Vous voyez donc ainsi, dès maintenant, quelle est l'importance des divisions des dyspepsies, divisions peut-être théoriques, mais qui ont l'immense avantage d'indiquer les formes spéciales dans lesquelles tel ou tel médicament peut être employé avec succès. L'autre cause des incertitudes dans l'administration à l'intérieur des ferments digestifs, c'est que ces ferments s'altèrent avec la plus grande facilité et qu'ils perdent ainsi rapidement leurs propriétés digestives.
Mais revenons à la pepsine. Depuis que Schwann, en 1836, a reconnu qu'on pouvait, par la macération dans l'eau acidulée, retirer de la muqueuse stomacale des animaux un liquide jouissant des propriétés digestives de l'estomac, depuis que Wasmann et Papenheim, trois ans plus tard, en précipitant cette substance par l'alcool, ont pu la recueillir à l'étatMe pureté, les modesMe fabrication de la pepsine médi-
évaporez immédiatement à siccité dans les assiettes le liquide filtré, sans dépasser la température de 45 degrés. Recueillez le produit en raclant les assiettes avec un couteau flexible. »
Portée à une température supérieure à 4.5 degrés, la pepsine perd la propriété de dissoudre la fibrine; chauffée plusieurs heures à 70 degrés, elle devient inactive. Chauffée au-dessus de 40 degrés, elle se modifie et perd une partie de ses propriétés, d'après Finkler, qui propose d'apeler cette pepsine modifiée isopepsine.
Bûchner donne le procédé suivant de préparation (Jeannel) :
« Prenez un estomac de porc frais, encore chaud, s'il estpossible. Ouvrez l'organe, lavez-le, sans frotter, à
grande eau ; étendez-le sur une table la surface muqueuse en dessus; raclez avec force la surface muqueuse au moyen d'un couteau mousse. On obtient ainsi environ 30 grammes d'une matière semi-fluide, qu'on agite alors avec 150 grammes d'eau distillée; faites digérer pendant quinze minutes à 35 degrés; ajoutez deux gouttes d'acide chlorhydrique; passez à travers un linge fin; laissez éclaircir par le repos; décantez et faites sécher à 45 degrés sur des assiettes.
On peut aussi dessécher directement sur des assiettes à 45 degrés.
La substance demi-fluide obtenue par' le grattage, reprise par l'eau à 30 degrés, acidulée par quelques gouttes d'acide chlorhydrique, puis filtrée, donne une solution très active,
UE LA DYSPEPSIE PUTRIDE. i35
cinale se sont perfectionnés, et aujourd'hui il y a de nombreux procédés en usage. Je n'entrerai pas, messieurs, dans les détails de la fabrication de la pepsine; je vous signalerai seulement le procédé français et le procédé anglais dit de Bûchner.
Le procédé français est le plus compliqué ; il consiste à p™' «^é prendre la membrane interne de la caillette du mouton, à la brosser énergiquement et à faire macérer les détritus dans de l'eau, on précipite ensuite la solution avec un sel de plomb qu'on décompose par un courant d'acide sulfhydrique ; puis le liquide est évaporé, à siccité,,à une température de moins de 45 degrés, et le résidu est formé alors de pepsine plus ou moins pure.
Le procédé anglais est plus rapide. On emploie la mem- Procédé
anglais.
brane muqueuse de l'estomac du porc ; on racle cette muqueuse, on fait digérer les détritus dans un peu d'eau acidulée par l'acide chlorhydrique, on passe et on fait sécher sur une assiette. Au point de vue de l'animal choisi, il me semble qu'il faut donner la préférence au procédé anglais. Le porc, en effet, est omnivore, et son estomac, se rapproche, à cet égard, de l'homme. Aussi le dernier Codex français (1884), adoptant ces idées, place-t-il l'estomac de porc en première ligne pour la fabrication de la pepsine.
Outre cette pepsine extraite de l'estomac du mouton ou du porc, on a aussi employé une pepsine que Perret (1) a retirée
(l)PourPerret, la caillette de veau, lume d'eau distillée, contenant 4,50
quatrième estomac, est après celui d'acide citrique pour 100 du poids
du chien l'organe ou partie d'organe de la pulpe, ce qui équivaut d'après
qu'il convient le mieux d'employer une moyenne à peu près constante,
pour retirer la pepsine, a. Les cail- à 10 grammes d'acide citrique par
lettes de veau fraîches sont vidées et caillette de veau. Ce mélange est
légèrement essuyées, puis ouvertes et laissé en contact et au froid pendant
étendues sur un billot; un ouvrier, vingt-quatre heures, puis exprimé
muni d'un large marteau à tranchant fortement, et ce gâteau lui-même est
aigu, les martelle jusqu'à ce qu'elles immédiatement repris par son poids
soient réduites en pulpe. Cette pulpe d'eau distillée contenant 15 grammes
est délayée dans quatre fois son vo- d'acide citrique par litre et repressé.
43fl LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
des caillettes de veau; Dannecy a même conseillé de se servir du jabot des oiseaux, qu'on fait dessécher et couper en lanières, et, ce qui est plus étrange, on a été jusqu'à proposer les estomacs d'autruches ; ce serait là, il faut l'avouer, une fabrication de pepsine assez difficile et assez coûteuse.
La pepsine purifiée, dont nous ne connaissons pas, du reste, encore la composition exacte, paraît présenter les caractères des substances albuminoïdes; mais ce qui montre notre incertitude à ce sujet, c'est de voir les physiologistes comme Schiff dénier à ce produit les caractères des substances azotées. C'est cette pepsine, véritable ferment qui, en présence d'un acide, a la propriété de transformer les albuminoïdes en peptones.
Mais ne croyez pas, messieurs, que la pepsine employée en médecine soit cette substance à l'état pur que l'on décrit sous le nom de pepsine extractive. On a donné, en effet, le nom de pepsine médicinale ou de Corvisart à un mélange de pepsine pure et d'amidon, mélange pulvérulent, et dans lequel on introduit l'amidon en proportions variables, qui ont pour but de ramener le mélange à une même valeur digestive, c'est-à-dire de telle sorte que 1 gramme de cette pepsine amylacée digère 6 grammes de fibrine (1). C'est ce mélange
Les deux liqueurs sont réunies et rassée des peptones, elle est soumise
mises au repos pendant douze heures à la concentration dans des chaudières
et au froid. Après ce temps, on re- chauffées au bain-marie, à 28 ou 30
passe au tamis la liqueur claire du degrés, et lorsqu'elle a acquis la con-
dépôt,composédemembranes, débris sistance de sirop, elle estadditionnée
de muqueuses, matières grasses et de son poids de sucre de lait très
peptones non achevées. » Perret pur et divisée en globules. Ces glo-
charge de nouveau de pulpe cette bules sont séchés à une basse tem-
liqueur claire jusqu'à ce que sa den- pérature et recouverts d'une couche
site finale marquée à 7 degrés Baume. de résine de benjoin qui permet alor^
Si Ton y ajoute un dixième de son leur conservation (Perret, Bull, de
volume d'alcool à 95 degrés, on ob- Thérap., t. XCIV, p. 26-4.)
tient un précipité persistant. (1) D'après le nouveau Codex fran-
Par des manipulations successives, çais,la pepsine médicinale, en poudre,
la pepsine est complètement débar- doit répondre à l'essai suivant.
qui est vendu sous le nom de pepsine médicinale de Corvisart^ de Boudault ou de Hottot (i). Dans le commerce, la pepsine amylacée est livrée sous trois états différents : acide, neutre ou alcaline. Je n'ai pas besoin de vous dire que les deux dernières doivent être repoussées complètement de la thérapeutique, puisque la peptonisation n'est obtenue qu'en présence d'un acide. C'est donc seulement la pepsine amylacée acide que vous formulerez et vous la donnerez à la dose de 50 centigrammes àl gramme, avant chaque repas.
Ce mélange de pepsine et d'amidon, s'il présente des avantages, a aussi des inconvénients nombreux. D'abord, il favorise les falsifications, de sorte que certains industriels en sont venus à livrer des poudres constituées seulement par l'amidon ; de plus, cette substance protéique se modifie, s'altère à l'air libre, et perd plus ou moins rapidement ses propriétés digestives. On s'est donc efforcé d'obvier à ces inconvénients. Ellis (2) a proposé d'employer un vin de présure ; Perret, lui.
Introduisez dans un petit flacon à large ouverture.
Pepsine médicinale 0 gr. 50
Eau distillée 60 »
Acide chlorhydrique oflici-
nal 0 » 60
Fibrine de porc lavée et fraîchement essorée 10 «
Placez le flacon dans une étuve à eau chaude dont la température devra être maintenue à 50" et faites-digérer pendant six heures en ayant soin d'agiter fréquemment jusqu'à dissolution complète de la fibrine, et puis toutes les heures environ, 10 centimètres cubes de la liqueur refroidie et filtrée ne devront pas se troubler par l'addition de 20 à 50 gouttes d'acide azotique.
Obs. La pepsine extractive doit répondre à ce mode d'essai à la dose de 0.20 centigr., seulement (a).
(1) La pepsine de Boudault, ou poudre nutrlmentive de Corvisart, est composée ainsi : pepsine neutre, 50 centigrammes; acide lactique, 3 gouttes; amidon, 50 centigrammes.
(2) Le docteur Ellis, frappé de l'infidélité d'action de la pepsine livrée au commerce, en AngleteiTe, a eu l'idée de substituer à cette substance un vin de présure préparé ainsi :
On prend un estomac de veau très frais, on en retranche le cardia et ou essuie soigneusement la face interne, en évitant d'enlever le mucus limpide qui le recouvre ; puis on le coupe en petits morceaux, que l'on met dans une bouteille qu'on remplit de vin de
(fl) Codex français, 1884, p. 254.
Du glycéi'olé de pepsine.
a conseillé de substituer le sucre de lait à l'amidon, et de faire des granules avec ce mélange, qu'on préserverait de l'action de l'air par une enveloppe de benjoin. Mais le procédé de beaucoup le meilleur est celui'de Wittich, procédé mis en usage^par 0. Liebreich, Gatillon (1), Audouard; il consiste dans l'emploi de la glycérine comme dissolvant de la pepsine.
Vous savez, messieurs, que, grâce aux travairx de Berthelot, la glycérine, ce principe doux des huiles, doit être rangée dans la classe des alcools triatomiques. Vous savez aussi que Audigé et moi (2), dans nos recherches sur les alcools.
Xérès. On laisse macérei' pendant trois semaines.
Dose : une cuillerée à café dans un verre d'eau, immédiatement après le repas, dans le cas où la pepsine est indiquée.
Dans le cas où on remplacerait le Xérès par un bon vin blanc français, il faudrait remonter celui-ci avec un dixième d'alcool et y ajouter un peu de sucre; sans cette précaution ce vin ne se conserverait pas. (Bull, de Thérap., p. 33, t. LXV, 1863.)
(1) Gatillon fait macérer la muqueuse stomacale réduite en pulpe dans la glycéiùne, qui dissout la pepsine et les matières albuminoïdes ; celles-ci sont ensuite coagulées par la chaleur, et le coagulum étant séparé, on obtient un liquide doué d'un énergique pouvoir digestif. Mis en présence de la fibrine dans une eau acidulée, il la dissout avec une très grande rapidité. La préparation présentée par Gatillon digère son poids de fibrine, et une cuillerée à café correspond à 1 gramme de pepsine amylacée de bonne qualité. D'après
des expériences comparatives, l'extrait glycérine de pepsine paraît beaucoup plus actif que la pepsine préparée d'après le Godex. D'après Gatillon, la glycérine ajoutée à une dissolution de pepsine augmente son pouvoir digestif, tandis que l'alcool, comme on le sait, paralyse ce même pouvoir digestif. Pour démontrer ce fait, il a délayé 5 grammes d'extrait de pepsine à la glycérine : 1° dans de l'eau; 2° dans de l'eau fortement sucrée; 3° dans la même eau sucrée additionnée de 25 pour 100 d'alcool, i" dans la même eau sucrée additionnée de 30 pour 100 d'alcool. Dans chaque flacon fut mise la même proportion d'acide, avec 6 grammes de fibrine. Tandis que dans les deux premiers flacons la dissolution se fit rapidement, dans la troisième la fibrine s'est gonflée en une pulpe gélatineuse, en partie non dissoute, et dans le quatrième elle a conservé son aspect sans paraître attaquée (a).
(2) Il est bon, croyons-nous, de rappeler, à propos de l'emploi de la glycérine, que cette substance, prise
{a) Société de Thérap., séances des 11 et 7 avril 1877. — 0. Liebreich, The Practitioner, mars 1877, p. loi. — Wittich, Arch. de Pftûger, t. U et t. V.
nous avons démontré que celte substance, prise en très grande quantité et à doses massives, jouissait de propriétés toxiques, comparables, dans une certaine mesure, à celles des alcools. La glycérine à petites doses peut, au contraire, jouir de propriétés reconstituantes, et Constantin Paul a soutenu que ces propriétés étaient dues peut-être à sa faculté de dissoudre la pepsine. Sydney Ringer et W. Murrell ont prétendu que la glycérine pouvait empêcher Facidité exagérée de l'estomac, le pyrosis et la flatulence, en s'opposant ou en retardant les fermentations stomacales {a).
D'autres préparations de pepsine ont été aussi préconisées, r)es éiixhs
,,.... ,, 1 '''^ pepsine.
et je dois vous signaler deux elixirs jouissant d une grande vogue : ce sont les élixirs de Gorvisart et de Mialhe (i). On
en grande quantité et à doses mas- ques (glycéricisme aigu) est compa-
sives, peut provoquer certains acci- rable, dans de certaines limites, à
dents, comme l'ont démontré Dujar- ceux de l'alcoolisme aigu;
din-Beaumetz et Audigé, dans leurs 3" Les lésions nécroscopiques dans
expériences sur les animaux. Voici, le glycérisme sont analogues à celles
du reste, les conclusions du travail de l'alcoolisme, ce qui porte à penser
de Dujardin-Beaumetz et Audigé : que l'action toxique de ces deux corps
1° La glycérine chimiquement pure est à peu près la même;
détermine chez le chien, dans les 4" Au point de vue thérapeutique,
vingt-quatre heures, lorsqu'elle est il n'est donc pas peut-être sans danger
introduite sous la peau, des accidents d'introduire dans l'économie de trop
mortels à la dose de 8 â 10 grammes grandes quantités de glycérine (b).
par kilogramme du poids du corps; (1) Élixir de pepsine (Gorvisart) :
2" L'ensemble des accidents toxi-
(a) The Lancet, 3 juillet 1880.
(b) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Sur les propriétés toxiques de la glycérine {Bull, de Thérap., 30 juillet 1876). — Gubler, De Vemploi de la glycérine dans le traitement de l'acné sébacée {Société de Thérapeutique, 4 février 18G0). — Demarquay, De la glycérine et de ses applications à la chirurgie et à la médecine, 3° édit., Paris, 1857. — Davasse, Note de matière médicale et de thérapeutique sur la glycérine. Paris, 1869. — Bouchardat, De la glycosurie, 1875, p. 192. — Cantani, Du diabète sucré, 1876, p. 412. — Carnier, De la glycérine dans le traitement du diabète {Académie des sciences, mars 1876; Bull. de Thérap., t. LXXXVIII, p. 460). — D. Harnach, Pathologie et traitement, par la glycérine, du diabète sucré [Deutsch. Arch. f. klin. Med., t. 111, p. 593, et Revue des sciences méd., t. VI, p. 248). — Jacobs, Du traitement du diabète sucré par la glycérine {Arch. de Virchow, Band LXV, Hefl 4, et Bull, de Thérap., t. XC, p. 256). — Catillon, De l'emploi de la glycérine à l'intérieur associée au quinquina et aux sels de fer [Répertoire depharmacie, 16 juin 1376, p. 321).
440 LEÇONS DE CLINIOUE THÉHAPEUTIQUE.
doit les prescrire par cuillerées à dessert ou à bouche au moment du repas. L'alcool paraît, comme l'ont montré Vulpian et Mourrut, retarder l'action de la pepsine, ce qui diminue la valeur thérapeutique réelle de ces élixirs (1).
Êlixir de Garus \
Sirop de cerises aigres... ^ âà 50
Eau distillée /
Pepsine amylacée 10
Élixir de pepsine de Mialhe :
Pepsine amylacée . . 6
Eau distillée 54
Vin blanc de Lunel 34
Sucre blanc 50
Alcool à 80 degrés 12
Voici la formule d'élixir de pepsine, suivant le nouveau Codex (1884) :
Pepsine médicinale en poudre. 50 gr.
ou :
Pepsine extractive 20 »
Eau distillée 450 »
Alcool à 80 degrés 150 gr.
Sirop simple 400 »
Huile essentielle de m.enthe ou
autre (pour aromatiser) .... Q. S.
Délayez la pepsine dans l'eau distillée, puis mêlez au sirop et à l'alcool dans lequel l'huile essentielle aura été dissoute.
Laissez en contact pendant vingtquatre heures. Filtrez.
(1) Dans un mémoire sur les digestions artificielles, Mourrul, et dans son cours, le professeur Vulpian, ont étudié l'action des ferments digestifs employés dans le traitement de la dyspepsie. Ils ont montré la présence d'un acide qui empêche l'action de la diastase etdelapancréatine. Ainsi Mourrut a reconnu que 1 centigramme de diastase saccharifie complètement en six heures, à la température de 37 à 40 degrés centigrades, 40 grammes d'empois contenant 5 pour 100 de son poids d'amidon; il
constate que, si l'on a additionné l'empois de deux gouttes d'acide chlorhydrique, la transformation n'est obtenue qu'au bout de trente heures; il en est à peu près de même dans du suc gastrique artificiel et dans du suc gastrique naturel.
Dans une seconde partie, Mourrut fait les mêmes expériences avec la pancréatine, en mettanl 20 centigrammes de cette substance en contact avec 50 grammes d'empois ne contenant que 3,5 pour 100 d'amidon, La transformation sucrée de tout l'empois a demandé dix-huit heures.
Après addition de deux gouttes d'acide chlorhydrique au même mélange il n'y avait aucune transformation au bout de quarante-huit heures d'étuve.
Les résultats ont été également nuls, aussi bien dans le suc gastrique artificiel que dans le suc gastrique naturel; cependant, dans le suc gastrique naturel, il y avait liquéfaction de l'empois d'amidon, mais sans saccharification.
Mourrut a fait dissoudre 20 centigrammes de pancréatine dans 50 centimètres cubes d'eau, puis il a mis dans cette solution 6 grammes d'albumine d'œuf cuite, divisée en petits cubes. Au bout de dix-huit heures de séjour dans l'étuve, il y a une transformation partielle de l'albumine en peptone.
La même expérience répétée après addition de deux gouttes d'acide chlorhydrique à un mélange en tout semblable a donné un résultat absolument nul quant à la formation d'albuminose ou peptone.
A côté de la pepsine, il faut placer les peptones. Leur action favorable avait déjà été constatée par P. Plotz, Maly, Giergyai, Adamkiewicz ; mais ces produits étaient peu connus en France et la Hollande seule, grâce aux travaux de Sanders, les fabriquait d'une manière courante. Depuis que j'ai appelé l'attention sur l'utilité de ces produits, nos pharmaciens ont préparé à leur tour d'excellentes peptones, qui rivalisent et même l'emportent sur celles d'origine étrangère (1).
Des peptones.
Pour l'alcool, il ne détruit pas l'action de la pepsine sur les substances azotées, il la retarde ; si l'élixir de pepsine (celui que Mourruta employé) n'agit pas dans ces conditions, c'est évidemment qu'il ne contient que peu de ce principe, s'il en contient.
L'alcool retarde aussi l'action digestive de la diastase et de la pancréatine (a).
(1) Voici comment Catillon prépare ces peptones :
Un kilogramme de viande de bœuf, débarrassée des parties grasses et tendineuses et finement hachée, est mis à digérer, à la température de 45 degrés, pendant douze heures, avec 5 litres d'eau acidifiée par 20 grammes (4 grammes par litre) d'acide chlorhydrique pur à 22 degrés Baume, densité 1,18 et de la pepsine en léger excès. La proportion de pepsine ne peut être déterminée que par son titre d'activité. 11 faudra, par exemple, 35 grammes de pepsine du Codex, qui digère 30 à 40 fois son poids de fibrine (je parle de la pepsine extractive, en pâte, et non de la pepsine amylacée, qui digère seulement 6 fois) ou 6 grammes de pepsine au titre 200.
On agite le mélange de temps en
temps et l'on maintient la température constante. x\u-dessous de 40 degrés la digestion se ralentit; si l'on dépasse sensiblement 50 degrés On court le risque de détruire la pepsine, ce qui arrive infailliblement vers 70 degrés. Le mélange, d'abord à l'éta de bouillie, se fluidifie peu à peu et, après un temps qui varie de deux à six heures et plus, selon l'activité de la pepsine, devient transparent. Il contient alors un mélange de peptones et de syntonine :
il se coagule par la chaleur et par l'acide nitrique.
Après douze heures de digestion, on passe pour séparer les parties insolubles et l'on filtre. La filtration rapide est un indice que la transformation est assez complète.
Le liquide filtré ne doit pas se troubler par l'ébullition.
Traité par l'acide nitrique, comme il a été dit plus haut, il ne doit donne r lieu à aucue nuage.
On sature ce liquide par le bicarbonate de soude et on l'évaporé au bain-marie. Lorsque la concentralion est avancée, il se forme une pellicule à la surface, la solution est arrivée à l'état de saturation.
11 est préférable, pour l'emploi thérapeutique, de conserver la pep-
(a) Académie de médecine, séance du 12 août 1870, t. VIII, p. 'jOI.
Ces pepLones se présentent aujourd'hui sous deux aspects, ou bien à l'état liquide ou bien à l'état solide, ces dernières sont de beaucoup préférables et doivent être seules employées aujourd'hui. Catillon a étudié l'équivalent nutritif de ces différentes peptones et a montré que pour l'homme il suffisait, pour entretenir la nutrition, de prendre par jour huit cuillerées à bouche de solution saturée de peptones et correspondant à trois fois son poids de viande (1).
Vous pourrez administrer ces peptones de la manière suivante : Dans une tasse de bouillon convenablement aromatisé vous verserez une cuillerée à bouche de peptone liquide ou bien une cuillerée à café de peptone solide et vous pourrez renouveler ce potage deux ou trois fois dans la
tone à cet état de solution sirupeuse.
Si l'on pousse l'évaporation jusqu'à siccité, radministralion en est moins facile, puisqu'il faut redissoudre.
La solution saturée de peptones doit marquer 19 degrés à froid à Taréométre de Baume (densité: 1 J5); elle contient sensiblement la moitié de son poids de peptones solides; préparée avec la viande, elle a une couleur jaune foncé, une odeur désagréable, et un-e saveur acidulé rappelant le bouillon concentré (a).
(1) Catillon a résolu le problème suivant : Quelle est la quantité de peptone nécessaire pour produire la même proportion d'urée que la quantité de viande nécessaire à l'alimentation quotidienne régulière ?
11 a vu que chez un adulte du poids de lii kilogrammes, une ration de "350 grammes de pain, de 350 grammes de pommes de terre et de 30 grammes de beurre, à laquelle on ajoute 160 grammes de solution saturée de peptones, suffit à la nutri-
tion et amène même une augmentation du poids ; ce qui fait 2 gr. 22 de solution ou 1 gr. H de peptone solide par kilogramme du poids du corps.
Pour le chien, la proportion de peptone est plus considérable. Il fallut, pour un animal du poids de 1 1^,200, 75 grammes de solution de peptones, c'est-à-dire 6 à 7 grammes de solution par kilogramme du poids du corps.
Les expériences de Catillonavaient été déjà faites par Plotz et Maly.
Plotz a nourri un chien de dix semaines avec un mélange de librinepeptone, du glucose, du beurre et du sel.
L'animal a consommé 567 grammes de peptones, 309 grammes de beurre, 422 grammes de glucose, et il a augmenté de 501 grammes.
Maly a donné à un pigeon un mélange granulé de fibro-peptone, d'amidon, de graisse, de gomme, de cellulose, de sel, et l'animal a aussi augmenté de poids.
(a) Catillon, Des peptones {Bail, général de Thérapeutique médicale et chirurgicale, février 1880, t. XGVIII, p. 116 et 169;.
journée. Mais il faut reconnaître que l'acidité de ces produits et leur goût désagréable- les rendent souvent peu tolérables à l'estomac, et il arrive qu'au bout de peu de temps on est obligé d'en cesser l'emploi. Je crois donc que les peptones ne doivent pas être conseillées dans le traitement des afFections de l'estomac, du moins lorsqu'on doit les administrer par la bouche; mais, en revanche, les peptones sont admirablement appropriées pour l'alimentation par le rectum et doivent servir exclusivement, comme je vous le montrerai par la suite, à constituer les lavements dits alimentaires.
Près de la pepsine et des 'peptones d'origine animale, il °'''''f''''t''"'^°faut placer des produits fort curieux étudiés, dans ces derniers temps, par Wùrtz et par Bouchut (1) et que l'on a décrits sous le nom de pepsine végétale. On utilise surtout \e Karica papaya, dont les tiges, les feuilles et les fruits fournissent, comme l'a montré pour la première fois Moncorvo (de Riode-Janeiro) , un suc qui a la curieuse propriété de transformer, avec une extrême rapidité et une très grande énergie, les substances animales en peptones. Wùrtz a retiré de ce suc une substance qui résume toutes ces propriétés digestives et à laquelle on a donné le nom de papaïne. On fait avec ce ferment digestif des élixirs et des vins absolument analogues aux élixirs et aux vins de pepsine.
(1) VViirtz a démontré que la pa- venu libre pourrait exercer son action païne, ferment soluble dnKarica jya- sur une nouvelle portion de fibrine. pa«/a, dissout mille fois son poids de Pour Wùrtz, la papaïne possède la fdDrine humide dont la plus grande composition des matières albuminoïpartie est transformée en peptone des et se rapproche du ferment pannon précipitable par l'acide nitrique- créatique nommé trypsine.Le Karica la papaïne commencerait par se fixer papaya ne serait pas la seule plante sur la fibrine et donnerait un pro- qui fournirait une pepsine végétale duit qui, sous l'action de l'eau, amè- et les Ficus jouiraient de la même nerait la solution de la fibrine, en propriété. Bouchut donne le nom de même temps que le ferment rede- Gicoïne à ce ferment spécial (a).
{a) Wiirtz et Bouchut, De la papaïne, Académie des sciences, inin et novembre 188D, et Bull, de Thérap., t. XCIX, 1880, p. 132, ,179, 404.
De la valeur Quclls Gst la véritable valeur thérapeutique de ces pep-
tliérapeutique , . , . .
delà pepsine sines, soit d origlue animale, soit d'origine végétale? Elle est
etdespeptones. i • i? ■ , -i -u^i
beaucoup moins grande qu on pourrait le croire d après les expériences de laboratoire où nous voyons ces pepsines transformer si facilement en peptones les substances albuminoïdes avec lesquelles elles sont mises en contact. Dans les dyspepsies, et en particulier dans la dyspepsie putride, ces propriétés paraissent considérablement atténuées, et, pour ma part, je suis convaincu que le meilleur moyen de remédier au défaut de sécrétion du suc gastrique est, non pas d'introduire des ferments digestifs solubles dans l'estomac, mais bien de s'adresser directement aux glandes à pepsine en stimulant de nouveau leur sécrétion par des substances peptogènes; l'on arrive à ce but, non pas par des médicaments, mais par un régime alimentaire bien compris et bien ordonné. Mais avant d'aborder ce sujet, je dois vous dire quelques mots de la médication acide.
De Vous savez le rôle important que joue Tacidité du suc gas-
1;\ médication . -, .., , ii'-i
acide. trique dans la peptomsation des substances albuminoïdes ; vous ne serez donc pas étonnés de voir prescrire dans la dyspepsie putride les médicaments dits acides. La question, longtemps débattue, de la nature de l'acide du suc gastrique a une grande influence sur les médications acides proposées, et vous verrez, selon l'opinion dominante, les médecins conseiller tantôt l'acide chlorhydrique, tantôt l'acide lactique. C'est ainsi que Trousseau (1) et Caron (2) ont formulé des potions
(1) Potion antidyspeptique (Trous- (2) Potion contre la tl3spepsie
seau) : (Caron) :
^ ,. , Via de quinquina au bor-
Potion siommeuse du j ,/^,, -
Codex 125 gr. e '!^ï ïï ^^
..,,,,,. o ^ f. ■. Su'op thebaïque 30
Acide chlorliydnuue. 3 a 4 gouttes. . ., , , , , .
Acide chlorhydrique 1
Doses : une à deux cuillerées à M. f. s. a. Prendre une ou deux
bouche après les repas. cuillerées à bouche avant le repas.
antidyspepsiques à base d'acide chlorhydrique , et que quelques médecins ont conseillé la limonade lactique, pour combattre ce défaut d'acidité du suc gastrique. Vous trouverez aussi dans vos vieux formulaires, sous le nom d'élixir vitrioliqiie de Mynsicht, d'eau de Théden, d'élixir de Paracelse, etc., etc., des liqueurs acides ont été conseillées qui en pareil cas (i).
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que des prépara-
Des tisanes.
(1) Voici la formule de l'élixir vitriolique de Mynsicht :
Racine d'acore odorante L > ,^
aa 4(1 ffr.
— de galanga )
Sommités d'absinthe \
— de menthe crépue.!.^ en
' )aa 20
— de sauge 1
Fleurs de camomille j
Cannelle fine
Cubèbe
Gingembre )àà 15
Girofle
Muscade
Bois d'aloès ), , ^
Zestes de citron ..\
Sucre 160
Alcool à 60 degrés 960
Acide sulfuriqne purifié 160
Mêlez d'abord l'acide sulfurique et l'alcool, versez le mélange dan s un matras sur les autres ingrédients pulvérisés ; faites macérer pendant quinze jours à une douce chaleur et filtrez.
Donnez de cet élixir, de deux gouttes à quarante, dans une suffisante quantité d'eau.
L'eau deThéden se préparait de la' façon suivante :
Acide sulfurique purifié.... 5 gr.
Alcool à 90 degrés | ^ ,„
Suc d'oseille \ ^^ "^^
Eau distillée 5
Poudre de sucre.
Mêlez, d'une part, et avec précaution, l'acide sulfurique et l'alcool; d'autre part, faites fondre le sucre dans l'eau et le suc d'oseille. Mêlez les deux liqueurs dans un matras, et filtrez après huit jours de macération.
L'eau de Théden se donne à la dose de vingt à trente gouttes dans un verre d'eau aromatisée.
Audhoui à proposé sous le nom de liqueur balsamique acide, une liqueur qui résume les propriétés des élixirs précédents. Voici comment il prépare cette liqueur :
Prenez de bon alcool de vin à 85 degrés, des zestes d'oranges et des bergamotes fraîches. Mettez les zestes dans l'alcool. Laissez infuser pendant deux jours. P»etirez, par distillation lente au bain-marie, les deux tiers de la liqueur.
Préparez un sirop de sucre que vous colorerez au moyen d'écorces d'oranges provenant de Curaçao.
Réunissez le sirop et l'alcoolat dans des proportions convenables.
Ajoutez une quantité déterminée d'acide chlorhydrique dissous.
Une cuillerée à café à prendre après chaque repas (a).
(a) Audhoui, Traité du nettoiement des voies digestives. Paris, 1881, p. 118.
lions magistrales les plus importantes. D'autres jouent un rôle plus modeste, mais encore efficace; ce sont les tisanes, et ici toutes les tisanes amères ont été conseillées. Bien que nous ne connaissions pas exactement l'action de ces substances, on les considère cependant comme excitant la sécrétion du suc gastrique et favorisant la digestion ; c'est là du moins l'opinion la plus généralement adoptée, bien qu'elle ne repose pas sur des expériences rigoureuses. Quoi qu'il en soit, ces tisanes ne présentant pas d'inconvénients, on peut les prescrire sans danger; d'ailleurs, je vous en reparlerai lorsque je m'occuperai avec vous des dyspepsies par défaut de contraction musculaire.
Mais, à côté de ces tisanes amères, dont l'action intime et réelle nous échappe, il convient de placer d'autres préparations, dont l'effet favorable dans le cours de la dyspepsie putride nous est aujourd'hui parfaitement expliqué. Ce sont d'abord les tisanes renfermant des substances peptogènes, comme la décoction blanche de Sydenham (l)et les infusions
(1) Sydenham avait d'abord for- gomme; ajoutez la mie de pain et le mule sa préparation de la façon sui- sucre; triturez de nouveau; faites vante : bouillir avec l'eau pendant 15 mi- Corne de cerf râpée.. . .).... . ^'l^^es. Passez, exprimez légèrement;
Mie de pain blanc | ^^ *"" ^''- ajoutez 1 hydrolat.
Eau de fontaine 1200 Voici encore la formule de la décoction blanche des hôpitau.Y mili-
Faire bouillir jusqu'à 800 grammes taires :
(environ) ; ajouter sucre, 0. S. n i • ^ * u ■ ■ m
. . ^ ' J <^> ^' "• Og calcines et porphyrises. 10 gr.
Voici maintenant la formule du Mie de pain de froment... 25
LiOClex. Gomme Sénégal concassée. 30
Corne de cerf calcinée et ^"^"^ aromatique de citron.. 30
porphyrisée 10 gr. Sirop simple 50
Mie de pain de froment... 20
Eau Q. S.
Gomme arabique 10 pour 1 litre de décodé, faitesbouil-
1"":'^ ^/^i!*^ 50 lir ensemble les os calcinés et la mie-
Hydrolat déranger 10 1 • j , . -,,,
T7 ,-.- f„ , de pain pendant un quart d heure.
Eau commune, quantité suffisante t^ , , , . . 1 ■-
pour 1 litre. Passez a 1 etamine, exprimez légèrement. Faites dissoudre la gomme ;
Triturez la corne de cerf et la ajoutez le sirop et l'eau aromatisée.
des graines en voie de germination. Van Tieghem, en effet, a soutenu qu'à ce moment -les feuilles cotylédonaires pouvaient dissoudre les substances azotées qui y sont contenues. Les graines de vesces, les semences de chanvre indien, l'orge germé, jouiraient, d'après lui, de propriétés peptonisantes.
Nous venons de passer en revue les préparations pharmaceutiques employées dans la dyspepsie putride; ces préparations ont certainement quelque valeur, mais elles doivent être placées au second plan au point de vue de l'efficacité, si on les compare au moyens diététiques dont le médecin peut user pour guérir cette forme de dyspepsie. Ici, comme dans toute la question du traitement des dyspepsies, le premier rang appartient à l'hygiène thérapeutique.
Quelle hygiène, quel régime prescrirez-vous à un malade atteint de dyspepsie putride par défaut de sécrétion de suc gastrique?
Commençons par l'alimentation, 11 est une remarque fort du traitement
. .1 , • hygiénique.
curieuse que nous ont lourmes les expériences que nous avons faites avec le gavage; c'est que, lorsqu'on met en rapport direct la muqueuse de l'estomac avec des substances albuminoïdes convenablement préparées, on voit reparaître la sécrétion du suc gastrique; c'est ce qui se produit avec les poudres de viande et il semble résulter de ces expériences que les meilleurs stimulants de la sécrétion des glandes à pepsine sont les peptones qui résultent de l'action intime du suc gastrique sur les molécules azotées de ces poudres alimentaires. Ce fait doit être utitisé dans le traitement de la dyspepsie putride et vous devez ordonner soit des poudres de viande, soit de la viande crue, mais en très faible quantité chaque fois, et c'est ici que triomphe la méthode préconisée par Brown-Séquard, qui a proposé pour guérir les dyspepsies de donner à manger toutes les heures. On peut joindre à ces poudres de viande de la farine de lentilles germées, à cause
us LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
des propriétés peptonisanles de ces substances. Vous pourrez V ajouter aussi la croûte de pain qui contient de la dextrine qui est, comme l'a démontré Schiff, un puissant peptogène.
Vous prescrirez aussi de boire du vin et de terminer le repas par un petit verre de liqueur. Ces boissons, en effet, augmentent l'acidité du suc gastrique, et vous savez que, dans cette forme particulière, c'est cette absence d'acidité qui caractérise cette dyspepsie putride. Pour les liqueurs, bornezvous, autant que possible, à la vieille eau-de-vie de vin de bonne qualité, et pour diminuer l'action irritante locale de ce liquide, sucrez-le. Le sucre, en effet, atténue notablement l'irritation qui résulte de l'action directe de l'alcool sur la muqueuse.
N'oubliez pas, enfin, que le lait joue ici un rôle important. Lorsque je vous ai parlé de la digestion du lait, je vous ai montré qu'il était le véritable régulateur de l'acidité de l'estomac et qu'il suffisait d'une petite quantité du suc gastrique pour provoquer la fermentation lactique d'une grande quantité de lait. La présence de ce ferment lactique augmente l'acidité normale du suc gastrique et aussi ses propriétés digestives.
Vous ordonnerez en plus un exercice actif, de manière à augmenter l'activité circulatoire générale, vous recommanderez de vivre au grand air et, si c'est possible, à la campagne. Pour Charles Richet, ces règles trouveraient leur explication physiologique dans ce fait que l'acidité du suc gastrique résulte de son oxydation; or, cette oxydation se fait aux dépens de l'oxygène du sang; donc, plus ce dernier sera oxygéné, et plus s'augmentera l'acidité du suc gastrique. Enfin, vous pouvez aussi tirer parti des bains froids; l'hydrothérapie, en activant la circulation générale active aussi la circulation de l'estomac et a une influence sur la sécrétion du suc gastrique.
Le grand air, l'hydrothérapie, voilà les plus puissants moyens curatifs ; vous pourrez, du reste, trouver l'un et l'autre réunis dans quelques stations, comme Divonne, par exemple. Les bains de mer ont été aussi conseillés dans ce cas comme stimulant de l'organisme tout entier.
A quelles eaux minérales enverrez-vous vos malades, atteints de dyspepsie putride?
Le traitement hvdrothermal joue dans la cure des dvspep- Traitement
"^ ■' J r r hydrothermal.
sies un rôle si important, que pour vous donner à ce sujet les indications les plus utiles, je n'ai point voulu m'en rapporter à ma seule expérience, et j'ai demandé à mon savant ami le docteur Durand-Fardel, dont vous connaissez tous à cet égard la haute compétence, de vouloir bien m'aider de ses conseils («).
En général, les eaux chargées de gaz carbonique paraissent exercer une stimulation fiavorable sur la sécrétion du suc gastrique, elles sont ici toutes indiquées, et c'est ainsi que les eaux dites de table, Saint-Galmier, Condillac, Ghapetout, etc., donnent, dans ces cas, de bons résultats. Vous pouvez y ajouter les eaux de Saint-Alban, le Boulon (1), la Hontalade (2) à Saint-Sauveur, Mahou-
(1) Le Boulou (Pyrénées-Orieii- Sulfure de sodium 0.0316
taies) : eaux bicarbonatées sodiques Sulfate de magnésie 0.0040
moyennes ou ferrugineuses faibles, Carbonate de chaux.. . 0.0063
possède quatre sources : 1° celle du ^,, , ~~ , ^ magnésie ... ■ -^
£, , ^,„ „, ,-,. ,, , o • . Chlorure de sodium 0.0976
Boulou (17o,b); 2" celle de Saint- ^cide silicique 0.0145
Martin de Fenouillat (16'', "25); 3" celle Baréo-ine 0.0260
de Sorène C20°,8) ; et 4° celle de La- " —^ —
. roque (15° 6). ' " '^'^^^^ des matères fixes.. 0.16-29
(2) D'après Bérard (de Montpel- Gaz acide sulfhydrique com-
lier), voici ce que 100 grammes de ^iné avec la soude 0.5000
' ^ ^ — azote 0.7000
l'eau de la source Hontalade renier-
men 1.2000
(a) Uurand-Fardel, les Eaux minérales et les Maladies chroniques, Paris, 1874, p. 184. — Gubler, /e Traitement hijdrothérapique dans les maladies chroniques ; Paris, 1874, p. 26.
CLINIQUE THÉRAV., 4* édit. " I. — 29
rat(l) à Caiiterets. Vous pouvez aussi user d'eaux alcalines, bicarbonatées, sodiques franches, telles que Vichy et Vais, mais à faible dose, un verre à chaque repas, et en choisissant les sources les moins alcalines.
D'ailleurs, permettez-moi de remettre, lorsque nous parlerons de la cure de la dyspepsie acide, tout ce que j'aurai à vous dire à l'égard de ces différentes eaux de Vais et de Vichy, qui méritent, par le rôle important qu'elles jouent dans le traitement des dyspepsies, une mention toute spéciale.
Voilà, messieurs, les règles diététiques et pharmaceutiques à suivre dans le traitement de la dyspepsie putride par nonsécrétion du suc gastrique. Vous me pardonnerez d'avoir autant insisté sur cette forme, mais c'est une des plus fréquentes, et, au point de vue du traitement, elle réclame la plus grande attention.
Il me reste maintenant à vous dire quelques mots de la dyspepsie putride par fermentation vicieuse des substances introduites dans l'estomac. Je serai d'ailleurs très bref sur ce point, car je compte y revenir complètement lorsque je vous parlerai de la dilatation de l'estomac.
C'est en effet dans les dilatations de l'estomac que nous
Cette eau a une température de de cette eau ont donné à Filhol : 20°,9 c, celle de l'air étant de 17%.ic.
Cette source de la Hontalade (qui Sulfure de sodium 0.0154
veut dire en vieux patois basque c< la Carbonates et silicates al-
c 1 1 171 ■ X ' ' /aa - calms 0.0:256
Source de la Fee ») émerge a 600 me-
très de Saint-Sauveur. Son eau est 0.0410
claire, transparente et d'une saveur
supportable. Cette eau a surtout été recom-
(i) L'eau de la source Mahourat mandée par Byasson dans le traite-
n'est nullement désagréable à boire ; ment des dyspepsies liées à un défaut
sa température est de 51 degrés cen- d'absorption, et particulièrement aux
tigrades, celle de l'air étant de 23 de- dyspepsies chlorotiques, anémiques
grés centigrades, 1000 grammes et goutteuses (a).
■ («) Louis Byasson, Essai sur les causes des dyspepsies. Paris, 1874. i
trouvons ces dyspepsies putrides. Elles résultent du séjour prolongé des aliments dans le ventricule dilaté et pour les combattre, il suffit de laver la cavité stomacale avec des solutions antifermentescibles. Cependant, dans certains cas, on peut, sans recourir à la pratique du lavage, utiliser certaines préparations pharmaceutiques et, en particulier, la poudre de charbon de Belloc ou bien des solutions faibles d'acide borique (1 à 2 pour 100) ou mieux encore une solution qui me donne, en pareils cas, d'excellents résultats et que j'ai décrite sous le nom d'e-àii siclfo-carbonée. Cette eau s'obtient comme l'eau chloroformée, en agitant du sulfure de carbone parfaitement pur avec de l'eau, puis en ayant soin de décanter le mélange.
Cette eau, comme l'ont montré Ckiandi-bey et Péhgot (1),
(1) Voici les conclusions de Ckiandi-bey.
r Le sulfure de carbone est soluble dans Veau, contrairement à ce qui est indiqué dans la plupart des ouvrages de chimie.
Son degré de solubilité, que j'ai été appelé à déterminer sur des volumes d'eau considérables, a varié de 0§r,002 et 0^^,003 de sulfure de carbone par 1000 grammes cVeau, à la tempéi-ature de 18° à 20°. En battant du sulfure de carbone pur dans un flacon complètement plein d'eau, j'ai obtenu une solution contenant environ 0ê''',50 de sulfure de carbone par litre ; mais je ne pais garantir l'exactitude de ce chiffre, n'ayant aucun moyen pratique pour doser d'aussi petites quantités de sulfure de carbone.
2° Le sulfure de carbone à l'état de dissolution dans l'eau et, à plus forte raison, à l'état pur, arrête toutes les fermentations : il tue les microbes ;i\ est un antiseptique des plus énergiques, il est en outre doué
d'une pui'ssance de pénétration très considérable.
3° Le sulfure de carbone pur, en dissolution dans de l'alcool pur et neutre à 96°, se rféJcompose lentement et donne naissance à divers produits, notamment à de lliydro gène sulfuré (on sait que les dissolutions de caoutchouc sont préparées avec du sulfure de carbone et de l'alcool).
i° Contrairement à l'opinion émise par divers auteurs, je n'ai jamais eu à constater, depuis vingt ans (sur un personnel d'environ deux mille ouvriers), aucun cas de paralysie des membres inférieurs ou supérieurs, sur des ouvriers constamment placés au milieu d'émanations de sulfure de carbone ; je n'ai pas non plus constaté de destruction de leurs facultés viriles : les contremaîtres et ouvriers attachés à poste fixe dans les usines ont presque tous une nombreuse famille.
5° Les vapeurs de suKure de carbonne, respirées dans une certaine proportion, déterminent des phéno-
renferme de 3 à 4 grammes de sulfore de carbone par litre. Elle est éminement antiputride (1).
mènes analogues à ceux de l'éthérisation, sans d'autres malaises qu'une lourdeur de tête de peu de durée.
6" Le sulfure de carbone, ingurgité à l'état de dissolution dans l'eau, présente une saveur sucrée et chaude, puis de la chaleur dans l'estomac, et, au bout de trois quarts d'heure environ (expérience faite sur moi-même en vue du choléra), des picotements dans les muqueuses du nez, analogues à ceux produits par de l'acide sulfureux; le tout suivi de légères lourdeurs de tête, mais sans durée.
7° Le sulfure de carbone pur, appliqué sur la peau (en imbibant de l'ouate de coton avec du sulfure de carbone), est un des révulsifs les plus énergiques ; son action est presque instantanée, et la douleur produite est analogue à celle qui est déterminée par de l'eau bouillante ; mais elle cesse immédiatement par une simple insufflation d'air, qui vaporise le sulfure restant.
C'est en raison de ces constatations que je recommande le sulfure de carbone pour combattre le choléra et toutes les maladies microbiennes (typhus, diphthérie, phthisie, etc.). Son emploi peut rendre de grands services comme médication à Fusage interne, soit à l'état de dissolution dans de l'eau, soit sous forme de perles d'éther, comme révulsif énergique, eomme désinfectant pour les déjections des cholériques, leurs vêtements, les objets de literie, etc.
La solution aqueuse peut servir pour l'arrosage des rues et pour le
lavage des maisons. Cette solution s'obtiendrait économiquement en plaçant, aux prises d'eau des villes, des tonneaux disposés en appareils de "Woolf et contenant du sulfure de carbone au travers duquel passerait l'eau, avant de se rendre à la lance du jet.
Le sulfure de carbone pour médication doit être purilié en le battant avec du mercure métallique, jusqu'à ce qu'il ne produise plus de précipité noir; pour préparer la dissolution de sulfure de carbone dans l'eau, il suffit de battre énergiquement une quantité quelconque de sulfure de carbone avec de l'eau potable.
Le sulfure de carbone pur a une odeur qui rappelle celle du chloroforme. Les dissolutions aqueuses constituent un des médicaments le meilleur marché de tous ceux que l'on connaît; il revient en effet à un centime les 10 litres (a).
(1) Tout le monde n'est pas d'accord sur la quantité de sulfure de carbone, contenue dans les solutions aqueuses. Péligot trouve qu'à la température ordinaire un litre d'eau dissoudrait 3 ce. de sulfure de carbone, soit en poids 4, 52, la densité de ce corps étantde 1,293. Cauvy(de Montpellier) a admis le chiffre de 1 gramme à lsr,92 de sulfure par litre d'eau.
Ckiandi-bey trouve un chiffre encore moins considérable et qui varierait de 0,25 à 0,50 centigr. de sulfure de carbone pour 1000 grammes d'eau à la température de 18 à 20°.
Fausto Sestini soutenait que un litre d'eau dissolvait 1 gr. 51 de sulfure
(a) Ckiandi-Bey, Sur les propriétés antiseptiques du sulfure de carbone [Bull, de l'Acad. des se., séance du 22 septembre 188-4, t. XCIX, p. 509).
Mon excellent interne, le docteur Sapelier a montré, dans sa remarquable thèse, tout le parti que l'on pouvait tirer de ce précieux médicament qui n'a aucune des propriétés toxiques que lui avait attribuées autrefois Delpech, et qui nous rend de très importants services dans la cure des affections gastro-intestinales. Nous coupons cette eau avec du lait ou de l'eau rougie et nous administrons ainsi par jour de cinq à dix cuillerées à bouche de cette eau sulfocarbonée («).
Voici comment se formule cette eau sulfocarbonée :
% Sulfure de carbone pur. .'...... '25 grammes.
Essence de menthe XXX gouttes.
Que l'on devra placer dans un flacon d'une contenance de 700 centimètres cubes. Agitez et laissez déposer.
Vous devrez recommander d'avoir soin d'ajouter toujours de l'eau à mesure que l'on en puise dans cette bouteille, de manière à ne jamais toucher au sulfure de carbone pur qui se dépose au fond du vase. J'avais pensé d'abord à ordonner l'eau sulfocarbonée comme l'eau chloroformée, c'est-à-dire d'avoir soin de décanter le liquide avant de s'en servir, au point de vue médicinal. Malheureusement la volatilisation rapide du sulfure de carbone ne permet pas de prolonger
de carbone, et Rommier en 1882 quantité de pétrole, on peut ainsi
admettait que la solubilité était de faire dissoudre avec 150 gr. de savon
2 grammes par litre. 200 gr. de sulfure de carbone par
Livache a montré- que Ton pou- litre d'eau. Si l'on additionne d'eau
vait augmenter ce pouvoir dissol- cette solution parfaitement limpide,
vaut dans des proportions consi- le sulfure de carbone ne se sépare
dérables en dissolvant le sulfure de pas et on peut ainsi préparer des li-
carbone dans une solution de savon queurs diluées au titre qu'on juge
auquel on a incorporé une certaine nécessaire (b).
(a) Sapelier, Des, effets physiologiques, toxiques et thérapeutiques du sulfure de carbone. Tli. de Paris, 1885.
(b) Peligot, Acad. des se, t. XCIX, p. 387, 1881.— Riche, Du sulfure de carbone comme désinfectant. Journal de pharm. et de chim., t. X, p. 3S5 et 475.
ainsi sa suspension dans l'eau; il est donc important de toujours laisser au fond du vase une certaine quantité de sulfure de carbone afin de maintenir l'eau sulfocarbonée toujours au même titre. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet lorsque j'étudierai la médication intestinale antiseptique (ff).
Dans la prochaine leçon je me propose de vous parler de la dyspepsie acide et pituiteuse.
(a) Voir Maladies de l'intestin, Leçon sur le traitement de la diarrhée.
NEUVIEME LEÇON
Sommaire. — Dyspepsie acide. — Dyspepsie pituiteuse. — ■ Traitement de la dyspepsie acide. — Emploi des alcalins. — Eaux de Vichy. — Eaux de Vais. — Influence de la sudation sur l'acidité du suc gastrique. — Emploi des poudres inertes. — ■ Poudre de Palterson. — Poudres et pilules de Trousseau, de Radius, de Gendrin. — Traitement hygiénique. — Vins. — Traitement de la dyspepsie pituiteuse. — Diète lactée. — Koumys. — Lavage de l'estomac. — Traitement thermal.
Messieurs, dans cette leçon, je vais, au point de vue du traitement, réunir dans une même description la dyspepsie acide et la dyspepsie pituiteuse. L'une, en effet, est souvent la suite de l'autre, et si vous interrogez les malades atteints de pituite, vous verrez que cette gastrorrhée est précédée, plus ou moins longtemps, par la dyspepsie acide.
Quels sont les symptômes de ces deux états? Au début, la Dyspepsie dyspepsie acide est simplement caractérisée par un sentiment de chaleur à l'estomac pendant la digestion ; le malade a V estomac chaud, comme on dit, par opposition à V estomac froid, répondant au défaut d'acidité du suc gastrique ; il ne peut faire aucun excès de table ni de vins sans éprouver rapidement une aggravation dans les symptômes habituels. La sensation de chaleur à la région de l'estomac augmente; pendant la nuit, il y a régurgitation de matières acides qui viennent jusque dans la cavité buccale ou au niveau de l'orifice supérieure du larynx, en laissant le long de l'œsophage une sensation de chaleur et de brûlure ; c'est le pyrosis.
Si les excès de table continuent, à ces symptômes se joint une douleur mal définie, spasmodique, qui siège surtout vers
acide.
Dyspepsie
-i56 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIOUE.
l'orifice du cardia; c'est de la cardialgie. Dans d'autres cas, le malade éprouve dans la région dorsale une douleur vive, une sensation comparable à celle qui résulte du passage dans rœsophage d'un bol alimentaire trop volumineux.
Les aliments sucrés, comme les vins et les alcools, augmentent ces symptômes, et continuellement le malade ressent dans la bouche un goût de surissement particulier. A une période plus avancée, il survient des vomissements, des rejets de matières glaireuses. Puis ces vomissements deviennent habituels, et, chaque matin, le malade vomit une certaine quantité de glaire : // a sa pituite. Tous les individus adonnés aux boissons alcooliques vous parleront de ce symptôme caractéristique.
A ce moment la maladie a changé de caractère; au début, pituiteuse. l'estomac, irrité par des substances introduites dans son intérieur, a sécrété du suc gastrique trop acide; puis, sous l'influence de cette sécrétion exagérée, les corpuscules à pepsine ne se sont pas reproduits, et la plupart des glandes se transforment en véritables glandes à mucus, elles ne sécrètent plus du suc gastrique, mais du mucus en plus ou moins grande quantité. C'est le rejet de ce mucus qui constitue la pituite des buveurs (i).
On pourrait aussi rapprocher la dyspepsie putride par fermentation vicieuse de certaines formes de dyspepsie acide. En effet, comme Ta montré Bouchardat (//), la présence de fer-
(I) La pituite consiste dans le rejet, de sulfocyanures et ont presque
au matin, d'une matière filante, vis- toujours une réaclion alcaline,
queuse, constituée par un Téritable Pour Leven, le liquide ainsi expulsé
mucus auquel se mélangent un li- par l'estomac proviendrait par exos-
quide fade et la salixe avalée par le mose des vaisseaux sanguins de la
maladependantlanuit.PourFrerichs, muqueuse stomacale [Bull, de TAca-
ces matières ainsi rejetées par les demie de méd., séance du 10 mars
buveurs contiennent des composés 1874..}
(a) Bouchardat, Du traitement hygiénique des dyspepsies (Bull, de Thérap.,l8~9, t. XCVI, p. 193).
ments lactique, butyrique, propionique dans la cavité stomacale transforment les aliments glycogéniques en acides lactique, butyrique et propionique. Cette variété de dyspepsie acide doit être combattue par les médicaments antifermentescibles.
Mais revenons à la dyspepsie acide ordinaire. Comment Traitement
, 1 • n T • 1 fil- T • '^^^^ dyspepsie
devons-nous la traiter / Ici, nous devons établir une distmc- acide. tion entre les moyens pharmaceutiques et les moyens diététiques. La pharmacie nous offre, d'une part, les alcalins; d'autre part les poudres inertes.
■ L'application des alcalins est parfaitement indiquée, et conforme aux expériences de C. Richet, qui montrent que les alcalins introduits dans l'estomac à hautes doses, neutralisent l'acidité du suc gastrique (1).
Les poudres produisent un autre effet; elles atténuent la sécrétion du suc gastrique. Reportez-vous aux expériences de Cl. Rernard, de Rlondlot, de Schiff, et vous verrez que, par leur présence, elles provoquent une sécrétion de suc gastrique non acide, ou bien très peu acide, et le plus souvent une sécrétion de mucus.
Ces deux moyens sont donc logiquement indiqués. Aussi les a-t-on fréquemment associés l'unà l'autre, et, dans l'énumération de ces poudres vous verrez que bien souvent les poudres inertes et les poudres alcalines ont été réunies dans une même formule.
Commençons p^r l'étude des alcalins : c'est le bicarbonate Emploi de soude qui est le plus souvent employé : on le donne en poudre, à la dose de 1 à 2 grammes, au moment du repas;
(1) Ch. Piichet a injecté dans l'es- Pacidité du suc gastrique, comme le
tomac de Marcelin, pendant la diges- veulent quelques médecins, les alca-
tion, deux heures aprèsPingestion des lins ou Peau de Vichy affaiblissent
aliments, de Peau do Vichy, et il a au contraire cette acidité. (Loc.cit.,
pu constater que, loin d'augmenter p. 89, èxpér. XLVl.)
alcnlins.
Des eaux de Vich\ .
OU bien, on fait dissoudre la poudre dans l'eau, à la dose de 4 grammes par litre, et on obtient ainsi une eau de Vichy artificielle. Mais il faut reconnaître que cette eau est bien inférieure, comme goût et comme qualité, aux eaux alcalines naturelles. A ce propos, permettez-moi d'insister un peu sur la prescription de ces eaux alcalines, surtout lorsqu'elles sont prises loin de la source. On en fait grand usage, et il faut savoir comment elles doivent être ordonnées. Prenons par exemple les eaux de Vichy :
Vous savez qu'à Vichy, station qu'on peut considérer comme unique en Europe, les eaux se divisent en plusieurs groupes : les unes, eaux thermales proprement dites, sont à température élevée, 31 , 35, 43 degrés, ce sont les sources de l'Hôpital, du puits Chomel, delà Grande-Grille ; les autres sont froides, 12, 14, 15 degrés, ce sont les Célestins, Hauterive, Saint- Yorre (1).
Toutes ces eaux contiennent une quantité à peu près égale de bicarbonate de soude, c'est-à-dire 4 à 5 grammes. Si vous êtes loin de la source, choisissez toujours les eaux froides, qui peuvent être transportées au loin sans subir trop de modification. Vous les ferez prendre au moment des repas, et si le malade les supporte bien, vous lui ferez boire son eau, non pas avec du vin, mais pure, à la dose d'un ou deux verres par jour et même davantage.
{i) Vichy (Allier). Sources alcalines; leur température varie entre ii et 14 degrés centigrades, leur richesse en bicarbonate de soude, entre 59%29 et 43'',0I6. Les sources exploitées sont au nombre de 1 1 ; ce sont :
Tem- Bicavb.
pérature de soude.
Puits Carré 44° 4a.893
— Chomel 43° 5.001
Grande-Grille 43° 4.883
L'Hôpital 31° 5.029
Tem- Bicarb.
pérature de soude.
Lucas 29° 5a.004
Source Lardy ±3" 4.910
— Larbaud 22° 4.850
du Parc ' 22° 4.857
— Mesdames... 17° 4.016
— d'Hauterive. . 15° 5.087
Célestins ii" 5.103'
Saint-Yorre 10° 4.838
D'ailleurs, voici, d'après Bouquet, l'analyse comparative des principales sources de Vichv :
Si vous administrez les eaux de Vais, votre embarras est moindre. Vais a un grarxl nombre de sources ; mais ce n'est point à proprement parler une station thermale, car toutes ses eaux sont froides; elles ont sur Vichy cet avantage qu'elles présentent une graduation dans leur alcalinité et qu'on trouve, par exemple, des eaux de Vais qui contiennent de i à 9 grammes de bicarbonate de soude, ce qui vous permettra de varier ces eaux selon les indications à remplir (i).
Dans nos grandes villes, on a établi des buvettes ou l'on peut boire ces eaux ; ce sont de véritables trink-hall, dont il faudrait le plus possible encourager le développement. On peut, en effet, envoyer ainsi le dyspepsique boire, une ou deux heures avant son repas, son verre d'eau minérale : Vichy, Vais ou autre; ce qui permet d'ajouter ainsi l'exercice à l'usage de cette eau.
Quant aux poudres dites inertes, elles sont nombreuses;
Des eaux Je Vais.
Cclcstiiis.
Acide carbonique libre 1 .04-9
Bicarbonate de soude 5.103
dépotasse.... 0.315
— de magnésie 0.328
— de strontiane 0 . 005
— de chaux 0. 162
— de protoxyde de fer 0.004
— — de manganèse. . traces
Sulfate de potasse ' 0.291
Phosphate de soude 0.091
Arséniatc de soude 0.002
Borate de soude traces
Chlorure de sodium 0.534
Silice 0.060
Matière organique bitumineuse traces
Totaux 8.244
. Température'. . . 14°. 3
Hôpital.
Gr.-GriUe,
S.-Yon-c,
O.OOi
traces
traces
ti-aces
O.ÏOI
traces
traces
traces
traces
traces
traces
traces
(1) Vais (Ardèche). Sources alcalines froides ; très nombreuses (Saint- Jean, Rigolotte, Précieuse, Désirée, Magdeleine, Marquise, Souveraine, Cliloé, source des Bains, des Convalescents,Saint-Louis, Pauline, source s
Vivâraises et Dominique (arsenicale).
Elles contiennent de la chaux, de l'alumine, du fer et surtout du bicarbonate de soude.
Saint-Jean contient l3'',4.80 de bicarbonate de soude ;Rigolette58'', 800;
on les aclminisiro au moment des repas; elles ont pour base le sous-nitrate de bismuth, le phosphate ou le carbonate de chauXj que l'on peut donner isolement à la dose de 0s'',50 à 1 gramme.
Toutes ces poudres agissent aussi comme alcalins; ce sont en effet, des sels tribasiqaes qui peuvent céder une partie de leur base à l'acide du suc gastrique. Le sous-nitrate de bismu tli est de beaucoup le plus employé. Trousseau en 1833, après Odier (de Genève) et Garminati (1), en ont vante les bons effets dans la dyspepsie (a).
Mais, le plus souvent, les formules sont plus complexes et l'on associe les poudres inertes aux alcalins, et je vais vous sit^^naler les principales. D'abord, voici le mélange de sousnitrate de bismuth et de magnésie, mélange auquel on a donné le nom de poudre américaine ou de Patterson.
l'réciciise, 5^,9/1.0; Désirco On'ViO ; lysc de ces eaux donncos par Ossian Magdeleiiic, l'J^'iHO. —Voici une aiia- Henry.
Aciduices, g(i::ei(.se!>, bicarbonatées, sodiqiies.
St-Jo:ui. liij^oloUc. l'rcciuusc.
Acide carboniiiiKî liliro 1.425 2.G93 2.218
JJicarbunatc lie soude 1.480 .5.800 5.940
— de polassc O.ilO 0.263 0.351)
— de chaux 0.3101 „ ,^^,, OSM
— de niagncsic 0.120) ' 0.750
— de fer et de iiKigiiésio.. 0.000 0.021 0.010
Chlonu-e de sodium O.OIH) 1.200 1.080
Sulfate de soude et de chaux O.OSi 0.220 0.185
Silicate et silice, alumine 0.080 0.000 0 000
lodurc alcaliu, arsenic, lithine indice traces indice
(I) Odier eu 178G, Caniiii)a(,i eu dans les voniisscmeuls s])asmodiques
1788 et Trousseau en 1833 ont si- et la gastralgie; il donnait de 18 à
gnalé les bons effets du sous-nitrate 48 grains par jours, c'est-à-dire de
de bismuth dans les dyspej)sies. Ofi'VJO à 2!)',40 par jour. (BiiU. de
Trousseau le conseillait surtout T/iérnp., i. Y, y), i'd).
(a) Odier (de Genève), Ancien Journal méd., OS vol., 1780. — Garminati, Opuscul. Thér., 1788, — Trousseau, Bull, de Thérap., l. V, p. 43.
Mmu-
Diisiroc.
dolcino.
indice
traces
DE LA DYSPEPSIE ACIDE KT l'ITUITEUSE. 461
Vous pouvez employer soiL la formule de PaUersou (I), soit la préparation suivante, qui m'a donné de bons résultats :
!^ Sous-nitfa(c do hisniiUli
Magnésie anglaise ^ àà 10 i;raninies.
Bicarbonalo de soude
Dos poiiilrc iik'aliiu's
Pour trente cachets médicamenteux. Prendre un cachet à chaque repas.
Trousseau avait fait avec ces mélanges des poudres (^) et des pilules (3) : dans l'une, il réunissait le sous-nitrate de bismuth et le carbonate de chaux; dans l'autre, la magnésie et le bicarbonate de soude. Gendrin conseille, lui, le mélange de bicarbonate de soude avec le sous-nitrate debismutli(4). Radius, enfin, a donné la formule d'une composition contenant de la magnésie, du sirop d'écorces d'oranges et de l'hydrolat de menthe: c'est la potion antiacide de Radius (5).
Telles sont les bases de la plupart de ces préparations dont
(1) Poudre de PnUei'son :
Sous-nitrate (lo bisiniilli. ) ,> , ... Hydrate de magnésie. .. . i '^
Sucre hlaiic pulvérisé... 8 —
A prendre en une fois.
(•2) Poudre de Trousseau :
A. Magnésie calcinée... -4 décigr.
Bicarbonate de soude... l! — Sucre blanc 'i graui.
Pour un paquet.. En poudre, deux à quatre par jour avant les repas.
B. Bicarbonate de soude. \
Craie [ àà 3 décigr.
Magnésie }
Pour un [laquct. ['rendre trois ou quatre paquets par jour, deu.x lieures avant chaque repas et avant de se coucher, dans un denii-verrc d'eau sucrée.
(li) Pilules do Trousseau :
Sous-nitrate de bismulli.. 1 décigr.
(ku-bonate de chaux 25 niiUigr.
Miel Q. S.
V. S. A. Une jùlulo. Prendre de deux à vingt [tiUih^s par jour.
(i) Gendrin a associé le sousnitrate de bismuth au bicarbonate do soutlo {.lonrn. de méd. et de cklrurg. pratiques, lH5i).
Bicarbonate d(! soude "2 gr.
Sous-uitralc do bisuiutli.,.. 1
A prendre en quatre [)rises.
(5) Potion de lladius :
Magnésie calcinée. A gr.
Sirop d'écorces d'oranges., li liydrolat W)
A prendre par cuillerées à soupe.
Traitement
on tire assez bon parti dans ces formes de dyspepsie. Vous pourrez joindre à ces poudres et potions l'usage des médicaments antifermentescibles et qui empêchent l'action trop prompte du suc gastrique. C'est ainsi que le sulfite de soude, conseillé par Pinalli (de Padoue), aurait une action favorable dans la dyspepsie. Ce médicament se donne à la dose de 5 grammes dans 150 grammes d'eau (a).
Mais ici encore, comme pour les autres dyspepsies, la première place est au traitement hygiénique. Aussi devonsnous insister sur le régime.
Voyons l'hygiène alimentaire. Le premier point, c'est la
hvgunique. suppression ou la diminution des boissons alcooliques. Les expériences de Richet sur Marcelin sont des plus instructives et j'ai insisté sur ce point lorsque je vous ai parlé des boissons alcooliques; le vin et l'alcool, en particulier, peuvent augmenter Qu même doubler l'acidité du suc gastrique. Recommandez donc aux malades atteints de dyspepsie acide de ne pas boire de vin, et s'ils ne peuvent s'en priver que de n'employer que les vins les moins alcoolisés et les plus naturels. C'est dans ce genre de maladie, en effet, que les falsifications, malheureusement si nombreuses dans nos vins de table, ont les conséquences les plus fâcheuses. Vous voyez, en effet, des personnes qui ne peuvent pas dîner au restaurant, sans voir se réveiller aussitôt les symptômes de la dyspepsie acide. Choisissez donc un vin naturel, peu alcoolique; c'est ainsi
akooiiques^ que ccilains vins du Centre et certains vins de Bordeaux pourront donner de bons résultats. Il m'a sembl é que les vins blancs légers sont aussi bien supportés, et, comme vous prescrivez l'eau de Vichy aux repas, ce mélange de Vichy et de vin blanc constitue une boisson agréable et supérieure au mélange " de ces eaux avec les vins rouges. Prescrivez donc ces vins
(a) Pinalli, Lo Sperimentale, 1873, fasc. 8.
coupés; mais proscrivez absolument les alcools soit avant soit pendant, soit après le repas, et défendez surtout le vin blanc pris à jeun (1).
Quant aux aliments, vous pourrez ici donner des aliments azotés, facilement digérés par l'abondante sécrétion du suc gastrique. Recommandez aussi aux malades de ne pas prendre des mets trop épicés ; il faut, au contraire, qu'ils soient accommodés le plus sobrement possible, car, vous le savez, la dyspepsie acide résulte souvent des condiments pris en trop grande abondance.
Par ces moyens vous pourrez le plus souvent combattre les dyspepsies acides; joignez-y l'exercice et même quelquefois
(1) Voici d'après Bouchardat, la composition de quelques vins : la quantité d'alcool sur 100 est, pour :
Les vins de Tonnerre 10.70
— du Lot (terrains cal-
caires) 11.36
— du Lot (terrains ar-
gileux) 10.00
— de Bagnols 15.16
— rouges de la Gi-
ronde y. 21
— blancs de la Gi-
ronde 11.57
— de Saint-Émilion . . 9.18
— de Chàteau-Laftite. 8.70
— de Châtean-Mar-
gaux 8.75
— blanc de Sauterne. 15.00
Voici, d'après Ghevalier et Baudrimont, les proportions en volume d'alcool pur pour 100 parties de' quelques vins :
Vin de Marsala 23.83
— de Madère rouge 20.52
-- • — blanc 20.00
— de Porto 20.00
— de Bagnols 17.00
— de Malaga 17 .42
— de Roussillon 16.88
Vin de Malaga ordinaire 15.00
— de Chypre 15.00
— de Jurançon rouge 13.70
— de Lunel 13.70
— d'Angers l'2.90
— de Champagne 12.77
— de Grave 12.30
— de Beaune, blanc 12.20
— de Frontignan 1 1 . 80
— de Champagne mous-
seux 11.77
— de Cahors 11.36
— de Mâcon, blanc 11.00
— de Volnay . 11.00
— d'Orléans 10.66
— de Bordeaux, rouge.... 10.10
— de Larose 9.85
— de Pouillac 9.70
— de Vouvray, blanc 9.66
■— de Château-Latour 9.33
— LéoviUe 9.10
— de Pouilly, blanc 9.00
— de détail à Paris 8.80
— de Château-Margaux ... 8 . 75
— de Chàteau-Laffite 8.73
— de Chablis, blanc 7.88
Certains vins du centre de la France et du Nord ne contiennent, comme du reste presque tous les vins des environs de Paris, pas plus de 5,6 et 7 pour 100 d'alcool.
Traitement le la dyspepsie
des bains de vapeur, comme les bains turcs, par exemple, qui amènent une sudation exagérée et diminuent ainsi l'acidité du suc gastrique.
Lorsque la maladie est plus avancée et quand la dyspepsie pituitcusc. acide a fait place à la dyspepsie pituiteuse, il faut que les malades apportent dans leur hygiène alimentaire une sévérité excessive, et qu'ils se soumettent au régime lacté plus ou moins longtemps. Le lait, en effet, ce médicament héroïque que nous avons vu réussir dans la dyspepsie putride, est encore indiqué ici, parce qu'il modère l'acidité exagérée du suc gastrique et permet de laisser reposer l'estomac, tout en suffisant à la nutrition. C'est là un point important du problème thérapeutique à résoudre, car, dans cette dyspepsie acide arrivée à l'état de dyspepsie pituiteuse il n'y a pas seulement trouble fonctionnel, il y a encore inflammation chronique-de l'estomac; il y a ce que les Allemands appellent catarrhe de l'estomac. Cette inflammation chronique diffère par bien des points de la conception pathologique que Broussais se faisait de la gastrite ; mais elle existe cependant, et pour guérir cette gastrorrhée, résultant de l'inflammation delà muqueuse, on doit laisser reposer l'organe.
Le traitement par le lait rend des services immenses, et vous avez vu dans nos salles avec quelle rapidité, par ce moyen, nos malades obtiennent de l'amélioration. Je dis amélioration, parce que malheureusement le proverbe qui dit : « Qui a bu, boira, )) s'applique trop réellement à nos malades, qui, une fois sortis de l'hôpital, améliorés et pour ainsi dire guéris, reprennent rapidement l'usage des boissons alcooliques et voient ainsi reparaître les symptômes de leur affection stomacale.
De la diète Commeut diriger ccttc dlètc lactée? Lorsque vous êtes en présence d'individus alcooliques; lorsque, avec les symptômes locaux de l'estomac, il y a les signes généraux de l'alcoolisme,
lactée.
VOUS ne devrez pas supprimer brutalement l'usage des alcools. Dans ce cas vous pourrez employer le koumys, qui introduit avec les principes du lait, de l'alcool, et vous permet ainsi d'attendre sans inconvénient l'époque où vous pourrez supprimer totalement l'alcool ; à ce moment vous donnerez le lait pendant quelques jours, huit jours par exemple, à la dose de 2 à3 litres par jour. Coupez-le avec de l'eau de Vichy, deux verres à peu près, de façon à mettre i à 2 grammes de bicarbonate de soude par litre.
Puis, lorsque tous les symptômes d'irritation stomacale seront atténués, permettez au malade de prendre des potages au lait, des semoules, des crèmes; en un mot, pendant huit jours encore, les repas seront composés par des mets à base de lait et d'œufs. Puis ensuite, vous commencerez doucement à donner d'autres aliments, même un peu de vin blanc, mais vous aurez soin d'exclure pendant longtemps l'alcool et les autres vins.
Certains corps de métier, les dégustateurs et les marchands de vin, ont l'habitude, pour ainsi dire obligatoire, de boire des alcools. Lorsque vous traitez ces malades, dites-leur de boire le plus de lait possible le matin et le soir, et au mo- ' ment de leurs repas, de manière à compenser un peu l'action irritante de l'alcool (1).
Le catarrhe stomacal des buveurs peut souvent atteindre un haut degré de gravité; car la muqueuse non seulement
(1) Dujardin-Beaumetz et Audigé, ment hémorrhagique de ces divers dans leurs recherches expériraen- . points de la muqueuse,
taies sur les chiens, ont montré que Ce fait, très important, explique
l'introduction de l'alcool par la peau comment les individus qui vivent
détermine des lésions graves du côté dans une atmosphère remplie de va-
de la muqueuse stomacale et du duo- peurs alcooliques ou qui, sans ava-
dénum; ils ont toujours trouvé, chez 1er d'alcool, le laissent en contact
les animaux qu'ils tuaient plus ou avec la muqueuse buccale, peuvent
moins rapidement en introduisant présenter des troubles du côté de
l'alcool sous la peau, un ramollisse- l'estomac.
CLINIQUE THÉRAP., A" édit. . I. — 30
466 LEÇONS DE CLLMOUE THERÂPEUTIOUE.
s'épaissil mais elle peut s'ulcérer d) et aux Yomissements glaireux succèdent bientôt des hématémèses, et on a alors sous les yeux un ensemble symptomatique qui ressemble beaucoup à celui du cancer. Ce sont là de faux cancers très curables, soit par le régime lacté exclusif, soit surtout par le lavage de l'estomac.
ihz lavage de Lc lavage de l'estomac, même dans le cas de catarrhe des buveurs donne d'excellents résultats et vous voyez ici dans mon service des faits qui témoignent de la véracité de l'opinion que je soutiens ici. Sous l'influence de l'eau qui vient ainsi panser chaque jour l'estomac, on voit la sécrétion muqueuse se ralentir, et celle du suc gastrique reparaître. J'ai soin après chaque lavage de donner au malade du lait dans lequel j'introduis une certaine quantné de poudre de viande (100 gr. par exemple); on pourrait aussi ajouter de la poudre de lait. On peut aussi, lorsque le catarrhe de l'estomac s'accompagne de douleurs vives, employer le lait de bismuth dont je vous ai parlé.
Traitement Quaut au traitement thermal, voici comment vous pourrez Imstituer. Four la dyspepsie acide, vous éviterez les eaux ferrugineuses et celles qui sont trop chargées d'acide carbonique; vous ordonnerez surtout Yichy et, s'il faut une eau moins minérahsée, vous conseillerez Bagnoles (Orne) (fîi.
il) Jaillet a repris ces expériences une gastiite avec ulcération de la snr Faction de l'alcool sur la mu- muqueuse (a). gueuse stomacale et, par un procédé (2/ Ba^/io/^s(Orne, France), protoopératoire qui consiste à adminis- thermales ou athermales, amétallites trer rapidement à des chiens des oufeiTugineusesfaihles, carboniques doses considérables d'alcool et du faibles et non gazeuses ( Rotureau) ; sulfate de sîrichnine pour s'opposera 2 sources principales: ferrugineuse, des accidents mortels, il a déterminé i'2^-,3 : légèrement sulfureuse, 53%1. sur la muqueuse de ces animaux On administre ces eaux dans la gas-
(fl) Jaillet, De Valcool, sa combustion, son action physiologique, son antidote. Th. de Paris, 1883.
DE LA DYSPEPSIE ACIDE ET PITUITELSE. i67
Alet (1) et Evian r2). Pour la dyspepsie pituiteuse, Yichv, Royat (3), Saint-Xectaire (4) vous rendront de grands services ; il en sera de même des eaux allemandes de Hombourg (5), de Kissingen (6j, de Carlsbad (7), de Marien-
tralgie et les différents troubles nerveux de l'estomac (boissons et bains ,
([j Alet l'Aude, France., renferme quatre sources, dont trois bicarbonatées, calciques et magnésiennes à 28 degrés, et une source froide ferrugineuse (eaux rouges).
Voici l'analyse faite par Bouquet pour un litre d'eau :
Source Sonrce thermale fermgîn.
Acide carbonique 0 .059 0. 059
— sulfurique 0.020 0.028
— phosphorique . . 0.082 0.050
— chlorhydrique.. 0.031 traces
Soude .' 0.071 0.025
Potasse traces traces
Chaux 0.101 0.045
Magnésie 0.026 0.020
Peroxyde de fer > 0 .025
.\lumine 0.011 /,
(2i Voir page 74.
(3t Royat (Puv-de-Drjme, France), sources thermales dont les eaux se rangent dans le groupe des bicarbonatées sodiques; elles renferment aussi, comme à Ems, du chlorure de sodium ; elles sont au nombre de trois principdes : la source thermale de l'établissement, température 35 degrés; la source de César, température 27^; la source Saint-Maï-t, 30 degrés.
(il Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme, France), eaux gazeuses thermales, bicarbonatées sodiques, avec part égale de bicarbonate de soude et de chlorure de sodium, et des traces d'arséniate de soude. Six sources principales : Source Mandon, 360,7;
grande et petite source Boète (source tempérée, 38",!; source froide 28%8i:
Rouge, i5%i ; Serre, 27 427^.5; àl'émergence ; il y a trois filets à li degrés, i(J degrés, 32 degrés); source du Mont-Cornador, 38%9.
(5) Hombourg-ès-Monts 'Hesse/; • sources chlorurées sodiques fortes,
ferrugineuses faibles, carboniques fortes PiOtureau) au nombre de cinq, dont deux surtout ferrugineuses. La Luiseribrunnen (source de Louiseï et le Stahlbrunnen, dont la température est 10 degrés; trois principalement salines VElisabetJien (s. Elisabeth I, 10%o; le Ludicigsbrunnen (source de Louis i, 10 degrés ; Kaiserbruniien ou Sprudel (s. de l'Empereur), 11 degrés. Les plus importantes sont la source Elisabeth, qui contient 19,93 d'acide carbonique libre, et la source Louise qn contient 1,89 d'acide carbonique libre.
(6) Kissingen (Bavière), sources athermales, gazeuses, feringineuses faibles, sont classées dans les eaux chlorurées sodiques. Elles sont au nombre de cinq : leRakoczy, temp. :
9 ,3; lePandur, 11 degrés; le Maxbrunnel, i0-,9;le Solensprudel, iS\ô, et le Schonbornsprudel, 18°,o. En boissons se prend l'eau de Piakoczy, en boissons et en bains le Pandur; comme simple boisson, gazeuse, le Maxbrunnen ; en bains et en douches, les eaux du Solensprudel et du Schonborsprudel.
(7) Carlsbad (Bohème), soxirces sulfatées, type des eaux sulfatées sodiques, très nombreuses ; 10 princi-
bad (1); puis, dans une gamme moins élevée, vous pourrez ordonner des eaux de Chatel-Guyon (5) de Saint-Moritz (3), de Vic-sur-Cère en Auvergne (4), de Brides (5) et de Sainl- Gervais en Savoie (6).
pales, dont la température varie entre 40 et 70 degrés. La plus importante est le Sprudel, 74 degrés; les autres sont : Schlossbrunnen, Markbrunnen, Mûhlbrunnen, Neubrunnen, Bernardbrunnen, Theresienbrunnen, Felsenbrunnen, Spitalbrunnen. Elles sont employées en boissons.
(1) Marienbad (Bohême), sources sulfatées sodiques moyennes, carboniques fortes (Rotureau); les sources sont au nombre de 8 : 1° CaroUiienbrtmnen (s. de Caroline); 2° Ambrosiusbrunnen (s. d'Ambroise); 3° Kreusbrunnen (s. de la Croix) ; 4° Marienquelle (s. de Marie); 5° Waldquelle (s. du Bois); 6" Fcrdinandsbnmnen (s. de Ferdinand); 7» Riidolfsguelle (s. de Rodolphe); S° Moorlagerbi'imnen (s. du Dépôt des Boues). La source de Caroline, donnée en boisson, sans odeur, d'un goût très ferrugineux, amer et salé, a une température de 8 degrés, i^a source d'Ambroise, peu employée, d'un goût franchement ferrugineux, 8», 5. La source de la Croix, donnée à la dose de 1 à 6 verres chaque matin à jeun, est la plus employée et constitue le traitement principal à Marienbad ; elle a une action favorable dans les affections chroniques de la digestion; sa température est de 8°, 5. La source de Marie est des plus riches en acide carbonique et n'est pas employée en boisson, sa température est de 11°, 5. La source du Bois dégage peu de gaz ; employée en boisson, elle a une saveur fraîche et agréable, légèrement styptique; sa
température est de 7°, 5. La source de Ferdinand, gazeuze, employée en boisson, goût assez agréable, bien que légèrement salé; sa température est de 10 degrés. La source de Rodolphe, prise en boisson; sa température est de lO»,^: Lasource du Dépôt des Boues se prend en boisson ; elle a un goût agréable, légèrement ferrugineux ; température, 18 degrés.
(2) Chatel-Guyon (Puy-de-Dôme, France), sources hypothermales, polymétallites, carboniques fortes ou moyennes (Rotureau) : sources très nombreuses, dont la température varie entre 24 et 55 degrés ; peuvent être rapprochées des eaux de Kissingen.
(3) Saint-Moritz (Suisse), sources athermales, bicarbonatées calciques moyennes : ferrugineuses faibles, carboniques fortes (Rotureau) ; 3 sources Saint-Moritz, Paracelse, 5°, 5; et source innommée 6° Ces sources froides "se prennent concurremment avec du petit-lait.
(4) Vic-sur-Cère- (Cantal, France), sources alcalines froides, fortement gazeuses.
(5) Brides (Savoie, France), hyperthermale, sulfatée calcique et sodique forte, chlorurée sodique moyenne, sulfureuse faible (Rotureau) ; température, 34°, 5. Se prennent en boissons, bains, bains de vapeur et de de boues, douches et inhalations gazeuses. Avec 3 à 4 verres, effet tonique; avec 6 à 8 verres, effet laxatif.
(6) Saint-Gervais (Haute-Savoie, France), sources hypotheres l,émma-
Parmi ces sources thermales, deux surtout doivent être mises hors de pair, c'est Vichy, d'une part, Garlsbad, de l'autre. Je vous ai déjà parlé des sources de Vichy, je n'y reviendrai pas, mais je veux vous dire quelques mots des sources de Garlsbad qui jouent dans la cure des affections de l'estomac un rôle si important. Garlsbad constitue le type des eauxsulfatées-sodiques et le Sprudel (4) est considéré comme la source la plus importante et la plus renommée de cette station. Gaulet nous a montré d'ailleurs combien est rigoureuse l'hygiène alimentaire suivi dans cette station (5), où
sothermales, ou athermales sulfatées et chlorurées sodiques moyennes, sulfurées calciques ou ferrugineuses faibles (Kolureauj, au nombre de 7 principales, dont la température varie entre 38»,8 et 32%8.
(1) Le spnulel a, d'après Ragsky (de Vienne), la composition suivante :
Sulfate de potasse 0.1635
Sulfate de soude 2.3719
Carbonate de soude 1.3(519
Carbonate de sodium 1 .0307
Carbonate de chaux 0.297 fi
Carbonate de magnésie ... 0.1239
Carbonate de strontiane. . . 0.0008
Protocarbonate de fer O.OO'Sg
Protocarbonate de magnésie 0.0006
Phosphate d'alumine 0.0004
Phosphate de chaux 0.0002
Fluorure de calcium 0.0036
Silice 0.0728
Total 5.4307
Acide carbonique libre. . . . 499=^
La température de cette eau est de 73°05 et il faut la laisser refroidir pour l'usage interne. Sa saveur est salée et fortement alcaline. Elle sort en bouillonnant par intermittence, c'est ce qui lui a fait donner le nom particulier de Sprudel (le
bouillonnement)- La dose est habituellement de deux à trois verres de 160 grammes chacun par Jour.
(2) Voici, d'après Gaulet, les règles de la cure à Garlsbad. Les eaux se prennent de grand matin, de cinq à sept heures du matin ; une heure après la prise du dernier verre d'eau, le matin à huit heures, on déjeune avec du café au lait et, pour éviter que le malade mange trop souvent sous l'influence de l'exercice matinale et de l'action excitante des eaux, on rationne avec le plus grand soin la 'quantité de pain, de lait et de café que doit prendre le malade à ce premier repas. Le dîner a lieu à une heure, il est plus substantiel quoiqu'il ne se compose que d'un seul plat de viande.
Le soir le souper a lieu à huit heures et il consiste en un potage, une tasse de chocolat ou un œuf. Une règle très sévère interdit à tous les hôteliers à ne donner que des aliments de bonne qualité, mais dont la liste et le nombre sont fixés par les médecins.
Au point de vue des affections stomacales, les eaux de Garlsbad s'adressent surtout aux irritations gastro -intestinales, irritations très
l'on voit, chose assez rare, les médecins et les hôteliers marcher d'accord pour obtenir de leurs eaux les effets les plus utiles dans la cure des affections stomacales ; c'est ce qui explique la vogue de ces thermes.
Telles sont les principales indications que doit remplir le traitement des dyspepsies acide et pituiteuse. Dans la prochaine leçon, nous commencerons l'étude de la thérapeutique des troubles fonctionnels de la couche musculaire de l'estomac.
fréquentes dans les pays d'outre-Rhin tives ot déterminant des évacuations
oii l'alimentation est beaucoup plus alcalines ayant l'apparence de poix
forte et plus substantielle que dans fondue et auxquelles on a donné le
nos pays. nom de selles critiques ou selles
Les eaux de Carlsbad sont purga- carlsbadoises (a)«.
(«) Caulet, De la cure à Carlsbad. — Le Bret, Manuel des eaux minérales, p. 329,
DIXIÈME LEÇON